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Full text of "Revue des études juives 1885"

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in 2012 with funding from 

Algoma University, Trent University, Lakehead University, Laurentian University, Nipissing University, Ryerson University and University of Toronto Libraries 



>://archive.org/details/revuedestudesjui10soci 



REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME X 

/û 



N° 19-20 

JANVIER-JUIN 1885, 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE A. DURLAGHER 

83 bi % RUE DE LAFAYETTE 



Toutes les communications concernant la Rédaction et X Administration 

doivent Otre adressées à la Société des Études juives. 

17, rue Saint-Georges, Paris. 



La Société des Etudes juives, voulant assurer 
aux Rédacteurs de la. Revue une pleine liberté 
scientifique, déclare qu'elle n'accepte point la 
responsabilité des articles publiés et qu'elle la laisse 
tout entière aux auteurs. 



REVUE 



DES 



ETUDES JUIVES 



VERSAILLES 

CERF ET FILS, IMPRIMEURS 

HUE DUPLESSIS, 51* 




REVUE 



Hi 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME DIXIÈME 




PARIS 
A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER 

83 bis , RUE LAFAYETTE 

1885 



101 
ILS 
1. 10 



RECHERCHES BIBLIQUES 



m 

LOFIGINE DU 3 DANS LES NOMS PROPRES COMPOSÉS. 

Les écrits bibliques contiennent quelques noms propres dont 
le a initial se reconnaît, à première vue déjà, comme un élément 
de composition très abrégé. Ce sont les noms d'homme "nas fUgis 
Y73 /itûba ,b!-!7:a ,mioa .b^bia ,nïib:£a ,ab^a et le nom de ville 
ïTifitç^s. Les dictionnaires les plus autorisés, et, en première 
ligne, celui de Gesenius voient d'ans ce a trois vocables tout à fait 
différents : 

1° Une préposition, dans ïr'iioa « dans le conseil de Dieu », et 
babsa « dans l'ombre de Dieu ». 

2° Une abréviation de "ja « fils », dans tus « fils du corps 1 », 
n^a « fils du percement », *na « fils de Dad », rçba « fils de 
langue», biraa « fils de circoncision », mb^a « fils de prière 2 », 
bbtça « fils de paix ». 

3° Une abréviation de r^a « maison de », dans mn-â^a « mai- 

1 t : : v : 

son d'Astarté ». 

Cette triple origine du a initial dans un nombre aussi restreint 
de noms propres ne manque pas de paraître assez étrange. 
Quand on les examine de près, ces interprétations se heurtent à 
des difficultés bien autrement graves et presque insurmontables. 
Considérons-les une à une. 

En ce qui concerne l'emploi d'une préposition dans la formation 
des noms propres, rien n'est certes absolument anormal, des 
formations analogues se rencontrant souvent en assyrien et en 

1 Gesenius (8 e édition) identifie ce nom avec le perse baçjavâni 

2 D'après Gesenius ce nom signifierait t séparation », r. bl£a« 

T. X, n° 19-20. 1 



2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

éthiopien; je me contenterai de citer les noms Ina-Bit-Shagil- 
slmm-ïbni « dans Bit-shaqil il s'est fait un nom », Ina-Uïbit- 
Iau « par la parole d'Iaou » (Strassmaier, W'ôrterverzeichniss, 
p. 4*72-3); Za-hjasus « appartenant à Jésus », Batzalota-Miliâêl 
« par la prière de Saint-Michel 1 ». En hébreu même, on peut 
y comparer bHW|j», malgré son caractère visiblement artificiel. 
Néanmoins, ce qui empêche de nous arrêter à cette explica- 
tion, c'est que, des deux noms formés par la préposition a, l'un, 
bab^a, contient dans son second élément, baba:, un nom propre 
indépendant. Ce fait résulte avec évidence de l'existence d'un 
nom assyro-philistin Çil-Ber 2 , répondant à un hébréo-phénicien 
b3>a~b£, dont b&rbst n'est qu'une légère variante. Il y a plus, le 
nom ï-plioa semble, lui aussi, renfermer dans son second élément 
ï-plio un nom pariait offrant la forme intacte du nom connu 
"Hïo {Nomb., XIII, 10). Le caractère de noms d'homme indépen- 
dants étant presque certain pour bab£ et fij'ilo, il devient clair 
que le a de leurs composés bMtatë et rn'iiba ne peut plus repré- 
senter la préposition de lieu qu'on a supposée. La seule question 
qu'on pourrait se poser est celle de savoir si ce a n'est pas une 
abréviation de *ja et, partant, s'il ne faut pas traduire ces noms 
respectivement par « fils de Çil-El » et « fils de Sodia », ce qui 
les ferait rentrer dans la classe n° 2, à laquelle nous arrivons 
immédiatement. 

En elle-même, la composition de noms propres avec le mot la 
« fils » est inattaquable, elle est si fréquente dans toutes les 
langues sémitiques qu'il est superflu d'en donner des exemples. 
Du reste, la Bible fournit un nombre respectable de ces sortes de 
noms : 13a"ï? /Jjn"ja /pp^a, etc. Mais, tout en admettant le prin- 
cipe, on ne saurait admettre sans preuve que, par exemple, -na 
et IJfîfii je choisis les noms les plus transparents, soient les abré- 
viations de TJfrp e t de HftrlS. Aucune cause phonétique ne peut 
justifier la chute du noûn, et cela d'autant moins que les autres 
langues sémitiques le conservent régulièrement dans ces sortes 
de compositions. Quand on ajoute qu'un nom tel que « fils de 
langue » a quelque chose de peu satisfaisant, on aura de la peine 
à se rallier à l'interprétation courante. 

Notre objection contre l'explication de wpFrçwpa par î-nmp^-ma 

1 Ce nom éthiopien est malheureusement très récciu», ; autrement, on en aurait pu 
voir le premier élément dans le nom héhreu nîlbïia- 

2 Eb. Schrader, Keilschr. uni Geschichte, p. 78. Cf Dillmann, Exodus und Levi- 
ticus, p. 328. 



- . . . 



RECHERCHES BIBLIQUES , 3 

est du même ordre d'idées. L'abréviation de ma en a est inouïe en 
hébreu. L'araméen postérieur seul laisse tomber le n final, mais 
du moins conserve-t-il à la fois la voyelle longue et le yod radical : 
wana, asb-va 4 , tandis que, dans notre cas, le i aurait disparu et 
IV iong aurait été remplacé par un schewa. Nous croirons quand 
on nous donnera d'autres exemples. 

En présence de difficultés aussi sérieuses, il me sera permis de 
tenter une nouvelle explication, naturellement à titre de simple 
conjecture, car, en fait d'étymologie, toute prétention qui va au delà 
est hors de propos. J'incline à voir dans le a de tous ces noms un 
élément unique, savoir, l'abréviation du mot aN « père h. Pour 
faciliter l'aperçu de l'ensemble, je vais les ranger successivement 
dans la liste ci-après : 

"naa pour "^■"^ « père du corps ». 

Yia — TP?*5 « père de Dad ». 

"!£*>:? — 1£T ,, ?£ « père de Deqar ou Deqer ». 

:a — bïTBD- , Mj « père de circoncision (?) ». 

- Vwb~aN « père de la langue ». 

rt^rioa — i-rniD-nN « père de Sodia ». 

b«bsâ — bab^-na « père de Galêl ». 

mbsa — mayas « père de la prière ». 

ûbça — abô-aN « père de la paix ». 
h^ïhipya 2 — ?r#iii*aM « père d'Astarté ». 

On le voit, la nouvelle explication a sur l'ancienne l'avantage 
de l'homogénéité, ce qui est quelque chose. Elle suppose, en 
outre, un élément de composition des plus fréquents en hébreu 
comme dans les langues sœurs et n'admet que la chute d'une lettre 
faible, chute qui a également lieu dans l'arabe vulgaire, où le 
composant saç « père » se réduit toujours à :ia : Bon-Bekr, Bou- 
'Alî, Tjou-nâft « père d'utilité », nom d'une plante salutaire, boa- 
djalîda « père de la peau ferme, chauve-souris », et tant d'autres. 
Pour le sens, on n'en méconnaîtra pas le caractère plus satis- 
faisant dans presque tous ces noms, parmi lesquels "fja et ûVça 

1 En arabe, ia est régulièrement transcrit JS3. Si je ne me trompe, le nom actuel 
de rtlfltWa s'orthographie '"irv&^a sans Taleph de prolongation. 

2 J'aurais pu ajouter encore les noms des rois de Sodome et de Gomorrhe, ^13 et 
"Ç^a (Genèse, xiv, 2), noms qui, réels ou artificiels, paraissent présenter des con- 
tractions pour yra» (cf. r-pfiJS, Nomb., i, I5J < père du mal » et 2Ç^aiS « père 
de l'impiété », mais la version des Septante offre Ba),).à pour 2*12, de telle sorte que 
Tétymologie de 3>123*ia (Baoa devient moins frappante. 



h i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

frappent par l'analogie des formes complètes bsrcaK et bibiÉn». 
Un seul nom a besoin d'être expliqué, c'est celui de « Père d'As- 
tarte » appliqué à une ville, mais, pour cela, je solliciterai la 
patience des lecteurs pendant quelques instants. 

La vraisemblance d'une hypothèse croit en raison du nombre 
des faits qu'elle peut expliquer ; celle que nous émettons parait 
présenter cet avantage. Elle jette un jour inattendu sur plusieurs 
mots qui sont restés jusqu'ici enveloppés dans des ténèbres impé- 
nétrables, et cela non seulement en hébreu, mais aussi dans les 
autres langues sémitiques. 

En hébreu, les noms D-'bya /wa jnWS /banna présentaient, 
comme on sait, de vraies crax interpretum ; grâce à notre pro- 
cédé, on peut les expliquer sans la moindre difficulté : 
Dibtfa pour o^-on « père de la joie ». La racine Db^ est notoi- 
rement une variante de yhv ou tb^. 
nj^a — ifjspaa C( père de 'Ana » ; comp. Genèse, xxxvi, 2. 
nus? a — rira sp a a « père de c Ascha ». 

bçnna — banmaa « père de Touel ». bisnm est pour baina « venu 
de Dieu ». Comparez le nom phénicien b^ana .= 'i8o>p»Xoç, transcrit 
en assyrien Tiibaal. 

Dans les antiques dialectes du Çafâ et du Hidjâz septentrional, 
on constate le nom nboa i ; rien n'empêche d'y voir la forme vul- 
gaire aabD-ia pour aabD-ïiaa « père de la paix », le correspondant 
exact du abusa hébreu. 

Ce n'est pas tout, cette composition paraît déjà avoir été mé- 
connue parles Arabes dans certaines racines quadrilittères. Ainsi, 
les verbes tëpna « enluminer, barioler », et 3>p"ia « couvrir d'un 
voile »,sont visiblement dérivés des noms ïïttpna « enluminure, 
bariolage » et ^pna •« voile », mais il est évident que ce sont des 
formes contractées de : rittipvnaa « père du bariolage » et jp-ma» 
« père du voile ». Pour l'hébreu, le nom commun nb^a, qui désigne 
une résine odoriférante, le bdellium, semble également contracté 
de nVr^aa « père du trouble », faisant allusion à la couleur terne 
de l'essence. On a vu plus haut que les Arabes forment des noms 
de matière par l'élément na ; le mot hébreu en question serait le 
plus ancien exemple de cette formation. Ajoutons que la forme 
assyrienne badilhu, constatée pour la première fois par M. Oppert, 
conserve encore la voyelle primitive de naa. 

En sabéen, enfin, le nom de ville nnn*^ présentait naguère une 
énigme insoluble; elle n'offre plus aucune difficulté à l'heure 

1 Revue des études juives, t. IX, p. 49, i. 



RECHERCHES BIBLIQUES S 

qu'il est. C'est une simple abréviation de "inrtfsa « père d'Athtar », 
et, étant donné que *innr équivaut au septentrional mnt»3> ou 
îrnrc?, il s'ensuit, d'une part, que nnn^a et ï-n™?? sont, au fond, 
le même mot, de l'autre, que l'usage de donner à une ville un nom 
signifiant « père d'Astarté » était commun aux Sémites du nord et 
aux Sémites du sud ; en d'autres termes, que c'est une conception 
conforme à l'esprit général de la race sémitique. Cette circons- 
tance diminue considérablement la singularité apparente de cette 
formation, singularité à laquelle nous faisions allusion plus haut ; 
en affaire de goût, pas de disputes possibles. On verra cependant 
plus loin qu'il y a quelque chose de plus qu'un caprice populaire. 

Ce qui précède suffit pour établir qu'en hébreu, comme dans les 
autres langues sémitiques, le mot na « père » se réduisait à a dans 
certains noms propres de formation populaire, quelquefois même 
dans les noms communs. Il partage donc le sort du mot rus; 
« frère », qui laisse également tomber son n initial dans barn 
pour bfijnfîNi parallèle à irna ; surtout dans les noms phéniciens : 
tnifi pour D'vnN, Y^fi P our t?*?T^> rnpbttn « Himilkar » pour 
mpbîa-W etc. La perte du a affecte parfois les mots nb» et b» 
en nabatéen et dans le dialecte judéo-araméen de Palestine ; de 
là les noms «wattb et wb, AàÇapoç, pour ©ETB-i-ibN « Dieu-Soleil » et 
nroN « Dieu a aidé ». Poussé par la logique des faits, on se de- 
mande si le mot un « mère », qui entre souvent dans la compo- 
sition de noms de femme, n'est pas lui aussi susceptible d'aban- 
donner le a et de se réduire à un 92. Comme la lettre 12 constitue 
la préformante la plus usitée dans les langues sémitiques, la cons- 
tatation de ce fait est impossible. Je crois cependant en prouver 
la réalité par deux exemples certains. L'un est tiré de l'assyrien, 
l'autre du moabite. 

Le mot assyrien mûmmu figure dans le poème de la création 
comme une épithète de Tamat « Mer », épouse de Apsa « Océan ». 
Les néoplatoniciens, qui voyaient partout des triades, attribuèrent 
à la religion babylonienne l'idée d'une triade cosmogonique Apa- 
son-Tauté-Moymos. La connaissance du texte original a dissipé 
cette vaine spéculation. Mûmmu n'est pas un principe cosmique, 
mais un titre de la déesse éponyme de la mer primordiale. Les 
documents philologiques le rendent par "bettu « maîtresse, dame », 
mais ce n'est qu'un à r :u près, car un mot de cette nature n'au- 
rait pas été dépourvu c t la terminaison du genre féminin tu. Le 
doute n'est plus possible : mûmmu est l'abréviation de um-ummu 
hébr. dfcr&N « mère de la mère, grand'mère, aïeule ». Dans le 



6 REVUE DES ETUDES JUIVES 

texte dont il s'agit, mitmmu Tamat « l'aïeule Mer » est mise en 
parallèle avec Apsu rishtû « l'Océan primordial ». 

Le mot moabite visé ci-dessus révèle encore plus clairement 
l'origine des éléments qui le composent. C'est le nom même de 
cette nation et de son territoire : naitt, sur la stèle de Mêscha' 
awa, dans les textes assyriens Maab ou Muab. Le second com- 
posant étant le nom commun sa, le premier élément 12 ne peut 
forcément être autre chose que l'abréviation de un « mère ». sn 
« mère du père » est donc parallèle à Mûmmu « mère de la 
mère ». Qui sait si le nom de femme hébreu h^i2 (m^) n'est pas 
pour hb-m (cf. Genèse, ni, 20) « mère du tout », comparable à bb^ 
« bouche du tout ». On connaît le nom de femme phénicien 
mn^tta « mère d'Astarté ». Les textes sabéens nous ont derniè- 
rement révélé la forme identique : "ifift*an « Um-'Athtar » portée 
par une déesse. Remarquons, en outre, que le mot analogue ntoa 
« servante » subit le sort de da et s'abrège en n», surtout dans le 
nom phénicien mnwritt pour nhimBJfflqR. 

Mais voici finalement quatre mots des plus intéressants, qui 
faisaient le désespoir des étymologistes, faute de reconnaître les 
faits d'abréviation que nous venons de constater pour les compo- 
sants 3N et dN. Les dictionnaires hébreux sont hésitants ou muets 
sur l'origine des noms de femme bibliques Sna, épouse de David, et 
Wnn, sœur de Moïse. La solution de cette difficulté ne nous pa- 
raît plus impossible aujourd'hui. Pour y parvenir, rappelons en 
premier lieu que les mots aa et da constituent souvent le second 
élément des noms composés. On connaît, entre autres, les noms 
SNtiN « frère du père » et BlTfiK (pour ËJWtejt) « frère de la mère ». 
Comparez le nom. talmudique i^sn (pour ïtib&on) « père de sa 
mère» 1 . En second lieu, nous rappellerons l'existence du thème 
112 ou "ntt dans wyjfc et hyn^y?. Les noms rntt et ftvra commençant 
précisément par ce thème, tout nous invite à supposer qu'il y a là 
les formes contractes de n&rnft ou 3N-ntt « amertume du père » 
et d&r-nïï « amertume de la mère ». Le fait que le nom feâttw se 
trouve aussi écrit sriN avec l'élision de l'aleph (Jérémie, xxix, 22) 
appuie notre hypothèse à propos de yyn dont celle relative à 
d"nto est le corollaire naturel. 

t : • 

Les deux autres mots incompréhensibles et abandonnés à leur 
sort par les lexicographes sémitiques sont des noms de yoqtha- 

1 M. Is. Lévi m'a encore rappelé le nom talmudique "H^fiN. A côté de "W2N, 
on trouve aussi iJj^lDN ou WDN. 



RECHERCHES BIRLIQUES 7 

nides dont l'un, battra», est mentionné dans la Genèse (x, 2 r 7), 
l'autre, nnniiaaa, figure dans les inscriptions sabéennes. J'ai 
depuis longtemps établi l'analogie étroite de ces noms, dont le 
second élément est représenté par un nom divin, ici bwN:, là nnfijr, 
le premier par sa + ». L'origine du 72 m'avait échappé, n'ayant 
trouvé aucune explication chez les commentateurs ; ce n'est plus 
le cas maintenant : baç^aa est, sans aucun doute possible, la con- 
traction de bgr6*pa« « père de la mère de El », et nnrronK celle 
de *inn*-ûfcra« « père de la mère de 'Athtar ». Les noms dont il 
s'agit renferment donc trois composants et ce fait nous aide à dé- 
couvrir la nature du nom curieux httfc^ati trouvé récemment dans 
une inscription nabatéenne de Madaïn Çâlih *. C'est une forme 
contracte pour î-wN-in&rnN « frère du père de sa mère ». Pour le 
suffixe, comparez le nom WSK cité précédemment. 

Résultat final : les noms d'hommes, de tribus et de villes sémi- 
tiques peuvent être formés de mots qui signifient « père » ou 
« mère », voire « père de la mère » de la divinité. Ces deux types 
sont représentés en hébreu par bçoriN et ba^â» ; en sabéen, par 
nnnrn, nnnrta et -innr^SN. 

Le tableau suivant fera mieux ressortir l'ensemble de ces noms 
composés : 



FORMES PLEINES. 



(ûN-ntt) ,dwra 
(ùétûk) /infuMN .rhn^ttjsi 

( 2 ÊfconNj 
(ûK-aèrtiKj 



FORMES CONTRACTES. 

, ûbttîa .inn^n ,ïriiflB*a , *na 
t )thî ,bi-fâa ,^3 ,**tt3 y ùbon 
, b"$?a >rvft*a ,bab:£n ^tioa 
(?) 2NB*i3 >!miina >m»i^a ,rtea 

b^n ,cnn 
m*] ,nna 

frnrfàb] ,(?) bi^û ,Mûmmu y 3Ntt 

bawraa ,*infij)aaa ^ja^a» 

hàÉran 



Il reste à dire un mot sur le sens général de cette catégorie de 
noms propres. On sait que dans l'antiquité sémitique, comme chez 
les bédouins actuels, les noms sont toujours en rapport avec les 
circonstances dans lesquelles l'enfant vient au monde. L'enfant 



1 Philippe Berger, Nouvelles inscriptions nabatécnnes de Medaïn Salih, page 7, 
n° 30, ligne 2. 

* Si la forme ù^N n'était pas une erreur de scribe pour WON, on pourrait l'ex- 
pliquer comme étant contractée de ûN'^DN « père de la mère ». 



8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qui est hé dans un parc (çmoôra) aura le nom Çuwërâa; celui à 
qui la mère dit en mourant Walamtanî « tu m'as fait tort » est 
appelé 'Dalamtanî ; la petite fille dont la naissance cause du cha- 
grin à ses parents reçoit le nom de Zd'êla « petit chagrin » ou 
Ghiibna « souci » '. Cela rappelle, d'une part, le nom maternel de 
Benjamin, isîfirïa « fils de mon malheur », de l'autre, les noms de 
femme rnto et û'ntt, signifiant respectivement, selon nous, « cha- 
grin du père » et « chagrin de la mère ». Quand on ajoute que chez 
les Sémites la religion intervenait régulièrement dans les événe- 
ments importants de la vie des individus comme dans ceux de la 
vie sociale, on comprendra l'origine et le sens des nombreux noms 
théophores qui figurent dans l'onomastique sémitique. L'enfant 
nouveau-né, la ville récemment fondée, la tribu nouvellement 
formée, empruntent le nom de la divinité principale qu'on a in- 
voquée dans le rite religieux célébré pour la circonstance. Le 
vieux ba a naturellement la part du lion; après lui viennent ses 
enfants et ses petits-enfants : hm .tëftiB ,1m /Yiîi /"pfcn /tt, etc. 
Parmi les déesses, les plus populaires sont nb^ra et mmo* ; les 
peuplades araméo-arabes y joignent souvent nbN. Cela explique 
les noms ethniques ou géographiques tels que bKSHK « souci (?) de 
El », bsna (pour ba-aw») « quatre dieux », ninrnp? « Astartés 
ou Déesses », nib^s « des Baalat ou Dames », pour ne parler que 
de noms bibliques. Mais l'invocation rituelle ne se bornait pas à 
l'appel nominal de la divinité, on invoquait souvent d'une façon 
vague le père ou la mère du dieu favori, parfois même les supé- 
rieurs de ses grands parents. Cet usage extrêmement curieux est 
révélé par les hymnes assyriens. L'invocation qui suit est tirée 
d'une incantation magique dirigée contre Namtar le génie de 
la mort : 

Nish bel abi ummi sha an-en-lil-lal lûtamâta. 
Nish bèlti abi ummi sha an-en-lil-lal lûtamâta. 
Nish an-ish-tar sha ana Mbitisha an-a-nun-na-hi ishtanu la isaru 

lûtamâta. 
Nish an-zih umme an-E-a lûtamâta. 
Nish an-ab-ha marti an-E-a lu tamâta. 
« Tu mentionneras le nom du Seigneur du père de la mère 2 

de Bel ! 
Tu mentionneras le nom de la Dame du père de la mère de Bel ! 

1 Wetzstein, Ausgewahltc Inschriften, p. 33G. 

2 Les mots abi ummi ont été jadis traduits par moi [Documents religieux, p. 3) 
« le père et la mère », mais, dans ce cas, les mots belu et bcltit auraient dû être au 
pluriel. 



RECHERCHES BIBLIQUES 

Tu mentionneras le nom de Ishtarit à l'ordre de qui les Annoûn 

jamais ne désobéissent ! 
Tu mentionneras le nom de Narat (?), mère de Iaou ! 
Tu mentionneras le nom de Nina 1 , fille de Iaou ! » 

L'auteur énumère au prêtre magicien les noms des divinités 
qu'il doit invoquer afin de chasser le démon et de guérir le ma- 
lade. Dans les trois dernières lignes, on invoque nominalement 
Astarté, Nàrat (?), mère de Iaou et Nina sa fille. Dans les deux 
premières lignes, on invoque au contraire d'une façon anonyme 
le Seigneur et la Dame du père de la mère de Bel. Que ces invo- 
cations aient pour objet un enfant, une ville ou une tribu, et 
l'on aura dans ce cas des noms théophores simples ou composés 
ayant pour base tantôt Astarté, tantôt Nârat (?) et Nina, mère 
et fille de Iaou, c'est-à-dire les correspondants de l'hébréo-sé- 
mitique rrVintô* /tw?s /*inn*-bï"W /îTnçitpjfa , ou nnn^a ,*innJttN 
bsnna /-^n ,frriN. Dans l'autre cas, on aura facultativement des 
noms compliqués « Seigneur du père de la mère de Bel » et 
« Dame du père de la mère de Bel » ; en phénicien, à peu près : 
bJrtR-MrïTK et bsa-baraarnan. Mais un composé pareil suppose 
la forme plus simple b^n-û&râa, c'est-à-dire l'analogue de l'hébréo- 
sabéen b»» 1 »»* et innisba»'. 

J. Hàlévy. 



1 Nina, déesse éponyme de la ville de Ninive. Le nom signifie « dame • ; son 
idéogramme se compose des signes signifiant • maison -f- poisson » par allusion à 
nunu « poisson >. 



ESSAI 

SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MÉDINE 



SUITE ET FIN 



II 



HISTOIRE DES JUIFS JUSQU A LEUR EXPULSION DE MEDINE 
SOUS LE KHALIFE OMAR 

Mahomet, en s'établissant à Médine, où il avait trouvé un ac- 
cueil si cordial, avait fondé l'Islam, mais il n'avait pas encore 
écarté les nombreux obstacles qui s'opposaient au développement 
de son oeuvre. Sa vie n'était plus menacée, ses ennemis étaient 
éloignés, mais il ne savait pas manier ces hommes qui poursui- 
vaient des intérêts souvent contraires. Ceux qui se disaient par- 
tisans du prophète n'étaient pas, pour la plupart, des musulmans 
bien convaincus ; presque tous, au contraire, avaient conservé 
des relations étroites avec leurs parents encore attachés au paga- 
nisme. Ajoutez aussi les hypocrites, ceux qui feignaient de croire 
à la doctrine de Mahomet, et enfin les adversaires déclarés de 
l'Islamisme, parmi lesquels on comptait les Juifs. Ces derniers 
avaient le plus trompé les espérances de Mahomet. 

Le prophète s'occupa donc tout d'abord de régler ses rapports 
avec les habitants de Médine. Il exposa ses vues dans un traité 
qu'il fit avec les indigènes de la ville et ceux qui étaient venus de 
la Mecque, y consacrant quelques paragraphes aux Juifs de nais- 
sance et aux Arabes convertis au judaïsme. Ses paroles nous ont 

1 Voir tome VII, page 167. 



ESSAI SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MÉDINE 1 1 

été conservées, mais comme elles ont été souvent traduites, il 
nous paraît inutile de les citer de nouveau *. 

Les Juifs, de leur côté, furent singulièrement déçus dans leur 
attente. La façon dont Mahomet comprenait la révélation, son 
ignorance et sa maladresse dans les questions religieuses ne les 
encouragèrent nullement à saluer en lui leur Messie. Il essaya 
d'abord de les gagner à ses doctrines par la douceur et la persua- 
sion ; ils lui répliquèrent en lui adressant de nouveau les ques- 
tions qu'ils lui avaient déjà posées ; ses réponses, remplies d'er- 
reurs grossières, excitèrent contre lui leurs rires et leurs raille- 
ries. De là, naturellement, une profonde hostilité entre Mahomet 
et les Juifs, dont le seul crime fut déjuger sévèrement l'entreprise 
de cet Arabe qui s'intitulait prophète de Dieu, et de trouver sa 
conduite ridicule, sa science fausse, ses prescriptions irréfléchies. 
Ce jugement, qui était fondé, fut cependant une faute politique, et 
les conséquences en devaient être nécessairement fatales à une 
minorité sans direction et sans cohésion. 

Parmi ceux qui avaient surtout raillé l'ignorance de Ma- 
homet, on comptait : dans la tribu des An-Nadhîr, le rabbin 
Hoyyeyy b. Akhtab et ses frères Abou-Yâsir et Djodey, Sallâm 
b. Mischkam, Kinâna, Ar-Rabî et. Sallâm, fils du poète Ar-Rabî 
b. Abi-1-Houkeik, le frère de ce poète, Sallâm, Amr b. Djah- 
hâsch, le poète Cab b. Al-Aschraf 2 et ses deux clients Haddjâdj 
b. Amr et Gardam b. Keis; dans la tribu des Banou Thalaba, 
Al-Fityaoun, le rabbin aveugle Abd-Allâh b. Çourâ, qui pas- 
sait pour connaître la Tora mieux qu'aucun savant du Hedjâz, 
Ibn Çalouba et Mokheirîk; dans la tribu des Banou Keinokâ, 
Zeid b.'Al-Loceit, Sad b. Honeif, Mahmoud b. Seihân, Ozeir b. 
Abi-Ozeir, Abd- Allah b. Dheif, Soweid b. Al-Hârith, Rifâa b. 
Keis, Finhaç, Aschya, Nomân b. Adhâ, Bahriy b. Amr, Schâs b. 
Keis, Zeid b. Al-Hàrith, Nomân b. Amr, Sokein b. Abi Sokein ; 
Adyy b. Zeid, Nomân b. Abi Aoufa, Abou Anas, Mahmoud b. 
Dahya 3 , Mâlik b. Dheif 4 , Cab b. Râschid, Azar, Râfi b. Abi Râfi, 
Khàlid, Izâr b. Abi Izâr, Râfi b. Hâritha, Râfi b. Horeimala, Râfi 
b. Hàridja, Mâlik b. Aouf, Rifâa b. Zeid b. Al-Tabout et le rabbin 
Abd-Allah b. Salâm; dans la tribu des Banou Koreiza, Az-Zabîr b. 
Bâta, Azzâl b. Schamwil, Cab b. Asad, Schamwîl b. Zeid, Djabai 
b. Amr, An-Nahhâm b. Zeid, Fardam b. Cab, Wahb b. Zeid, Nâfi 

1 Sprenger, Mohammed, III, p. 20 et suiv. ; C. de Perceval, Essai, III, p. 22; 
d'après Ibn-Hischâm, p. 341. 

2 Voir plus loin, p. 18. 

3 Voir Revue, t. VII, p. 188. 
. * Voir t. VII, p. 191. 



12 REVUE DES ETUDES JUIVES 

b. Abi-Nâfi, Abou-Nàfi, Adyyb. Zeid, Al-IIârith b. Aouf, Cardam 
b. Zeid, Osâma b. llabîb, Râfi b. Romeila, Djabal b. Koscheir, 
Wahb b. Yahoudâ; dans d'autres familles juives, probablement 
d'origine arabe, Labîd b. Aççam, Kinâna b. Çouriyâ, Fardam b. 
Amr, Silsila b. Barhâm *. 

Tous ces hommes occupaient un rang important dans leurs 
tribus, et leur union aurait certainement pu. triompher des at- 
taques de leurs ennemis et assurer leur existence. Mais des 
défections se produisirent, môme parmi les plus distingués 
d'entre eux. 

Les mobiles qui ont pu pousser à embrasser l'Islamisme des 
Israélites ignorants, incapables de juger de la valeur des doc- 
trines de Mahomet, n'ont dû avoir aucune influence sur un 
homme instruit comme Abd- Allah, fils de Salâm, et nous doutons 
de la sincérité de ses nouvelles convictions religieuses, d'autant 
plus que sa conversion ne nous est racontée que par lui-même 2 . 

1 Ibn-Hischâm, p. 351 et suiv. Je n'ai cité tous ces noms que pour montrer que les 
Juifs se sont en quelque sorte arabisés. Nous ne trouvons en effet chez eux qu'un 
très petit nombre de noms bibliques ou spécialement israéiites, et ce fait concorde 
avec l'idée fondamentale de l'ouvrage de M. Zunz, Namen der Juden. On reconnaît 
une origine biblique dans les noms de JDzeir = NTr^, Finhâç, Aazar ; ce dernier 
nom est une corruption de Tr^btf- qui paraît également avoir donné naissance au 
nom de lmr. Schamwîl est sans contredit le nom de bN172"D, que nous trouvons en- 
core sous la forme arabe de As-Samaoual. Ces remarques prouvent que les traditions 
juives se sont conservées plus pures à Médine que chez le poète de Teimâ où 
se montre clairement Finfluence arabe. Il semble même que les Juifs de Médine 
avaient comme langage une espèce de jargon (cf. Sprenger, ibid., III, p. 235). — 
Nahhâm est le nom ùlfO ; Yahouda = ÏTnïT se trouve écrit une fois chez Ibn- 
Hischâm Bahoudza (cf. Ibn-Hischâm, p. 393). Il est digne de remarque que Maho- 
met emploie le mot yahoud pour désigner un juif. Réunis aux chrétiens, Mahomet 
les appelle Ahl-al-Kitâb. Pour justifier ses contes bibliques, qu'il tenait de la tradi- 
tion des « enfants d'Israël », il termine une série de récits de ce genre par ces mots : 
« N'ont-ils point ce signe que les savants des enfants d'Israël le connaissent ? » Les 
Juifs du nord de l'Arabie portaient d'assez bonne heure le nom de Al-Yaoud. L'ori- 
gine de cette dénomination était tout à fait inconnue de Mahomet ; il ignorait aussi 
que les Juifs d'Arabie n'étaient pas Arabes de naissance. Le mot Yahoud ressemble à 
une forme verbale, forme dont on tire très souvent des noms propres. Mahomet a 
certainement considéré le nom des Juifs comme venant d'une pareille forme et il dérive 
Yahoud de la racine hâda [alladzîn ahâdou « ceux qui sont juifs», vi, 147, xvi, 119...) 
Le nom de Yahoud ne se trouve dans aucune soura mecquoise, et ce n'est qu'après 
avoir été à Médine que Mahomet sut que c'était un nom propre étranger. Néanmoins, 
il traite ce nom comme venant de la racine hâda et dit à la fois : hâdou, houd et ya- 
houd. Plus tard, pour distinguer les Juifs des chrétiens, il emploie le terme yahoudyy 
(' 1 ^^!^! ,, ), il dit, par exemple : « Abraham n'était ni juif [yahouddyyan), ni chrétien, 
(naçrânyyan). » L'origine de yahoud était si peu connue des traditionistes musul- 
mans que Bokhârî (m, p. 51) dit que hâdou signifie: « ils demeurent juifs », mot 
qui dérive de hâda, revenir à la vérité, comme tâba. 

2 Son vrai nom était Al-Hocein. Voici ce que Ibn-Hischâm rapporte au sujet de 
sa conversion : « Quand j'entendis ce qu'on racontait de l'envoyé de Dieu, dit Abd 
Allah, je reconnus à ses qualités et à l'époque à laquelle il devait se présenter que 
c'était un vrai prophète. Je ne fis part à personne de mes pensées avant l'arrivée de 



ESSAI SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MÉDINE 13 

Quoi qu'il eu soit, la conversion d'Abd-Allâh, glorifiée et exaltée 
par les traditionistes arabes, eut des conséquences excessivement 
heureuses pour Mahomet. Ce dernier, pour le récompenser de son 
adhésion à l'islamisme, le surnomma « Serviteur de Dieu ». Plu- 
sieurs membres de la tribu des Banou Keinokâ suivirent l'exemple 
de l'apostat : Sad b. lloneif, Zeid b. Al-Loçeit, Nôman b. Aoufa, 
Othmàn b. Aoufa, Ràli b. Horeimala, Rifa'a b. Zeid, qui se firent 
tous musulmans, non, paraît-il, par conviction, mais pour imiter 
Abd-Allâh. Gomme la sincérité de leurs convictions religieuses 
('■tait mise en doute, ils furent surnommés a hypocrites ». D'autres 
conversions eurent encore lieu, celles de Silsila b. Barham et de 
Kinàna b. Gouriyà. Mais ces derniers étaient d'origine arabe, et 
leur conduite s'explique facilement par les relations qu'ils avaient 
probablement avec des parents et amis musulmans. 

Ces conversions restèrent cependant des cas exceptionnels, et 
l'islamisme eut peu d'adeptes parmi les Juifs. Les partisans de 
Mahomet étaient presque tous des Arabes rudes et grossiers, 
ignorant jusqu'aux principes mêmes de la religion qu'ils avaient 
embrassée. Quant aux Israélites, ils répondaient aux avances du 
prophète par la raillerie. C'est alors que Mahomet commença de 
remplacer la persuasion par la violence ; ceux qui n'étaient pas 
sincères dans leurs croyances musulmanes, juifs ou arabes, furent 
battus et chassés des mosquées f . Abou Bekr lui-même, d'habitude 
si prudent et si modéré, pénétra dans l'école juive et accabla de 
coups le rabbin Finhâç 2 . Pour le récompenser de cet exploit, Ma- 
homet le favorisa d'une révélation 3 . 

C'est à cette époque que, selon les traditionistes, remonte une 
lettre que Mahomet est censé avoir écrite aux Juifs de Kheibar, 

Mahomet à Médine. Quand j'appris que Mahomet était venu, je me trouvais sur un 
palmier au pied duquel était assise ma tante Khâlida b. Al Hârith, je m'écriai : 
« Dieu est grand ! » Ma tante me fit des reproches en disant : « Honte sur toi, tu 
n'aurais pas pu en dire plus si Moïse lui-même était arrivé. — Par Dieu, répondis-je, 
il est le frère de Moïse et nous apporte sa loi. — Est-il donc le prophète dont la venue 
nous est annoncée pour ces temps-ci? — Oui. — Ah! il en est ainsi! » Je me rendis 
auprès de l'envoyé, je fis ma profession de foi et convertis ma famille, nous tînmes 
notre conversion secrète aux Israélites. J'informai le prophète que mes anciens core- 
ligionnaires étaient des calomniateurs et, pour l'en convaincre, je l'engageai à prendre 
auprès d'eux, sans leur faire connaître ma conversion, des informations à mon sujet. 
C'est ce qu'il lit. A ses questions, ils lui répondirent : « Al-Hocein est notre sei- 
gneur et le (ils de notre seigneur, il est notre rabbin » ! Quand j'eus entendu ces 
mots, je sortis de l'endroit où je m'étais tenu caché, je leur appris que Mahomet était 
le prophète annoncé par Dieu : « Tu mens ! » s'écrièreat-ils tous en m'accablant d'in- 
jures, t N'avais-je pas raison, dis-je à Mahomet, de te les représenter comme des 
menteurs, des calomniateurs et des gens sans foi? » Voir Bokhâri, III, p. 42-50. 

1 Ibn-Hischâm, p. 362. 

2 Ibid., p. 389. 

3 Coran, m, p. 177. 



14 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

membres, en majeure partie, de la tribu des An-Nadhîr. Rien ne 
démontre l'authenticité de ce document, il est cependant possible 
que le prophète se soit adressé par lettre à ceux des Juifs qui 
demeuraient au loin et qu'il essaya de convertir à l'islamisme. 
Voici, du reste, ce que contient cette épître : « Au nom d'Allah le 
bon et le miséricordieux. De la part de Mahomet, envoyé de Dieu, 
collègue et frère de Moïse dont il confirme tous les commande- 
ments. Dieu ne vous a-t-il pas parlé ainsi : Vous qui possédez 
la Tora, vous y lisez : Mahomet est l'envoyé de Dieu, et ses par- 
tisans doivent se montrer impitoyables pour les mécréants, misé- 
ricordieux pour leurs amis, ils se courbent et s'agenouillent, leurs 
visages portent les signes de leur soumission? C'est ainsi que parle 
d'eux la Tora. L'Evangile les compare à la semence qui sort de 
terre, s'élève en épi et fleurit à la grande joie et à l'admiration de 
celui qui a semé et de celui qui a labouré. A ceux qui croient en 
lui et font le bien Dieu a accordé la rémission de leurs péchés et 
les a récompensés. Par Dieu, par la révélation, par la manne et 
les cailles qui ont servi de nourriture aux tribus, à vos ancêtres, 
par celui qui a desséché la mer pour faire passer vos aïeux et les 
sauver de la colère de Pharaon, je vous adjure de m'écouter. 
Vous m'avez dit vous-mêmes que vos livres révélés vous ordon- 
nent de croire à un Mohammed. Dans le cas où ces livres ne 
vous en parleraient pas, croyez tout de même à Mahomet, atta- 
chez-vous à Allah et à son prophète 1 . » 

Cette lettre n'obtint aucun résultat, les attaques continuèrent 
et Mahomet y répondit par des versets du Coran. Du moins, c'est 

i Ibn-Hischâm, p. 376; Ouyoun al-Athâr (ms. Spreng., 122, 123, p. 273), d'après 
Ibn Ishâk, qui le rapporte au nom de Ibn Abbâs, ce qui ne rend pas cet écrit plus 
di^ne de foi. Un passage de cette lettre se trouve à la fin de la 48 e soura, une des 
plus récentes, mais il se peut que ce verset final, qui ne se lie nullement à ce qui pré- 
cède, soit une addition postérieure à Mahomet. Si cette lettre ou une autre émane réel- 
lement de Mahomet, elle a probablement été écrite avant la marche des musulmans 
sur Kheibar, et les mots : Dieu ne vous a-t-il pas dit ? ont engagé les rédacteurs du 
Coran à insérer dans ce livre l'introduction de cette lettre écrite dans le style du Coran. 
Dans mes Jlldisehe Eléments im Korân. p. 57, j'ai dit que Mahomet en parlant « des 
signes sur leurs visages • a en vue les phylactères que portaient déjà, sans aucun doute, 
les Juifs de Médine, il en parla peut-être de nouveau dans cette lettre. Mais l'allusion 
qu'il fait aux livres indique certainement encore un autre objet. L'expression du 
Coran roulthaan souddjadan rappelle l'expression hébraïque Û'nfintiSa'l &*WD 
dont elle est la fidèle traduction. Je crois donc que Mahomet entend par « vos 
livres » la Mischna de Yôma, VI, 2, qui faisait peut-être partie de la liturgie de 
Kippour. On sait que chez Mahomet le mot Tora a un sens très étendu, le prophète 
peut dore faire allusion ici au Yom Kippourim qu'il a vu célébrer à. Médine et dont il 
parle encore à d'autres endroits. Voir Bokhâri, III, p. 51. Cf. Geiger, Was hat 
Mohammed dem Judenthum entlchnt, p. 37, et Jlldische Elément e, p. 54 et suiv. ; 
Sprenger, III, p. 53, note; C. de Perceval, II, p. 18, note... Pour les autres com- 
paraisons, voir Evang. de Marc, iv, 8. 



ESSAI SUR ^HISTOIRE DES JUIFS DE MEDINE 15 

ainsi que de nombreux versets sont rattaches par les traditionistes 
à des événements particuliers, mais il n'est pas toujours possible 
de savoir si le verset est plus ancien que le fait auquel il est rap- 
porté ou s'il a été composé à l'occasion du fait lui-môme. Les Juifs 
avaient demandé à Mahomet de faire des miracles, par exemple, 
de faire descendre des tables du ciel. Mahomet répondit à cette 
proposition par des explications bien embarrassées ; il se rendit 
dans les écoles juives, soutint des controverses pour prouver le 
caractère divin de sa mission, mais ne fut pas écouté *. Iloyyeyy 
et son frère Yàsir multipliaient leurs démarches pour empêcher 
les Israélites de se convertir à l'islamisme. Les Israélites, pour 
répondre au zèle de prosélytisme de Mahomet, essayaient de ré- 
veiller la vieille jalousie entre les Aousites et les Khazradjites et 
rappelaient leurs anciens combats et surtout la bataille de Boâth -, 
ils excitaient aussi les Koreischites et d'autres tribus arabes contre 
les Musulmans. 

La résistance qu'opposaient les Juifs à toutes les tentatives de 
conversion modifia singulièrement la tournure des idées reli- 
gieuses de Mahomet. Jusque-là il avait adopté pour sa nouvelle 
religion les cérémonies juives, il s'était tourné vers Jérusalem 
pour prier et avait employé les mêmes moyens que les Juifs pour 
convoquer les fidèles à la prière 3 . Mais, plus tard, il emprunta 
aux chrétiens leur manière d'assembler leurs frères à l'église à 
l'aide de deux bûches; enfin, il fit appeler les fidèles du haut d'une 
tour, par la voix d'un homme. Puis, il ordonna aux Musulmans 
de se tourner pendant leur prière vers la Mecque 4 . Ce revi- 
rement eut dans sa pensée un double but, montrer aux Juifs qu'il 
se rendait indépendant de leurs lois et flatter l'amour-propre 
national des Arabes. S'il répondit faiblement aux Juifs qui étaient 
étonnés de ce changement 5 , néanmoins son véritable sentiment 
est hors de doute G . 

C'est vers cette époque que Mahomet inaugura un nouveau sys- 
tème de propagande pour se créer des partisans et faire cesser 
l'opposition contre ses doctrines : il employa la force. Apprenant 
qu'une caravane de Koreischites se préparait à se mettre en 

1 Ibn-Hisch., p. 383 ; Ouyouu, p. 276. 

s Ibn-Hisch., p. 386 ; Ouijoun, p. 277. 

3 Ouyoun, p. 261. Les Juifs se servaient pour cet objet d'un cor. 

* Ibn-Hisch., p. 381, 427; Ouyomi, p. 299; Ibn-Sad (ms. Spr., 103), f. 47 b. La 
Kibla (direction pendant la prière) fut modifiée le dix-septièrne ou dix-huitième mois 
après l'hégire. Cf. Sprenger, III, p. 47. 

5 Coran, n, 136. 

c Ibn Sad, ibid. 



16 REVUE DES ETUDES JUIVES 

route, il chargea un certain nombre de ses amis de se placer en 
embuscade pour attaquer les voyageurs. L'un des Koreischites fut 
tué, deux autres furent pris, pendant que le quatrième s'enfuyait. 
Ce fait se passa pendant le mois sacré des Arabes où aucun 
combat ne devait être livré. Mahomet, qui avait même partagé 
avec les meurtriers les dépouilles de ses ennemis, justifia sa con- 
duite et celle de ses amis par une nouvelle révélation 1 . Les Juifs 
raillèrent vivement cette façon d'agir du prophète, qui se promit 
bien de tirer vengeance de ses adversaires, dès que les circons- 
tances le lui permettraient. 

Après la bataille de Badr qui avait affermi la puissance de l'is- 
lamisme naissant, Mahomet résolut de châtier les railleurs et les 
adversaires de la nouvelle religion. Une femme arabe, nommée 
Açmâ, ayant écrit contre Mahomet des poésies satiriques, il la fit 
assassiner. Les traditionistes essaient de justifier ce meurtre en 
disant que cette femme était juive et avait souillé les mosquées 2 . 
Une deuxième victime tomba bientôt sous les coups du prophète : 
un vieillard, Abou Afak, de la tribu arabe de Amr b. Aouf, qui 
s'était converti au judaïsme, avait par ses vers excité les membres 
de sa tribu contre les Musulmans 3 . Mahomet exprima le désir de 
voir punir cet adversaire et Abou Afak fut assassiné par un 
membre de sa propre famille. 

Après ce double exploit, Mahomet fit une dernière tentative 
auprès des Juifs pour les convertir à l'islamisme. Il les réunit sur 
le marché des Banou Keinokâ, les exhorta à accepter ses doc- 
trines et leur rappela la défaite des habitants de la Mecque. Les 
Banou Keinokâ rejetèrent la proposition de Mahomet, et la lutte 
commença. Voici, d'après certains récits, quel aurait été le signal 
des hostilités entre Juifs et Musulmans. Une femme arabe était 
assise au marché devant la boutique d'un orfèvre pour vendre du 
lait, ou pour attendre que l'orfèvre eût réparé un de ses bijoux. 
Les Juifs voulurent la forcer à se découvrir le visage ; elle refusa. 
L'un d'eux se plaça alors derrière cette femme et, sans qu'elle s'en 
aperçut, lui releva la robe et en rattacha le bord au dos. Quand 
elle se leva, tous les assistants éclatèrent de rire. Quelques musul- 

1 Coran, n, 214. 

2 Wâkidi, traduit par Wellhausen ; Sprenger, III, p. 146. 

3 Ibn-Hisch., p. 995 ; Wakidi, p. 174. Voici ces vers : « J'ai vécu pendant de lon- 
gues années et n'ai trouvé nulle part une association — qui fût plus noblement atta- 
chée à ses alliances et plus fidèle à sa parole envers ceux qui avaient besoin de 
secours — que les fils de Keila pris dans leur ensemble. Des montagnes s'effondrè- 
rent, mais eux ne fléchirent pas. — Ils furent séparés par un cavalier qui vint les 
trouver et leur fit confondre ce qui était permis et ce qui était défendu. — Vous 
auriez dû vous montrer plus fermes ou rester fidèles à votre premier maître. » 



ESSAI SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MEDINE 17 

mans présents à cette scène se jetèrent sur l'auteur de ce scan- 
dale et le tuèrent. Les Juifs, à leur tour, pour venger leur com- 
pagnon, mirent à mort les meurtriers 1 . 

Quoi qu'il en soit de cette histoire, Mahomet résolut de tourner 
contre les Juifs la puissance que lui avaient donnée ses différents 
succès. Il commença par les Banou Keinokâ. Ceux-ci s'étaient 
retirés dans leurs châteaux- forts. Après un siège de quinze jours, 
ils se rendirent, le prophète les fit mettre aux fers et voulut les 
faire exécuter. Il faut se rappeler ici que les Banou Keinokâ 
avaient signé un traité qui leur garantissait la vie sauve et la 
possession de leurs biens. Abdallah b. Obeyy, qui, déjà avant la 
bataille de Boâth, avait témoigné ses dispositions favorables à 
l'égard des Juifs et qui particulièrement était jaloux de la victoire 
du prophète, essaya de sauver les captifs. Il se rendit donc auprès 
de Mahomet et lui demanda de faire remettre les prisonniers en 
liberté. Mahomet refusa. Abdallah le saisit alors par la cuirasse. 
« Par l'enfer ! veux-tu bien me laisser ? » s'écria le prophète, 
rouge de colère. « Je te laisserai, répliqua son interlocuteur, 
quand tu m'auras accordé la liberté des sept cents guerriers qui 
ont été mes alliés et m'ont défendu contre les rouges et les noirs. 
Je crains que la fortune ne nous trahisse ». Ces dernières paroles 
impressionnèrent vivement le prophète, et il promit de laisser la 
vie sauve aux Banou Keinokâ à la condition qu'ils quitteraient 
leur pays. Les Juifs émigrèrent donc vers le Nord et s'établirent à 
Adzraât; leur fortune, qui consistait en objets d'orfèvrerie, était 
restée entre les mains du vainqueur 2 . 

L'émigration des Banou Keinokâ diminua considérablement la 
force des Juifs. Leurs frères des tribus des An-Nadhîr et de Koreiza 
n'avaient fait aucun effort pour venir en aide aux vaincus, ne voyant 
pas, dans leur aveuglement, que leurs propres intérêts étaient in- 
timement liés à ceux des malheureux émigrants. Et cependant les 
circonstances auraient été favorables pour résister à Mahomet. A 
Médine existait un parti puissant qui désirait vivement expulser 
ceux qui étaient venus de la Mecque pour rejoindre Mahomet. De 
plus, les Koreischites étaient impatients de venger leur défaite et 
de se battre avec le prophète. Abou Sofyàn, le chef de la tribu, 
avait juré de ne pas laisser tomber une goutte d'eau sur sa tête 
avant d'avoir châtié Mahomet. Il se rendit avec deux cents cava- 
liers à Médine. Là, il se glissa pendant la nuit dans la demeure de 

1 Ibn-Hisch., p. 383, 545; Ibn-al-Athir, II, p. 106. Sprenger, III, p. 250, doute 
avec raison de l'authenticité de ce l'ait, parce qu'à cette époque les femmes musul- 
manes n'étaient pas encore voilées. 

» Ibn Hisch., p. 546 ; Ibn al-Athir, II, 547; Wâkidi, éd. Kremer, p. 177. 
T. X, n° 19-20. 2 



18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Hoyyeyy, rabbin de la tribu des An-Nadhîr, et dans celle de Sallâm 
b. Mischkam, chef de cette tribu, pour s'informer de l'état des 
esprits dans la ville. Le matin, il repartit pour retrouver ses gens 
et en envoya une partie à Al-Oreidh, où ils mirent le feu à des 
plantations de dattiers et tuèrent deux Musulmans. Le bruit de 
cette attaque se répandit rapidement, Mahomet marcha contre ses 
adversaires avec une troupe nombreuse. Les Koreischites batti- 
rent en retraite avec une telle hâte qu'ils durent abandonner de 
nombreux sacs de farine pour ne pas être embarrassés dans leur 
fuite. Cette expédition porte le nom de Sawîk, du mot arabe Sawîk 
qui est le nom d'un mets de farine. 

Après ce nouveau succès, Mahomet recommença la série de ses 
meurtres. Il y avait à Médine, dans la famille des An-Nadhîr, un 
poète juif du nom de Gab b. Al-Aschraf, adversaire déclaré du 
prophète. Son origine est assez obscure; son père, d'après la plu- 
part des chroniqueurs, était de la famille de Nabhàn, de la tribu de 
Tayy, et sa mère appartenait aux An-Nadhîr. Gab, qui avait perdu 
son père dès l'enfance, fut élevé dans la famille de sa mère 1 . 
D'après les traditionistes, il avait été musulman pendant quelque 
temps et faisait sa prière le visage tourné vers la Mecque ; mais 
rien ne confirme cette assertion. A la nouvelle de la victoire de 
Mahomet à Badr, le poëte s'écria : « Est-il possible que Mahomet 
ait tué ces guerriers, les plus nobles d'entre les Arabes, les plus 
généreux des hommes? Par le ciel, si Mahomet a fait mourir ces 
hommes, j'aime mieux l'intérieur de la terre que la surface. » Il se 
rendit alors à la Mecque et récita les vers suivants pour exciter 
les Koreischites à la vengeance - : 

La meule de Badr a broyé les guerriers, — un tel malheur arrache 
des sanglots et fait couler des pleurs. Les princes de l'humanité ont 
été tués près de leurs citernes. Vous ne pouvez pas vous laisser 
exterminer ! Des rois ont été étendus dans la poussière. Plus 
d'un homme pur, célèbre et considéré, a été frappé dans cette ba- 
taille, qui donnait l'hospitalité aux étrangers, — distribuait à pleine 
main lorsque les étoiles de la pluie manquaient, et était un seigneur 
auquel revenait le quart du butin. 

Des hommes, dont l'indignation me plait, disent : Ibn Aschraf est 
un trembleur; —ils ont raison. Lorsque mes amis ont été tués, pour- 
quoi donc la terre ne s'est-elle pas entr'ouverte pour eugloutir tous 
ses habitants?— Que celui qui a amené ce malheureux événement 

1 Ag. f XIX, p. 106; Ibn-Hisch., p. 548 ; Ibn-al- Ath. , II, p. 110 ; Wâkidi, p. 185 ; 
Bokhâri, III, p. 74. 

2 Ibn-Hisch., ibid., et suivants. Pour le vers 2, cf. Hamasa, p. 89. — Vers 5, 
talon, en arabe cab, allusion au nom du poète. — Vers 9, cf. Ibn-Hisch., p. 510. 



ESSAI SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MEDINE 19 

soit blessé par un coup de lance, qu'il devienne aveugle et sourd 
et vive éternellement dans l'angoisse ! — On m'a raconté que la mort 
d'Aboul-IIakim a attristé et profondément affligé tous les fils de Al- 
Moughira. Près de Aboul-IIakim sont les deux fils de Rabiâ ; Moun- 
nabbib pas plus que Tobba et les autres tués n'ont pu échapper à 
leur sort. — On m'a raconté que Al-Hârith b. Hâschim agit en homme 
de bien et rassemble des guerriers — pour visiter Yathrib avec 
une troupe armée, car cet homme généreux et respecté défend sa 
dignité. 

Gab composa encore sur le môme événement les vers sui- 
vants ' : 

Chassez le sot loin de vous, afin de n'avoir pas à entendre ses ab- 
surdités. Me blâmez-vous de ce que je répands des pleurs sur ceux 
qui ont été pour moi des amis sincères et fidèles? Oui, je pleurerai 
tant que je vivrai et que je me souviendrai des exploits d'hommes 
courageux dont la gloire vit à Al-Djoubadjib. Par ma vie, les fils de 
Morid n'étaient pas méchants, mais ils sont maintenant rusés 
comme des renards. Ils mériteraient qu'on leur coupât le nez, parce 
qu'ils ont montré du dédain pour les tribus de Loayy b. Ghâlib. Par 
la maison de Dieu placée entre les montagnes, je donne ma part des 
Mourid en paiement à Djadar 2 . 

Cab retourna à Médine où il offensa gravement les Musulmans, 
d'après les chroniqueurs, en entretenant des relations avec leurs 
femmes. Mais cette accusation n'est nullement fondée et ne paraît 
avoir été dirigée contre Cab que pour justifier sa mort. Même son 
voyage à la Mecque n'est pas sûr, non plus que tous les incidents 
antérieurs à sa mort 3 . Le poète était un adversaire dangereux 
pour le prophète ; le prophète décida de le faire tuer. « Qui veut 
me délivrer, s'écria-t-il un jour, du fils d'Al-Aschraf ? » Le médinois 
Mohammed b. Maslama s'offrit pour accomplir cet exploit, mais 
demanda à Mahomet de lui permettre d'employer la ruse et le 
mensonge. Le prophète l'y autorisa. Cette circonstance démontre 
une fois de plus que, pour faire disparaître les adversaires de son 
despotisme, qu'il appelait les ennemis de sa foi, Mahomet ne re- 



1 Ibn-Hisch., p. 550, doute de l'authenticité de ces vers. — Vers 4, Ibn-Hisch., 
écrit fakhtâlat, ce qu'il faut probablement lire fahtâlat. — Al-Akhâschib est la mon- 
tagne de Al-Çammân dans le pays des Banou Tamîm. 

* Agh., XIX, p. 103, cite encore les vers suivants de Cab (voir Yâcout, II, p. 63, 
cf. Noeldeke, Beitraege, p. 80) : a Nous avons un puits abondamment pourvu d'eau, 
tous ceux qui ont un vase peuvent y puiser. — Les chameaux noirs y apportent des 
seaux et des cordes. — J'ai pu réaliser tous mes vœux excepté celui que j'ai formé 
au sujet de Batn-al-Djourouf • (demeure de sa bien-aimée (?) 

3 Voir les traditions dans Sprenger, III, p. 156. 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cula devant aucun moyen. Le meurtre de Gab est raconté dans 
plusieurs ouvrages, ce qui nous dispense d'en faire encore ici une 
fois de plus le récit l . 

Le meurtre du chef des An-Nadhîr n'était certainement, dans 
l'esprit de Mahomet, que le prélude d'une attaque générale contre 
toute la tribu. Mais pour le moment ce projet ne put pas être mis à 
exécution, les Musulmans venaient d'être battus à Ouhoud par les 
Mecquois en l'an 3 de l'hégire, et cette défaite diminuait momen- 
tanément le prestige et la puissance du prophète. Dans cette 
bataille fut tué un prosélyte juif Mokheirîk, autrefois adversaire 
acharné de Mahomet, qui, nous ne savons à quelle époque, s'était 
converti à l'islamisme et qui sacrifia sa vie à la défense de sa nou- 
velle religion 2 . 

Le prophète, pour relever la gloire de ses armes et venger des 
injures dont le souvenir seul l'indignait, résolut d'en finir avec les 
Juifs. Il se sentait, du reste, encouragé par le calme et l'indiffé- 
rence avec lesquels ces derniers avaient assisté à l'expulsion des 
Banou Keinokâ et au meurtre de Gab. Yoici quel fut le prétexte 
de cette guerre. Un musulman avait tué deux Amyrites, Mahomet 
accompagné d'Abou-Bekr, d'Omar et d'Ali, se rend auprès des 
An-Nadhîr et leur demande de se joindre à lui pour s'excuser de 
ce meurtre. Ses amis l'attendent à l'entrée des habitations ; ils le 
voient revenir en toute hâte. Mahomet leur raconte qu'une ré- 
vélation divine l'a prévenu que le Juif Amr b. Djihâsch, refusant 
d'obéir aux injonctions de Sallâm b. Mischkam, a projeté de 
lancer sur lui une pierre du haut de son château-fort pour le tuer. 
Cette accusation était certainement fausse et ne devait que servir 
de prétexte pour attaquer les An-Nadhîr dont la perte était réso- 
lue depuis longtemps. Mahomet fait assiéger les châteaux-forts 
de ses ennemis et, contre tous les usages, ordonne de brûler et de 
couper les palmiers àBoéira 3 . Abd-Allah b. Obeyy engage les 
assiégés à ne pas persévérer et il leur promet d'intercéder en 
leur faveur auprès du prophète. Ce dernier consentit à laisser 



1 Sprenger, iiid. ; C. de Perceval, III, p. 85 et suivantes. Cf. Ibn-Hischâm, Ibn- 
al-Ath., Bokhâri, Ouyoun, etc. 

2 Ibn-Hischâm, p. 354 et 378. Il va sans dire que les chroniqueurs le louent beau- 
coup pour sa science et ses richesses. « 11 reconnut, d'après les prophéties bibliques 
et d'après ses propres recherches, que Mahomet était le vrai Messie, et il embrassa 
l'islamisme. Le jour de Ouhoud, qui était un samedi, il engagea les Juifs à venir 
au secours de Mahomet. Sur leur refus, il prit les armes, légua sa fortune au pro- 
phète et se jeta dans la mêlée : il y trouva la mort. Mahomet distribua sa fortune en 
aumônes. » 

3 Cf. Bokhâri, III, 72; Yacoût, I, p. 765; Sprenger, III, p. 162. Cf. Deutér., 
xxi, 19. 



ESSAI SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MEDINE 21 

sortir les An-Nadhîr de leurs forteresses, sans armes, et il permit 
à chaque groupe de trois personnes d'emporter de leurs biens la 
charge d'un chameau. Les An-Nadhîr acceptèrent ces condi- 
tions, chargèrent leurs hôtes, emportèrent les matériaux de bois 
de leurs maisons et se retirèrent, au son de la musique, vers 
le Nord où ils s'établirent, en partie à Kheibar, en partie à 
Adzraât en Syrie. Parmi ceux qui fixèrent leur séjour à Kheibar 
se trouvaient le frère et les fils de Rabîb. Abî-HIoukeik et le rab- 
bin Hoyyeyy. Deux Nadhirites, Yamîn b. Omeir et Abou Sad b. 
Wahb, pour sauver leur fortune et pouvoir séjourner à Médine, 
embrassèrent l'islamisme. Les biens-fonds des émigrés furent par- 
tagés entre les Musulmans '. 

Les Juifs auraient certainement pu se défendre avec succès con- 
tre un ennemi qui n'avait aucune expérience de l'art militaire et 
était trop imparfaitement préparé pour soutenir une longue lutte, 
mais ils manquèrent d'énergie, de décision et d'unité. Leur émi- 
gration s'explique cependant jusqu'à un certain point par leur 
crainte de ne pouvoir continuer à habiter un pays où régnaient la 
trahison et le meurtre, et où leurs adversaires devaient grandir 
avec le temps en nombre et en puissance. 

Quelques amis des exilés, restés à Médine, eurent le courage de 
déplorer amèrement en public l'expulsion des Nadhirites, et ils 
exprimèrent en vers éloquents leurs profonds regrets devant la 
défaite de cette tribu. Un musulman avait loué Mahomet du meur- 
tre de Cab et de l'expulsion des An-Nadhîr. Le Juif Sammâk lui 
répondit en ces termes : 

Vous êtes fiers d'avoir assassiné Cab b. Al-Aschraf ! glorifiez-vous 
donc de cet exploit, — lorsque vous sortîtes le matin pour lui appor- 
ter la mort, quoiqu'il n'ait jamais été infidèle à sa parole et n'ait ja- 
mais trahi. Il viendra peut-être un temps où la fortune changera et 
se tournera contre vous, où le juge équitable vous demandera compte 
— du meurtre que vous avez commis sur les An-Nadhîr et leurs alliés, 
et de la destruction des palmiers que vous avez coupés avant que les 
dattes n'eussent été cueillies. — Si le ciel me prête vie, nous péné- 
trerons chez vous, armés de lances et de glaives bien effilés. Des 
guerriers vaillants manieront ces armes, s'en serviront pour se dé- 
fendre et feront tomber les ennemis sous leurs coups. — Avec eux 
est Çakhr et sa suite, qui tous sont hardis à l'attaque — comme 
un vigoureux lion de Tardj qui défend son repaire, un frère de la 
forêt. 



1 Wâkidi, p. 353 ; Ibn-Hischâm, p. 652 et suiv. ; Ibn-al-Ath., II, p. 133 ; Belad- 
zori, p. 17. 



22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le poète musulman Cab b. Mâlik composa sur ce même événe- 
ment un autre poème qui se termine par ces vers : 

Ils subissent maintenant les conséquences de leur défaite, comme 
uue chose grave, car, pour trois, il n'est resté qu'un seul chameau. — 
Ils sont expulsés en arrière de Keinôka, et pour eux ont été retenus 
les palmiers et les habitations. 

Sammâk lui répondit : 

Je me suis réveillé, un chagrin violent me pénétra pendant une 
nuit qui m'a paru plus longue que toutes les autres nuits. — Je 
vois que tous les rabbins le repoussent, quoiqu'ils soient tous 
instruits et érudits, — Quoi qu'ils soient ces savants laborieux et 
perspicaces dont parlent la Tora et les Psaumes. — Vous avez assas- 
siné Cab, le prince des rabbins. Oui, autrefois le protecteur était 
sûr! — Gab s'est approché de son frère Mahmoud, mais le cœur de 
Mahmoud cachait de mauvaises intentions. — Il l'a laissé en arrière, 
comme si un sang noir coulait à flots sur sou vêtement. — Par mon 
père et le vôtre, le coup porté à Gab a atteint les Nadhir.— Quand 
nous vous ferons expier votre crime, nous laisserons étendus [dans 
la poussière], en l'honneur de Gab, des hommes autour desquels vo- 
leront des oiseaux. — Gomme s'ils étaient des moutons de boucherie, 
un jour de fête, mais que personne ne chasse. 

(Nous viendrons) avec des glaives; c'est ainsi que vous avez senti, 
près de Ouhoud, le poids de la vaillance de Çakkr, quand personne 
ne vint à votre secours. 

Le poète arabe Abbâs b. Mirdâs 1 déplora aussi l'humiliation in- 
fligée aux Juifs dans un poème dont nous donnerons l'extrait sui- 
vant : 

Par ma vie, dois-je vous montrer des femmes émigrantes qui 
errent au pied des montagnes Al-Schatâ et Teiab ? — Parmi elles 
sont des femmes aux grands yeux comme les gazelles de Tabâla, qui 
inspirent de l'amour aux hommes réfléchis et prudents. — Si celui 
qui demande quelque chose de bien vient leur rendre visite, elles lui 
disent, avec une figure brillante comme des dinars d'or : « Sois le 
bienvenu! — Sois salué! Rien de ce que tu demandes ne te sera re- 
fusé, tu n'auras pas à subir la honte d'un refus. » — Ne me prenez 
pas cependant pour un complaisant attaché à Sallâm b. Mischkam 
ou à Hoyyeyy b. Akhtab. 

Les Israélites expulsés par Mahomet essayèrent de nouveau de 
tenir tête au prophète. Sallâm et Kinâna, fils de Aboul-Houkeik, 

1 Voir t. VII, p. 170, note, les vers composés à cette occasion. 



ESSAI SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MÉDINE 23 

lloyyeyy, Haoudzâ b. Keis et Abou Ammâr, tous les deux de la 
tribu de Wàil, se rendirent auprès des Koreischites pour se liguer 
avec eux contre l'ennemi commun ; ils firent une démarche pour 
le même objet auprès des Banou Ghatafân. Ils se réunirent tous et 
marchèrent contre Médine, que les habitants, surpris par cette 
attaque imprévue, purent défendre seulement par un fossé creusé 
à la hâte autour de la ville. Les An-Nadhîr essayèrent encore de 
gagner à leur cause la tribu de Koreiza, et Hoyyeyy alla trouver 
dans ce but le chef de la tribu, Cab b. Asad. Ce dernier fit fermer 
la porte de son château dès qu'il vit arriver le Nadhirite. « Ouvre 
la porte, cria Hoyyeyy. — Malheur à toi, répliqua Cab, tu amènes 
le malheur avec toi ; j'ai contracté une alliance avec Mahomet et 
j'y resterai fidèle. — Tu crains donc que je mange de ta polenta. » 
Ces mots agirent sur Cab, et il fit ouvrir la porte. «Cab, je viens 
avec 15,000 Arabes, foule puissante et semblable aux vagues de la 
mer, je viens avec les Koreischites, chefs et seigneurs, et avec 
les Banou Ghatafân; ils ne quitteront pas la contrée avant d'avoir 
tué Mahomet. » Cab refusa d'abord de se joindre aux ennemis du 
prophète; à la fin, il céda, surtout lorsque Hoyyej^y eut juré qu'en 
cas de défaite il se retirerait avec lui dans son château-fort et 
partagerait son sort ! . 

Les historiens musulmans accusent les Koreiza de trahison, 
cette accusation n'est pas fondée. Cab avait prévu l'insuccès de 
l'entreprise, il avait reconnu depuis longtemps que la jalousie des 
diverses tribus arabes et les dissensions qui régnaient parmi elles 
amèneraient forcément la défaite des coalisés. Il avait l'expé- 
rience des années, et il était convaincu que l'islamisme, qui com- 
battait pour une idée, triompherait des arabes païens qui se 
battaient sans conviction. Malgré ses prévisions pessimistes, il 
consentit cependant à s'allier aux An-Nadhîr. 

Pendant que cette attaque se préparait, Mahomet, pour en finir 
avec ses adversaires juifs, forma un plan dont l'heureuse exécu- 
tion devait lui assurer la victoire. Il envoya des messagers auprès 
des Ghatafân, et leur offrit le tiers de la récolte des palmiers, ce 
qui fut accepté. Ce résultat obtenu, il réussit facilement à semer 
la discorde entre les Banou Ghatafân et les Koreischites, d'une 
part, et d'autre part, entre les Juifs et leurs alliés arabes. Il char- 
gea un homme nommé Noeim b. Masoud, qui s'était converti en 
secret à l'islamisme, d'engager les Juifs à exiger des otages des 
Koreischites jusqu'après la fin de la guerre pour les empêcher de 
passer du côté du prophète. Ces insinuations produisirent l'effet 

1 Ibn-Hischâm, p. 675 ; Wâkidi, p. 364 et suiv. 



24 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

attendu. Lorsque les alliés firent dire aux Israélites, un vendredi, 
de se préparer au combat pour le lendemain, ces derniers répon- 
dirent qu'ils ne voulaient pas se battre le jour de sabbat et que, 
du reste, ils ne marcheraient pas contre Mahomet avant d'avoir 
obtenu des otages de leurs alliés. Cette demande fut repoussée, 
les relations entre les Juifs et les Arabes se refroidirent et les 
assiégeants profitèrent d'un orage qui avait éclaté une nuit pour 
lever le siège 1 . 

Les Koreiza étaient donc sans alliés. Il est assez probable 
qu'ils avaient voulu se joindre aux ennemis de Mahomet pour le 
combattre, ce qui est encore corroboré par l'anecdote suivante : 
Çafiyya, tante de Mahomet, se trouvait un jour au haut du châ- 
teau-fort de Fâri, propriété du poète Hassan b. Thâbit, quand 
elle vit arriver un Juif, qui examinait attentivement ce fort. Ça- 
fiyya vit dans cet homme un espion et elle engagea Hassan à le 
tuer ; sur son refus, elle descendit elle-même, se glissa jusqu'au- 
près du Juif et le tua. 

Vers l'heure de midi de la journée où les Koreischites et les 
Ghatafân avaient levé le siège, les Musulmans, racontent les his- 
' toriens, virent arriver l'archange Gabriel, sur une mule blanche, 
la tête enveloppée d'un turban de soie : il ordonna à Mahomet 
d'attaquer les Koreiza. Hoyyeyy, selon sa promesse, s'était rendu 
au château-fort de Cab, pour y partager son sort. Les Musulmans 
vinrent mettre le siège devant ce fort. Le siège durait déjà depuis 
un mois, lorsque Cab réunit ses compagnons d'armes et leur dit : 
« Nous ne pouvons pas continuer à nous défendre, il faut donc 
nous résigner à embrasser l'islamisme. . . — Jamais ! s'écrièrent- 
ils tous, — ou avoir le triste courage de tuer vos femmes et vos 
enfants et tenter une dernière sortie contre Mahomet. » Ils reje- 
tèrent aussi ce dernier parti. Cab ajouta : « Ce soir commence le 
sabbat, les Musulmans savent que nous ne nous battons pas en 
ce jour, et ils ne sont pas sur leur garde, profitons-en pour les 
surprendre. — Nous ne voulons pas transgresser une défense que 
nos ancêtres n'ont pas transgressée. — Mourons ici, répliqua 
Cab, puisque personne de vous ne veut prendre une résolution 
virile 2 . » 
Les Koreiza savaient bien ce que Mahomet leur ferait quand il 

1 Ibn-Hischâm, p. 682-684 ; Wâkidi, p. 378. 

2 Tous ces récits, dépouillés de leurs ornements, peuvent être considérés comme 
l'expression de la vérité historique. Cab, par son attitude avant la bataille de Boâth, 
apparaissait aux chroniqueurs comme l'homme auquel on pouvait faire remonter le 
plus vraisemblablement les traditions de ce genre. 



ESSAI SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MEDINE 25 

s'emparerait du fort : il les ferait tuer tous. Ils aimèrent mieux 
cependant se livrer sans défense à leur ennemi que tenter une 
dernière fois le sort des armes. Plusieurs d'entre eux, Thalaba 
b. Saya, Oseid b. Saya, Asad b. Obeid, se firent musulmans, une 
femme de la tribu suivit leur exemple. Son mari, le poète Aous, 
qu'elle voulut également convertir 1 , lui adressa les vers sui- 
vants : 

Elle m'a invité à embrasser l'islamisme le jour où je l'ai rencon- 
trée; j'ai refusé et lui ai dit : Reviens au judaïsme. — Nous, nous 
vivons selon la Tora et ses lois ; par ma vie, les croyances de Maho- 
met sont fausses 2 . — Chacun de nous croit que sa foi est la meil- 
leure, celui-là seul qui est dirigé dans le chemin droit possède la 
vraie foi. 

Le Koreizite Amr b. Soda sortit la nuit et passa près d'un poste 
musulman qui le laissa continuer son chemin, et se rendit dans 
une mosquée, il n'en revint plus. Mahomet le fit probablement 
disparaître; il dit, en effet, à son sujet : « Dieu l'a sauvé à cause 
de sa fidélité », et les chroniqueurs ajoutent : « Dieu sait le mieux 
ce qui s'est passé 3 . » 

Le lendemain, les Juifs capitulèrent. Les Aousites intercédèrent 
en leur faveur auprès du prophète ; Mahomet déclara qu'il s'en 
rapporterait à la décision d'un juge qu'il nommerait et qui pro- 
noncerait sur leur sort. Sâd b. Moâdz, nommé arbitre, décida que 
les hommes seraient tués, les femmes et les enfants retenus cap- 
tifs, et les biens pris comme butin. Mahomet dit que ce jugement 
était d'accord avec celui qu'avait prononcé Dieu au-dessus des 
sept cieux. Près de 750 Juifs, et parmi eux Gab et Hoyyeyy, furent 
égorgés sur la place d'un marché à Médine. Hoyyeyy fut tué le 
dernier. Lorsqu'il était mené à la mort, Mahomet lui dit : « Dieu 
t'a conduit à ta perte. — Je ne crains pas la mort, répondit le 
vaillant rabbin, je ne me repens nullement de t'avoir déclaré la 
guerre, et aujourd'hui encore, au moment de quitter ce monde, 
je proclame que tu es un imposteur. » Alors il s'agenouilla et il 
fut décapité 4 . 



1 Agh., XIX, p. 97. Cf. Noeldeke, Beitraegc, p. 76. 

2 Le texte dit : vraies. A l'origine il y avait probablement fausses, comme l'ex- 
plique M. Noeldeke, Beitraeye, p. 76. 

" Ibn Hischâm, p. 687. 

4 Wâkidi, p. 373 ; Ibn-Hischâm, p. 690 et suiv. Il existe un récit fantaisiste de 
l'exécution de Az-Zâbîr b. Bâta que je ne veux pas reproduire ici parce qu'il a été 
déjà traduit à maintes reprises. Voir Sprenger, III, p. 221 ; Wellhausen, Muhammed 
in Médina, introduction; C. de Perceval, III, p. 146; Graetz, V, p. 110. Dans la 



26 RKVUK DKS ETUDES JUIVES 

Le poète juif Djabal ben Djawwâl composa, sur la mort de 
Hoyyeyy, les vers suivants * : 

Sur ta vie, le fils d'Akhtab ne s'est rien reproché, mais Dieu aban- 
donne celui qui le trahit. — Il s'est battu de telle façon qu'il s'est 
placé au-dessus de tout reproche et, pour triompher, il a employé, 
tous les moyens possibles. 

Il déplora encore la défaite des An-Nadhîr et des Banou Ko- 
reiza dans les vers suivants : « Sad des fils de Moâdz, pourquoi 
les Khoreiza et les An-Nadhîr ont-ils succombé? — Par ta vie, Sad 
ben Moâdz assista tranquillement à cette catastrophe, comme ils 
Font fait eux-mêmes dans cette matinée. — Mais Abou-Houbâb le 
Khazradjite avait dit autrefois aux Banou Keinôka : N'y allez 
pas. Les alliés eurent Oseid à la place de Hodheir, pendant que la 
fortune fait son tour (c'est-à-dire change). — Al-Boéira est main- 
tenant abandonné par Sallâm, Saya et le fils d'Akhtab, il est com- 
plètement délaissé. — Ils étaient puissants dans leurs pays comme 
les rochers des monts Méitân. — Et quoique Aboû Hacam Salâm ait 
succombé, on ne déposera pas les armes et on ne les laissera pas 
se rouiller. — Dans les deux tribus de prêtres, il y avait des hom- 
mes agiles comme l'aigle ; ils étaient doux, mais se conduisaient 
en héros. — Ils se sont acquis une gloire durable qui brille d'un 
éclat aussi pur que la lune. — Restez dans le pays, seigneurs 
aousites, sans vigueur et sans force. — Vous avez laissé vides vos 
chaudrons pendant que celui des autres brûlaient d'un feu dé- 
vorant. » 

Les femmes et les enfants des Koreiza furent partagés entre les 

bataille de Boâth, Az-Zabîr avait accordé la vie sauve au Thâbit b. Kheis, qui 
avait été lait prisonnier. Voir le récit complet de cette bataille dans Agh., XV, 
p. 161-165. 

1 Iba-Hischâm, p. 690 et 713, mentionne ce poète à plusieurs reprises sans dire 
qu'il était juif. Ibn Hadjar(éd. Sprenger, I, p. 453) le place, d'après Hassan b. Thâ- 
bit, Diwân^ p. 45, au nombre des poètes Thalabites et déclare qu'il avait été juif et 
qu'il se convertit à l'islamisme. Yâcout, I, p. 765, trompé probablement par une 
faute de copiste, le nomme Djamal ; cf. volume V, p. 94. Hassan b. Thabît, Dimân, 
p. 45 (cf. Yâc, ibid.; Ibn-Hadjar, Beladzori, I, 19 ; Bokhâri, 111, p. 72), adresse à 
Sad la réplique suivante : « Cette tribu a contracté une alliance avec Koreisch, mais 
» elle n'a pas de défenseur dans sa contrée. — Ce sont les possesseurs de l'Ecriture, 
» mais ils ont essayé de la corrompre, ils sont aveugles et ignorent la Tora. — Vous 
» niez le Coran, et cependant vous avez constaté que Mahomet a apporté la vérité. — 
» Certes, les seigneurs des Banou Loayy ne se préoccupent nullement d'un incendie 
» qui se propage dans Boéira ». Abou-Sofyân ben Al-Hârith lui répondit (Ibn-His- 
châm, p. 713) : « Puisse Dieu faire durer cette situation et allumer un incendie dans 
» leur pays. — Et tu verras lequel de nous deux est le plus éloigné du feu et tu ap- 
» prendras lequel de nos deux pays en souffrira le plus. — Si les palmiers de cette 
» contrée étaient des montures, ils diraient : vous ne devez pas rester ici, partez. » 
Voir Sprenger, III, p. 162 ; Beladzori, p. 17. 



ESSAI SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MÉDINE 27 

Musulmans, les enfants convertis à l'islamisme. Mahomet voulut 
épouser une des captives juives nommée Reihâna ; elle supplia 
le prophète qu'il lui permît de rester juive et esclave. Plus tard, 
elle consentit cependant à embrasser l'islamisme. Une autre 
femme juive avait \&Ûcê une pierre, pendant le siège, sur un Mu- 
sulman et l'avait tué. Elle fut condamnée à mourir. En se rendant 
au supplice, elle s'entretint avec Aïscha, et c'est en riant qu'elle 
marcha à la mort. 

Le butin était considérable, il fut encore augmenté par l'arrivée 
de nombreux Israélites qui accouraient de divers côtés pour ra- 
cheter les femmes captives. Les Musulmans firent de ce trafic un 
objet de spéculation. 

Mahomet s'était vengé terriblement de ceux qui avaient soulevé 
les Koreischites contre son autorité. Mais des instigateurs de 
cette lutte, Hoyyeyy seul avait péri; son compagnon, Abou-Râfi 
Sallâm b. Abi-1-Houkeik était à Kheibar. Mahomet, qui craignait 
qu'il ne lui suscitât des difficultés, envoya des meurtriers contre 
lui. Cinq hommes de la tribu des Khazradjites se rendirent à Khei- 
bar, pénètrent la nuit dans la demeure de Sallâm et fermèrent 
les portes. Sallâm se trouvait à l'étage supérieur, sa femme sortit 
et demanda à ces hommes ce qu'ils désiraient. Ils répondirent 
qu'ils étaient venus pour acheter du blé, entrèrent dans la cham- 
bre où était couché Sallâm et le poignardèrent. Aux cris poussés 
par la femme de la victime, quelques Juifs accoururent avec des 
torches; mais les meurtriers étaient parvenus à s'échapper l t 

Après la mort de Sallâm, le chef des Juifs de Kheibar fut Al- 
Yoseir b. Rizâm. Comme ce dernier était l'un de ceux qui avaient 
excité les Ghatafân à attaquer le prophète, Mahomet envoya 
contre lui, sous la direction du poète Abdallah b. Rawâha, une 



1 Le récit que Ibn-al-Ath., II, p. 112, donne de cette mort diffère légèrement du 
nôtre; d'après lui, ce meurtre a été commis au mois de Djoumâda de l'année 3. Nous 
avons suivi Ibn Ishâk qui dit expressément que ce meurtre eut lieu après le mas- 
sacre des Banou Koreiza et qui fonde son assertion sur ce fait que Sallâm se trouvait 
parmi les coalisés contre Mahomet. On a placé le meurtre de Sallâm immédiatement 
après celui de Cab, comme le fait par exemple Bokhâri, III, p. 76, parce que ces 
deux crimes eurent lieu au milieu de circonstances à peu près identiques et aussi par 
suite des vers de Hassan b. Thâbit, Diwûn, p. 65 ; Ibn Hischâm, p. 716 : 

t Que Dieu bénisse les soldats que vous avez combattus, toi, fils de Al-Hokeik, 

• et toi, fils de Al-Aschraf. — Ils ont marché contre vous, la nuit, armés de glaives 

> bien effilés, ils se sont jetés sur vous comme des lions dans un fourré entouré 
» d'eau (ou, d'après une scholie, au milieu des roseaux qui s'élèvent dans l'eau), — 

> ils ont envahi votre pays, pénétré dans vos demeures, vous ont frappés de stupeur 
» et vous ont présenté le breuvage meurtrier. — Ils ont espéré ainsi protéger la reli- 

• gion du prophète, estimant peu chaque chose contraire. » 

Ibn-al-Ath., II, p. 114, corrige la date indiquée et donne le mois de Dzoul-Hiddja 
voir Sprenger, III, p. 236. 



28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bande d'assassins dont faisaient partie les meurtriers de Abou 
Râfi. Leur entreprise échoua, mais ils parvinrent à persuader à 
Al-Yoseir que Mahomet le mandait auprès de lui pour lui confier 
un poste important. Séduit par cette promesse, il se fit accompa- 
gner par quelques amis et partit pour Médine. En route, les émis- 
saires de Mahomet se jetèrent sur ceux qui avaient eu confiance 
dans leur parole et les tuèrent* 1 . 

Ces meurtres furent le prélude d'une attaque générale contre 
les Israélites de Kheibar 2 . Mahomet, à la tête de 1400 fantassins et 
de 300 cavaliers, marcha contre cette ville et y arriva pendant la 
nuit. Au matin, les Israélites, allant aux champs, comme d'habi- 
tude, aperçurent partout des Musulmans couverts d'armes. Ils 
s'enfuirent en criant : Mahomet et le Khamîs 3 , ils s'enfermèrent 
dans leurs châteaux-forts et se préparèrent à soutenir le siège. 

1 Ibn-Hischâm, p. 981 ; voir Sprenger, III, p. 236. 

2 D'après Yâcout, l'expression Kheibar signifie, chez les Juifs, un chat eau- fort ; l'en- 
droit désigné par ce mot se trouve au nord de Médine. Le nom de Kheibar dérive 
peut-être de *P3!D, ou a peut-être quelque analogie avec "p^inn. C'était un pays 
îértile en palmiers, ce qui ressort de ces mots de Hassan b. Thâbit, Diwân, p. 127 : 
« Comme celui qui voudrait porter des dattes sur le marché de Kheibar. » L'origine 
du mot Kheibar était déjà obscure pour les Arabes, on ne peut donc rien conclure de 
l'explication suivante donnée par Yâcout, p. 505 : « Kheibar, appelé ainsi d'après le 
nom du fils de Kâniya b. Mihlâlil b. Iram, b. Abîl (ce dernier est le frère de Ad b. 
Awdh b. Iram b. Sâm b. Nouh), et frère de Yathrib qui a donné son nom à la ville 
de Médine. » Une explication analogue est donnée par Insân al-Ouyoun, 229 r (ms. 
Sprenger, 148j. 

3 Ibn-Hischâm, p. 760. D'après un autre récit (Ibn-al-Ath., p. 168), le héros de 
cette histoire est Ali. S'il faut, en effet, en croire Boreida al-Aslami, le prophète aurait 
fait cesser le combat pendant quelques jours parce qu'il souffrait de migraines. Abou- 
Bekr, impatient de ce repos, marcha cependant contre l'ennemi, mais sans succès. 
Le lendemain Omar, à son tour, se battit, mais sans plus de résultat qu'Abou-Bekr. 
Le prophète, en apprenant cette nouvelle, s'écria : « Demain, je donnerai le com- 
mandement à un homme qui aime Dieu et son envoyé et qui est aimé d'eux, cet 
homme attaquera vaillamment l'ennemi. » Sur ces entrefaites arriva Ali qu'un mal 
d'yeux avait retenu en arrière. Le prophète le fit approcher et lui cracha dans les 
yeux, Ali fut guéri et, sur l'ordre de Mahomet, marcha contre les ennemis. Un Juif, 
qui le vit du haut de son château-fort, lui cria : « Qui es-tu? — Je suis Ali (l'é- 
levé), le fils d'Abou Tâlîb. — Juifs, vous serez vaincus, s'écria- t-il alors. Marhab 
récita des vers qu'il avait composés contre Ali. Ce dernier répliqua ainsi : t Je suis 
celui que sa mère a surnommé le lion, — mon épée prendra la mesure de mes enne- 
mis, — je suis vigoureux de corps comme le lion de la forêt. » Après ce duel en 
paroles, commença le duel à l'épée, et Ali fendit d'un coup violent le casque et la 
tête de Marhab. Abou-Râfi donne la version suivante. Dans une sortie que les Juifs 
firent contre les Musulmans, un soldat ennemi fit tomber le bouclier des mains 
d'Ali. Ce dernier arracha une porte pour s'en servir en guise de bouclier. — A 
mon avis, ces diverses histoires ont été inventées par les partisans d'Ali pour gran- 
dir Ali au détriment d'Abou-Bekr et d'Omar. Il n'y a pas à douter qu Ali ne fût 
très vaillant et ne puisse être considéré comme le héros de lislamisme ; mais l'his- 
toire de la porte rappelle trop ce que raconte le livre des Juges, xv, 13, de Samson. 
Pour ajouter encore au caractère merveilleux de cette histoire, les chroniqueurs 
font guérir par Mahomet le mal d'yeux d'Ali. Cf. Ibn-Hischâm, ièid.; Ibn-al-Ath. 
II, p. 169 ; Wâkidi, p. 389. Cf. Yakoubi, II, p. 56; Baladzkori, p. 23. 



ESSAI SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MÉDINE 29 

Kheibar était défendu par de nombreux châteaux- forts, ceux de 
Nàim, Al-Kamouç, qui appartenait à la famille de Abi-1-Hou- 
keik, Al-Schikk, Natât, As-Solàlim, Al-Wâtih et Al-Catîba. Les 
Juifs avaient bien conclu des meurtres commis sur l'ordre de Ma- 
homet qu'ils seraient attaqués prochainement. Ils ne prévoyaient 
cependant pas que cette attaque dût se produire si subitement. Ils 
avaient également conclu une alliance avec les Ghatafân contre 
les Musulmans, mais, selon leur habitude, les Ghatafân firent 
mine de vouloir secourir leurs alliés, et se retirèrent sans avoir 
même combattu. Mahmoud b. Moslama fut tué devant Nâim par 
un fragment de meule qu'un des assiégés lança sur lui. 

Parmi les guerriers israélites, se trouvait un soldat d'un cou- 
rage invincible, nommé Marhab. Ce héros était d'origine yéma- 
nite et s'était converti au judaïsme ; il jeta aux Musulmans le défi 
suivant : 

Kheibar sait que je suis Marhab, l'habile guerrier, le soldat expé- 
rimenté. — Tantôt je combats avec la lance, tantôt je frappe avec 
l'épée, quand viennent les lions irrités ; — ma personne est sacrée, et 
aucun adversaire n'ose en approcher, le plus vaillant évite de se ren- 
contrer avec moi. 

Le poète Kab b. Malik rispota à ces paroles de défi par des 
bravades analogues. « Qui veut se mesurer contre lui? » demanda 
un jour le prophète. Mohammed b. Maslama, le frère de Mah- 
moud qui avait été tué devant Nâim, accepta de se battre avec le 
Yémanite. Marhab frappa avec une telle vigueur que son épée 
s'enfonça dans le bouclier de son adversaire, et, pendant qu'il 
cherchait à la retirer, Mohammed le perça de son glaive *. 
Yâsir voulut venger la mort de son frère Marhab, il fut égale- 
ment tué. 

Peu à peu tous les forts tombèrent entre les mains des Musul- 
mans, à l'exception de Wâtih et de Solâiim ; un grand nombre de 
Juifs furent faits prisonniers et parmi eux Kinâna b. Ar-Rabi, 
b. Abi-1-Houkeik et sa fiancée, Gafiyya, fille de Hoyyeyy. 
Çafiyya était très belle, et Mahomet désirait la prendre pour 
femme; il fit venir son fiancé Kinâna, et, sous prétexte de lui faire 
avouer où il avait caché les trésors des Nadhirites dont on lui 
avait confié la garde, il le soumit à d'atroces tortures, le fit mourir 
puis épousa Gafiyya. Tous les combattants qui avaient été pris 
les armes à la main furent tués, il en mourut ainsi près de 
neuf cents. 

1 Ibn-Hischâm, p. 763 ; Wâkidi, p. 390 et suiv. Cf. Ibn-Hadjar ; voir p. 28, note 3. 



30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Les deux autres forts, qui avaient encore résisté *, se rendirent 
peu de temps après aux musulmans. Les soldats eurent la vie 
sauve mais durent remettre à Mahomet tous leurs trésors 2 et 
abandonner leurs terres aux vainqueurs. Toutefois, comme ils 
étaient de meilleurs agriculteurs que les Musulmans, ils purent 
continuer à cultiver ces terres à la condition de remettre à leurs 
maîtres la moitié de la récolte et de s'éloigner de la contrée, à la 
première réquisition de Mahomet. Les Juifs de Fadak, dont le 
chef s'appelait Youschahb. Noun, et ceux de Teimâ et fie Wâdi-1- 
Kôrâ, effrayés par la défaite des habitants de Kheibar, se sou- 
mirent également à Mahomet; le prophète fut alors maître ab- 
solu de tout le Hedjaz, à l'exception de la Mecque. 

Peu de temps après la conquête de Kheibar, Mahomet faillit 
être empoisonné. Zeinab, la femme de Sallâm b. Mischkam lui 
avait servi un mouton rôti où elle avait mis du poison. Mahomet 
sentit dès la première bouchée que cette viande avait un goût 
acre et désagréable, et il n'en mangea pas; un de ses compagnons 
qui en avait mangé, mourut. Le prophète fit appeler Zeinab pour 
lui demander la raison de cette criminelle tentative. « Tu n'ignores 
pas le mal que tu as fait à mon peuple, répondit-elle ; si Mahomet 
n'est que prince, me suis-je dit, les Juifs seront délivrés de sa ty- 
rannie ; s'il est prophète, il sera averti de mon projet ». Mahomet 
fut satisfait de cette réponse courageuse et pardonna à Zeinab. 

Les possessions juives du Hedjaz étaient toutes entre les mains 
de l'ennemi 3 . Les Israélites de l'Arabie n'avaient donc plus aucune 

1 La prise du fort de Natât (Yâcout, IV, p. 792) a été célébrée dans un chant de 
victoire que Ibn-Hadjar attribue à Djabal b. Djawwâl, et Ibn-Hischâm à Lokeim. 
Ibn-Hischâm paraît avoir raison, il cite ce chant pour démontrer par là que Lokeim 
s'était fait musulman. Voici, du reste, ce morceau : 

« Nâtat a été renversé par l'envoyé, il avait une armée brillante aux épaules et 
» au dorse robustes. — L'Absite devait bien s'attendre à être humilié lorsqu'ils étaient 
» une troupe où se trouvaient Aslam et Ghifâr. — Ils se rendirent dès l'aube auprès 
» des fils de Amr b. Zoura, et les habitants de Al-Schikk furent, en plein jour, en- 
» veloppés de ténèbres. — Ils emportent les coqs et ne laissent dans le pays que les 
» poules qui cessent de crier. — Chacun des châteaux-forts est assiégé par les cava- 
» liers de Abd-Aschbal et de Banou-1-Naddjâr, — ou par les émigrés (de la Mecque) 
i qui ne tournent jamais le dos à l'ennemi. — Je savais bien que Mahomet remporte- 
» rait la victoire et qu'il ne quitterait pas la région avant d'avoir abattu compiète- 
» ment ses ennemis. — En ce jour les Juifs s'enfuirent du champ de bataille au milieu 
» des nuages de poussière que soulevèrent les alliés. » 

2 D'après Wâkidi, p. 392, deux fils de la famille d'Abou-1-Hokeik auraient livré 
tous les trésors à Mahomet, à l'exception d'un vase d'argent merveilleusement ciselé 
qu'ils auraient caché et quïls auraient affirmé par serment ne pas posséder. Mahomet 
les aurait menacés de les exclure de l'alliance s'ils gardaient le moindre objet, et 
cela en présence de Juifs et de Musulmans. Alors apparut l'ange Gabriel, qui indiqua 
l'endroit où le vase était caché. Le prophète fit exécuter les coupables. 

3 Mahomet garda pour lui la belle Çafiyya, il en était si épris qu'il célébra 
son mariage avec elle pendant son retour à la Mecque. Les chroniqueurs arabes 



ESSAI SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE MÉD1NE 31 

patrie dans cette contrée, leur situation était la même que le jour 
où ils étaient arrivés pour la première fois dans ce pays, et leur 
séjour dépendait de la volonté de celui qui avait conquis toute 
cette région et qui pouvait, selon son caprice, leur accorder ou 
leur refuser l'autorisation de s'y établir. Mahomet n'expulsa pas 
les Juifs totalement de l'Arabie, il lui avait suffi de les humilier 
et de les soumettre à sa domination. Abou-Bekr, le successeur du 
prophète, ne modifia pas cette situation; et les Israélites conti- 
nuèrent à résider parmi les Arabes. Mais Omar, homme prudent et 
politique, reconnut que le séjour des Israélites au milieu des Mu- 
sulmans était dangereux pour 1 Islamisme, il prétendit que Maho- 
met avait dit un jour devant lui qu'on ne devait pas laisser subsis- 
ter deux religions en Arabie et ordonna à tous les Juifs de quitter 
le pays. Pour justifier cette expulsion, les auteurs racontent que 
des Israélites s'étaient jetés nuitamment sur un Musulmam venu 
à Kheibar pour visiter ses biens, qu'ils lui avaient cassé les bras 
et avaient tué un de ses compagnons. Les Juifs se rendirent en 
Syrie. 

L'histoire des Israélites de l'Arabie du nord n'embrasse ainsi 
qu'une durée de cent cinquante ans, mais elle présente un intérêt 
capital pour l'histoire de la marche de l'idée de Dieu à travers le 
monde. Ce sont les Juifs qui ont enseigné et propagé dans la 
péninsule de l'Arabie les notions fondamentales de la civilisation. 
Dès que leur tâche fut accomplie, ils retournèrent dans le pays 
d'où ils étaient venus, la semence qu'ils avaient jetée dans le sol 
arabe devait produire des fruits dans toutes les régions soumises 
à la domination musulmane. 

Hartwig Hirschfeld. 



racontent de nombreuses histoires sur Çafiyya et la jalousie que les autres femmes 
de Mahomet éprouvaient pour elle. Un jour Zeinab, une des épouses du prophète, 
l'appela • cette juive > ; son mari fut tellement irrité contre elle qu'il la tint éloi- 
gnée de sa présence pendant plusieurs mois. Uue autre reprocha à Çaiiyya son 
origine ; celle-ci s'en plaignit à Mahomet, qui lui dit : « Pourquoi ne pas répondre 
à toutes que tu es au moins leur égale, que ton mari est Mahomet, ton père Aaron, 
ton oncle Moïse? » Elle mourut en Tannée 52 de l'hégire et laissa de grandes ri- 
chesses. Voir Ibn-Hadjar, p. 666-669 ; cf. Sprenger, l. c, II, p. 7 et suiv. 



m ÉPISODE DE L'HISTOIRE DES JUIFS DE SAVOIE 



Nous ne savons pas grand'chose de l'histoire des Juifs de la 
Savoie. On les connaît surtout par le rôle important que jouent 
Chambéry et un Rabin Peyret de cette ville dans la légende de 
l'empoisonnement des puits par les Juifs, en 1348, à l'époque de la 
peste noire, et par les cruelles exécutions accomplies, dans cette 
funeste année, à Chillon, Chatel et autres lieux de la Savoie *, tels 
que Chambéry, Yenne, Aiguebelle, Saint-Genix 2 . L'établissement 
des Juifs dans la Savoie paraît remonter à l'an 1182. Le comte 
Amédée V le grand reçut, à cette époque, les Juifs chassés de 
France 3 , probablement dans le dessein de les employer au profit 
de l'Etat. Cependant il y avait des Juifs en Savoie, en petit nombre 
peut-être, avant cette époque. Notre ami M. Gerson, dans ses in- 
téressantes Notes sur les Juifs des Mats de Savoie 4 , a résumé, 
en partie, ce qu'on sait sur les Juifs de Savoie d*après YEmek 
Habbahha, le Schébet Yehuda et d'autres travaux. On trouve des 
Juifs mentionnés dans la chatellenie de Chambéry en 1300 ; le 
VI novembre 1323, le comte Edouard de Savoie confirme les pri- 
vilèges des Juifs et accorde spécialement sa protection à Vivant 
de Vesos, Xarasson de Biauna et maître Agin, gendre de Vivant ; 
le 6 juillet 1331, Aymon, comte de Savoie, fixe à 1,200 florins 
par an l'impôt des Juifs, au lieu de 2,000 qu'ils payaient antérieu- 
rement 5 . 



1 Voir Graetz, Hist. des Juifs, VII, 2 e édit., p. 362 et suivantes. 

2 Costa de Beauregard, Notes et documents sur la condition des Juifs en Savoie, 
dans Mémoires de V Académie royale de Savoie, 2 e série, tome II, Chambéry, 1854, 
p. 81 à 126. 

3 Costa de B., I. c.; Saint-Genis, Histoire de Savoie, Chambéry, 1868, 1. 1, p. 284. 

4 Revue, V11I, p. 235. 

5 Tous ces faits d'après Costa de B., I. c. 



UN ÉPISODE DE L'HISTOIRE DES JUIFS DE SAVOIE 

En 1394, l'agitation créée en Espagne par Vincent Ferrer s'éten- 
dit jusqu'en Savoie 1 . Des Juifs qui, après l'expulsion de France 
de 1394, avaient essayé de retourner dans ce pays, en furent 
chassés et se réfugièrent en partie en Savoie-. Amédée VII, en 
1430, ordonne que les Juifs demeurent dans un ghetto et portent, 
comme en France, sur l'épaule gauche, une roue mi-partie rouge 
et blanc 3 . Une lettre de Louis de Savoie, faite à Turin, le 1 er juil- 
let 1449, ordonne aux gardiens ou conservateurs des Juifs de les 
traiter avec bonté 4 . Sur d'autres faits concernant les Juifs de cette 
région, on peut voir l' Emeli Habbakha 6 et le Schébel Yehuda*. 
M. Gerson a déjà rappelé l'information contre les Juifs de Savoie, 
accusés de divers crimes, entre autres d'avoir tué des enfants 
chrétiens, et conduite par Jean Bectoz, juge général des excès de 
Savoie, en 1466. Le Juif baptisé Louis de Provence, inquisiteur, 
entreprit à cette occasion, contre les livres des Juifs, une cam- 
pagne analogue à celle que nous allons raconter tout à l'heure 7 . 

Voici quelques renseignements sur les Juifs de Trévoux dont 
nous allons avoir spécialement à nous occuper 8 . 

En 1300, Henri de Villars, archevêque de Lyon et seigneur de 
Trévoux, accorda à la ville une charte dont l'article 49 stipulait 
qu'il serait défendu aux Juifs de demeurer dans la ville, mais ne 
fut pas observé. Beaucoup de Juifs obtinrent la permission de s'y 
établir moyennant un droit de 15 livres par an. En 1420, les Juifs, 
expulsés de Lyon, s'établirent à Trévoux 9 et y formèrent de puis- 
santes corporations. En 1425, les Juifs furent obligés de contribuer 
largement au prêt forcé que durent faire les habitants de la ville 
à la duchesse de Bourbon, devenue seigneur de la ville. Enfin, sur 
les instances des habitants, les Juifs sont expulsés de la ville en 

1 Emek Habb., p. 71. 

2 Ibid., p. 74. 

3 Costa de B., I. c. 
« Ibid. 

5 Pages 79 (1461), 129 (1566), 132 (Juifs de Provence réfugiés en Savoie, vers 
1567), 153 (1580), 155 (1589), 169 (1599, peste). Voir aussi dans la Gazzetta letteraria 
de Turin, n° 6, déc. 1884, quelques mots sur une information contre les Juifs de 
Savoie, en 1329, parce que ceux de Ginevra, Rumilly et Annecy étaient accusés 
d'avoir enlevé des enfants chrétiens. 

6 N° 11 (persécution générale en 1490). 

7 Costa de B., I. c. ; Louis de Nice, dans Mémoires de la Société savois. d'hist. et 
d'archéol., tome XV, p. 3 à 26. Les Juifs nommés dans cette affaire sont Rubactus et 
Joseph, et les Juives Esther et Joye. — Dans l'affaire de 1348, à Aiguebelle (Costa de 
B., I. c), sont nommés les Juifs : Beneyton, Saul, la femme Joyon, Lyonetns, 
Soninus, Vimandus, Bonuspuer, Samuel, Mouxa, Beneyton Coen, Heliot, Jacob et 
son fils Bonionus, Parvus Samuel, Abraham, Benyon, Sansoninus, Samuel, magister 
Benedictus. 

s D'après l'abbé Jolibois, Histoire de la ville et du canton de Trévoux, Lyon, 1853. 
9 Cela est-il bien sûr ? 

T. X. n° 19-20. 3 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



1467 ; il en resta néanmoins quelque-uns, mais ils furent obligés 
de partir à leur tour en 1488. 



II 



L'épisode intéressant que nous allons raconter se trouve rap- 
porté dans des pièces du manuscrit latin n° 12,722 de la Biblio- 
thèque nationale de Paris, folios 70 à 102. Ces pièces, qui ne sort 
pas toutes de la même main, sont en partie en français, en partie 
en latin, Elles semblent être une copie des originaux qui doivent 
se trouver aux archives de Turin 1 . Le copiste ou un des copistes 
était assez ignorant, son travail fourmille de fautes grossières, sur- 
tout dans les textes latins, qui en rendent la reproduction exacte, 
très difficile. 

L'événement que racontent ces pièces, et qui s'est passé en 1429, 
est une enquête sur les livres des Juifs de Trévoux et les pré- 
tendues impiétés qu'ils étaient censés contenir. Cette enquête fut 
provoquée par les plaintes des habitants, jaloux des Juifs et sur- 
tout du développement qu'avait pris l'industrie des Juifs lyonnais 
venus à Trévoux -. Sur la prière de l'archevêque de Lyon, la du- 
chesse de Bourbon, Marie de Berry, femme de Jean de Bourbon, 
qui, depuis 1423, gouvernait la ville en l'absence de son mari, et 
en vertu de la vente qui en avait été faite à Louis de Bourbon, sire 
de Beaujeu, par Humbert VII de Villars, fit ordonner une enquête. 
C'est le récit de cette enquête que nous allons faire. Elle a bien des 
traits de ressemblance avec celle qui fut faite à Paris, en 1240, 
sous saint Louis, et que nous avons racontée aux tomes I, II et III 
de la Revue. 

La duchesse avait chargé de l'affaire Pierre Cherpin, officiai du 
diocèse de Lyon; mais, empêché par une maladie, Jean Namy, 
juge d'appel du Beaujolais, et Jean Chàlon, licencié es lois, 
furent nommés pour le remplacer 3 . Aux deux commissaires on 
adjoignit un Juif baptisé, nommé Aymé de Chambéry, qui fut 
chargé de l'inspection des livres hébreux et de la traduction et 
rédaction des passages condamnables. Les commissaires se ren- 

1 M. Tabbé Jolibois paraît les avoir consultés à Turin ; il a résumé les faits que 
nous allons raconter. 

* Jolibois, p. 12. Ces Juifs s'occupaient spécialement du tirage de l'or et de 
l'argent. 

3 Plus. tard, à la place de Jean Chûlon, figure Jean Roux, juge ordinaire de 
Dombes. 



m ÉPISODE DE L'HISTOIRE DES JUIFS DE SAVOIE 35 

dirent à Trévoux, le 23 mars 1428 (n. st. 1429), où ils procé- 
dèrent d'abord à la saisie des livres hébreux et à un interrogatoire 
sommaire de quelques Juifs fait le lendemain 24 mars. 

Voici la liste des Juifs demeurant à cette époque à Trévoux, 
d'après le f° 126 h et divers passages du manuscrit : 

Abraam, frère de Samuel Gabriel ; appelé aussi Abraam 
Gabriel et Ilabramet Gabriel. 

Bienvenu, fils de Jacollet. 

Gaquellet ; le même que Déot Quaquellet. 

Collet, fils de Déot Quaquellet. Le nom est un diminutif de 
Jacollet. 

Déot Caquellet ; appelé aussi Gaquellet, fils d' Abraam Gabriel 
(ou de Samuel Gabriel? f* 14 7). 

Gabriel Cohen ou Choen. 

Habramet Gabriel ; voir Abraam. 
Jacollet ; appelé aussi Jacollet Bienvenu et Jacellet Bienvenu. 

Jayem (=? Hayyim?). 

Josson (ou, peut-être, Josson Abraham, à moins que le nom 
d'Abraham n'appartienne à un autre personnage, f° 426#); il 
il est frère de Samuel Gabriel. 

Lyonet, fils de Peyret ; appelé aussi Léonet, Léonnet, Lionet. 

Matasyas Cohan, filliastre (petit-fils?) de Samuel Gabriel; 
écrit encore Matassias Choen. 

Mordahay; paraît être le fils de Déot Quaquellet ff a 426 #) ; 
un fils de Déot Quaquellet est mentionné au f° 448. 

Peyret; paraît avoir été le Juif le plus important de la 
communauté ; dans les énumérations, il est toujours cité le 
premier. 

Salamin de la Tour, ou encore Salmin de la Tourt, ou Sal- 
mont de la Tourt, ou Salomon de la Tourt. Au lieu de Tour/ 
Tourt, il faut peut-être lire Cour, Court; nous avons préféré la 
lecture Tour, Tourt, malgré le t final, qui s'explique par la 
grossièreté des procédés orthographiques du copiste, parce 
que Latour doit représenter une localité, et que les Juifs 
avaient l'habitude de prendre des noms de localité ; le nom de 
Lacour, pour un Juif, s'expliquerait moins bien. 

Samuel, ou Samuel Gabriel, ou Samoel Gabriel. 

La pièce suivante raconte en détail comment procédèrent les 
commissaires (f° 117 a à 118 b) : 

Sachent tous ceux qui ces présentes lettres verront que, par vertu 
des lettres patentes de ma très redoubtée dame Madame la duchesse 
de Bourbonnois et d'Auvergne desquelles la teneur s'ensuit, Mari de 
Berry, etc., nous Jehan Namy, licencié en loys, juge et auditeur 
d'appeaulx et pies causes au pays de Beaujouloys, et Jehan Châlon, 



36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

aussi licencié en loys, lieutenant en ceste partie de vénérable per- 
sonne messire Pierre Cherpin, docteur en décret, chamérier de Saint- 
Pol et officiai de Lion, commissaires députez en ceste partie par 
madite très redoublée dame, et de laquelle lieutenance appert par la 
incorporacion d'icelle cy dessoubs faite ; appelez avecques nous 
maistre Aymé de Chambérie, nommé esdites lettres, et Pierre Bala- 
rin, cbevalier, tabellion royal et juré de la court de Fourestz ; 

Le mercredi saint xxin e jour du moys de mars, l'an de grâce mil 
IIII cent vint et buit, nous transportâmes personelment de Lion 
en la ville ïrévox, et illecques, en l'absence du chastellain dudit 
lieu, lors absent de ladite ville, lesdites lettres exhibées et présen- 
tées à Anserme Humbert, lieutenant dudit chastellain, feismes ap- 
peller par-devant nous, en l'ostel dudit lieutenant, par Anthoyne... 1 , 
sergent dudit lieu de Trévox pour mondit seigneur le duc, à com- 
paroir en personne les Juifs cy-après nommez, c'est assavoir : 
Peyret, Lionet son fils, Samoel Gabriel, Josson son frère, Abraam 
son frère, Caquellet son fils, Jacellet Bienvenu, Bienvenu son fils, 
Salmon de la Tourt, Matassias Ghoen, Gabriel Choen, et Jayen. 
Lesquels Juifs dessus nommez, comparoissans par-devant nous, 
oudit hostel du lieutenant, après certaines paroles à eulx dictes, 
c'est assavoir que, par vertu des lettres de madite dame, il étoit né- 
cessaire faire en leurs hostels aucune perquisicion, nous les arres- 
tâmes oudit hostel, en leur deffendant le départy jusques à ce que 
eussent de nous autre mandement. 

Lesquels Juifs ainsi arrestez, nous nous transportâmes à leurs 
hostelz, ausquels nous feismes perquisicion de tous les livres que 
poumes trouver, et iceulx prinsmes et feismes pourté, sous la main 
de mondit seigneur et de madite dame, en l'ostel dudit Anserme. Et 
ce fait, interrogasmes lesdits Juifs se, ou temps passé, ils ont usé de 
.loy escripte ou de loy de bouche et des livres appeliez en eubrait 
tamuz, oultre et par-dessus les vint quatre livres de la Bublie. Les- 
quelx Juifs, par la voix dudit Peyret, ont dit et allégué qu'ilz ont 
pluseurs prévilèges à eulx octroyés, tant par feu monseigneur de 
Villars et de Trévox, comme après par mondit seigneur le duc et 
madite dame, aussi par monseigneur le conte de Clermont leur filz, 
esquelz prévilèges et libertés monseigneur le bailli de Beaujouloys, 
à la prinse de la possession de Trévox faite après le décès de mon- 
dit seigneur de Villars, promist ausditz Juifs les maintenir et gar- 
der pour mondit seigneur. et madite dame ; et par ainsi, sans pré- 
judice desdits prévilèges, et avecques protestation par eulx faite que 
se notre commission ne se extendoit à ce que leur response fust 
nulle, ont dit et confessé par leurs sermens estre vray que, oultre 
lesdits vint et quatre livres de la Bublie, ilz ont tenu, veu et estu- 
dié aucuns livres appelez Tamur, lesquelz n'ont point esté à eulx 

1 En blanc dans le manuscrit. 



IN EPISODE DE L'HISTOIRE DES JUIFS DE SAVOIE 37 

deflenduz, et n'ont point d'iceulx usé contre nature ne contre la loy, 
comme ils client. 

Interroguez oultre, par leurs sermons, s'ilz ont autres livres de 
Tamur que ceulx qui par nous leur ont esté prins, dient qu'ilz 
ne sauroient de ce respondre seurement, car pour ung peu se pour- 
roient-ilz parjurer, en offrant toutesvoyes que, s'il y a aucuns 
livres ou autre chose contre la voulenté de madite dame, qu'il en 
soit fait à son plaisir et de son conseil, et pour ce n'os[e]roient res- 
pondre par serment audit interrogatoire. 

Et nous, commissaires en ce que dict est, avons remis ceste 
matière à demain, heure de prime, pour procéder oultre en ceste 
besoigne, comme sera de raison. Ausquelz jour et heure avons assi- 
gné lesdits Juifs à comparoir en personne par-devant nous, sur 
poyne de cinq cents livres tournois à appliquer à mondit seigneur 
et à madite dame contre lesdits Juifs, en cas qu'ilz seront deffail- 
lans pour venir respondre advisament oudit interrogatoire à eulx 
fait, et oultre procéder selon raison. Et ce fait, incontinant, en l'ab- 
sence desdits Juifs, feismes veoir et visiter tous lesdits livres par 
ledit maistre Aymé de Chambeyre, et tous ceulx qui furent trouvez 
estre de Tamur feismes mettre à part et les autres d'autre part. 

Et après, ledit jeudi ensuivant, xxiin jour dudit moys de mars, 
à heure de prime, sont comparuz par-devant nous commissaires, 
oudit hostel, les Juifs dessus nommez, lesquels avons sommé de res- 
pondre audit interrogatoire à eulx fait devant, c'est assavoir s'ils ont 
autres livres de Tamur que ceux qui leur ont esté prins. A quoy ilz 
ont répondu particulièrement comme s'ensuit. C'est assavoir : 

Ledit Peyret et son filz, que ils ont encores aucuns petis livres et 
fioles * de peu de valeur, lesquelz ilz sont pretz de monstrer. 

Ledit Josson dit qu'il a aucuns livres et fioles qu'il offre de mons- 
trer. 

Ledit Samuel dit qu'il n'a, se non certaines fioles, lesquelles il 
baillera voulontiers. 

Ledit Caquellet et son filz dient que, depuis la prinse desdits 
livres par nous faite, ilz n'ont point fait de perquisition en leur hos- 
tel desdits livres et, par ainsi, n'ont point d'autres livres qu'ilz 
sachent. 

Salmont de la Tourt dit qu'il n'a fait point perquisition en son 
hostel et n'y a point de livres, qu'il sache. 

Abraam Gabriel dit qu'il n'a point autres livres. 

Jacollet Bienvenu et son filz dient qu'ilz ont aucuns livres de Ge- 
nisy de la Biblie et des matines pour aprandre les enfans, lesquelz 
il[s] offrent de monstrer. 

Gabriel Ghoen dit qu'il n'a point d'autres livres. 

Matassias Choen dit qu'il a aucunes choses de la Biblie et des ma- 
tines pour aprandre les enfans, qu'il offre monstrer. 

1 Feuilles. 



38 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Et nous commissaires, oy ce que dit est, avons restitué ausditz 
Juifs tous les livres qui sont de la Biblie et les autres qui sont de 
Tamur avons retenu et iceulx mis soubz la main de mondit seigneur 
et de madite dame, oudit lieu de Trévox, closz et scellez en une 
arche, dedans l'ostel dudit Anserme, fermant à clefz. Etoultre avons 
assigné ausdits Juifs à comparoir en personne, sur poyne de V cent 
livres t., sur chacun d'eulx, pour ce imposée par-devant nous com- 
missaires ou autres telz que à madite dame plaira, le mercredi après 
la dimenche de Misericordia Domini prouchain venant, pour respon- 
dre plus à plain aux interrogatoires qui sur ce leur seront faiz, 
procéder en oultre et aler avant selon raison. Et ont piégé lesdits 
Juifs l'un l'autre, et néantmoins n'ont point consentu à ce qui a esté 
fait, ains se sont opposé, et oultre, tant que fait contre leurs pré- 
vilèges, ont appelle de vive voix. Et nous leur avons respondu qu'à 
leur appellation comme frivole nous ne déportons en riens, ains 
avons ordonné et assigné comme dessus. Ce a esté fait l'an et jours 
que dessus. 

La teneur de ladite lieutenance s'ensuit et est telle : A tous *. 

En assignant les Juifs à comparaître trois semaines plus tard, 
le 13 avril, les commissaires voulaient évidemment donner à 
Aymé de Ghambéry le temps d'examiner les livres, de dresser 
l'acte d'accusation et la liste des passages incriminés, ou, comme 
disent les actes, des articles et conclusions condamnables. 

Après ce premier examen, maître Aymé rédigea probablement 
une liste provisoire de conclusions ou propositions trouvées 
dans les livres des Juifs. Nous croyons que cette liste provisoire 
ne se trouve pas dans notre ms. Celle .qu'on trouve aux folios 70 
à 102, et qui contient l'analyse des livres de Peyret (n os 1 à 152) et 
de Déot Quaquellet (n 08 153 à 159), nous paraît avoir été rédigée 
plus tard, comme on le verra plus loin. L'analyse des livres saisis 
en même temps chez Gabriel Cohen, Samuel Gabriel et à l'école 
des Juifs (synagogue) ne fut point faite, ou du moins ne se trouve 
pas dans notre manuscrit. Il sera question aussi, plus loin, d'une 
troisième liste dressée par Aymé de Chambéry. 



III 



Pour comprendre ce qui va suivre, nous sommes obligé de 
donner, dès à présent, une idée de ces conclusions. Nous ne vou- 

1 La suite manque. 



UN ÉPISODE DE L'HISTOIRE DES JUIFS DE SAVOIE 39 

Ions pas les reproduire en entier, ni même les résumer. Elles res- 
semblent à toutes celles du même genre qu'on a faites, au moyen 
âge, sur les livres des Juifs, et, en particulier, à celles de l'affaire 
de 1*240, sous saint Louis, qui nous paraît avoir servi générale- 
ment de guide et de modèle pour les enquêtes de ce genre. Nous 
nous bornons à donner ici quelques échantillons intéressants du 
travail d'Aymé de Chambéry, pour que le lecteur ait une idée du 
tour de ces conclusions et de l'esprit qui les inspire *» 

S'ensiegont les conclusions condempnés escriptes et contenues es 
livres des Juyfz habitant en la ville de Trévoux. 

Et premièrement es livres de Peyret. 

Et est la première conclusion escripte en Cenedrint ou chappitre 
qui s'appelle cecy sont ars, out segond foliet, à l'encomencemant. 

I. Dist Ravaz : S'il (si quelqu'un) a lyéung homme et il est mort de 
fayn, il est patour, veult dire en franceys quictez {Sanhédrin, 77 a). 

IL Item mes audit chappitre dist ledit Ravaz : S'il a lyé ung 
homme devant un lion, il est patoîcr, veult dire quicte en franceys 
{Ibid.). 

Item plus ensegond ausditz livre et chappitre et segond foilliet. 

III. Dist Ravaz : Qui tue une treplia, veult dyre une parsonne que 
le pormon se tient à les costes, que il est patour, veult dire quittes 
(Ibid., 78 a)\ 

Item mais ausditz livre et chappitre et premier foliet. 
i IV. Se l'entencion estoit à ung homme à tuer une beste et y (il) 
tuest ung homme, out (ou) il heust entencion de tuer ung goyn, 
id est crestien, et ilz heust tuez un Israël, ou il heust entencion de 
tuer ung avorton et il tuetz ung fils de vie (un homme destiné à 
vivre), il est patour, c'est-à-dire quittes {Ibid., 70 a). 

Item plus audit livre de Cenedrint, ou chappitre qui se dit un droyt 
de avoir et Vautre droyt d'armes, foliet V°, à l'encomensement, où a 
une telle conclusion : 

VIL Que dit Raby Mey : Adam le premier de tout le monde fit 
amaser sa poudre de quoy il fut fait, etc. 3 . Et dit Rabaz que Adan le 
premier, son corps estoit de Babilloyne, sa teste de la terre d'Israël, 
ses membres d'autre terre. Et dit ung autre docteur appelles Raby 



1 Les mots entre parenthèses sont ajoutés par nous. Les mots hébreux, titres de 
livres, noms de rabbins, sont expliqués dans l'Appendice. 

2 Ces trois articles signifient : l 8 Si quelqu'un a attaché un homme, de sorte que 
celui-ci, ne pouvant pourvoir à sa subsistance, est mort de faim, l'auteur de cet acte 
ne peut pas être considéré comme assassin ; 2° de même si on a lié un homme 
qu'un lion est venu dévorer ; 3° enfin, tuer une personne dont le poumon a une ma- 
ladie mortelle, c'est tuer un mort et la peine de l'assassinat n'est pas prononcée. 
Toutes ces dispositions ont pour objet d'éviter, autant que possible,. aux tribunaux, 
l'obligation de prononcer la peine de mort. 

3 C'est-à-dire : Pour créer Adam, le premier homme, Dieu amassa de la poussière 
de toutes les parties du monde. 



40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ainaz que ilz a doze heures au jour; la première, (Dieu) fit amaser sa 
poudre (la poudre dont Adam est fait); la segonde, fit sa forme; la 
tierce, furent estendus ses membres ; la quarte, ly fut mise l'arme 
au corps (lui fut mise l'âme au corps); la V e , il (Adam) se levaut tout 
droyt sur ses piez; la VI e , il appella les noms de toutes les bestes; 

la VIP, Eva fut adiointte avec ledit Adan;la VHP, ; la IX e , ly fut 

comandé le comandement de Dieu; la X e , il mesprit et péchaz contre 
Dieu; la XI°, il fut jugiés; la XII e et la dernière, il fut mis hors de 
paradiz {Sanhédrin, 58 a, 58 b). 

VIII. Item dit plus audit chappitre, ou V e foliet dudit Cenedrint : 
Dit Raby Juda et Rab que Adan, notre premier père, estoit min, 
c'est-à-dire héréticque et mescréant, et que dit un aultre, Raby 
Naman (Nahman), que ledit Adan renya son créateur [Ibid., 58 b). 

Item plus ensegant ledit chappitre, s'ensuyt une autre conclusion: 

IX. Que dit Raby Juda que, en l'eure que Dieu volist créez Adam, il 
créaut et formist une coble (couple) d'anges et leur va dire : Volés- 
vous que nous faysons ung homme en notre forme et à notre sem- 
blance? Et lors les anges ly dirent : Sire de tout le monde, que 
seront ses ovrages? Et il respoûdit : Einsi et einsi ses ovres. Et il ly 
(lui) alyrent (allèrent) dire : Sire de tout le monde, qu'est ung homme 
que tu doys 1ère en ressemblance de toy 1 ? Et leditz Sire du monde 
mit son doy ou mis (au milieu) desdiz anges et les brulaut. Et 
pareilliement fit-il de la segonde coble d'anges. La tierce respondit : 
Sire de tout le monde, les premiers qui t'avoyent respondu, que leur 
a valu? Tout le monde est tien, tant que tu vouldras fère en ton 
monde, se fay et à ta guise, etc. {Sanhédrin, 58 b). 

Item en ung autre chappitre ensegant et es diz livre et foliet : 

X. S'ensuyt un telle conclusion que dit Raby Juda que Adan le 
premier formé depuis l'ung de botz (bout) du monde jusque à l'autre 
il fut créez, et tantoust que il passa (transgressa) le comandement de 
Dieu, il (Dieu) le fit petit. 

XI. Item dit mes audit chappitre Raby Aladar : Que Adan notre 
père estoit grant depuis la terre jusques ou ciel, et tantost que il 
péchaut, et Dieu le fit petit comme dessus est dit [Ibid., 58 b). 

Item plus ausdiz livre et foliet s'ensuyt une autre conclusion : 

XII. Que dit que Dieu ne fet rien se il ne se conseillie première- 
ment à ses gens du ciel (Ib., 58 b). 

XVI. Item plus ausdiz livre et chappitre et foliet dudit chappitre, a 
une conclusion que dit : 

Que qui sert abozodara, c'est à dire une ydole, pour amour et pour 
trémour (crainte), Ravaz dit que il est paiour, c'est à dire quictes, et 
Habayn dit qu'il est tenus (coupable; Ibid., 61 b). 

XVII. Item mais ausdiz livre de Cenedrint et chappitre de quatre 
mors, et ou IX e foliet, a une autre conclusion : 

Que dit que il est mal fait à ung homme de fère nulle marchandise 

1 Qirest l'homme pour que tu te souviennes de lui? Verset des Psaumes. 



TX ÉPISODE DE L'HISTOIRE DES JUIFS DU SAVOIE 11 

ne pat (ni pacte) quelconque avec ung goy, veult à dire crestien 1 , 
car il porroyt advenir que ledit goy seroit atenus de jurer son sere- 
ment, et jureroyt son ydolàtre (et il jurerait par son idole), et la loy 
dit, etc. {laid., 63 b). 

XVIII. Item plus ausdiz livre et chappitre de quator mortes, ou 
X e foliet : 

Que dit Raliaaz : Se uûg homme avoit fait passer toute sa lignée à 
Molec (Moloch), il est patoicr, c'est à dire quictes sans estre puni 
(/£., 64 b). 

XIX. Item audit chappitre dit mes que si il (quelqu'un) avoit fait 
passer audit Molec son père ou sa mère, son frère ou sa suer, il est 
patotir, et se sa personne y passoyt, il est aussi patour (Ib., 64 b). 

XX. Item audit livre de Cenedrint, ou chappitre appelle estre parfait 
le droyt, ou premier foliet dudit chappitre, a une telle conclusion : 

Que dit que la veillie de peysah, veult à dire Pasques en francoys, 
ilz pendirent Jhesu le Nossery, veult dire crestien en francoys, et la 
criez alaut devant ly XL jours, disoyten tel manière : Jhesu le Nos- 
sery sault hors pour estre lapidés, pour ce que il a fait sorcelerie et 
autres, et empayut au puble (peuple) d'Israël de mal fère, et, pour 
ce, toux ceulx qui seroient (sauroient) que il heust bien fait (fait 
quelque bien), que il vinissent le notiffier. Et il ne trovarent oncques 
personne qui veulsit bien dire de ly, et le pendirent la veillie de 
Pasques. Adon se dit Hulaz : Et cuyde-tu que Jhesu le Nossery soit 
homme de quoy l'on doyve bien dire? Il est ung homme qui met le 
puble à mal fère, et Dieu a comandé que l'on ne doit point avoir pitié 
de ly (d'un tel homme) ne legarder de riens une persone qui est de 
telle condicion (Ibid., 43 b). 

XXII. Item ausdiz livre de Cenedrint, ou chappitre appellée de 
quatre mors, à XI e foliet, a une telle conclusion : 

Dit Raby Menahen filz de Roby José que qui madit son père et sa 
mère, que il n'est point entenus de la poyne jusques à tant que il le 
maudye ou nom (en prononçant le nom) de Dieu (Ib., 66 a). 

Et cela continue ainsi indéfiniment. 



IV 



Comme nous l'avons montré plus haut, après une enquête som- 
maire, les Juifs furent assignés à comparaître trois semaines plus 
tard, le mercredi 13 avril 1429. Ce jour même, on interrogea deux 
Juifs, Peyret et Caquellet, sur les conclusions. Cet interrogatoire 



Nous rappelons que goy veut dire payen ou r.on-juif. 



42 REVUE DES ETUDES JUIVES 

suit, article par article, des conclusions dont les numéros ne ré- 
pondent pas exactement à ceux des folios 70 et ss. C'est pourquoi 
nous supposons que la première liste des conclusions dressée pro- 
bablement par Aymé ne se trouve pas dans notre manuscrit. Soit 
que les résultats de l'interrogatoire ne parussent pas satisfaisants 
aux juges, soit que la rédaction des conclusions fût insuffisante, 
l'interrogatoire des autres Juifs fut ajourné, et Aymé fut chargé, 
le lendemain, de mettre par écrit des conclusions avec le con- 
cours d'un secrétaire nommé Croppet. 

Voici ce que dit notre ms. sur ce sujet (f d 122 1)) : 

Jeudi XIIII" dudit moys d'avril. 

Messeigneurs, en présence de Monseigneur le juge et du procureur, 
ont commis maistre Aymé à visiter tous les livres par inventoire et 
rapportera tout par escript, présent Croppet, qui. sera tousiours avec 
luy et registrera les conclusions et les inventoires d'icelles, ainsi que 
rapportera ledit maistre Aymé. Et pour ce que ledit maistre Aymé 
se doute 1 , ils l'ont baillé en garde et sauf-conduit au chastellain, qui 
l'a prins en garde seurement, et le laissera aler et fera accompagner 
là et quant il vouldra. Et a esté enioing ausdit maistre Aymé et 
Croppet qu'ils facent diligence souffîsante, sous poyne d'estre cassé 
de gages. Et a esté defïéndu au Juyfs es personnes de Peyret, son 
filz Caquellet, Josson, Samuel, sur poyne de XX mars d'argent, 
qu'ilz ne offendent maistre Aymé, et assigné à mercredi à ordonner 
sur tout, et doyvent comparoistre sur les poynes que paravant. 

C'est cette nouvelle rédaction des conclusions qui paraît être la 
liste contenue aux ff. 70 à 102 de notre manuscrit. Autant qu'on 
en peut juger par les brèves réponses des Juifs entendus au mois 
de mai, les numéros des questions qui leur furent adressées cor- 
respondent aux numéros de cette liste. 

Le ms. contient, aux ff. 127 a à 141 a, une autre liste de 
« conclusions » qui est le plus souvent d'accord avec cette pre- 
mière liste dans la rédaction et la suite des articles. Elle en dif- 
fère cependant en divers points : 1° cette seconde liste n'indique 
pas à qui appartenaient les livres d'où les « conclusions » sont 
tirées ; 2° les articles n'y sont pas numérotés ; en donnant un 
numéro d'ordre à chaque alinéa commençant par le mot item, 
nous y avons trouvé 119 articles ou conclusions. Entre le 118 e et 
le 119° article, se trouve, à titre de « conclusion » plus longue, la 
traduction française du livre de Tolcdot Jésn qui a été souvent 
publié, entre autres, avec une traduction latine, par WagenseiJ . 

1 A des doutes, soupçons, craintes. 



UN ÉPISODE DE L'HISTOIRE DES JUIFS DE SAVOIE 43 

Nous supposons que cette dernière liste, qui paraît rédigée avec 
plus de soin, a été faite, au moins en partie, après la termi- 
naison de l'affaire et à tête reposée. C'est ce qui explique quelle 
ne contienne plus un certain nombre d'articles recueillis dans la 
première liste et regardés ensuite comme étant sans importance. 
Los documents indiquent, au reste, qu'on a travaillé encore à 
ces conclusions au mois de juin 1429, comme on le voit par 
cette petite introduction placée en tête de cette seconde liste 
(f° 127 a) : 

Cy sont escriptes les choses et conclusions extraictes et trouvées 
es livres des Juyfz de Trévoux par mestre Amye de Ghambérieu, 
néophite, par le mandement et commission faite et donnée par très 
puissante et très illustre dame, madame de Bourbon, à vénérables 
messires Pierre Gherpin, docteur en décrez, officiai et vicaire général 
de Révérend Père en Dieu Monseigneur Parcevesque de Lyon, mes- 
sire Jehan Roux, docteur, juge ordinaire, et mestre Jehan Namy, 
licencié en loys, juge d'appeaulx de Reaujolois, commissaires en 
ceste partie, appelé ledit mestre Amye avecque eulx l'an de grâce 
mil II1I cent et XXIX, et aux mois de avril, may et juing. 

La traduction donnée par Aymé de Chambéry des passages du 
Talmud et d'autres livres rabbiniques est généralement exacte. 
Quelquefois, cependant, elle est si servilement littérale, qu'on se 
demande s'il a réellement compris le texte *. A en juger par la 
faute d'écolier qu'il a faite dans la traduction d'un passage talmu- 
dique bien simple, il est permis de penser qu'il n'était pas un 
grand clerc 2 . 

Il n'est pas sans intérêt de voir comment les Juifs répondent 
aux questions qui leur sont adressées. 

Voici d'abord un échantillon du procès -verbal de l'interro- 
gatoire de Peyret et Quaquellet, lequel eut lieu le 13 avril 
(f° 119 a) : 

Le mercredi après Misericordia Domini, XIIL jour d'avril mil 
IIII cent XXIX après Pasques, en Postel de Humbert Anserme, mon- 

1 Par exemple, quand il traduit les mots nTC5S5 "^l *7ï"lN1 maiftE "0^1 IfiN, 
qui sont le titre d'un chapitre talmudique, par un droit d'avoir et Vautre d'âme, au 
lieu de : soit une décision sur des questions d'intérêt, soit une décision sur une ques- 
tion de vie, de personne (d'âme). 

2 C'est le passage de Sanhédrin 79 b (conclusion 28 du ms.) : bbp£D '"lEin Ï"!T 
• • -TiDllTiZ « Il y a un cas où maudire son père et sa mère est plus grave que les 
frapper : qui les maudit après leur mort, est puni ; qui les frappe après leur mort, 
n'est pas puni. » Aymé traduit : Ceux qui maudit son père ou sa mère, il doit avoir 
plus de poyne que se il le feroyt (frappait), et qui maudit son père ou sa mère après 
sa mort » faisant ainsi deux propositions différentes d'une seule. 



44 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

seigneur Tofflcial, monseigneur le juge et maistre Jehan Namy ont 
fait juré Peyret et Caquellet, sur poyne chacun de XXV marcs d'ar- 
gent, de dire vérité sur les interrogatoires quilz (qui) leur seront faiz. 

Premièrement Peyret. 

S'il a autres livres que ceulx qui ont esté prins de tamur et de 
loy de bouche, dit que oy et qu'il est prest de les bailler, au départir 
il les fera apourter, par son serment. 

Item s'il a point de Senedrin, dit que oy. 

Au premier article des conclusions, il ne le confesse point, bien, 
dit-il, que se le filz mauldit ou bat son père, qu'il ne doit point morir, 
senon qu'il soit en nom de Dieu. 

Au second article faisant mencion du lyon, dit qu'il ne le croyt 
point et ne le veist oncques, qu'il sache. 

Au III e article faisant mention du polmon, il n'en scet nouvelles. 

Au 1111° article, il croyt, car il ne le cuide pas fère. 

Au VI 8 article de Adam, dit qu'il est vray, car autrement il ne peut 
estre reffredi, et visita toutes bestes. . . 

A l'article faisant mention de la meillie d'Israël, dit que oy. 

A l'article VII 8 faisant mention. . ., dit que oy dessus ou dessoubz, 
et confesse qu'il l'a veu (qu'il a vu) ou livre Chala ladite conclusion, 
mais il dit que la glose l'entent comme il a dit. 

Au VI 8 article de latin', dit qu'il ne scet riens. 

Au VII e , il confesse estre vray, et l'a veu, mais ne luy recorde où, 
dit que n'est pas homme à IX ans. 

Au VIII e article faisant mention se un homme sacriffie tous ses 
enfans et dit qu'il est quitte, et est ceste conclusion dit en Senedrin 
du père et mère, il ne confesse point. 

Item sur le IX e article faisant mention que pour peur ou amour 
est licite ydolàtrer, confesse qu'il est quitte de mourir. 

Item sur l'article X e disant que tient autre opinion contre famur 
(quiconque a une opinion opposée au Talmud) est hérétique, dit qu'il 
ne le croit point se ce n'estoit que la loy. 

Et ainsi de suite. Tantôt les deux Juifs disent que la conclusion 
est exacte, « qu'il est vray, qu'il l'a veu », mais ne lui « recorde 
où », ou « qu'il n'en sect riens, qu'il ne l'a veu qu'il sache, qu'il ne 
le croyt point » ; tantôt ils contestent certaines interprétations : les 
goyim sont ceux qui font étrange service (idolâtres, servent des 
dieux étrangers), non les chrétiens ; on ne doit point de considé- 
ration aux idolâtres, mais il n'est pas dit qu'on doive les tuer; que 
c'est ainsi écrit, mais s'entent (s'entend, s'explique) autrement; 
enfin ils contestent absolument certaines conclusions: « ne le vit 
oncques, ne le confesse point, ne le croit point ». 

i Cet article est tiré des conclusions de 142G dont il est question plus loin et dont 
les enquêteurs avaient la copie. — On voit que le numérotage des articles laisse à 
désirer. 



UN ÉPISODE DE L'HISTOIRE DES JUIFS DE SAVOIE 45 

On a vu plus haut qu'après l'audition de Peyret et de Gaquellet 
l'interrogatoire fut subitement suspendu et Aymé chargé de ré- 
diger des conclusions. Vers le milieu du mois de mai, Aymé eut 
probablement fini son travail. L'interrogatoire fut repris, il eut 
cette fois un caractère spécialement aigu à cause du livre de 
« la Passion de Jésus » (Toledot Jésn) qu'on avait découvert dans 
un cahier ou carnet trouvé chez Peyret et écrit de sa main, 
comme il le confessait lui-même (126 b). 

Les Juifs, de leur côté, avaient utilisé le répit qu'on leur avait 
accordé après le 13 avril pour réunir les privilèges qui leur 
avaient été successivement accordés par les comtes et ducs de 
Savoie et au nom desquels ils avaient protesté dès le premier jour 
de l'enquête. Le 18 mai, ils en donnèrent la liste ou la copie aux 
commissaires (f° 123 a). Le 20 mai, la plupart d'entre eux com- 
mirent et députèrent a Léonnet et Josson à recognoistre et res - 
pondre sur ce que messeigneurs leur demanderont », et promirent 
« es mains de Quaquellet, avoir ferme à ce qui sera par eux fait etc. 
Fait le xx° de may mil MI cent XXIX, à Trévox, en l'ostel H. An- 
serme, présent, G e Chopine et Ame de Novarre (f° 126 b). » 

Le même jour, jeudi 20 mai 1429, Josson et Lionet furent inter- 
rogés. Leurs réponses sont de même nature que celles de Peyret 
etdeDéot Caquellet (123 &). 

Tantôt ils confessent que les choses sont écrites « comme est 
contenu en l'article » rédigé par l'inquisiteur, ou que « il est es- 
cript en celle manière »; ou « ledit article estre vray » ou « puet 
estre vray » ; tantôt ils disent que « ilz n'entendent point le test » 
(texte ; art. 15) ; tantôt ils font des réserves et corrections. Sur 
l'article 8, ils « dient que Adan bien estoit myn, mais non pas 
qu'il reynea (renia) Dieu. » Ils expliquent l'article 16, concernant 
le payen qui se fait juif, que « c'est pour l'amour et pour trémour 
(crainte) ». Sur les art. 80 et 81, ils « confessent qu'il est ainsi 
escript, mais ilz dient qu'il n'y a pas Jhesus, ains Iessu. » A 
l'art. 145, ils « confessent, mais ilz dient qu'il y a noçnj, qui veult 
dire estrange en françois », et non chrétien. Sur certains articles 
ils ne répondent rien ou la réponse a été omise. 

Le vendredi 21 mai 1429, sont interrogés à leur tour (125 &) les 
Juifs suivants, et, à ce qu'il semble, uniquement sur le livre de la 
Passion de Jésus, qui paraît avoir considérablement préoccupé les 
enquêteurs et qui semble avoir été découvert la veille. 

Salmin de la Tourt. Sommé par son serment le plus fort, sur la 
peine de êrem et samatha (excommunication) et de 25 marcs d'ar- 
gent appliqués à Monseigneur, et d'être brûlé, il dit qu'il « n'en 
scet riens, » c'est-à-dire, sans doute, qu'il ne connaît pas le livre. 



46 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Habramet, sur lesdites peines, dit qu'il n'en sait rien lire (dudit 
livre) et qu'il n'a jamais rien entendu de pareil. 

Jacollet, sur lesdites peines, dit qu'il n'en sait rien. 

Samuel Gabriel, sur lesdites peines, dit qu'il ne le vit jamais 
par écrit, mais il croit bien qu'il l'a entendu dire ainsi qu'il est 
contenu au carnet, tant en Savoie qu'ailleurs. Interrogé s'il en- 
tend que ce soit (que Jésus nommé dans ce livre soit) le Dieu que 
les chrétiens adorent, il dit que non. 

Déot Caquallet, sur lesdites peines, dit qu'il n'en sait rien. 

Peyret, chez qui le carnet avait été trouvé, sur lesdites peines, 
dit qu'il y a cinquante ans passés qu'il a le carnet, de l'écrit 
(de la main) du fils de Rabi Josinat, qui s'appelait Acquinet et 
était d'Allemagne; et depuis il (lui Peyret) a « escript ce que est 
devant » et ne le montra jamais à personne. Il est bien vrai qu'il 
a vu, lu et tenu ce carnet, et qu'il l'a fait écrire par ledit Acquinet. 

Bienvenu fils de Jacollet dit qu'il n'en sait rien. 

Léonet fils de Peyret, sur lesdites peines, dit que jamais il ne 
vit le carnet jusqu'à ce qu'il lui fut montré par messeigneurs. Il 
dit qu'il a entendu dire que Jésus n'est point né issu de vierge. 

Josson (126 a), sur lesdites peines, dit que jamais de sa vie il 
n'a vu le carnet jusqu'à ce qu'il fut saisi. De la nation (naissance) 
de Jésus le Nocery (de Nazareth) il ne sait rien. 



Y 



Un des points les plus controversés entre les Juifs et les com- 
missaires, c'est l'explication du mot hébreu goy, goyim. Ce mot 
sigmfiQ peuples, nations, et s'applique, dans les textes rabbiniques, 
aux nations étrangères. Les commissaires soutenaient, évidemment 
à tort, que ce mot désigne les chrétiens. Voici un résumé de leur 
argumentation, placé en tête de la dernière liste de conclusions 
d'Aymé de Chambéry (f° 127 a) : 

Et est assavoir, par déclarations des paroles et conclusions des- 
susdites, que lesdiz Juyfz appellent en hébray les crestiens selon 
ce que (au) commencement l'on dit, nonobstant que lesdits Juyfz 
vueillent autrement entendre, c'est assavoir goyn, nozerin. Item les 
appellent arvelin, pour ce que lesdits xpestians ne sont point cir- 
consix. Item dient que lay out (là où) on trove en escript goym sans 
autre addition, qu'ilz entendent de ceulx qui sont estrange service 
(qui servent un dieu étranger). Item dient que Edon veult dire Esaû 
et que maudieu (?) fut fil Esaû qui fut à Romme, pour quoy les Ro- 



UN EPISODE DE L'HISTOIRE DES JUIFS DE SAVOIE kl 

mains furent appelle Edumyn en hébray. Item que par Edon s'en- 
tendent les xpestians, quar la derrière (dernière) destruction du 
temple fist Bdom, ici est les xpestians. Item dient que l'empire de 
Homme est règne de malice, et que les xpestiens sont en main de 
malice pour ce qu'ilz sont obligez à Romy, et que par Romy s'entant 
Rome, ï'talie, Provence, Espaigne et pluseurs autres régions. Item 
dient que masnmazym sont ceulx qui mangeont les chers (chairs) 
dépendues par la loy et qui ne font le sabbat, et qui en partie font 
segon la loy et en partie oultre la loy et en partie desfor (hors) de la 
loy. Item que celui est appelle mamumase qui laysse la loy. 

Les Juifs pouvaient répondre que si, en théorie, le mot goy peut 
comprendre, en effet, les chrétiens, comme faisant partie des non- 
juifs, il n'y avait pas apparence que, dans le Talmud, le mot s'ap- 
pliquât aussi aux chrétiens, attendu que les chrétiens étaient à peu 
près inconnus aux talmudistes, surtout aux talmudistes de la Ba- 
bylonie, auteurs du Talmud de Babylone, le seul en usage en Eu- 
rope et le seul que les commissaires eussent invoqué. Si les pas- 
sages talmudiques relatifs aux goyim avaient été conservés dans 
les livres rabbiniques postérieurs, c'était uniquement par respect 
pour les textes anciens, et la pratique journalière des Juifs prou- 
vait bien qu'ils ne les appliquaient pas aux chrétiens. Voici le dé- 
tail de leur argumentation (ff os 103-104) : 

1° Les livres du Talmud s'appellent Talmud de Babylone, parce 
qu'ils ont été compilés en Babylonie l , et comme on ne connaissait 
pas les chrétiens à Babylone, il est évident que le mot goyim qui 
se trouve dans ce Talmud et qui se trouve aussi ailleurs n'a pas 
en vue les chrétiens. 

2° Si le Talmud a été compilé (et rédigé) après l'ère chrétienne, 
il a été créé (quantum ad sui invencionem, c'est-à-dire la matière 
talmudique a été formée, sinon coordonnée et transcrite) long- 
temps avant Jésus et avant qu'il y eût des chrétiens. Ce que les 
Juifs prouvaient en s'appuyant sur l'autorité de Rabbi Sent (ou 
Senc 2 ), qui était récitateur 3 de la loi orale faite longtemps avant 
Jésus, et dans laquelle se trouve le mot goyim. Ce mot, créé avant 
l'existence des chrétiens, ne peut donc pas s'appliquer à eux 4 . 

1 II est possible que ces pauvres Juifs de Trévoux ne connaissaient même pas le 
Talmud de Jérusalem. 

2 Rabini Sent (ou Senc), ou, peut-être, Rabi Nisent (ou Nisenc). Nous n'avons pas 
pu identifier ce nom. Sent serait-il, par hasard, le mot saint, et le rédacteur, ayant 
entendu parler de R. Juda-le-Saint, aurait-il pris saint pour un nom propre et tra- 
duit, en latin, Rabimis Sent ? 

3 Probablement tanna. 

4 Cet argument signifie que le mot goyim se trouve dans des passages talmudiques 
sûrement antérieurs à la naissance de Jésus. 



48 REVUE DES ETUDES JUIVES 

3° Dans Abodazara, sur un passage du Pentateuque (Deutér., 
vu, 2) où on s'occupe des peuples cananéens de la Palestine, il est 
dit [Abod. zar., 19 b, mischna) : Tu ne donneras pas de bijoux aux 
goyim ! ; cet ordre s'appuyant sur un passage biblique où il n'est 
absolument question que des idolâtres (cananéens), il en résulte 
que les talmudistes donnent au mot goyim le sens d'idolâtres 
(et non chrétiens). 

4° Dans le même livre & Abodazara, il est défendu aux Juifs 
d'avoir commerce avec les goyim trois jours avant la fête des 
goyim; ailleurs il est défendu aux Juifs de vendre des maisons, 
des armes et des chevaux aux goyim, de nourrir les enfants des 
goyim ou d'avoir des nourrices de goyim, etc. ; or, on sait que les 
Juifs observent très exactement leurs lois et préceptes religieux, 
cependant ils ont commerce avec les chrétiens aux jours de fêtes 
chrétiennes et avant ces jours de fête ; ils prendraient volontiers des' 
nourrices chrétiennes si la loi canonique ne le leur défendait pas à 
eux et aux chrétiens ; cela prouve que ce mot goyim ne comprend 
pas les chrétiens. C'est exactement et presque textuellement un des 
arguments de Rabbi Yehiel de Paris, dans la controverse de 1240. 

5° Le mot goyim signifie les idolâtres; or, dans le premier cha- 
pitre de hulhi, il est dit qu'on ne considère pas comme idolâtres les 
goyim qui demeurent hors de la terre promise ; les chrétiens sont 
hors de la terre promise, donc ils ne sont pas idolâtres, donc ils ne 
sont pas des goyim. 

6° La piété chrétienne supporte les Juifs, qui doivent être soumis 
à une perpétuelle servitude - ; comment les Juifs seraient-ils assez 
ingrats pour maudire leurs bienfaiteurs? Ce serait d'ailleurs con- 
traire à leur loi et au Talmucl. Le traité des Abot dit que les Juifs 
doivent prier pour le seigneur chez lequel ils demeurent. Et le pro- 
phète Jérémie a dit (xxix, 7) : « Demandez la prospérité de la cité 
où vous êtes transportés et priez pour elle, car dans son bonheur 
tient votre bonheur. » 



VI 
Nous avons déjà montré plus haut que les Juifs ne s'étaient 

1 Dans nos textes il y a DID^. Nous croyons, en général, que ce mot Ù"0^, sur 
lequel on a beaucoup écrit, est de formation récente et a été mis à la place d'autres 
mots (tels que goy, nokhri, cuti) par ordre de la censure. 

2 C'est la théorie canonique : les Juifs ne sont tolérés que par charité, ils sont 
condamnés à une servitude éternelle. Voir la constitution Etsi Judaos, d'Innocent III 
(1212), qui est du reste citée dans ce passage du ms. 



UN EPISODE DE L'HISTOIRE DES JUIFS DE SAVOIE V.) 

pas soumis à L'enquête sans protestation, et qu'ils avaient réuni, 
pour les opposer aux inquisiteurs, leurs anciens privilèges pro- 
duits par eux le 18 mai 1429. Ces pièces sont énumérées dans le 
passage suivant (f° 123 a) : 

Premièrement , une salvegarde octroyé par mon très redoubté 
seigneur monseigneur Loys, jadix duc de Bourbonnais], sur la date 
du XX e de décembre de l'an mil IIII cent et VIII. 

Item, une autre salvegarde à leur octroyé par très excellent prince 
monseigneur Jehan, duc de Bourbonnais, avec une exéqutoyre de 
ladite salvegarde, et laquelle salvegarde est de la date du X e de may 
l'an mil IIII cent XVII, et la date de la exéqutoyre à leurs octroyé 
par messeigneurs les baillifz juge de Beaujouloys est le premier jour 
de mars l'an mil IIII cent XXV. 

Item, une sentence absolutoyre octroyé esdiz Juyfz par mon- 
seigneur et madame Ysabeau, dame de Villars, en la date du pénul- 
tième jour de juyfz (lisez : juing) l'an mil IIII cent XVII. 

Item, une copie d'aucun Vidimus à leurs octroyé par le pape sur 
certains leurs privilèges sur la date du XIII 6 de mars l'an mil IIII 
cent XXII. 

Item, une autre salvegarde à leurs octroyé par Charles, monsei- 
gneur conte de Clermont, sur la date du VIII e d'octobre mil IIII 
cent XXVI. 

Item, une ordonnance et sentence fayte par monseigneur le duc de 
Savoye sur la date du XIX e de février l'an mil IIII cent XXIX. 

Item, certaines conclusions escriptes pour articles en un quael 1 de 
papier, seynée à la fin, pour copie, de la main de H. Dantavens. 

Item, une autre salvegarde à leur octroyés par les gens des 
comptes en Beaujouloys sur la date XIX* de janvier l'an mil IIII 
cent XXIII. 

La pièce du 30 juin 1417 se trouve copiée au f° 126 a. En voici 
la teneur : 

Le pénultième jour de juing mil IIII cent et XVII, feu monseigneur 
de «Villars et ma dame de Villars, par sentence donnée à cause de ce 
que les Juifs de Trévox avoient usé des livres de tamul, entre les 
autres choses fut dit par ladite sentence en ceste manière : A iceulx 
Juifs et JTuisves, ledit cas de lettres et tous autres exprimés, se point 
en ont commis par erreur ne autrement, nous leur avons pardonné 
et pardonnons et les en quittons et absolvons par ces présentes ; et 
à iceulx Juifs et Juisves remettons toute poyne criminelle et civile 
en laquelle ilz pourroient estre escheuz envers nous et que nous 
pourroit compéter pour les causes et cas dessus, sans ce que par 



1 Cahier. 

T. X, n° 19-20. 



50 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nous ne autre de noz gens ou officiers leur en soit jamais faite de- 
mande, moleste ne autre inquiétation, en corps ne en biens. Item 
voulons et octroyons qu'ilz puissent user dudit livre de talamuze et 
des deppendences et gloses d'icelle traittés et desparties 1 , par ainsi 
nome ilz ont acoustumé le temps passé. Voulons aussi et octroyé 
leur avons, et leur octroyons par ces présents, considéré et attendu 
les grans charges que ilz ont eu envers nous et par notre fait par le 
temps passé, et de notre grâce, qu'ilz soient exempt par devers nous 
et les exemptons par ces présentes de toutes exemptions et deman- 
des de subsides, aides et complaintes que nous leur pouvions deman- 
der et en quoy ilz nous pourroient estre tenus, de ce à troys ans 
prouchains venant à conpté à la date de ces présentes. Voulons 
aussi et octroyé leur avons et octroyons par ces présentes qu'ilz 
usent et joissent de leurs libertés, privilèges et franchises par la 
forme et manière qu'ils ont acostomé de jouir et user le temps passé. 
Promettans par nous et les nôtres, etc. 

On remarquera aussi qu'à l'autorité des seigneurs de Trévoux, 
les Juifs opposent celle du duc de Savoie. Notre ms. contient la 
copie de la pièce du 19 février de l'an 1429 2 qui est mentionnée 
dans l'énumération ci-dessus et qui a pour nous un intérêt tout 
spécial. Cette pièce, antérieure à peine de quelques semaines à 
l'enquête dont nous nous occupons, se rapporte à une affaire du 
même genre qui eut lieu en février 1426 dans les Etats de Savoie. 
Les livres des Juifs avaient été examinés par Ponce Feugerons, 
inquisiteur de l'hérésie, des « conclusions » avaient été rédigées 
et les Juifs obligés de les désavouer ou « abjurer ». Ce sont évi- 
demment ces conclusions qui se trouvent aux ff. 109 a à 116 a de 
notre manuscrit, qui portent pour titre (f° 109 a) les mots : Se- 
quuntur conclusiones quas Iudei ducatus Sàbaudie abiurave- 
runt, et qui sont signées, pour copie conforme, H. Dantavens. 
Elles sont mentionnées dans l'énumération ci-clessus. Ces con- 
clusions ressemblent beaucoup à celles qui furent rédigées en 
1429 par Aymé de Chambéry, il est possible même qu'elles soient 
de lui ; dans tous les cas, notre document nous apprend que maître 
Aymé (Amédée) dirigeait, en 1426, une information contre les 
Juifs de la Bresse en même temps que se poursuivait une infor- 
mation générale contre les Juifs de Savoie. L'affaire des Juifs 
s'arrangea. Après avoir juré de ne plus croire aux conclusions 
condamnables et promis de les rayer dans leurs manuscrits, le 
duc leur permit de se servir en toute tranquillité de leurs livres. 

1 Extraites et tirées du Talmud. 

8 On ne peut pas supposer que cette pièce soit du 19 février 1430 n. st., puisqu'elle 
est mentionnée dès le 18 mai 1429. 



UN ÉPISODE DE L'HISTOIRE DES JUIFS DE SAVOIE • 51 

Il est vrai qu'il leur en coûta 300 florins. Cet intéressant épisode 
est raconté dans un document dont nous donnons ici une tra- 
duction qui nous permet de l'abréger et de ne pas nous étendre 
sur les innombrables fautes de l'écrivain qui l'a copié (f° 105 a 
àlOSfl : 

îsous, le conseil de l'illustrissime prince notre Seigneur et maître 
Amédée, duc de Savoie, résidant à Cliambéry, par les présentes à 
tous savoir faisons : 

Que nous avons vu, inspecté et lu mot à mot certaines lettres de 
parcbemin émanées de notre susdit maître duc de Savoie, données à 
Morgex, le 18 février de l'an du Seigneur 1429, par Guillerme Bolo- 
merii, secrétaire de notre susdit maître, signées et revêtues du 
sceau de notre maître le duc, avec cire rouge et cordelette de soie, 
lettres parfaitemeut authentiques et sans aucun vice ni défaut. 
Lesquelles lettres, sur la réquisition des Juifs des deux sexes de- 
meurant sous la domination de notre susdit maître, nous avons fait 
copier par le bien aimé Jean Noyelli, vice-secrétaire de notre cour, 
et par les autres notaires soussignés et en avons ordonné de faire le 
présent Vidimus. 

Amédée, duc de Savoie, du Chaulais, prince d'Aoste, marquis en 
Italie, comte de Piémont, de Genève, du Valentinois et du Diois, à 
tous faisons savoir : 

Que le 25 février de l'an du Seigneur 4 426, tant par le vénérable 
frère Ponce Feugerons, professeur de théologie sacrée et inquisiteur 
de l'hérésie, que par d'autres de nos commissaires spécialement 
désignés à cet effet, il a été prononcé, contre les Juifs des deux 
sexes demeurant sous notre domination, une sentence définitive 
touchant certaines conclusions erronées et blasphèmes trouvés 
dans les livres desdits Juifs ; lesquels conclusions et blasphèmes 
furent alors abjurés et jurés au nom desdits Juifs, dans la forme 
indiquée au long dans ladite sentence et dans l'instrument d'ab- 
juration. 

Et comme, pour certaines considérations louables, et d'après la 
délibération même desdits commissaires, nous avons ensuite permis 
auxdits Juifs et à leurs descendants de se servir librement, à 
l'avenir, de leurs livres, oraisons et doctrines hébraïques, à l'excep- 
tion desdits conclusions et blasphèmes que lesdits Juifs seraient 
tenus de rayer et effacer dans leursdits livres, dans les délais 
fixés par l'instrument de ladite abjuration et dans la forme qui 
serait indiquée par ledit inquisiteur ; lesquels conclusions et blas- 
phèmes étant ainsi effacés de leurs livres et doctrines, les livres, 
oraisons et doctrines et tous autres écrits, de quelque nom qu'ils 
soient, qui sont tolérés à présent ou à venir par la sacro-sainte 
Eglise romaine dans son territoire immédiat, il sera permis auxdits 
Juifs de nos terres de posséder, lire, enseigner, apprendre libre- 



52 REVUE DES ETUDES JUIVES 

meut, impunément et sans aucun empêchement, à l'exception pour- 
tant des livres appelés Samata l et YOfficial 2 et d'autres livres for- 
mant uniquement une compilation desdites erreurs et malédictions, 
que nous n'avons jamais eu l'intention de tolérer, étant maintenues 
nos autres lettres patentes faites par notre secrétaire soussigné et 
données à Thonon le 15 mars de l'an susdit 4 426. 

Et comme lesdits Juifs assurent que lesdits conclusions et blas- 
phèmes ont été rayés et effacés de leurs livres dans les passages 
et endroits qui leur ont été désignés spécialement par ledit inquisi- 
teur, mais qu'ils craignent néanmoins que, par suite de la quantité 
et de la confusion de leurs livres, et par suite de l'ignorance où ils 
sont de la plus grande partie desdits conclusions et blasphèmes, 
et de leur inexpérience, il pourrait y avoir quelque autre passage 
condamnable en d'autres lieux et endroits de leurs livres que ceux 
qui leur ont été spécialement indiqués, d'où il pourrait résulter 
qu'on leur imputât quelque nouvelle faute et les impliquât dans de 
nouveaux procès, ils nous ont fréquemment adressé la prière de 
les mettre en sécurité sur ce point, d'autant plus qu'ils sont la plu- 
part sans instruction littéraire, et que, par suite, il leur serait diffi- 
cile de parcourir, les uns après les autres, tous leurs livres et présen- 
ter à l'examen les passages suspects ; considérant, du reste, que 
lesdits Juifs sont prêts, en tout temps, à rayer et effacer lesdits 
passages chaque fois qu'ils en auront clairement connaissance ; 

Nous, après en avoir mûrement délibéré, tant avec le vénérable 
frère Jean Buffet, ministre provincial de l'ordre des Mineurs, qu'avec 
le susdit inquisiteur et le prieur (ou bien : et prieur) des Prédica- 
teurs à Chambéry, et d'autres personnes faisant partie des susdits 
commissaires, et beaucoup d'autres de nos conseillers, ne voulant 
point tendre un piège aux Juifs, ni creuser une fosse dans laquelle 
ils puissent tomber, mais préférant, à l'exemple de nos illustres pa- 
rents, de célèbre mémoire, les traiter avec mansuétude, afin que 
leur cœur endurci. puisse, avec le temps et par l'effet de la grâce 
divine, s'élever et contempler le mystère salutaire du Sauveur, 
comme cela est arrivé, grâce à Dieu, de nos jours, à plusieurs d'entre 
eux ; 

A tous les Juifs des deux sexes, en quelque lieu de nos Etats 
qu'ils demeurent, soit en-deçà soit au-delà des monts, et à leurs des- 
cendants, nous accordons de nouveau et octroyons les privilèges et 
largesses que nous leur avons accordés jusqu'à présent, et si, par 
hasard, il arrive, à l'avenir, qu'on trouve dans les livres des Juifs, 
ou de l'un d'entre eux, les susdits conclusions erronées et blas- 
phèmes ou quelques-uns d'entre eux, ou quelque chose d'eux, ail- 
leurs que dans les passages et endroits qui leur ont été spécialement 

1 Malédictions considérées à tort comme dirigées contre les chrétiens. 

2 Probablement un livre de prières ou un chapitre de prières contenant aussi des 
malédictions; c'est sans doute la traduction du mot tefilla ou vnahzor. 



IN EPISODE DE L'HISTOIRE DES JUIFS DE SAVOIE .".: > . 

désignés par ledit inquisiteur, les Juifs en général, ou les individus 
d'entre eux en particulier, ne pourront pas, pour cela, être pour- 
suivis ou impliqués dans des procès ou autrement inquiétés , à 
moins qu'une autre information préalable n'ait prouvé que les Juifs 
ou le Juif n'aient eu clairement connaissance des passages condam- 
nés et aient sciemment négligé de les effacer; ajoutant cependant 
que, dans tous les cas, dès que les Juifs découvriront de tels pas- 
sages dans leurs livres, ils devront immédiatement les effacer et 
rayer et, à cet eflet, les Juifs seront tenus de prêter leurs serments 
accoutumés chaque fois que nous jugerons bon de l'exiger. 

Voulons, en outre, que nos gardiens ' traitent avec bonté eux et 
leurs biens, au sujet de tout excès, crime, délit, et tout autre cas, 
tant civil que criminel, commis par eux ou par l'un d'eux, depuis 
les temps passés jusqu'à ce jour, et sur lesquels une information ou 
un procès a eu lieu, mais une décision n'est pas encore intervenue, 
ou sur lesquels des procès pourraient être faits, si et en tant que ces 
délits peuvent toucher notre intérêt fiscal ; nous en faisons, par les 
présentes, abandon, les en libérons complètement et leur remettons 
tous les dommages, peines et punitions non encore prononcés aux- 
quels ils pourraient être condamnés soit en argent, soit corporelle- 
ment, avec promesse formelle de ne rien réclamer de ce chef, étant 
exceptés cependant de cette remise les Juifs demeurant dans notre 
patrie de la Bresse de l'autre côté du mont de Dombes et de Valbonne 2 , 
en ce qui concerne les délits qu'ils ont pu commettre dans l'usage 
de leurs livres et que peut mettre à jour le procès commencé contre 
eux par le châtelain de Miribel et maître Amédée de Ghambéry, néo- 
phite 3 , commissaires députés récemment par nous pour cet objet, 
lesquels Juifs (de cette région) ne doivent pas être compris dans 
l'amnistie générale susdite. 

En outre, pour que les Juifs demeurant dans nos Etats puissent 
y vivre en sécurité et en paix, tous les privilèges que nous leur 
avons accordés jusqu'à ce jour et qui ont été prolongés récemment 
pour trois années consécutives, sont, par les présentes, prolongés 
pour deux années entières à partir de l'expiration de la susdite der- 
nière prorogation. 

Pour tout ce qui précède, nous confessons avoir obtenu et réelle- 
ment reçu desdits Juifs la somme de 300 florins, versée en mains de 
notre aimé et féal Michel Defeur, notre trésorier général de Savoie, 
qui nous en tiendra compte exact. 

1 Qarderii. Ce sont évidemment des gardiens ou conservateurs des Juifs, institués 
à l'exemple de ceux à qui les rois de France avaient, à une certaine époque, confié 
l'administration et la surveillance des Juifs. L'influence française se remarque encore 
dans la rouelle mi-partie rouge et blanc dont nous avons parlé plus haut et qui est 
une copie d'une rouelle française. Voir l'article de M. Ulysse Robert, Revue, tome VI, 
p. 85. 

2 In patria notra Breyssie reversi montis Dombarum et Vallisbonc. 

3 Juif baptisé. 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ordonnons à notre aimé conseil résidant à Ghambéry, au bailli, 
au juge et procureur de la Savoie, aux châtelains de Chambéry, 
Montmeillan, Bourg, Chatillon, Dombes, et aux commissaires et 
autres officiers, féaux et sujets, tant en-deçà qu'au-delà des monts, 
présents et futurs, et à leurs lieutenants, d'observer ces lettres- 
patentes, l'amnistie et la prorogation susdite, et de laisser les Juifs 
en jouir sans opposition ni obstacle. 

Donné à Morgex le 18 février de l'an du Seigneur 1429. 

Certifié conforme à l'original et ayant la valeur et la force de l'ori- 
ginal, le tribunal soussigné siégeant à la manière ancienne (more 
j/iaiorum), et donnant à ce Vidimus cette valeur par leur propre 
autorité et par le décret donné à Ghambéry le 8 mars 1429. Fait 
dans le conseil, étant présents les sieurs Lambert Oddineti, prési- 
dent, etc. Signé, sur l'ordre du conseil, par Jean Croqueville, clerc 
du diocèse de Bayeux, notaire public; Jean Roland de Ghambéry, 
clerc et notaire public. Donné pour copie par moi, Gholerii. 

Les pièces contenues dans notre manuscrit ne nous apprennent 
pas comment se termina le procès des Juifs de Trévoux, en 1429. 
Il paraît que les livres hébreux furent brûlés, les Juifs condamnés 
à diverses amendes, et en outre à être expulsés de la ville *. Cet 
arrêt fut-il exécuté? Trois ans plus tard, dans tous les cas, on 
retrouve des Juifs à Trévoux. Il est probable qu'ils se tirèrent 
d'affaire, comme d'habitude, en payant une forte rançon. C'est la 
moralité ordinaire de ces tristes histoires. 

Isidore Loeb. 



APPENDICE. 



Nous donnons ici, pour l'instruction et un peu pour l'amuse- 
ment des lecteurs, la liste des rabbins, des personnages, des 
livres rabbiniques et des mots hébreux qui se trouvent dans nos 
mss. et principalement dans les articles. Cette liste pourra servir 
à ceux qui liront les mss. après nous, surtout pour l'identifica- 
tion des noms et des mots hébreux, étrangement défigurés dans 
les mss. Elle donnera aussi une idée de ce que pouvait être, à 
cette époque, la bibliothèque d'un Juif de Trévoux, et enfin elle ne 

1 Jolibois, l. c. 



l.N ÉPISODE DE L'HISTOIRE DES JUIFS DE SAVOIE ;..i 

sera pas sans présenter quelque intérêt pour l'histoire des déno- 
minations des livres talmudiques ou rabbiniques ». 

On remarquera que la principale altération consiste dans le 
changement du il en z ou du z en d. Nous avons déjà souvent eu 
l'occasion de signaler dans la Revue, et notamment dans notre 
article sur l'enquête de 1240 contre le Talmud, la confusion du z 
avec le d, provenant, évidemment, d'une confusion dans l'émis- 
sion de ces consonnes. 

4. Noms de personnes, de pays et de lieux. 

Abraham. — Adam le premier (le premier homme, •p'tt&nïi ta*7N), 
Adan. — R. Aladar, R. Alaza, R. Alazaz (R. Elazar). — Amolec 
(Molékh, Moloch). — Armyllos le dyable (Armilus ou Armilius des 
Midraschim). 

Babiionne. — Balaam, Balaham. — Balac. 

Maître Can. — Terre de Canaham (Canaan). — Gasediyim (Casdim, 
Chaldéens). — Gham. — Gozuby, fille du roi de Sort (Cozbi, fille du 
roi de Car ; voir Nombres, chap. xv). — Cypora (Gippora, la femme 
de Moïse). 

Edom, Edon, Edon la fellonesse (JrrWîft ÛT7N). — Effrayn (Ephraïm). 

— Enoch. — Esahu, Ezahu (Esaù). — Eve. 

Ange Gabriel. — Raban Gameleer , Raban Gameleez (Rabban 
Gamliel). — Gesmalin, Gesymalin (pour Ysmalin, Ysymalin, c'est- 
à-dire Ismaélim). 

R. Habayn (Abayé). — R. Halade, Halahasal, Halahazar, Halazar 
(R. Elazar, R. Eliézer). — Halaasaph, Haleasaph, fils de Moïse (pour 
Eléazar). — R. Hamenonaz (Rab Hamenuna). — R. Hame (Rab Ame). 

— Han (Gham). — Hanan. — R. Hanyna. — Harbequiva (pour Rabbi 
Aquiva, avec prononciation arb au lieu de rab encore aujourd'hui 
usitée en Italie et en Orient, pour la facilité de l'émission). — Has- 
munay (Asmonaï, Asmonéen). — R. Helede, Heleze (R. Eliézer). — 
Hequeva, Ilerbequiva, voir Harbequiva. — Hullaz (Ulla). — Husiez 
(Husiel). — R. Hysaac de Gorbueil (Isaac de Gorbeil). 

Jacques (chrétien). — Jacob. — Jhesus le nossery ("nattlrt, de Na- 
zareth). — R. Iohanan. — Joseph, Iosepht. — Isemahel (Ismael). — 
Jozua fils de Perayha (R. Josué fils de Pérahya). 

Léa. — L'ange layla (laïla, nuit). 

Matay (Matthias). — R. Menahem fils de R. Jossé. — Le Messie fils 
de Joseph, qui s'appelle Nahamya fils de Husiez de la tribu d'Effrayn 



1 Dans les mots du manuscrit commençant par Rabi, Rbi, Rabban, il faudra re- 
trancher ces quatre lettres et les chercher, dans notre liste, à l'ordre alphabétique 
déterminé par les lettres suivantes du mot. Nous n'avons t'ait exception que pour 
quelques noms où Yi du mot Rabi se confond avec un * commençant le nom de la 
personne ; on trouvera ces noms à la lettre R. — Dans notre liste, R. signifie Rabbi, 
Rabbia. 



56 REVUE DES ETUDES JUIVES 

(Nehémya fils de Husiel,de la tribu d'Ephraïm). — Moïse, Moyse, 
Moyses. — R. Moyses Maymon, au livre de scaver (savoir, séfer 
3H»), — Molec (Moloch). 

R. Naaman (R. Nahman). — Noé. 

Pharaon. — Pignaaz, Pygnaaz (Pinhas). — Putiphar. 

Quenahan (Canaan). 

Rab, Rabe, Rahab (Rab). — Rahaas, Rahas (Rab Aha). — Rabisaac, 
Rabisahac (Rabbi Isaac). — Rabisida (Rab Hisda). — Rahuqueva 
(Rabbi Aquiba). — Ravaz (Rabha). — Relaqui (Rêsch Lakisch). — 
Rome, Romme. 

Saamel (Ismael). — Salamon, Saloraon (le roi). — Raby Salomont 
(Raschi). — Samael, prince d'Ésahu (ange qui est censé être le génie 
d'Esaù). — R. Samuel. — Saul, docteur. 

Ysahac, Rabysaac (Rabi Isaac). — Ysmahel (Ismael). — Rabysymael 
(Rabbi Ismael). 

Zimery (Zimri). 

Aux noms de pays et de nations déjà énumérés dans la liste précé- 
dente, nous ajoutons à part ceux qui se trouvent au f° 440 a, dans 
une liste de peuples maudits, et que nous reproduisons par groupes, 
dans l'ordre où ils se trouvent dans le document, afin de faciliter 
l'explication aux personnes qui voudraient s'en occuper. On nous 
permettra de ne pas nous arrêter aux noms que nous n'avons pas pu 
identifier à la simple lecture et de nous dispenser de toute recherche 
sur ce sujet. La plupart des séries de noms sont tirées du chap. x de 
la Genèse. L'écriture de cette page est très mauvaise, notre trans- 
cription est souvent douteuse, et il va sans dire que les mots sont 
déjà étrangement défigurés dans le ms. : 

Eamyn, Samenzeumyn, Quezer, Ezomyn (Anamim, Zamzummim, 
Quédar, Edomim). 

Gomer, Magog, Asquenaz, qui veult dire Alemengne en françoys, 
Emomym (Edomim), que veult dire Rome. 

Les goyns Haquerins, Queturyns, Luczyns, Eramyn (Hagarim, 
Queturim, Ludim, Edomim.) 

Lez goyns Zeras, Nahas, Mizins, Samyn (Tiras, , Midian, ). 

Lez goyns Genan, Gahan, Getheer, Ruymin (Canaan, , Géther, 

Romim?) 

Captorim, Casluhin, Luthussin, Lannim (Caftorim, Casluhim, 
Ludim, Anamim.) 

Mivzeffam, Ezneebet, Mismehim, Eptinim. 

Ceba, Hevilla, Sebhaha, Rumyn (Seba, Havila, Sabela, Raama). 

Lez goyns Pellees, Amon, Assur, Helamym. (Péleg?, Ammon, 
Assur, Elamim.) 

Quezarim, Lahavim veult dire Flemans, Empranim (Quédarim, 
Lehavim,. ..) 

Les goyns Chessa, Maze, Quutym, Rettamyn ( , Madaï, Cutim, 

Rodanim). 



UN ÉPISODE DE L'HISTOIRE DES JUIFS DE SAVOIE 57 



2. Titres de livres hébreux. 

Pour le traité talmudique Aboda Zara on trouve les noms : abodozara, 
habodozara, abosodara, abozazara, abozodara, abozozara, abudozara. 
Le mot, qui signifie culte étranger, culte payen, est traduit littérale- 
ment par « service estrange ». Les chapitres cités sont : le chap. 
des costumes des goyns (coutumes des goyim, probablement le 
\ w chapitre); le chap. Ton ne met point les bestes es arbergeries des 
goyns ($• chap.); tous les ymages (3° chap.); Rabbi Ismael (4" chap.) ; 
qui loye ung ovrir (qui loue un ouvrier, 5 e chap.); 

Abos (traité des Abot). 

Le traité talmudique Haguiga est désigné par les mots aguiga, 
aguyga, ayguiga, eguiga, eguyga. Est cité le chap. que l'on ne 
requiert point [en doreschin, 2 e chap.). 

Arvepisayn est cité comme formant un traité talmudique à part. 
C'est le mot Arbé Peçahim, nom du 10 e chap. du traité de Peçahim. 

Babasra (Baba Batra). 

Bavamisia, Bavamyssia, Bamysia (Baba mecia), chap. des prêts. 

Bavaquama (Baba Kamma), chap. qui oste se chaupte à son compa- 
gnon {kahobel behabéro, 10 e chap.). 

Livre de talmut sur behoroz jonazim (?Bekhorot ). 

Berahaz (Berakhot), chap. on ne doit point se tenir dampyes (sur 
pied, debout; 5 e chap.). Chap. aroye, asroe {ka-roé, 9 e chap.). 

Biblie, Bublie (Bible). 

Calha, calaz (Galla). 

Gebaux, qui signifie « serement » (Schebuot). 

Genedrint, cenedrym (Sanhédrin). Chapitres : un droyt de avoir et 
l'autre droyt de armes (soit les causes pécuniaires, soit les causes 
pénales, qui regardent la personne, lame; arme = âme; 4 e chap.); 
estre pariait le droyt (quand la sentence est parfaite, prononcée; 
6 e chap.); quatre mors (7 e chap.) ; uug filz qui est rebellez contre, son 
père (8 e chap.); cecy sont ars (ceux-ci sont brûlés; 9° chap.); cez cy 
doy vent estre estranglez (10 e chap.); hélec, ou encore chap. d'Israël 
(il- chap.). 

Genesi, Genesy, Genisi. Ce mot ne désigne pas seulement la Genèse, 
mais tout le Pentateuque; les Nombres sont le quart livre de Genesi. 
Les noms des cinq livres sont Samot, Samotz, Helesemoz (Semot, 
Exode) ; Vagiqra, Vaguquera, y appela (Vayyicra, il appela; Lévi- 
tique); Bemisehar, Bemysebar (Bemidbar, Nombres); Devarim (Deba- 
rim, Deutéronome). Les sections citées en hébreu sont Bezala, Bezalas 
(Besallah), Balac, Vaheshanan (Va-ethannan). — Guydin (Guittin). 

Le chapitre (morceau) ezontahan, dans un livre de prières. Nous ne 
savons, au juste, ce que c'est que ce mot; probablement quelque 
chose comme }nn "jTwX ou û^i:nn }-£*. Il est traduit par « que Dieu 
entend de (les) prières ». 



58 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Un livre de ialmut appelé haruc sur le nombre de talmut. 
L'Arukh, dictionnaire sur les mots (noms) du talmud. 

Hulin, Hulhi (Hullin). Le livre a hylutrephoz en Hulin. » 

Iomaz (Yoma). 

Ionto, iontoz (Yomtob; c'est le traité de Béça). 

Macos, Macozs (Maccot); chap. illu en alloquin )^'p"h i n jït "ibtf. 

Maymonide (son mischné-tora). 

Meguyla (Meguilla). 

Mehelaz, Meheloz, Muylaz (Meila), 

Un livre de droit sur le talmud appelé Mordehy (Mordekhaï). 

Neûa, Nyda (Nidda). 

Nedalim (Nedarim). 

Un livre appelé Pesaceny, Pessaceny, Pasaceny CPéçah schéni, 
seconde Pâques). Dans ce livre se trouve le chapitre de « la femme 
qui est avec son mari », c'est à-dire le 8° chap. de Peçahim ; et le 
passage cité (f G 93 b) se trouve au f° 87 à de Peçahim. Sur le mot pesa- 
ceny voir Jacob Brull, Einleitung in die Mischnah, II. Theil, Franc- 
fort-sur-le-Mein, 1885, page 19. 

Rosanaz (Rosch ha-schana), chap. de celly que l'on ne cognoit 
(2 e chap.). 

Sabat, Sabath (Sabbat), chap. de quoy la beste sault (3 e chap.) 
chap. tous les escritures saintes (16° chap.). 

Saharé de Dura (Schaaré Dura). 

La glose de Raby Salamont (Raschi). 

Sauta (Sota). 

Senedrin; voir Cenedriu. 

Suça (Succa) ; chap. de hehaly (5° chap.). 

Talamut, talmut, tamur, tamuz, tamul, talamuse (talmud). Il est 
très souvent difficile de savoir si le copiste a voulu écrire tamur ou 
tamuz, nous ne garantissons pas que notre transcription sur ce point 
soit toujours sans reproche. Il est probable qu'il devait écrire tamuz 
(pour tamud, talmud), mais, ne connaissant pas le mot, il aura, par 
erreur, écrit tamur. 

Thany, Thaynis (Taanit). 

Le livre de teruma. 

Les toussaphos (toçafot). 

Parmi les autres ouvrages cités, se trouvent : 

Un livre des ordonnances de Talmud. 

Des livres de prières (oraison) de tous les jours, de Pâque, des 
dernières oraisons de Pâque (derniers jours de Pâque) ; une oraison 
de Pentecôte appelée arif mestubot (arbit mi-sabuot? soir de Pen- 
tecôte) ; un livre d'oraison des pénitences où il y a calnyderé (col- 
nidré, la prière du soir de Kippur *) ; une malédiction des Juifs à 

1 On sait que dans la Provence et en Italie on a prononcé de tout temps calnidré, 
avec a. 



UN ÉPISODE DE L'HISTOIRE DES JUIFS DE SAVOIE 5 ( J 

Pâque en l'école (synagogue), en un chapitre qui s'appelle cherraz 
(précipiteras, tu précipiteras, verseras sa colère, ^nun 'psiû) ; enfin 
le Livre des petits commandements (séfer misvot katon). 

3. Mots hébreux. 

Abodozara (culte étranger, payen). — Adon (seigneur). — Aduda 
(? louange). — Aguillonym, aguillonyn (ha-guilyonim ; rouleaux, 
livres en rouleaux). — Amynin (ha-minim, les hérétiques). — Ar- 
velim (arelim, incirconcis). — Azima (? chrétiens). 

Calnidere, calnydere (premier mot de la prière du soir de Kippur). 
— Carthisym (le mot tTDcnp, Abod. z., 6 a). — Cumar, crumar, 
a moyne » (opposé à galah, prêtre). — Cuzussa (queduscha, mariage). 

Ebray, eubrait, eubrem (hébreu). — Erem (excommunication). 

Galahaz, gallaz, « chapelain, prestre », appelé ainsi parce qu'il est 
« rasé ». — Goy, goye (au fém.), goym, goyms, goyn, goys, et aussi 
gohen (toujours traduit à tort, dans le ms., par chrétien; signifie 
étranger, non-juif, payent — Guillonym, voir aguillonym. 

Hebray (hébreu). 

Mamos, veut dire « suager »? — Mesumasin, mesumazym, messu- 
inasin,maioumase (mesummadim, renégats). — Mynin, voir amynin. 

Nossery, noçry (chrétien). — Noheryn (étranger). 

Patour (quitte, non coupable, absous). — Peysach (Pâque). 

Quezussa (comme cuzussa). 

Royme, Roymez, Roymie (romain ; désigne le galah). 

Samatha (excommunication; malédiction). — Septermoria (altéra- 
tion du mot saturnalia, Aiod. zar., 6 a). 

Taula, taulus, taulu, toula (Jésus, le pendu, le crucifié). — Tephylin 
(phylactères). — Trepha, terepha (bête interdite pour la consomma- 
tion). — Toussaphos (les gloses rabbiniques sur la Bible et le 
Talmud) K 

1 Nous ajoutons ici une notice qui nous est fournie par M. Moïse Schwab, tirée des 
Archives de la ville de Bourg, GG 245 : Supplique des syndics au duc de Savoie 
(1462-3), lui exposant qu'il est partout d'usage de séquestrer les lépreux, et pourtant 
le Juif Abraham de Monteil, lépreux, persiste à vivre dans Bourg. Lettres patentes 
du prince : Abraham est expulsé avec amende de 50 livres. 



BEN-THYMÉLION ET BARTHOLOMÉE ' 



Le dernier numéro de la Revue a publié une notice très intéres- 
sante dans laquelle M. Israël Lévi signale l'analogie que présente 
le conte curieux du Talmud de Me lia (Il &) avec la légende chré- 
tienne de l'apôtre Bartholomée. Les traits communs aux deux 
récits sont : la guérison opérée par un saint sur une princesse 
démoniaque et le bris d'objets qui suit la sortie du démon. Dans le 
Talmud, IL Siméon b. Iohaï se rend à Rome afin de demander le 
retrait d'un édit impérial, vexatoire pour les Juifs; le démon 
•jvbwn-p s'offre de lui-même à l'aider dans son entreprise. Il 
entrera dans le corps de la fille de César et il en sortira quand 
R. Siméon lui dira de sortir; alors le César reconnaissant accor- 
dera à celui-ci tout ce qu'il désirera 2 . Les choses se passent ainsi; 
le démon, en sortant de la princesse, brise tous les verres du 
palais et R. Siméon, introduit dans le trésor pour y prendre ce 
qu'il veut, y trouve l'édit et le déchire. Dans l'apocryphe chrétien, 
Bartholomée chasse le démon du corps d'une princesse indienne 
et après s'être refusé à toute récompense, il revient pour con- 
fondre les idolâtres. Il ordonne à un démon d'entrer dans la statue 
d'un dieu, puis commande aux assistants de la renverser. Ceux-ci 
ayant été incapables de le faire, l'apôtre enjoint au démon de 
sortir de l'idole et le démon lui obéit en brisant cette statue et 
toutes celles qui se trouvent dans le temple. 

Je pense avec M. Lévi que le récit talmudique ne renferme pas 
la moindre parcelle de réalité, que c'est « une franche et naïve 
légende sans prétention historique » ; mais je suis moins convaincu 
de l'analogie qu'il admet avec le récit chrétien. Selon M. Lévi « ce 
n'est pas par pur hasard que dans deux textes différents paraisse 
un homme saint dont la parole délivre une princesse du démon 
qui la possède et qui révèle son départ par le bris des objets placés 
sur le lieu de la scène ». Quant à la priorité, M. Lévi, s'appuyant 

1 Cet article a été remis à la rédaction quelques jours après la publication du n° 16 
de cette Bévue. 

* "irP30*T "Wû *ûb *<*T2y t "^liy est naturellement la 3 e personne pluriel, c ils 
feront = on fera » et nou la première. 



BKN-THYMÉLION ET BARTHOLOMÉE 61 

sur « la présence du même nom dans les deux récits », la reven- 
dique pour la légende chrétienne. « Dans tout le Talmud, dit-il, 
on ne rencontre qu'une fois un démon nommé Bartholomée, et il 
se trouve que c'est justement dans une légende analogue à celle 
de Bartholomée ! » La circonstance que Bartholomée est ici un 
démon, là un apôtre, serait « une preuve de plus que le récit juif 
dépend du récit chrétien ». Ce serait par « esprit d'opposition » 
que les Juifs auraient « changé l'apôtre en démon ». Il me semble 
que M. Lévi commence à entamer quelque peu « la franchise et la 
naïveté sans prétention » qu'il reconnaissait tout à l'heure au récit 
talmudique. Les Juifs auraient fort à faire s'ils avaient la vel- 
léité de changer en démons les saints chrétiens. Ou bien, faut-il 
pour expliquer la transformation de Bartholomée seul, faire inter- 
venir le même « pur hasard » qui vient d'être exclu de la coïn- 
cidence des récits ? Voilà les premières réflexions que m'ont 
suggérées les arguments du savant auteur ; puis sont venues des 
considérations d'un ordre différent et ce sont celles-ci que je me 
permets de soumettre à l'appréciation éclairée de M. Lévi. 

Mes doutes portent tout d'abord sur l'identification sommaire 
de ïvbErrp avec Bartholomée. D'habitude, les noms propres 
d'hommes s'empruntent tels quels et ne se traduisent pas ; par con- 
séquent la traduction de l'araméen *-n par l'hébreu p ne saurait 
être admise qu*à la condition d'en démontrer la nécessité ; or, cette 
nécessité existe d'autant moins que l'opposition religieuse eût été 
plus accusée, si la forme araméenne "p^bn nn avait été conservée. 
Le second élément de ce nom, ï"pb»n, ne saurait non plus être 
corrigé sans nécessité en j-p^bn, parce que irabmn était un nom 
familier (Midrasch Lévitique, 6) et l'on ne voit guère comment il 
a pu être si facilement corrompu dans les éditions. Ensuite, mes 
doutes concernent l'admission de l'origine chrétienne, attendu que 
dans l'hypothèse contraire de l'origine juive, ce? difficultés dis- 
paraîtraient ; il n'y aurait ni traduction ni corruption de nom pro- 
pre, mais un simple transfert sur l'apôtre Bartholomée, voya- 
geur dans l'Inde, d'actes analogues à ceux que la légende juive 
racontait de R. Siméon b. Iohaï, voyageur en Italie. Cependant, 
je suis loin de défendre une telle hypothèse, car l'analogie même 
des deux récits me paraît au fond des plus problématiques. 

L'esprit fondamental du conte juif coïncide si parfaitement avec 
l'esprit du Talmud qu'il est impossible de songer à une origine 
exotique. Le fait de l'exorcisme ne constitue pas un élément 
étranger. Si M. Lebrecht a raison de dire que « dans les premiers 
siècles de notre ère la littérature chrétienne est seule à mettre en 
scène des possédés délivrés du démon par la parole d'un saint », 



62 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cela doit s'entendre en ce sens que les chrétiens étaient les seuls à 
faire de l'exorcisme un moyen de propagande religieuse. En de- 
hors de cette divergence tendantielle, les docteurs juifs, depuis les 
Pharisiens et les Esséniens jusqu'aux rabbins du Talmud, ne man- 
quaient pas de chasser les démons aussi bien par la parole que 
par l'amulette. Seulement, au point de vue talmudique, dompter 
les démons ou dompter les bêtes sauvages c'est tout un, et partant, 
constitue une occupation peu digne d'an rabbin. C'est pourquoi 
les cures miraculeuses de démoniaques sont rarement relevées 
dans le Talmud. Les démons sont des êtres inférieurs, irascibles 
et dangereux à l'état naturel, insinuants et agréables quand ils 
sont apprivoisés. En cet état, ils sont capables d'actes de fidélité 
éclatants, mais ils restent néanmoins des êtres inférieurs. 

Dans notre récit, l'idée d'avoir besoin du secours d'un être 
d'aussi bas étage (ETnn, Tossaphot, ibidem) qu'un démon fait ver- 
ser des larmes à R. Siméon, lequel considérait comme plus con- 
forme à sa dignité d'être secouru par des anges (n^Ni to"n ïtsa 
«b ib-'&K ■*» û-wd rnaibiD *]$bi2 nb i^its N3N ma bia nns'O 
nna û3>&). Le moyen infaillible pour dompter les démons était 
d'ailleurs à la portée de tout rabbin instruit. Il consistait à con- 
naître le nom du démon possesseur et à le conjurer par un des 
noms sacrés transmis par la Bible ou par la tradition aggadique. 
Aussi, les rabbins ont-ils soin de noter les noms des génies de 
plusieurs maladies. L'aggada mentionne même nombre de démons 
parfaitement apprivoisés, faisant office de domestiques et donnant 
de bons conseils à leurs maîtres. J'ai cherché à expliquer ailleurs 1 
la grande différence qui s'observe entre la démonologie phari- 
sienne avant la destruction du second temple et celle des docteurs 
talmudiques. Pour ceux-ci, les démons sont des êtres folâtres, en- 
joués, taquins et comiques, mais, pour la plupart du temps, bons 
enfants et prêts à porter secours à ceux qui se trouvent dans une 
situation critique. De tous les contes que cette conception a fait 
éclore, je citerai celui du Midrasch Rabba (Genèse, 63), à cause de 
son analogie avec le récit que nous discutons et aussi à cause 
de l'éclaircissement important qu'il fournit sur l'origine de ces dé- 
mons secourables : 

« Dioclétien vivait, dans sa jeunesse, aux environs de Tibé- 
riade, où il gardait les porcs. Il s'appelait alors Dioclète et il 
avait beaucoup à, souffrir du mépris que lui témoignaient les dis- 
ciples de R. Juda le saint. Devenu empereur, il résolut de se 
venger sur R. Juda et son collègue Samuel b. Nahman. S'étant 

1 Remie des Études juives, t. VIII, p. 46. 



m:\-THY.MKUON ET BARTHOLOMÉE 03 

rendu à Panéas, ville située aux sources du Jourdain, il invita les 
chefs juifs à venir le voir le dimanche matin. Le messager avait 
reçu Tordre de ne leur remettre l'écrit impérial que le vendredi 
soir un peu avant le coucher du soleil. Sachant que les Juifs ne 
voyagent pas le samedi, son intention était de les faire manquer 
au rendez -vous afin de les punir pour avoir désobéi à son ordre. 
R. Juda reçut l'invitation au moment où il prenait un bain en 
l'honneur du jour saint de samedi. Il en fut très affligé et en fit 
part à R. Samuel, qui se lavait à côté de lui. Celui-ci chercha 
à rassurer son collègue par l'espoir que Dieu saurait les sauver 
quand même. A ce moment, ils virent apparaître le génie des 
bains, nommé Argonaute, riant et dansant devant eux. R. Juda 
voulut le chasser, mais R. Samuel lui fit remarquer que l'appari- 
tion des démons est parfois le prélude d'un miracle. Sur l'observa- 
tion de R. Samuel qu'il était inconvenant de s'adonner à la joie 
pendant que son maître était plongé dans la tristesse, le démon 
répondit : « allez, et célébrez le samedi en liesse ; moi-même je 
vous placerai en présence du César à l'heure convenue. » Après la 
fin du samedi, le démon prit les rabbins et les transporta, en 
quelques minutes, devant les portes de Panéas. Dioclétien, pré- 
venu de leur présence, fit fermer les portes, mais Argonaute trans- 
porta les chefs juifs au milieu de la ville. Outré de dépit, Dioclé- 
tien leur fit dire qu'il ne les recevrait qu'après qu'ils se seraient 
lavés dans un bain qu'il leur indiqua et qu'il avait fait chauffer 
pendant plusieurs jours. Il croyait qu'ils allaient être brûlés, mais 
il n'en lut rien, car Argonaute avait tempéré la chaleur en ver- 
sant une grande quantité d'eau froide. L'empereur fut donc obligé 
de les recevoir le dimanche matin. A la demande : « Pourquoi 
m'avez-vous méprisé autrefois ? » les rabbins répondirent : « Nous 
avons méprisé le porcher Dioclète, mais nous respectons profon- 
dément le César Dioclétien. » Celui-ci leur donna alors le conseil 
salutaire de ne jamais mépriser ni un Romain, ni un Persan, 
quand même il serait de la plus basse condition. » 

Il est impossible de méconnaître l'identité fondamentale de l'élé- 
ment merveilleux des deux récits. Dans l'un comme dans l'autre, 
le dénouement de la difficulté est réalisé par un démon compatis- 
sant qui offre ses services à des saints et les sauve d'un danger 
imminent et inévitable; ici, c'est la persécution religieuse, là, c'est 
la colère d'un autocrate ivre de vengeance. Dans l'un comme dans 
l'autre, le démon sauveur est d'un caractère essentiellement gai et 
il prévient d'avance ses protégés du tour qu'il se prépare à jouer 
au tyran, car la possession momentanée de la princesse n'est 
qu'une farce et ne tire pas à conséquence. Tout cela est bien logi- 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que et bien en accord avec l'esprit talmudique. Les allures de la 
légende de Bartholomée sont entièrement différentes. La princesse 
est possédée tout de bon par un démon mauvais qui se plaît à 
tourmenter les innocents. L'apôtre le chasse dans le but de mon- 
trer l'efficacité de la foi en Jésus-Christ. C'est un procédé banal 
qui forme le fond de presque toutes les légendes des conversions 
apostoliques et il n'a rien de commun avec la ruse convenue entre 
Ben-Thymélion (?) et R. Siméon b. Iohaï. La môme différence 
s'accuse dans le second épisode du conte chrétien, qui n'a d'autre 
but que la glorification de l'apôtre. Le démon est si vigoureux 
que la statue qu'il habite ne peut être ébranlée par aucune 
force humaine et cependant il obéit à l'évangéliste jusqu'à briser 
les idoles confectionnées en son propre honneur. Ici, on remar- 
quera sans doute une conception contraire à l'esprit des évangiles, 
d'après lequel Satan est beaucoup plus logique et n'a garde de se 
combattre soi-même (Saint Matthieu, xn, 25-26 passim). On pour- 
rait même voir dans cette singularité un indice que le récit repose 
sur un modèle étranger, lequel pourrait aussi bien être la légende 
de Ben-Thymélion (?) que toute autre légende analogue. Mais, quoi 
qu'il en soit de cette circonstance, la divergence fondamentale de 
ces deux récits ne me semble pas pouvoir être mise en doute. 

Passons aux détails. Il y a deux points saillants qui forment 
deux petites énigmes, savoir l'origine du démon et le bris des 
vases. Pour répondre à la première question, la légende du Mid- 
rasch Rabba nous fournit par analogie le renseignement que 
nous désirons. Argonaute, le navigateur aérien de R. Jucla le 
saint, était un génie des bains et des bassins d'eau. Il logeait dans 
l'établissement où ce rabbin avait l'habitude de se laver tous les 
vendredis. On peut admettre hardiment que notre 'jvbttn-p avait 
aussi une demeure fixe. On songe de prime abord à la maison 
même de R. Siméon b. Iohaï, mais l'expression "inanpb n^ « il 
sortit à sa rencontre » nous apprend que c'est un autre édifice. Dès 
lors, on est conduit à se demander si le premier élément du nom en 
question, p, n'a pas ici le sens à" « habitant » qu'il a dans les 
composés tels que Wp « habitant d'une ville », "i^-'p « habitant 
d'un village », ma-p « habitant la maison », 'pTjbrr'p « habitant 
du palais ». La tradition des commentateurs fournit un nouveau 
renseignement. Les tossaphistes affirment que fTbnrpp a la 
forme d'un petit enfant et qu'il se tient d'habitude au milieu des 
femmes afin de leur faire des niches (b^*n airr pP pirn itt^T 
fï-n yanbnttb û t £5ï"ï vo, Tossaphot Meila, p. 17&). Un mythogra- 
phe de bonne volonté y reconnaîtrait peut-être un petit Amour, à 
qui un farceur aurait enlevé les flèches d'or, en le réduisant au 



BEN-THYMELIOiN ET BARTHOLOMKE 65 

rcMe d'un bouffon du gynécée. Il pourrait même invoquer cette 
autre particularité retenue par la tradition que, pendant sa pos- 
session, la princesse demandait avec force cris désespérés qu'on 
lui amenât K. Shimon b. Iohaï comme étant seul capable de la 
guérir. Quant à nous, nous n'en retenons que ce lait que 'n'a 
habitait dans le palais du César. Si le sens que nous venons de 
supposer pour fa était exact, on pourrait aller plus loin et soup- 
çonner dans ïvbfcn le diminutif du grec Ou^x-n « estrade, scène, 
tlnàtre ». Notre démon serait alors un génie scénique, ce qui ex- 
pliquerait on ne peut mieux le tour comique qu'il met en œuvre 
pour arriver à ses fins. Mais cela demeure encore une pure hy- 
pothèse ; ce sur quoi j'insiste, c'est la conformité essentielle de 
Ben-Thymélion (?) et d'Argonaute et, ce qui plus est, l'harmonie 
parfaite de notre récit avec la doctrine talmudique relative aux 
démons, doctrine qui diffère du toqt au tout de la démonologie 
chrétienne. 

Le second point énigmatique de notre conte, savoir le bris des 
vases de verre par le démon en sortant du corps de la princesse, 
est, si je ne me trompe, un trait non moins caractéristique de l'es- 
prit talmudique. Pour le bien apprécier, il faut se rappeler que 
les rabbins distinguent deux sortes de thaumaturgies ou magies : 
celle qui opère sans l'intervention des démons (ùibtbîd) et celle 
qui a les démons pour acteurs (lPt:; TO3>e) ; l'une emploie seule- 
ment des formules incantatoires, l'autre se sert des objets aux- 
quels les démons sont censés être préposés (û*nto). Les aggadot 
mentionnent, entre autres, les génies de l'huile (fM "nia), des 
œufs (iraa 1*11»), des couteaux (j-atû "n^), des vases de verre 
(mois niD). Ben-Thymélion (?), comme on voit, appartient à cette 
dernière catégorie. Il brise les vases du palais pour montrer 
qu'il est fâché de devoir obéir à l'ordre de R. Siméon, ce qui 
. augmente le mérite de celui-ci aux yeux du César. C'était, on le 
devine aisément, une nouvelle ruse de sa part, puisque tout cela 
avait été convenu d'avance. 

J'ai terminé. La légende de Ben-Thymélion (?) présente un ta- 
bleau entier et bien proportionné. Elle se rattache intimement à 
la démonologie talmudique, aussi bien pour le fond que pour les 
détails les plus minutieux. Elle a toutes les allures d'un conte ori- 
ginal. Le récit chrétien de Bartholomée, quand on fait abstraction 
des noms propres dont l'affinité est très douteuse, procède d'un 
esprit tout différent; et, par ses sutures et inconséquences, il 
s'annonce comme une œuvre d'imitation, dont le récit talmudique 
peut bien être l'un des modèles, sinon le modèle unique. 

J. Halévy. 

T. X, n° ifl-20. 5 



ENCORE OS MOT SDH 11 LEGENDE 1 BARTALMION 



L'intéressant article de M. Halévy qu'on vient de lire me donne 
l'occasion de dire encore quelques mots sur la légende de Rabbi 
Schimon ben Yoliaï dont j'ai essayé, dans un précédent numéro 
de la Revue 1 , de déterminer l'origine. 

En identifiant le Bentalmion ou Bentemalion du Talmud avec 
le nom de Barthélémy, j'avais passé sous silence les raisons qui 
m'y avaient invité, malgré les objections qu'on peut, à première 
vue, soulever contre cette hypothèse ; on voudra bien me per- 
mettre de les indiquer aujourd'hui. 

Que les copistes ou même les rédacteurs du Talmud aient, dans 
les noms propres, écrit indifféremment l'un pour l'autre ben et 
bar, c'est ce dont on peut se convaincre rien qu'en ouvrant le 
Dictionnaire talmudique de Levy ou TAruch de Kohut. Ainsi on 
trouve à la fois : N^J^bN p et N^^bN 13 ; aaro "p et sans 13 ; 
N3313 la et N3313 *n ; n^5 *p et nsta nn ; n-pto "p et enrep 13 ; 
arpD p et nto *n. Ce dernier exemple est particulièrement pro- 
bant, car les deux formes se rencontrent dans deux textes qui 
sont copiés l'un sur l'autre. Le Bentalmion du Talmud et le Bar- 
talmion du Midrasch sont donc un seul et même nom. 

Si, d'autre part, les éditions du Talmud portent temalion fpbttn, 
au lieu de talmion "jTftbn, par contre les Halahhot Gedolot, sec- 
tion Meïla 2 , les deux plus anciens manuscrits de l'Aruch 3 et le 
Séder Haddorot 4 donnent la leçon talmion. N'aurions-nous pas 
ces témoignages positifs que la simple transposition d'une lettre 
n'aurait pas de quoi nous arrêter. Rien de plus fréquent que 
ces altérations dans l'orthographe des noms propres, surtout 
quand ils sont exotiques 5 . Il est arrivé au Bentalmion du Talmud 

i Tome VIII, p. 200. 

8 Je dois ce. renseignement à l'obligeance du savant auteur des Diqdouqé Bofrim, 
M. Rabbinovicz. 

3 Kohut, Aruch Completum, s. v. 

4 S. v. R. Schimon b. Yohaï. 

'■> Voir par exemple Graetz, Monatsschrift, 1885, p. 18 et suiv. 



ENCORE UN MOT SUR LA LÉGENDE DE BARTALMION 67 

le même sort qu'au Bartalmion du Midrasch (Vayiqra Rabba, vi 
et Pesiqta Rabbati, xxn). Quoique ce nom, suivant l'opinion de 
tous les lexicographes, dérive de Bartolomaion, cependant le Yal- 
qout, Vayiqra 471, qui rapporte textuellement le passage du 
Midrasch, l'orthographie aussi Bartemalion. 

Toutefois, je serais le premier à renoncer à toutes ces raisons, 
si la leçon Bentemalion représentait vraiment le nom d'un démon 
connu. Mais est-ce le cas? Qu'on accepte l'étymologie de M. Kohut, 
qui tire notre mot du bactrien temcuih « esprit noir ' », ou celle 
de M. Jlalévy, qui y voit le grec ^iM «habitant des théâtres », ni 
l'une ni l'autre ne donne un nom propre de démon usité chez les 
Persans ou chez les Grecs. Pour que les Juifs aient pu emprunter 
à un peuple étranger le nom d'un démon Bentemalion, il faut de 
toute nécessité qu'il y ait eu chez ce peuple la croyance à un 
démon nommé à peu près ainsi. Quand un Français appelle le 
diable Satan ou Belzébut, c'est parce qu'il y a eu des gens qui 
ont ainsi nommé le démon. Ce Français voudra-t-il baptiser un dé- 
mon d'un nom qui rappelle son caractère, il ne s'avisera pas, pour 
forger ce nom, de recourir à l'hébreu, et, par exemple, pour qua- 
lifier un lutin, de l'appeler le «sehoquen», de l'hébreu « sehoq», 
rire. Or, les rabbins de Babylonie, à qui l'on doit la légende de 
Rabbi Schimon ben Yohaï 2 , comprenaient autant le grec ou le bac- 
trien qu'un Français l'hébreu. Si le Talmud de Babylone renferme 
des mots grecs, c'est parce que ces mots étaient connus par les 
ouvrages écrits en Palestine, oufparce qu'ils étaient entrés dans la 
langue araméenne parlée dans ces contrées. J'ajoute que, si, dans 
notre légende, les rabbins avaient vraiment eu besoin du terme 
« théâtre », ils n'auraient eu qu'à prendre le mot théatron ou 
théâtre 3 qui était chez eux d'un usage courant. 

Enfin, il faut bien remarquer que les renseignements que don- 
nent les Tossafistes sur le caractère de Bentalmion ne reposent 
sur aucun document antérieur et témoignent uniquement des 
croyances de leur temps sur les lutins, nom qu'ils donnent eux- 
mêmes à notre Bentalmion. Un passage de la controverse de R. Ye- 
hiel de Paris contre Nicolas Donin montre qu'à cette époque, en 
France, les Juifs partageaient les mêmes idées que les chrétiens 
sur ces personnages fabuleux 4 . 

1 Aruch Conipletum, s. v. 

* La légende de R. Schimon ne se rencontre ni dans le Talmud de Jérusalem ni 
dans les midraschim palestiniens. 

3 II leur était connu par la Mischna, écrite en Palestine. 

4 Ed. de Thorn, p. 15 : « Beaucoup ont un corps et une âme, se reproduisent 
comme les hommes et meurent, par exemple ceux qu'on nomme lutins et qui se 
trouvent parmi nous en grand nombre. » 



68 REVUE DES ETUDES JUIVES 

L'impossibilité d'expliquer autrement le mot Bentalmion est 
une raison de plus d'accepter la leçon Bartalmion qui lève toutes 
les difficultés. Voilà deux légendes qui ont entre elles plusieurs 
traits communs, qui toutes deux racontent qu'une princesse 
est délivrée du démon par la parole d'un saint, qui rapportent 
que ce malin esprit brise certains objets, et qui se trouvent jus- 
tement mettre en scène un personnage appelé Barthélémy, n'est- 
ce pas un indice très significatif de la parenté des deux récits ? 
Que dans la légende chrétienne Barthélémy soit un apôtre et dans 
le conte juif un démon, cette circonstance, loin d'être une objec- 
tion contre notre hypothèse, la corrobore au contraire, car il est 
bien plus naturel de supposer qu'à l'occasion les Juifs se soient 
fait un malin plaisir de convertir l'apôtre en démon que de croire 
qu'ils auraient conservé respectueusement le nom de l'apôtre 
comme celui du saint homme. M. Lipsius, dont les travaux sur 
la littérature apostolique légendaire sont universellement connus 
et admirés, répondant avec une bienveillance extrême, dont je 
le remercie ici vivement, à une demande que je lui adressai à ce 
sujet, m'écrit que ma conjecture est d'autant plus plausible que, 
dans une légende de Pierre, Barthélémy joue le rôle d'un ennemi 
des Juifs 1 . 

Mais où a été créée notre légende, chez les Juifs ou chez les 
Chrétiens ? Ni chez les uns, ni chez les autres. Comme la plupart 
des contes, elle vient en droite ligne de l'Inde. Voici en effet ce 
qu'on lit dans le Souka Saptati 2 (l'es soixante-dix contes du perro- 
quet), recueil sanscrit, qui, comme le Kalila et Dimna, a passé de 
très bonne heure en Perse 3 . 

« Dans la ville de Batsaman vivait un brahmane, sage mais 
pauvre. Sa femme Karagara se montrait si acariâtre qu'un dé- 
mon qui demeurait sur un arbre de la maison, pour se soustraire 
à sa mauvaise humeur, s'enfuit dans un désert. Le brahmane, qui 
n'y pouvait plus tenir non plus, prit le même parti. En chemin, le 
démon lui apparaît : « Ne crains rien, dit-il au brahmane effrayé, 
j'ai été ton hôte, mais j'ai quitté ta maison, redoutant trop ta 
femme ; comme tu as été bon pour moi, je vais te rendre un ser- 
vice 4 . Va dans la ville de Mrigavati où demeure le roi Madana ; 

1 Non que les Juifs de Babylonie aient connu le texte de cette légende de Pierre, 
non plus que celui de l'histoire de Barthélémy, mais les faits qui sont entrés dans ces 
récits ont pu venir à leurs oreilles. 

2 Ce rapprochement est fait par M. Grunbaum, dans le Z. D. M. G., t. XXXI, 
p. 332, et, avant lui, par M. Schorr, HehaluU, VIII, 1869, p. 23. 

3 Lancereau, Pantschatantra, p. xxi. 

4 Dans quelques légendes, la reconnaissance du démon est mieux motivée. Le 
brahmane, voulant se débarrasser de sa femme, qui est avare, lui dit qu'il y a un 



ENCORE UN MOT SUR LA LÉGENDK DE BARTALMION G9 

j'entrerai dans le corps de sa fille et n'en sortirai que sur ton 
regard ». Tout se passe ainsi que l'avait annoncé le démon, et notre 
brahmane se rend au palais royal. Il se livre à toutes sortes de 
conjurations, mais en pure perte : « Au nom de Karagara, sors », 
lui dit-il alors, et le démon disparaît. Le brahmane reçoit du roi la 
moitié de son empire, et sa fille pour femme l ». 

Ce conte porte les traces de son origine bouddhique, l'esprit de 
malveillance pour les femmes, la croyance en des démons qui se 
logent dans le corps des hommes, et le tour spirituel du récit. 

Il serait superflu d'insister sur la ressemblance frappante du 
récit indien avec celui du Talmud. Supposer que l'un et l'autre 
aient été imaginés en deux pays différents et que deux écrivains, 
sans s'être concertés, se soient rencontrés avec tant de bonheur, 
paraît une hypothèse inadmissible. 

Quel est le lien de parenté qui existe entre ce récit indien, celui 
du Talmud et celui de Barthélémy ? La comparaison des deux 
premiers entre eux montre avec assurance que le conte du brah- 
mane est parvenu aux Juifs sans l'intermédiaire des chrétiens, 
probablement par les Persans, car la page du Talmud ressemble 
bien plus que celle d'Abdias à l'histoire du Souka Saptati. Bien 
plus, celle-ci n'a aucunement influé sur la légende chrétienne, car 
la guérison d'une femme possédée du démon, fût-elle princesse, 
par le secours d'un apôtre, est un des ornements habituels des 
Vies apostoliques, et, à ce compte, il faudrait expliquer de la même 
façon les nombreux textes apocryphes qui racontent ces exploits 
merveilleux 2 . Quand on rapproche le conte sanscrit de tous ses 
dérivés orientaux et occidentaux, on voit que le trait principal en 
est le marché conclu par le démon avec le brahmane, or, pareil 
pacte ne pouvait être et effectivement manque dans la légende 
chrétienne 3 . 



trésor dans un puits. Elle demande à y descendre, et son mari l'y laisse. Quelque 
temps après le brahmane, pris de remords, retourne près du puits et y jette une 
corde qu'il tire à lui ensuite. Quel n'est pas son étonnement quand il voit qu'il a 
remonté un démon ! Celui-ci le remercie chaleureusement de sa bonne action, car, 
dit-il, • j'ai bien souffert dans le puits de la compagnie d'une méchante femme ! » 

1 Le conte ne se termine pas ici. Le démon va se loger dans le corps d'une autre 
princesse. Le brahmane est de nouveau appelé pour chasser cet hôte incommode. Il 
lui ordonne donc de partir au plus tôt. Le démon lui réplique qu'il a payé sa dette 
de reconnaissance et qu'il tient à rester où il est. Le brahmane a bout de ressource 
lui crie alors : « Voilà ma femme ! » A ces mots magiques le démon s'enfuit préci- 
pitamment. — On n'a pas fait remarquer, à ma connaissance que ce conte ressemble 
beaucoup à la fable du serpent, du brahmane et du lils du roi dans le Kalila et 
Dimna; version hébraïque, p. 263 et suiv. 

* C'est aussi l'opinion de M. Lipsius. 

3 M. Douhaire, Université catholique, 1838, p. 283, dit de la légende de Barthélémy 
d'Abdias qu'elle est « une accumulation de prodiges où Ton retrouve tout le gran- 



70 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

D'où vient alors le nom de Barthélémy dans le Talmud ? Je 
n'hésite pas à dire qu'il sort de la légende chrétienne ainsi que 
l'épisode du bris des vases *. Si les circonstances accessoires dont 
nous parlions tout à l'heure ne sont pas assez caractéristiques 
pour prouver à elles seules une origine indienne, elles suffisaient 
néanmoins pour que deux récits ayant ces traits communs se 
confondissent et que l'un déteignît sur l'autre. Dans l'histoire des 
migrations des contes, ces confusions se rencontrent à chaque pas, 
car les « semblables s'attirent ». 

Eri résumé, je crois que la légende de Rabbi Schimon ben 
Yohaï vient de celle du brahmane, par l'intermédiaire des Per- 
sans, et qu'en chemin elle s'est colorée de celle de Barthélémy. 

En étudiant la légende de R. Schimon M. Halévy, comme moi, 
a pris pour la version originale celle que donne le commentaire de 
l'En Yacob sous le titre d' « autre aggada ». Mais on sait que le 
texte du Talmud en diffère notablement ; il se borne à ces mots : 

« Bentalmion sortit à sa rencontre : « Voulez-vous, dit-il, que 
je vous accompagne ?» A ces mots R. Schimon se mit à pleurer et 
dit : « La servante de mon aïeul (Agar) a vu lui apparaître un 

diose et toute l'exhubérance des fables brahmaniques », mais ce n'est là qu'une 
comparaison. 

1 On ne voit pas pourquoi dans le Talmud le démon brise les vases, car du mo- 
ment que la princesse est guérie, de quel autre signe est-il besoin? Le bris des 
statues est également, - un des ornements des légendes apostoliques. Dans les actes 
de Pierre de Verceil un démon que Pierre fait sortir d'un jeune homme renverse 
une statue de César- qui se trouve dans le palais de Marcellus. — Note de M. Lip- 
sius. — Dans le Talmud, il est, en effet, question [Sanhédrin, 101 a) de *J721ID "H1Z5 
et de l pj£''n 'H'113, mais quant aux "p^ia "H125 et aux mD"Û "H 123 (génies des 
couteaux et des vases de verre), à ma connaissance, il n'y en a pas trace ni dans le 
Talmud ni dans les « aggadot ». Voici où se trouvent ces mots — et avec le sens 
de » maîtres en la sorcellerie au moyen de vases de verre ou de couteaux » : Dans 
Sanhédrin, 68 b, les docteurs du Talmud cherchent à déterminer la différence qu'il y a 
entre b" 1 *!"© htt5J33 et Ù1S12I25 TO3>!Q. Abbaï donne la règle suivante : TDpl 
I2PD1B20 &3tt8 T»Bp «3*7 ^123 ÊttEN- Raschi dit que N2ttN T'Dpn signifie : 
« Celui qui se sert exclusivement d'un vase, qui ne peut opérer qu'au moyen de ce 
vase », puis il ajoute « comme les saré bohen (sorciers au moyen du pouce), qui ont 
besoin d'un couteau à manche noir, et les saré kos, qui ont besoin d'un vase de 
verre ». En l'absence de tout document antérieur à Raschi, il est permis de supposer 
que ces données sur les saré kos sont empruntées aux croyances populaires de 
France du temps du célèbre commentateur, croyances qui, celles-là, sont bien con- 
nues. Le Séfer Hasidim (§ 20-i) appelle même d'un nom français les vases de verre qui 
servaient à cet usage. Dans les écrits postérieurs à Raschi, il est souvent parlé des 
saré bohen et des saré kos, qui s'appellent au moyen âge « cauculatores ». Voyez Du- 
cange, s. »., et Gùdemann, Gesehichte des Erziehungsmesens und Cultur der Juden in 
Frankrcich, p. 208. Il est à remarquer que dans le dernier passnge cité de Sanhédrin, 
08 b, Kaschi nomme saré bohen ceux qui se servent de couteaux à manche noir et, 
f" 101 a. ceux qui emploient l'huile: 'jïTD "H 18 lï^ttl 7,72113 ^TD 17.3 ^"Ipl ; 
. âfé hohén. « saré sakin », saré schémeû sont doue pour lui mêmes personnages. 



ENCORE UN MOT SUR LA LÉGENDE DE BARTALMION 71 

ange par trois t'ois, et moi pas une seule? Mais que le miracle 
arrive de toute façon ! » Bentalmion prenant les devants alla se 
loger dans la fille du César. A son arrivée, R. Scliimon s'écria : 
« Bentalmion, sors, Bentalmion, sors ! » Sur cette injonction, il 
sortit et s'en alla. (Le César) leur dit : « Demandez-moi ce que 
vous désirez. » Il les fit entrer dans son trésor pour qu'ils y pris- 
sent ce qu'ils voulaient. Ils trouvèrent la lettre (l'édit contre les 
Juifs), la prirent et la déchirèrent. » 

On sent, à la simple lecture, que ce récit n'est qu'un résumé ; 
Raschi supplée au manque de détails en ajoutant que la princesse 
devint folle et qu'elle criait : Amenez-moi Rabbi Schimon ben 
Yohaï. « Tout cela, dit-il, est conté au long dans une aggada ». 
Mais quelle est cette aggada et celle du commentaire de l'En 
Yacob ? J'en ai trouvé une première version dans un ms. des Hala- 
khot Gedolot du Vatican (n° 142) que M. Rabbinovicz, qui m'en 
a communiqué la copie, croit avoir été écrit au x° siècle. Elle 
est toute semblable pour le fond au récit de l'En Yacob ; le démon 
y propose aussi à R. Schimon de lui rendre service en entrant 
dans le corps de la princesse et, pour preuve de son départ, il brise 
les vases du palais ; comme dans Raschi, la jeune fille crie : 
« Amenez-moi R. Schimon ». Mais ce texte porte de nombreuses 
traces de rajeunissement. D'abord, il est écrit en hébreu et ce 
n'est qu'à la fin, lorsque le roi veut récompenser les docteurs, que 
l'araméen reparaît ; en outre, le nom du démon Bentalmion est 
remplacé par celui de « yrvyû \ chef des démons, fils de Joseph le 
démon ». Le démon Bentalmion ne se trouvant qu'une fois dans le 
Talmud, il valait mieux le remplacer par le chef des diables, 
Asmodée. 

Une deuxième version, mais celle-ci plus récente encore, se lit 
dans la « Prière de R. Schimon ben Yohaï » publiée dans le Bet 
Hammidrasch de Jellinek, t. IV, p. 117. A Bentalmion est subs- 
titué également Asmodée, non plus sous la forme du Midrasch 
ÏV7M : mais sous celle du Talmud WtttDN. La princesse réclame 
aussi R. Schimon par son nom. Mais l'écrivain, voulant donner 
plus de vraisemblance au récit, fait apparaître en songe le démon 
au rabbin ; pour qu'on ne se trompe pas sur les exigences du malin 
esprit celui-ci prévient qu'il ne sortira du corps de la jeune fille 
que si on fait droit à la demande de R. Schimon. Ici le narrateur 
imagine des détails nouveaux : au moment où le roi entend avec 
surprise ces étranges paroles, il apprend qu'un navire vient d'en- 
trer dans le port, amenant R. Schimon; il fait alors venir le rabbin 

1 Schemadon est le nom d'Asmodée dans Bereschit Rabba, ch. xxxv;. 



72 REVUE DES ETUDES JUIVES 

et le démon déclare de nouveau qu'il ne sortira que si le roi ac- 
cueille la requête du saint homme. Le César va consulter le Sénat 
et un Juif, qui a pris le costume d'un sénateur, Ruben Istroubli, 
lui persuade qu'il est de l'intérêt de l'empire de révoquer les édits 
rendus contre les Juifs 1 . Quand une bonne fois les édits sont 
déchirés, R. Schimon s'exécute et guérit la princesse. L'écrivain 
a trouvé plus habile de faire déchirer d'abord les pièces dange- 
reuses. 

Enfin, un ms. de la bibliothèque De Rossi, à Parme (n° 563), 
donne une troisième version, reproduite également dans le Bet 
Hammidrasch de Jellinek (t. VI, p. 128). Voici les variantes 
qu'elle présente avec les précédentes : 

Dans le vaisseau qui conduit R. Schimon à Rome, le docteur 
juif regarde par hasard en l'air et aperçoit un démon femelle 
(WEi) perché sur un mât. « Que fais-tu là? lui dit-il. — Je suis 
venu pour opérer un miracle en ta faveur. — Eh quoi ! à Agar 
Dieu a envoyé cinq anges et à moi, il m'envoie un démon ! — Que 
t'importe? — Dis-moi alors le miracle que tu veux faire pour 
moi. — J'entrerai dans le corps de la princesse, qui ne cessera de 
crier : «Amenez-moi R. Schimon ben Yohaï ». Tu arriveras et 
lui parleras bas à l'oreille, et moi je sortirai. — A quel signe re- 
connaîtra-t-on ton départ ? — Tous les vases de verre du palais 
se briseront. » La princesse étant devenue folle et réclamant 
R. Schimon, le roi ordonne d'aller chercher le rabbin en Pa- 
lestine. Mais le démon crie que R. Schimon se trouve dans un 
vaisseau qui vient d'entrer dans le port. Le roi le fait ame- 
ner. « C'est toi, R. Schimon? lui dit-il. — Oui. — C'est toi qui 
peux guérir ma fille? — Oui. — Et comment ? — En lui parlant à 
l'oreille... » 

Si, comme toutes les histoires qui ont été extraites du Talmud 
pour être racontées séparément, cette version offre des traces 
sensibles de remaniement, d'enjolivement et de prolixité, néan- 
moins dans ses lignes générales elle rappelle d'assez près l'origi- 
nal. On pourrait conclure de l'absence du nom de Bartalmion de 
ces trois rédactions qu'il ne se trouvait pas dans le texte primitif. 
Mais ce serait une erreur, car l'élimination des noms propres, 
surtout quand ils sont rares, est presque de règle dans ces textes 
récents. 

Il se peut que l'histoire de Bentalmion soit l'origine d'une addi- 
tion, faite dans les Schéeltot (Ekeb), à l'histoire de Rabbi et d'Ar- 

1 Dans le Talmud cet épisode est raconté avant celui de la venue de R. Schimon 
à Rome et se termine dune manière plus tragique. 



ENCORE UN MOT SUR LA LÉGENDE DE BARTALMION 73 

taban. Le Midrasch Bereschit Rabba, ch. xxxv, et le Talmud de 
Jérusalem, Péa \hd (cf. Yalqout, Debarim, 844) racontent qu'Ar- 
taban ayant envoyé à Rabbi une pierre précieuse en lui deman- 
dant en échange un objet de môme valeur, Rabbi lui fit remettre 
une mezouza. Le monarque s'étant plaint au rabbin de son ca- 
deau dérisoire, Rabbi lui répondit : « Toi tu m'envoies un objet 
que je suis obligé de surveiller et moi, au contraire, je t'ai fait un 
présent qui te veille même pendant ton sommeil ». Une addition 
écrite en hébreu, et non plus en araméen comme le texte précé- 
dent, poursuit : « Aussitôt un démon entra dans la fille unique 
d'Ar taban, et aucun médecin ne réussit à la guérir. Dès que la 
mezouza fut appliquée aux portes du palais, le démon s'enfuit ». 
— Au cas où on voudrait croire que l'histoire de Bartalmion est 
une interpolation dans le Talmud, les Schéeltot fourniraient la 
date de l'époque où ces contes circulaient parmi les Juifs. 

Israël Lévi. 



LES JUIFS D'HYPiEPA 



Nous devons à l'obligeance de M. Démosthènes Baltazzi, com- 
missaire du Musée impérial de Gonstantinople en Asie-Mineure, 
la copie et l'estampage de l'inscription suivante, qui se trouve à 
Odemisch, voisine des ruines d'Hypsepa en Lydie 1 . Nous avons 
fait reproduire un fac-similé exécuté d'après l'estampage : 



Y AA 

ÛùT € 
P 0) N 




Les caractères de l'inscription sont grêles et atteignent la hau- 
teur de m ,055. Ils appartiennent à une époque assez basse, vrai- 
semblablement à la fin du second ou au commencement du troi- 
sième siècle après l'ère chrétienne. 

Nous n'avons reçu aucun renseignement touchant la forme du 
marbre sur lequel est gravée cette inscription ; il paraît d'ailleurs, 



1 Voir, sur ces ruines, Texier, Asie-Mincîire, 1862, p. 248 et suiv. Quelques ins- 
criptions d'IIyprepa ont été publiées par Texier dans le Mouereîov ttj:; Evayjtlv/.ric, 
Zyoïr\c, Smyrne, 1873, p. Î14, 125, 129. Un BouXeuTr); tyj; 'ïîranrYiviÔv TiôXeco: est 
mentionné dans une inscription de Thira, Mouasïov, 1876, p. 115. 



LES JUIFS D'HYP/EPA 73 

d'après l'estampage, fl*ôtre plus intact. Mais l'inscription est cer- 
tainement complète et se lit aisément : 



Iovà 



atcov vsw-epwv. 

L'existence d'une communauté juive à Hypsepa n'était encore 
attestée par aucun monument. Celui-ci était probablement une 
dédicace, où l'emploi du génitif s'explique par l'ellipse d'àvà^a ou 
de ôwpov * . 

Ces vewxepoi paraissent avoir formé une classe à part dans la 
population juive d'Hypsepa. Une inscription de Cliios 2 nous a 
conservé une liste de vainqueurs à des concours gymniques. Les 
v scf7)Soi y sont divisés en trois sections : les vswxepot, les pèmi et les 
icparpûrepot. Dans un catalogue agonistique de Téos 3 , on trouve une 
répartition analogue des jeunes gens : vsuixépaç -faixi^, frrffcru ^taafaç, 
icpsjpuxépaç TfjXtxfeç. Ainsi les veioxspot formaient une division éphé- 
bique, celle des junior es, qui avait ses exercices et ses con- 
cours distincts 4 . On peut admettre que la dédicace d'Hypsepa 
émane des éphèbes vewxepoi appartenant à la race juive. Cette ad- 
mission des étrangers à l'éducation nationale de l'éphébie n'a 
rien de surprenant; on trouve, dans les inscriptions éphébiques 
d'Athènes, la mention d'éphèbes de Berytus 5 , de Sidon 6 , de 
Thespies 7 , de Sicyone s , etc. 

Bien que le mot vstôxspot éveille naturellement l'idée des divisions 
en usage dans l'éphébie, il est néanmoins possible qu'il désigne 
simplement les Judœi junior es par opposition aux seniores, 
irpsapuxspoi, sans qu'il soit nécessaire de supposer qu ils aient fait 
partie de l'éphébie. Necàxepm et vém paraissent avoir été des termes 
synonymes 9 ; à l'époque impériale, sans doute sous l'influence du 
latin junior es % l'usage du comparatif au lieu du positif prévalut. 
Il est fait mention d'un itpscrpùxepo; ioùSaïo? dans une inscription de 
Korykos en Lycie, copiée par M. l'abbé Duchesne et publiée par 
M. Thédenat dans le Bulletin de la Société des antiquaires de 



1 Franz, ~Elc'mcnta epigraphiccs Grœcœ, p. 332. 

2 Corpus inscriptionum grœcarum, n° 2214. 

3 Ibid.. n° 3088. 

4 Cf. Collignou, Quid de collègue cpheborum apud Grœcos, excepta Attica, ex 
titulis epigraphicis commentari liccat, Paris, 1877, p. 69. 

5 Dumont, Essai sur l'éphébie attique, Paris, 1875, t. II, inscr. V, 1. 120. 

6 Ibid., inscr. XX, 1. 121, 123, 107. 

7 Inscr. V, 1. 121. 

* Inscr. V, I. 113; VII, l. 105. 

9 Comparez ces deux phrases : Twv vscov /ai twv 7rpc<r(ikixép(DV xà r\§r\ xoiaura 
e, Rhéiorupue, 3). — ©au fxàÇto os twv upeapuTÉptov eï \vt\v.ii\. (xvriaoveuou'H 
/ai -fôv tfgcoxlptov -J. (trjéevà; ixTpùjdttn (Isocrate, Symm. p. 161 A). 



76 REVUE DES ETUDES JUIVES 

France (1881, p. 225). Comme elle a pu passer inaperçue dans un 
recueil qui enregistre tant de découvertes diverses, nous croyons 
bien faire en la reproduisant ici : 



0H KH (chandelier à sept branches), (chandelier à sept branches). 

EYEAMBATIOY nPEEBYTEPOY 

IOYAEOY MYIE0JOY 

La lecture du dernier mot est incertaine; le reste de l'inscrip- 
tion se transcrira comme il suit : 

0vr/.y) Euaa^paTiou Ioàâatov 7rpecjj3u7Spou. 

Elle a été relevée sur un sarcophage et paraît, d'après la forme 
des caractères, appartenir au iv e ou au v e siècle. 



Nous réunissons ici quelques autres inscriptions judéo-grecques 
qui ont été signalées depuis peu et se sont dispersées dans di- 
verses publications : 

1. Magnésie du Sipyle. Moureiov, 1878, p. 46, n° a&. 

2rpaTC«>v Tvpavvou 
'lov^aîbç £(ov zb ulvyi- 
y.tïov xœTeaKêaae [sic) 
éauTW xaî yvvouw. 
xai t envoie. 

« Straton, fils de Tyrannos, le Juif, a construit, de son vivant, 
ce tombeau pour lui, pour sa femme et pour ses enfants. » 

2. lasos en Carie. — Un Juif métèque, c'est-à-dire étranger 
domicilié dans cette ville, est nommé dans une inscription publiée 
par MM. Lebas et Waddington [Inscriptions d Asie- Mineure, 
commentaire, p. 96, n° 294). Il est désigné par ces mots : Nix^a? 

Idaovoç 'lspo<7oX'ju.tnr)ç. 

3. Berytus en Syrie — M. Waddington a copié, en 1861, et 



LES JUIFS D'IIYP.KPA 



publié dans son recueil des inscriptions de Syrie (p. 443, n°1854 c) 
une inscription de Beyrouth ainsi conçue : 



Tôtto; &acpépw- 


Lieu (sépulture) appartenant 


v i^uouxXou ul- 


à Samuel, fils 


o'j ÏLiulovyXov g— 


de Samuel 


ipy;<japiou, Kavfo- 


Kandedas, son fils, et 


&%ç ûtoç zat A- 


Deboras. 


gj3wpâç. A. 





M. Waddington suppose que le juif Samuel était ouvrier en 
soie, ffYipixdptoç, mot que le graveur a corrompu en stpriaocpioç. Le nom 
Kandedas n'est pas d'une lecture certaine. On ne sait ce que signi- 
fie le a final. 

4. Germa en Galatie. — Inscription publiée par M. Ramsay 
dans le Bulletin de correspondance hellénique, vu, 1883, p. 24. 

Mi/ripa scep[ov. . . .) u)vgtavwvoç ? 
Eîaitaeo(3 vov àQavx ... 

y.h 'EaQ/ipaç. ' 

L'inscription est en fort mauvais état, mais les noms de Jacob 
(Etaxcôp) et d'Esther fEfftofpaç) suffisent à attester l'existence, incon- 
nue jusqu'alors, d'une communauté juive à Germa. 

5. Inscription provenant de Laconie, actuellement au musée 
Britannique, publiée par M. Newton, British Muséum inscrip- 
tions, Londres, 1883, p. 9, n° GXLIX. 

KvpaTca- 

VTU> 01^- 

ar/5p Ma 

pfiMNO* 

U (chandelier à sept branches). 

La présence du chandelier à sept branches atteste que l'inscrip- 
tion est juive; cf. Corpus insc. grœcarum, 9903, 9923, 

6. Salonique. — Au mois d'août 1880, j'ai copié à Salonique 
l'inscription suivante, découverte près de la ferme dite de Kala- 
maria, et que je crois inédite. Je la reproduis en fac-similé. 



7S REVUE DES ETUDES JUIVES 

#HM«PI°KAB'PAMKy 
H AITHCCÏHBJ°YAY 

MTjjxdpiov 'AppajjiTÎou xal rr ( ç auvptou aitoû 0ewodT7i<;, C'est-à-dire I TOWlbeaU 

cC Abraham et de son épouse Théodote. 

Ce texte appartient à une très basse époque, comme le prouve le 
signe employé pour ou à la fin de la première ligne, qui ne paraît 
guère avant le règne de Septime Sévère. M^ptov est une forme 
assez fréquente dans les épitaphes d'époque chrétienne * : on 
trouve aussi tiepdpiov 2 , {xv^^piov 3 et [ivY)[xo'piov 4 . 

Salomon Reinach. 



1 Revue des sociétés savantes, 1858, n 08 8, 11, 14, 82, 84, 86 ; Rossi, Borna sotte- 
ranea, II, p. 455, note 4. 

2 Ross, Inscriptiones ineditœ, I. p. 21. 

3 Bulletin de correspondance hellénique, II, p. 162. 

4 Bulletin, I, p. 395. 



DOCUMENTS INÉDITS 



(suite 1 ) 



XT. DOCUMENTS SUR AVIGNON 



I. — Un procès. 

En l'année 1557 (5311 A. M.) une question de casuistique 
agita les rabbins de Provence, d'Italie et même de Palestine. 11 
s'agissait de permettre ou plutôt de sanctionner le mariage d'une 
femme devenue libre par l'acte du lévirat, lequel n'avait pas été 
accompli d'après toutes les règles rabbiniques. Isaac, fils d'Imma- 
nuel de Lattes, qui demeurait tantôt à Avignon, tantôt en Italie, y 
joue le plus grand rôle. Quelques consultations sur ce sujet sont 
conservées dans son volume de consultations publié d'après un 
autographe 2 . Le manuscrit 159 de la bibliothèque de M. le baron 
de Gùnzburg, à Paris, contient également, sur cette question, 
plusieurs réponses inédites dont nous allons donner le sommaire 
en indiquant les noms des parties intéressées, des rabbins, des 
témoins et des localités. Pour être complet, nous mentionnerons 
également ceux qu'on trouve dans le volume imprimé. 

Les deux frères Isaac et Joseph Gard 3 adressent une lettre 
datée de Lisle, le 13 nissan 1557, à Isaac de Lattes, à Bologne, lui 
disant 4 : « Tu sais qu'il y a vingt-cinq ans, quand tu étais avec 
nous, la fijle de Cregot Vidal de Bédarrides fut fiancée à Crescas, 

1 Voir Revue, t. IV, p. 173 ; t. V, p. 41 et 246 ; t. IX, p. 51 et 214. 

2 Rechtsgutackten des R. Isaac ben Immamtel de Latas . . ., hggb. von M. H. Fried- 
lander, Wien, 1880, p. 1 à 18. 

* Voyez sur ce nom Revue, t. IX, p. 2to, note 2. 
4 Rechtsgutackten, p. 1. 



80 REVUE DES ETUDES JUIVES 

fils de Salomon Grescas, et qu'il mourut avant d'être marié. Le 
fiancé avait deux frères, Samuel et Bondian Crescas, et c'est le 
second qui se soumit à l'acte du lévirat, lequel, d'après l'usage, 
aurait dû être accompli par l'aîné. Toi-même, tu fus un des mem- 
bres du rabbinat qui présidèrent à cet acte. La fiancée épousa 
ensuite Durant, fils de Jacob Astruc Deltour. Bondian , de son 
côté, se maria avec la fille de Davin de Béziers. Après la mort de 
celle-ci, il épousa la fille de Nathan Vivas, qui mourut aussi, comme 
tu le sais. Bondian alors épousa la sœur de sa femme, et, après la 
mort de celle-ci, il voulut épouser la fille de Durant et de la femme 
pour laquelle il avait fait l'acte du lévirat. Les frères Gard " 
croient que ce mariage peut légalement se faire. » Lattes répond 
que ce mariage est prohibé -. 

Environ deux ans après, Isaac de Lattes se trouva à Avignon, 
où il apprit que Bondian s'était marié avec cette femme et que les 
frères Gard 3 , dont l'un, Jacob, était mort, n'avaient même pas 
publié la réponse négative que lui, Isaac, leur avait adressée. Il 
écrivit à ce sujet une lettre très sévère à un ami de Rome 4 , 
datée d'Avignon, tébet 1568 (probablement faute d'impression 
pour 1558) s . 

Cet ami de Rome était probablement Abraham, fils d'Aaron, 
auquel, d'après le ms., il adressa la lettre datée de Bologne, le 
20 ab 5319 (1559). Isaac y dit, entre autres, qu'il fut heureux 
d'avoir trouvé, au sujet de cette affaire, une leçon plus correcte 
dans un ms. des Turim qui appartenait à R. Obadiah de Sforno, 
et qu'en effet, dans la première édition de Constantinople, cette 
leçon est confirmée. 

Suit la lettre imprimée à la page 16 &. La suscription, dans le 
ms., en est ainsi conçue : Lettre adressée par le Gaon * . .Joseph 



1 Le ms. de cette réponse nous apprend que Jacob Gard se trouvait à une cer- 
taine époque à Rome. 

2 Dans un autre passage inédit Isaac de Lattes dit qu'il a été obligé de s'enfuir de 
Bologne et qu'il a laissé ses livres à Mantoue. Il se propose de se fixer quelque part, 
d'y transporter ses livres, et, si ses moyens le lui permettent, d'établir une école 
talmudique ; il a entendu dire qu'en Piémont et en Lombardie, sous la domination de 
l'empereur, le Talmud et d'autres livres hébreux ne sont pas confisqués. Il se plaint 
de sa misère; il n'a même pas d'argent pour se rendre à Mantoue afin de consulter 
l'ouvrage de Joseph Caro (Schulhan Arukh), enfin et surtout, il est obligé de se 
procurer 300 scudi pour doter sa fille Dobceta (NU^mi), qu'il avait fiancée avec le 
neveu de Laudadio (Hillel ?) de Sienne ("iMi^NISNbj. Cette réponse est datée de 
Bologne, le 21 e jour de la sefira 1557. 

3 Gutachten, p. 11. Il y a beaucoup de variantes dans le ms. 

4 Le nom de Gard y est rendu en hébreu, d'après l'habitude des rabbins de Pro- 
vence, par 13Y172ÏÎ. 

5 II y dit qu'il s'est rencontré à Avignon avec David d'Arles et son gendre 
Boniac. 



DOCUMENTS flNÉDITS 81 

VYiKp aux chefs des communautés avignonnaises et du pays.de 
Venaissin. Selon cette lettre, Bondian demeurait à Carpentras, 
dans la province de Venaissin, près d'Avignon, sous la domination 
du pape. Les signatures présentent les variantes suivantes avec 
celles de l'imprimé : Joseph yntfp, au lieu de Joseph Caro; Moïse 
fils de Joseph tr::Dtt, au lieu de wniatt; Samuel natt-rn^, au lieu 
de spTmp; Abraham rt»^»N (Amigo), au lieu de "lanma; lsaac 
nmT, au lieu de ma; et le nom qui, pour M. Friedlaender, était 
illisible, ne se trouve pas dans notre ms. 

Puis vient dans le ms. une autre lettre , datée d'Ancône , 
adressée aux chefs des communautés d'Avignon et du Venaissin, 
et signée Juda Cardinal et lsaac Amigo. Les trois décisions qui 
suivent portent les signatures suivantes : 1° Méir, fils de tûan, 
adressée à Moïse inab-itt (Milhaud?); 2° lsaac Cohen, fils d'Abra- 
ham in*nr: , itt (?), datée de Rome, dimanche 19 kislev ; 3° Joseph 
Caro, à Safed. Ces documents sont suivis de la pièce de la page 
14 de l'imprimé. Ensuite viennent deux lettres d'Isaac Gard en 
faveur de Bondian Crescas et contre lsaac de Lattes ; la première 
est signée *na« pmr tti'DJa wi5a"nDïi prefci ; la seconde est adres- 
sée aux chefs des communautés d'Avignon et de Carpentras. A la 
fin lsaac dit : « Saluez de ma part Maestro Léon et montrez-lui 
les paroles des tossafot... Et, s'il le désire, je lui enverrai aussi 
les décisions rendues à ce sujet par des rabbins italiens, que j'ai 
montrées à Maestro Josué ». 

La suite contient les documents suivants : 1° témoignage de 
Moïse, fils de Jacob de Lattes, au sujet du mariage de Belletta 
Crescas avec Bonastruc de Lunel sur la demande de sa mère Bo- 
nastruga Astruga et de ses parents. Nous y voyons que cette der- 
nière était la veuve de Bondian Crescas : son père y est appelé 
Bongoes (wwn) de Lunel. On y mentionne le frère de la jeune 
fille, Salomon Cresco (plus loin Crescas), à Carpentras, son beau- 
frère Vidal Crescas, et un Benedet de Mornas (uiatt-n», Vaucluse). 
Ce document est daté de Cuneo », en Piémont, jeudi 4 schebat 
5343 (= 1583) , et signé Salomon , fils de Samuel de Rossino ; 
Abraham, fils de Menahem de Valabrega; Malkiel, fils d'Abraham 
Aschkenazi. 

2° Autres témoignages : a. de Vidal Crescas, qui vient con- 
firmer le témoignage de Moïse de Lattes 2 ; signé, Carpentras, 
sur le fleuve Auzon CpunN), le 7 adar 5343 (1583), Hayyim Cres- 

1 ïma^Ki io^a "nïia by aam laawDa xmi isnp, Cuno (ou Cuneo) en 

Piémont sur les fleuves Gezzo et Stura. 
* wNI^b partout. 

T. X, n° 19-20. 6 



82 REVUE DES ETUDES JUIVES 

cas ; 1). à Avignon sur le Rhône, le 24 octobre 15*77 ■ ou 17 mar- 
heschvan 5338 ; signé Vidas, fils d'Isaac de Lattes, et Joseph, fils 
d'Abraham de Milhaud (aN^fc) , confirmé le 20 sivan 5338 par les 
dayyanim Moïse Carmi, Joseph Gard et Moïse, fils de Méir ; 
c. Avignon, dimanche, trente-cinquième jour de la sefira (20 du 
mois d'iyyar) 5338, par le Nassi Durant Astruc, grand-père de 
Belletta, du coté de sa mère, par elle-même et son père Salomon 
Cresco (tous les trois avaient quitté le Venaissin et l'Avignonnais), 
devant le tribunal des rabbins suivants : Menahem, fils de Juda, 
de Lissabona ; Léon a^n (Rouget ?) et Josué Cohen ; confirmé à 
Avignon, mardi, trente-septième jour de la sefira (22 du mois 
d'iyyar) 5338, par Joseph, fils de Halafta de Pampelune (iK3")bD3D); 
Israël de Vivias (ttsrTTi), fils de Cémah ; Juda, fils de Joseph 
crin; Joseph Gard; Gad, fils d'Abraham Astruc; llayyim, fils 
d'Abraham Propheg (a»&m&) ; Jacob, fils d'Ezéchias de Carcas- 
sonne; Abraham, fils de Vidal de Lagarde (i-m^bï), dans le Vau- 
cluse; Isaac, fils de David Attàr (ma*), Un jour plus tard, parles 
dayyanim suivants : Menahem, fils de Joseph de Lissabona ; Juda 
fils de Joseph ca^m, et Juda, fils de David Attâr. 

3° Autre témoignage d'Avignon : a. le 28 sivan 5339 ; signé 
Joseph Vives (? oan^ , fils de Jacob), Bendig de Mornas 
(miw); confirmé à Garpentras sur le fleuve Auzon (•puima); 
h. le 28 aclar I 5342 ; signé Moïse, fils de Juda (mti ; Ismaël, 
fils de Toderos de Noves (ofcms et të&rna); Ascher, fils de Moïse de 
Valabrègue (rrpnnbfrn). 

Suit un autre document daté de Fossano ftiwynD et isons), di- 
manche 7 marheschvan 5342 (1581) ; signé Eliézer fils de Ascher 
Montagnana; David, fils de Hayyim de Bizous (?) 2 ; confirmé à Gar- 
pentras, le 7 adar 5343, par Moïse, fils de Juda 2W% Moïse, fils de 
Joseph Colon, et Cémah, fils de Moïse de Caslar (-isbopi), puis con- 
firmé à Fossano, le dimanche 29 iyyar 5343, par Eléazar, fils d'As- 
cher Montagnana, Isaac, fils de Natan de Cavaillon ( yiNbnpT), et 
David, fils de Hayyim de Bizous. Suit une autre confirmation par 
le premier et le troisième à Fossano, dimanche 7 marheschvan 
5344 ; et une quatrième confirmation de Cuneo, 10 schebat 5343, 
signée Salomon, fils de Samuel, deRossino, Sasson, fils d'Abraham 
iV»MW3 "H-isd -pruî na*, et Malkiel, fils d'Abraham Aschkenazi. 



1 a-n^n jd^nït ïiamb. 

2 TiraT et ^"iti^m. Dans le ms. d'Oxford Poe. 393 (notre catal. n" 217) on trouve 

les noms suivants écrits en caractères français : David de Bizes, Moïse de Bassa 
et Uaphael Bened (sic), ce dernier en caractères hébreux. Raphaël, fils de Baruch 
b'HûJj"^'^ à Carpentras, possédait en l'année 1525 ce ms., qui renferme le commen- 
taire sur le Pcntateuque par Abraham ibn Ezra, 



DOCUMENTS INÉDITS 83 

Bonastorga menace de se plaindre devant le cardinal ("paumn) et 
devant le commissaire ("naoïttip). Cette plainte est présentée par 
David, fils de Salomon Carmi de Carpentras, demeurant à Avi- 
gnon; par le schammasch Bounàntobi, et par l'oncle de Bonas- 
torga, Jacob Vidal ; signé, Avignon, le 28 iyyar 5343, par Juda, 
fils de David le secrétaire («n»l nsio) ; Juda, fils de Moïse Alfan- 
dari ' ; Bongoias de Montilz (y%Wi») ; Josué Léon; Isaac, fils de 
Gad, de Carcassonne ; Joseph, fils de Halafta, de Pampelune, pour 
lui-même et pour Davin de Pratos ». Un document semblable vient 
ensuite, daté d'Avignon, 22 avril 1583 3 = 1 er iyyar 5343; signé 
David, fils de Baruch mna de ©tts 4 ; Isaac Attâr ; Isaac, fils de 
Gad, de Carcassonne (mi a d'Avignon); Salmon del Pouget (misbi) 
et Josué, fils de Moïse de Saadyah 5 . On annonce de Carpentras 
que la partie de Bonastorga a obtenu un décret du cardinal dans 
lequel il défend aux Juifs d'Asti et du Piémont de l'excommunier. 
Il nomme pour garants Bonastruc de Lunel, le nassi Todros 
Carmi, son frère Salmon, etBongodas de Bagnols ? (nab^n^ ou 
î-rtoiam) ; signé, Carpentras, jeudi 29 nissan 5343, par Isaac de 
Bizous -nn^, Moïse, fils de Juda le médecin, Dieulausal (bauîibnii) 
de Milhaud 6 , Joseph de Lattes, Salomon Joseph de la famille 
Yalabrega (wnVlR mnb), Bongoias de la Rocca à Cavaillon 
ClWÎnpT), Isaac de Milhaud, David Cohen de Cavaillon, Moïse, 
fiis d'Obadia de Milhaud, à Lisle, Méir Ferrussol, à Lisle. 

Suivent les cartels ou décrets du cardinal, en hébreu, traduits 
du français, nous les reproduirons comme curiosité. Peut-être en 
trouvera-t-on les originaux à Avignon : 'mfcn Nirr b^nxpn pn?îi 
T*b yn&a Nipsi m* fawi dnïï 't^ï-î mirwn mDpsb r^inm 
b"n mpn "jTobb ««y» iirabtt pn^ an m b^ip. 

Traduction du cartel ou décret obtenu par les maudits mention- 
nés ci-dessus, du cardinal, que Dieu élève sa gloire. Ce document 
s'appelle cartel en langue vulgaire et voici la traduction du français 
en hébreu : 

1 "n*fisVS ; ce nom s'écrit aussi pil^sbiN Alfanderic. Voyez notre catalogue, 
n 0i 1080 et 2129, et Bévue, t. IX, p. 216. 

* •matl E31B18B*7 IiTT (Pertuis?). Le ms. d'Oxford, Mich. 75, 76 (notre catal. 
n» 1437), qui renferme la grammaire de David Qamhi, fut acheté en l'année 1436 par 
Don Vidal Cregot (Crescas) de Manosque, de Bondiac Massif de Carcassonne à 
ïSIlûI^D, probablement Pertuis. 

3 d"nat"l3H Û^nfcto Inn-Cnb. Voy. p. 82, note 1. 

4 "Cîia-PD (?). Voy. note 2. 

5 ÏTIJOI. Ce nom de famille est mentionné en 1724 à Avignon. Voyez n° 1077 
de notre catalogue. 

6 Suivent les mots fin "ni "11*13. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

1 b^ibn yntaïasai ««"«Mia *tm wptt'np ïia'j^ba a*na 
rimai ^ikwi« mwoa pDitta pwiïw» fauit-jn 1i*r«rt ïm£7373 
p»3> mbai n7ûN naina^N naiiottiai TDKpwnp 'rsn niapabi tow 
rmmfitti ibtf na73 'm maaoi ïni73ip73a ^bba bapiE^s wnjatt "jnNrr 
■m» ïtoji 'lûpiaia tiT b^ tï in wrrpïi i^aa73 ïitefcnn ynn fa 
*-r>abi DTina t|iaa yanarsnNp n^a nias a^imin ba ï-i^ïïi 
p'nnnb 'm (m'c) ma^atîi ^£73 trrapia?a nvn ■p *' 1 nm a^-inarr 
r\N73 aiaiE dri73 iriN in b^ibi nMSi l^ta tfn73ïa ia tnr\ diia dionoa 
j-inai ïto» -ûwn n^a miiata aita mia*b in nna aip7373 in jwe mn 
n^ba 'rcr; a? anattsa latan» ïnattfi ma jwna ' Tsrs ta-inrj na» 
naïan naa i-rrmD jenN aifta 139353 Wttb Kbtti 137373 !ibn3!i ia 
'nîn b^ibn 'T3ti ya naara mtt ïna monpï-na bwn tinai îit3N 
■nwDWptt in 'Tan po i^ai )nvm i3^nN ^sb Sis ftnai tvnx 
«naion in ainn &Ta -uaa dmïrîi ba sra** tpiai . mw3 ï-î317û72ï-ï 
ninbi ùisiab rtîï-7 a*nn idid it "pa win -nottbi w*arft 'taïi 
TO53n 03pa barri bnm pbn!i73 in piâsïi niapai p ■vuro T»b* 
•jiN^ixa fma ïi&nnna rrn praïab &wn spiE qoa -<pipî d'niajn 
trj^aœa 'Tan pDi»a pttntt i33iiN tamn snnn p^b-j^isa ba^na 
sp-p .TOb^i d3i?3^i niN73 12:73m qbN cna73 \znnb 

Sur le procès de Belletta Grescas contre Bongoes et Bonastruc de 
Lunel. 

Sur le commandement du cardinal Arminiac, gouverneur d'Avi- 
gnon et du Venaissin, et sur la demande des dits Crescas et Bonas- 
torga, sa mère, et avec le consentement du fiscal général de ces 
provinces, par le décret de notre saint père (ou légat?), il est dé- 
fendu aux Juifs de Garpentras, sous la garantie de leurs chefs ou 
sous celle d'autres demandée par le décret (?) mentionné ci-dessus, de 
publier une excommunication quelconque contre la partie susdite de 
Lunel, qu'elle vienne du Piémont ou d'autre part. Il leur est encore 
défendu de rédiger des actes résultant d'une excommunication 
contre la susdite mère et sa fille, concernant le mariage de Bo- 
nastruc avec Belletta et contre toute personne mêlée à cette affaire, 
vu qu'elle est maintenant entre les mains du cardinal ou de son 
commissaire. De plus, il est ordonné aux Juifs qui détiennent cette 
excommunication entre leurs mains de livrer ce document au se- 
crétaire qui s'occupe de ce procès, pour qu'il puisse en prendre 
connaissance, sur la demande du fisc ou de la partie civile, sous 
l'amende de vingt-cinq florins en argent pour le fisc. Cet avertis- 
sement est donné à Avigaon, dans le palais apostolique, avec le 
sceau du cardinal gouverneur, le 7 mars 4583. 

Qu'il soit expédié ou poursuivi (?). 

1 La traduction hébraïque est incompréhensible dans plusieurs passages ; il y a 
peut-être aussi des fautes de copiste. 



DOCUMENTS INÉDITS 88 

D^fiwa snnb 'ini»*a rtï»bb 'tûbi8i &^to mau t^n sjbN natta 
pantiïiônp wna noitt r-itin pââba "jtô^ tt"n nsiD ib« a^n 
irisr ©ito^n*! prai b« ?-M>ia»i i*na tojïû i-nn bio-«pïi nannina 
Viâbttbi *»xna Dirnobi yfinaaisip watt tzn^nrprr nvna -i^an 
b« bD'Uûi naïïi T3>a toi^a tzs^^ifni iTfr wft» 'iwn 5"a '"ma 
btnpïi ma 'tsîi trwpïi nnm a"^ y"it»iBnp ' tsïie ûiTirniri i$v ba 
iinn b&rn apjibi ynrb pm^bi w iarta thn babi taï-rb S]Di3i 
VON ûsnaa tPWKM a"} lïtt wa -kûn '^i!i^ noaa mw 'nûnsn 
'ttïi nm 'nîi bitanpa 'wn ûiwpn p-im iehn isa in» ûïib ™* 
'nrt nanttnai biib \m nm ddidm ib^^ "»%na "p^b^-i ina i^a 

,nsno .ïiNsaanan . i^tt ^n^inn 

Réponse à l'expédition ou à la poursuite (?) de ce cartel. 

En Tannée 1583 de la nativité, le 20 mars, Jean Blanc, secrétaire 
du préfet de la ville de Carpentras, m'annonce par ce cartel qu'il 
a fait la défense contenue dans ce cartel, sous l'amende y men- 
tionnée, à Isaac de Bizos, chef de la communauté juive de Carpen- 
tras, à Todros et Salomon Carmi appartenant à cette ville, à Isaac 
Léon et à Jacob Vidal, séjournant ici comme employés de la com- 
munauté, en leur livrant copie de ce cartel. Signé : [David] de Prata, 
secrétaire. 

Ce document est confirmé à Fossano, le jeudi 20 i} r yar 5343 = 
1583, par les dayyanim suivants : Isaac, fils de Natan Joseph, de 
Cavaillon ; Josué, fils de Salomon Cohen ; Gad, fils de Samuel de 
Monteliz. 

Il semble qu'en secret les rabbins eussent continué d'excom- 
munier la famille de Bonastorga. Un document de ce genre est 
signé à Asti, le lundi 16 tébet 5343 (1583), par Abraham, fils de 
Meschullam maestro Angelino ; Hayyim, fils du célèbre Johanan 
Trêves (sn-ptj et rama) ; David, fils de Qualonymos Pescarel 
(bi-pp^s) ; Joseph Juda N-pbtt (de Lodi?), fils de Yehiel ; Jacob 
iîs^pd, fils de Mordekhai; Baruch icanns, et confirmé de nouveau 
en y ajoutant encore la signature d'Ismaël (î-M ?), fils d'Abraham 
de Modène, sur la demande de son père. On s'est adressé à 
Agnello Foglino à Cuneo, à Lazaro à Fessano, et à Benayahou, 
fils de Boaz à npD*iip, pour savoir qui a en mains de l'argent de 
ces femmes. Un document semblable émane d'Avignon, daté du 
lundi 10 juin 1584, signé par Juda Alfandari, le médecin ; Juda, 
fils de Monteliz (■pawia p"^ nwiïttiîa ina) ; Abraham, fils de 
Benjamin (yyv 3>"d); Crescas Moïse, de Carcassonne (y^v); Joseph 
fils de Halafta, de Pampelune (b"T ï-iWibbMs), pour et devant 
Davin de Pertuis? hnna Visai nmsttta ïïtjisi "pian mnan n?a 



86 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ÏWWW V'vn)! Isaac, fils de Gad, de Garcassonne (y*T); Juda, fils 
de David Attâr. Ont signé à Garpentras : Moïse, fils de Juda, le mé- 
decin; Cémah Garmi; Moïse a^n pour David de Pertuis (?) (ïiicnD'T 

Ajoutons encore que notre manuscrit appartint, de l'année 
5557 à l'année 5607 = 1797 à 1847, à Abraham, fils de Salomon 
de Montilz : il y inscrivait les dates de la naissance de ses en- 
fants. 



IL — Schemariali de Négrepont et Jean d'Avignon. 



M. Graetz 1 a consacré une place d'honneur à Schemariah 
de Négrepont, philosophe à la manière de Maïmonide, qui 
non seulement voulut concilier la Bible et la philosophie, mais 
essaya même de prendre l'aggada à la lettre ; par où, d'après 
M. Graetz, il crut gagner les Garnîtes au rabbanisme. En effet, 
les Caraïtes lisaient beaucoup ses ouvrages et revendiquaient 
Schemariah comme appartenant à leur secte, mais il n'est nulle- 
ment prouvé par là que Schemariah ait cherché à établir une en- 
tente entre les deux sectes du judaïsme -. Nous verrons plus loin 
quelle haute idée Schemariah avait de sa personne et de sa 
science, à tel point qu'il se déclara le Messie, or il nous semble 
que son intention fat, en justifiant l'aggada avec tous les miracles 
qu'on y trouve, de préparer sa messianité. La date que M. Graetz 
assigne à la carrière de Schemariah (1290-1320) doit être une 
faute d'impression pour 1340, puisque, dans une note, M. Graetz 
mentionne que Schemariah dédia son commentaire sur la Genèse 
au roi Robert d'Anjou en 1328. Il ajoute qu'en 1346 Schemariah 
est cité comme décédé par Aaron fils d'Elie de Nicomédie 3 . Or, 
nous verrons que Schemariah se trouvait en 1352 en Espagne 4 . 
L'année de sa naissance n'est pas connue, mais nous savons qu'il 



1 Geschichte der Judcn, t. VII (3° édit.), p. 299. 

3 lèid., p. 300. Voyez aussi Gûdcmann, Geschichte des Erziehungstvesens und der 
Cultur der Juden in Italien miihrend des Mittelalters, p. 159. 

3 Voyez cependant l'article que M. Steinschneider a consacré à notre Schemariah 
dans le Mosé, Antologia israelitica, 2 e année (Corfou. 1879), p. 457 à 462, où sont 
énumérés tous les ouvrages de notre auteur ainsi que les indications littéraires qui 
ont été données déjà sur lui. Si nous répétons quelques textes, c'est pour donner 
par ci par là les leçons correctes. M. Steinschneider donne comme date de l'acti- 
vité littéraire de Schemariah 1328-1346, ne connaissant pas le poème de Jean 
d'Avignon. 

4 Voyez ci-dessous, p. 89. 



DOCUMENTS INÉDITS 87 

a compost* son commentaire sur le livre d'Esthcr en 1309 l . Nous 
avons vu qu'en 1328 il envoya son commentaire sur les Cantiques 
et sur le premier chapitre de la Genèse 2 au roi Robert d'Anjou. 
Cette date ne se trouve pas dans le ms. de Paris 3 dont la suscrip- 
tion est la suivante : 

nroa "irûltttt rjnmi ^bn to&vntfn Hbyiïi ^bttii i3W8b 
mpsM ibanOTi ïr*n73«5 .n»b« ibtts rtbibttn -îna ma b:> rflaawj 
hbitû innWQ pi*fci ttiwa ■ tenTUîïi Ttt *ido ton» ^a» san 
bfwva ï-flott ta^annai twaa s-mn «npii "nso ba^ Tnntoî 
t-nauoa teaba tam i-ibaa tron^Tp Bjbab anp wikm d'Wi&Tai 
*»b fcad» r^rr k-ntûfina th«ns "no wnwfc nbia nsim r»wi »jbtttt 

Au glorieux roi Robert qui porte deux couronnes comme le roi 
Salomon, la couronne royale et celle de la science, Schemariah 
l'israélite, appelé le plus sage des enfants de l'homme, envoie le 
livre des Cantiques expliqué d'une manière philosophique. Il fait 
savoir qu'il a composé un commentaire de ce genre sur les vingt- 
quatre livres de la Bible, renfermé dans près de mille cahiers comme 
celui-ci. Le tout a été fait sur le commandement du roi et de ses 
princes. Il envoie, avec les Cantiques, le commentaire sur la pre- 
mière section de la Genèse. 

Au commencement il donne sa généalogie : 

io*ip*iih a^ssi [ 4 fc^ba] awaTi ain» anStt ùanir! "p Wlffià "^ai 
anawi m i5ai wan ia oman w»b» wai snn "ja -m "na ap:n p 

A la fin, le copiste, Isaac fils de Benjamin fils d'Isaac, a ajouté : 
■tKnBYvrafi ïmatt '"S abusa. Schemariah avait alors déjà fait son 
commentaire sur la Bible entière. Il y cite en effet ses commen- 
taires sur le Pentateuque et le livre de Job 5 ; il cite aussi son 
commentaire sur l'aggada G . Il donne des sentences grecques pour 
expliquer sa poésie 7 . 

1 Voy. Catalogue ofthe Hebrew mss. . . University Library Cambridge, par M. Schil- 
ler-Szinessy, vol. I, p. 48. 

2 Sur P^ÉfD ÏT£3>53, et non pas sur la Genèse, comme M. Graetz le dit. Voy. 
M. Steinschneider, art. cité, p. 459. 

3 N° 807,3, décrit par M. Dukes. Le n° 334,9 renferme une autre rédaction de ce 
commentaire. 

4 Effacé dans le ms. 

5 Foi. 38 à tpn nsom rrnna *iwj ntta. 

6 nid. naa-n pissn mai»» w nriN 'sa p^ti £]bN -issa "*aœ n'as 
■WBbsa a™ wbm a^-ibN. 

7 Foi. 39 b swm -jTiaba 'w&o "pin *uîd ttrabn îittb ^na&n rtfcbœ d^ui 



88 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nous avons vu quel était son orgueil 1 , puisqu'il se déclare « le 
plus sage ». Dans son ouvrage tmtt~ 'o 2 , qui est une réfutation 
des opinions des philosophes sur l'origine du monde, sur la créa- 
tion, etc., composé en 1346 3 , Schemariah \a. plus loin. Il s'ap- 
pelle « le seul savant qui existe aujourd'hui 4 » ; il dit en outre : 
« Je vois que Moïse notre maître explique comme moi 5 » ; et fi- 
nalement il emploie toujours le tétragramme au lieu des autres 
noms de Dieu, ce qui est un commencement de sa mission de 
Messie 6 . Voici encore sa prétentieuse introduction à ce traité : 

^131 DH TOtttt -Ittab ^btf 'fi na*! ^btt ÏTÏ-Î TÛ3K 

iimtt ^ ♦ b iNB Mnnn "pa-ra *]h )V2 ■es» 7 ^ma nb:? ■jwtia bai 
6T7N . . , n^aa 'jrma nD^35 ,^îaja ïiiit ba S-muasfcn ^ob pto 
airo inn&n .pas ifti" 1 ^pn&ta ainai -isn ittïrar ^yt ^sia-ib-'D 
ba b^ im» nbiûn ï^msïi 'o ittia Nnp" 1 ^dd ^b^ j-na^r ~\-û$ ^b 
mm tnnwDin "iuïn mfcnpttïi baa ,*pia tnpnmm trmnpn b&mz:" 1 
riE&o )ioi^ a-p tn-> iiViki 'M ï-in numpin ^pBE nbm ntiii 
■nwi û^auî^ï-n annaa ftpi&n ï"pr»n ^bn i-n -ma ï-i^b:i nab 
• •Tan ûbii'b a^aaaa dwn ipinaMai ^p^ïi nrnïa 

La parole de Dieu me fut adressée en ces termes : J'ai entendu 
tes paroles et tous tes miracles sont montés à mes oreilles; je suis 
ton bouclier et ta très grande récompense. En effet, tu as été un 
bouclier pour mon nom, tu as retranché tous ceux qui se détour- 
naient de moi. Tu as soufflé de ton vent.. ., alors les princes d'Edom 
ont été troublés, et le tremblement saisit les philosophes grecs, par 
tes nombreux arguments ils sont silencieux comme une pierre. Et 
toi, écris tout ce que tu m'as dit sur un livre, dont le titre sera 
« livre de la crainte », et envoie-le à tout Israël, de près et de loin, 
partout où je les ai dispersés. Ils trembleront devant toi, ils sancti- 

'^N'H iU ^p. (xoci'tou 8ià x\) — fol. 63 d'WÏI 'plûba ÏTJOp nNÏ ift '"HD ftWl 
ij^îb ^ippiN WSSN rWiQ dDIUJba IKW a"N1 1ÉCB !Tïï ■»» '"Bl (? nota 'eveiuàvï] 
àxiï] Xoyixrj). 

1 Ci-dessus, p. 87. 

2 Ms. de Paris, 11° 1005,5 ; ms. de Gùnzburg, n° 305,12. 

3 Fol. 31 b. C'est probablement cette date qui est entrée, par l'erreur d'un co- 
piste, dans la suscription du commentaire sur les Cantiques. Voy. Graetz, op. cit., 
p. 299. 

4 Foi. 32 a^vji d^bao trsi&'ibBTO nttia dw fcttratt îTYinîi p ^âti 
ÏT*!i nta an. 

5 "o-iDft rfy isan nrasi ?wn wû d^i-iba mantt wam Tiaion 

6 C'est un des nombreux signes (fp^Oj-T mniN) que le Messie aura à produire 
quand il viendra conduire les Juifs à Jérusalem. 

7 Le ms. du Vatican n° 349,2 renferme donc le même ouvrage, ce dont M. Stein- 
schneider doute dans son article précité, p. 461. 



DOCUMENTS INÉDITS 89 

fieront mon nom et ils me chercheront tous les jours, disant : 
Allons, marchons à la lumière de Dieu; et la justice sera pour toi, 
comme il est écrit : Ceux qui auront été intelligents brilleront 
comme la splendeur du ciel, et ceux qui ont amené plusieurs à la 
justice luiront comme les étoiles à jamais. 

Schemariah cite ici son ouvrage lïrmN 1 . Ajoutons encore 
son commentaire sur la prière du Qaddisch, qui manque chez 
M. Graetz ! , et qui est peut-être un chapitre du Elef Ham- 
magen. 

Nous ajouterons ensuite les soixante-huit lignes de vers 3 écrits 
par Moïse, fils de Samuel de Roquemaure, sur les folies, comme 
il le dit, de Schemariah se déclarant le messie qui sauvera 
Israël en 5118= 1358. Moïse de Roquemaure est connu dans la 
littérature rabbinique comme traducteur du « Lililium médi- 
cinal » de Bernard Gordon; il rit cette traduction sur le latin en 
5120 = 1360 à Séville 4 . C'est peut-être l'année de sa conversion, 
car il est probable que quand il composa ces vers contre Sche- 
mariah, ce qu'il fit avant 5118 = 1358, il appartenait encore à la 
religion juive. Moïse se trouvait à cette époque à Tolentol (To- 
ledo ?) où il vit Schemariah ; celui-ci parcourait la Gastille et 
l'Andalousie, en revenant de Pise (?). C'est en 1352 que Schema- 
riah semble avoir inauguré sa prétention messianique. 

r-n^tta t**na:o 8**pm s-tom "itjo^o bbian s-na^ta q^tid 
•jàb» niïi ry\ &oaa aiaa iot i-wafcrs ■wn imttiû 'i by btarbna 
tien nn twm ^batt *hy m^rabi mab cnmnn nb^o rmaïi 
Snawfcîa iQiso ibnîr raisa bnïia ♦ to^bbiiia inawp ^a tr-Tiaa *iia 

. tnVinîri 
pa*7nîib wnaa ■nfitentia "wïi ïtim sata^n î-it ï-na* nia&ta 
Dan bac-itt ba?j inM b^aa bao finin .twynaïn ù^nwrt a^baïaa 
ibN •pb? vro* irbibara i»a s-raan Nnpita *ia*m nwa ^pbm 
watti ^k Tnai ruo Tm*nbn na* vins ^asia» Tnso an aTnrTrj 



1 Foi. 30. ynan aon anp^ïTtt vhdtb it-paras* "îDoai. 

2 Voy. Steinschneider, J. c, p. 461. 

3 Tirés du ms. 166 de la bibliothèque de M. Horace de Gûnzburg. 

4 Ms. d'Oxford, Mich. 552 (notre catal. n° 2127,2) rn&TlD'nrt ma, traduit du 
latin par biO^O '13 îltatt im*7ÏT»a N"lp3 FPÏTO ^Wlfin ÏN13 "natiiNtt 

rtsrb"»a«DN ï-.bbinïi -v -a TYtirng rrn*i fiïn» ^aiann:» anaasp-m. 

Roquemaure est mentionné également dans les Réponses d'Isaac de Lattes (ci-dessus, 
p. 80, note 2), p. 78. Dans la préface Moïse s'appelle iJ>bDtt. Le ms. d'Oxford Reg- 
gio 20 (notre catal. n° 2307) mentionne un scribe de Lisbonne, du nom de Moïse, 
fils de Samuel [ij^bobNi en l'année 5233 = 1473. Serait-il de la même famille que 
Jean d'Avignon ? 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

t^rott s*pi*fi bai73t> i"a ïTtt» fcnps taaiaa arian ^731 i-nw 
,k"»i biwbitaa marnai n"»[i] ii^ia iaiaiin 



ibnbnnî-n ûiiïi TOàttnîl 

ibttïE aib\a7a!-ï nai Nia 

ibbw bittafi nuaipn ma 

ibfras -iï-ï72n a^an "vb» 

ibbas *a$a nab bai 

lb»aa abi us nwbs) *1»tt 

ibu3 û^b^is m i73iaa ^n 

ibaai H3>ai nnaa w 

ibnm abi p» inbttin Nb 

ibtat iabï-> 13531 m?» 

ibnps rrnN ma* aa£> Vta na3>b 

lbt5 abi vnwbB ibta 

ibst&ia ^batt iT^b T» niTaia 

ibi:n a^nai73 ia i«* û'in 173a 

ibaai na»tt mai» r>ftu> ai» 

ib^as abi dna w»a ib 

ibmi 173^73 ùi5a»i 133» 

ib73^ inia ûiipœ va^ 

ibais I1»a amaai73 iitt 

ibî-fë biatn ba 13a aaia 

ibba ia^n msoba i^ba 

ibrra saab wa iaNi73 ima 

ibaaîi TC5N Tvwn t^io 

iba;a nitattih l^»»a iini73ï73 

nbTa^D aiai ûrvrba anaa 

ibb73 i»m mata napa 

ibam larrp bana 

ibna lowa îmai aab 

ibcabçami rban ibabana 

ibbi aiaanft ima* ia 

ibba in» îi73 rail aab 

iba aii73b rai» ira« iian 

ibbïïmi ab i^ ba 

îbaanm vba i73annrr 

ibai3 iaan aiipia iibi 

ib73n abi mis iNai lia 

ibas ia^n anaii i^a 

iban i»£a n^aïai 

ibap abi ana baa 

ibbinom i73p rafcipn» 



ibbiniaim tanBia ibbanï-r 

OT^a ïtûiti laiïlba ia b^ 

a^ab ï-ïN731 ni©» ûinia rwa 

Fraisa nvna mi ltt>8 tt*a dp 

Kia: rça maftb mua snaîl 

innas ib *an •ptn yias un 

i?a© aiî-* wn jrrhfctt 'n 

1735 Ittlttmi 1731!! 173U5 1NtL55 

•j^ai baiar; nb^73 ittsirta aïi lin 

tlia^b -nabïï ûnp© inia 

iseti innipb ii» wi ba 

b>Ni 1^73 173a vh$ ibmi 

lb»n ûa^TN înb^N 173N 

biarbrja aan n^73N aa 

1">!a No^ab a^ N^b^aia i^»5i 

iaai3n"> Mb3>aN mb»a» B13 

mis mttiSNi n73^ ^att ^a 

mi?3N ln"J73i i^b^apa ^jblri 

DiblSN bia^ai i^spixa ia:> 

miîilft i^n 1» inaipb n^it 

mw ^a toiTlttfi ib ibïipi tn 

ib^ri man»3!n a^ ^ri^a hv 

iiao mbab i»^ iï5n ûvai 

^^ 1l©a nN Vi" 1 " 11 ^^'^ 

W tn a^iai ^b^a p^aa73 

TONin ^aa inD^n rtasn 

l^e»l©i ibat) ina73a iDtia 

ion w^n 3>^i^73 5oa:j b^i^ i»i 

bias^brj bN abïi iai '-ïian brjb-j 

nt:N DiTE^i nia 1731 ista 

aan ^n iati»a îr»n ©^a laa 

jsbai?3 i^ï5»i M73an baa aan 

laiam iai yiK baa b^auj73 

lattp û^ao n!sta«5aa bas 

iiaan rt»i ansa^a a^air? 

^ina iwawi itrmxi û^^id 

uni i^aas 1531 a^3 173a iaaui 

51731 iauja irpm 1731 «bi i^ip 

ambaaa ini3»b an73^73 i73\a 

nniT3 b^ iiaa 11b» nnbir ia 



DOCUMENTS INÉDITS 

ibjttnîn rtvi rab^na 
Vr*:r ù"*bîD*nja sr:i ïwi 

ibao *n»8 n« biao^i ^a» in?3 

ibvm WD«n &n pn non» 

lb»aa ■wa fm© 1 * !TT©« 

ibatt abb intt'Viai n«t 
ibpIS 173T3 wi Tma 
lbSD3 dJH Y*5B 1*15 Ï8 

ibaanïn ^m^a "iaa 

ibsmB'n an© i»^n ab i«« 

îbsrû d"wn iwa pan 

ibbiîirrn û^Dittitn bb"i© 

ibnn ana&o bnna im 

ib«53 mba© 53 r©5 

ibn îp©* an den rmn 

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ibpbpm dnïi lacnfcrP 

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ibaw "H©a d^ab d^b 
ibbin©^ d^£PN iNbsnt 

dnrintt v 5 *: 

orrr d^odb d^b-nab 
on ibo ^73 isip maab 



91 

natia ■np'm imaairta cabtia 

ttaa©a rraim b^n ra^ao lia 

b« nwiaa ba anait! rpo 

12 najn dm* 1 ■!©« "vuera 

■JTO* aras ^n -ixsm *i©n niïi ann 

n'^p na©a "^a tr©73 inn 

Mlittafi *i©ab TiNa ^a« "jab 

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nwi nan» îtin -nba nba*©^ 

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ît53*7 b^oa «nîi iwa dan 

iïî^n bd uaai an© ittan ab 

diawprt aa^ ^d ima^ an©rp 

-»ba tien abi a*n© ibttaa tn 

^ab nww 'prpoi ind^a 

•pv Tndid"» naai&n ïid^ 

dni ba ^dabTad d^a^b^d W 

np© pïïn li^aiïî Ti^aN^ 

ndN72n rvaa w» lUîdn^ 

^^ -iNtffi ^sia ^n é 7^j>' 1 d^d 

rsa bd "101721 npb -il7Qb^ na 

•ttn^ bii57ab aab ^i:> fn 

ib^id bd np 11 d^d -ip" 1 in:a^ 

T^m^-ibm vmn»N lin^a ibd 

tiam d^nbN n^^p dip7d7d ^n 

b^"» ^73 nnbiao m^nb 

dbran d^nbN bN ni3>"iuj"> *jbh 



d^baai i^bin nr^© rt"o 



Wn«1 ''i'ntl ^p-i?:U5 mbdd 

. «1373 NpTTl Nin b&ntt© Ï1U573 



"liptt Nin PtWn ïit ^73 d^bNiidb 
Nlp ->7dT-l -ism ÏTWH ^a^vïi 



Suscription des copistes : 

Poème fait par Maestro Moïse de Roquemaure, en la Tille de To- 
lentol, sur Schemariah le Grec qui se disait prophète et ange. Que 
ces vers restent comme preuve de ses idées folles. .. 



Suscription de l'auteur : 

Puisque ce fou Schemariah le Grec se vante d'être attaché par sa 



92 REVUE DES ETUDES JUIVES 

prophétie aux intellects séparés, lui qui n'est cependant qu'un fou 
séparé de toute intelligence ! et qui, en fondaot, marche dans les 
sciences et dans la sagesse comme un limaçon (Psaumes, lviii, 9), 
j'ai fait sur lui les lignes suivantes dans lesquelles je raconte ses 
manières, ses rêves et ses paroles. Moi le plus petit de la société 
(des études), qui m'appelle Moïse fils de Samuel de Roquemaure, 
habitant d'Avignon et séjournant pour le moment à Tolentol. 

Il est impossible de traduire cette poésie qui est pleine de jeux 
de mots. 



III. — Persécutions à Avignon. 

A la fin du ms. de Paris, n° 631, qui renferme le rituel pour 
Rosch ha-Schanah et Yom Kippour selon le rite des Juifs d'Avi- 
gnon et du Gomtat Venaissin, on lit les passages suivants, dont 
malheureusement beaucoup de mots sont illisibles : 

■jwin ï-id tj-pii -rt a-nrattyia baTi wbb nnstia . . . ^a 

t^b tr-rioa TiNttM î-îe ibd *jwin imp brrp73 *isoïi rtt vnpa 
-noïi ï-ît lïpî n^b^M ftn^îri iiot ab pmpnn nssm , , • "ob» 
iwo y"nb a"biïi rnau: bibN -ennb to'niasn irmjn ti-pa mnatti 

Vidal Ronastruc a achevé la ponctuation de ce ms. en 5233= 1473, 
ou, d'après les signes mnémotechniques du verset en 4293 =. 1533. 
Dans cette année, il y eut une persécution à Arles et à Avignon, 
comme on le voit par le verset (Exode, xiv, \ 3) : « Tenez-vous tran- 
quille et voyez l'aide de Dieu. » 

Voici les passages qui suivent et où les persécutions sont ra- 
contées en détail : 

lomtt fcaîira ^b"iN bïip hv fca'nm t-nbib* ieiû k«j w»ai 
t=m nm diBïi ^bib s-fcïw rtssoa "n^sn irprift tzptai* t=^b^ 
^jb^b s-bot iî»ps buji^rr 'j-nja ù:n i^n îY*t n:w ^btern ùïrb* 

t*6 tannai wm nrpûim l^n i-raro isb^i biba n"n i* r«an 
WM wïi ban bip Tï»n*fi bibN rfiai msoi nso -iso tob^ 
ta m ■>"■' ^a lampm i^nara naa ij^a mbïw rmapn i^b* nwn 

1 Jeu de mots sur bDttî et bao. 



DOCUMENTS INÉDITS 93 

Wib« tara watt >ib ia f-ï»rt fa "Oiott 1W bsb -i^^T^n îa^b* 

.Tan 113*3 TOfin 

En cette année, on accusa les Juifs d'Arles du meurtre des enfants 
et d'usure, mais le roi Renier et le gouverneur de la ville inter- 
vinrent en notre faveur, et les accusations furent trouvées fausses. 
En cette année, les frères mineurs tirent contre nous des prédica- 
tions auxquelles nous fûmes forcés d'assister. 



IV. — Lettres des Juifs <V Avignon à ceux de Pêrouse. 

A la fin du ms. de Parme de Rossi 76 (2726) on lit les passages 
suivants : 

toMaan naa tib^ **b nso?: ynx* rrrptt i^t-jn ^bbiiïï 1. 
■pan ba b? rD g] 50 ttaja&w nawia ^12 aas^Tia aatt*m p^sïib 
i-raittanaa a-prt i33ïi inmttïii imnatt anta fra .nmfcbtt b* wn 
£25 an» îa^b* b73^ bab ttbîrn tanaiE^p awiï naipina anta icnaa 
t^ir: ejaiaab na^^ nia« Tonrr bu^r! nanaïi antaa ira^n fans 
■pa«a r^in itxft ïtjq tobttiTH ■^a'nnp tarutta anna aniaïi yran 
tzorrnwa lin-" ba narn fiba»E baa ï-ïba>a na» ta^aiaN tt^N nttai 
bnpn Tnbia i^pbm dTpatti mabrffi ^Ditt? rasai aattsa dn u^a 
Tb .^ttTvatt bnprt tznaa iv^tin» t^arj anari pn5>r; ifwnH 
spa amas a*i33tt"« «ttTroaa -«att-n b^w tt*np a* iia&n 
t-îtb rmrra itvwinb Nnia nns ana 

■ûTiJTittb a^pn biaiïï Tas nsb njn 12b 'r. •nar ttibatta 2. 
tFOTrp a? i^m irrna ïa>?ab la^an ab 'n ^an na^b* b«n inbialna 
wnVwob ©nia fca'mïi ^b^ ^ Dn îibïi i 3 " 1 ^ tarama y*iN ^roitt 
ï-pîia û^nsa ptpi ihik nn waa bj>7a ûi^inïi anan Taa>rn 
■n^oa naab ib:na frnaa t-nx rrnrab nva^b t^batt twnsttt 
r-nT?» nrm» cattpa t^b natb ûnomsïi p^orr ttî ban anomaai 
■na*b arpba-i t^nnaai î-td a™™ a^bb?aiK a^imn ynbb tsarn 
nai ba> -mîT» ûio p-iT-« s**btt rma im rrotttt nw ba> taa ^Tri-s 
nam» ^sb yni prn vnnn att^ yftttpfti mTawi ^asb aba n^anrr 
Kb l^7ûb D2TJba t^bia NnpsirT m» aujpa ïit b3>"i nbiT Nb 'pltt 
p^^ ^ab?2 aa^2» ^b" 1 taa'iiaa n^ is^^iï-î naan an^-> Tibia-» 
.vmrniN baa a^n ^bTn nuji p^i: ariiN ab\ai^ bwriiprt 

. Ce sont deux lettres d'Avignon adressées à la communauté de 
Pérouse pour faire savoir que le cardinal de Jérusalem, qui s'é- 
tait montré si favorable aux Juifs d'Avignon, passera par Pé- 
rouse; on prie de le recevoir avec tous les honneurs dus. 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



V. — Divers. 



Dans le ms. d'Oxford Opp. 131 (voir notre catalogue, n° 1653), 
qui renferme le livre cabbalistique a^ri "n^W de Mordechai 
Rosselo l , on trouve (fol. 5 &) la note suivante : vra^n *& ^«n 
ne-us ynaa ïwih nva ftwn-naa w*ïi ^biD&w ©m:»» ^naws nn« 
a^a-ra br»p aia Tiattia'i. « Après être sorti de l'exil de Naples 
(1540-41), je suis allé en Provence à Avignon, où j'ai trouvé une 
grande communauté opprimée ». 

Dans le ms. de la bibliothèque de M. Horace de Gùnzburg 
n° 566, qui renferme des consultations casuistiques, on lit le pas- 
sage suivant : 

•^aas ^a nia a srrbrï-n irnaïl a^nan npm bv fca-nsoa wa» 
nabttna ir^aa snvrt rrnapîi n^a *i&to»?ï ^sb . . . fra*»:» bïip 
bv -ia? a-n»? ûmawnaa nbsn duj -napb *iae aiptt çrç ■oti'ûwi 

.nra nb^b ïiî mnap mia^pi nnaprj 

Il y est question d'une époque où il n'y avait plus de place au 
cimetière d'Avignon pour enterrer, de sorte qu'on avait agité 
l'idée de poser de la terre sur les anciens tombeaux afin de pou- 
voir en faire d'autres par dessus les anciens. La date de cette 
pièce n'est pas donnée ; ce passage est peut-être déjà imprimé 
dans une consultation quelconque. 



VI. — Pétrarque à Avignon. 

Juda Messer Léon, dans son commentaire sur le xxxr 3 chapitre 
des Proverbes (voir Israelietische Letterloode, année X, p. 106), 
qui contient surtout une apologie du beau sexe, après avoir dit que 
Laure, contrairement à l'opinion de ceux qui nient son existence, 
fut une personne réelle 2 , ajoute quelques mots que nous allons re- 
produire. Ceux qui s'occupent de Pétrarque ne dédaigneront peut- 
être pas un document sur ce poète d'un Juif du commencement du 
xvn* siècle. Nous donnons ce passage d'après le ms. n° 782 de la 
bibliothèque de M. de Gùnzburg; M. Steinschneider 3 , avec son 

i Voyez Revue, t. IX, p. 153. 

a Voyez (iustav Kœrting, Petrarca's Lében uni Wcrke, Leipzig, 1878, p. 693, pass. 

3 Hebrciische Bibliographie, XIX, p. 83. 



DOCUMENTS INÉDITS 95 

flair extraordinaire, a découvert le môme traité de Juda Messer 
Léon dans le ms. de Parme n° 1395, de De Rossi l . 

s-rmïi lanaarç ïiwîri mxm a"a Win fcanpTaa labya fmwwi 
anniD) "H3i ,**naab *<npaïi BWB'WiB mb^bAa 'jvna'nwa 'm maa 
©*wi rrvw anrno pynas ïrnpn n«t ^ana^a iaoaaa.1 b^in mnENa ï-»t 
ix-na Tja ibis "b qa •gioarro s-rri î**p"iah£ra îp^oana b"n 
■j»îatt ntaonaH win bq 'a irn MJaiûann "W» 'ai '«i qba* «tua 
nn.N j-raia ï-nabttJattJ anpn "ittip^a ttmauia ao n*i vas îtîi f<inrj 
ïiba>7ab ^rirra no^oaNb î^npan '« • nsan ïrwa* i^a împaia «"haïra 
fcznaia 'nb jrwrosi 533^73 *)a>an b^aîl T* '« WW Itta fitàpivz'n 
bnaob bnai rrîi t^'m fcanpfcb toipa» tzpbiA th naan WMHB !Wi 
b*wD 2 'n ras t^a^aa m:aa»b ^bm ï^bwttG a>Dib craQiWJ faj ïit 
rtatraiiDi nanss rnbbaa ïianft npmna laa niapab to^i vawo 13 
nttîN î-ntïwn&b n»o"ns» ï^ïtp ^wna hnpaii 'a ynaa ^brn 
■jab nb rpiïjQïi pnoywp ynaui *v»*ïi «"^maai .frira ^bis^a 
irabb *7D Tbwaara bis Na a"n«i t**p , mta , m ypnîn pTipi na>arî 

(a>33ï} *1N tottî) 3>720tt fTOl trott 'T ÏHTa p03H fc-VU'Han W 

.[rmna] tnai» 3 'a i7û^i t=ï5 ^bn (iH^ntûa^i-tt:) t^o^ibia yna 
trama ■pïie v-pan n« manb *o] ir^a-nN yna ba au: i»ïn t'Yiso 
ta-bo «mp *i &va ï-p-£> 'a ttfnw rniptt rrnp mn [a"D vnK 
yrmwi *ta t^in 'no ras bnaa îznna 1 a-ra i-nn mia mniCHB 
n»b©a) am wwai tnaïra nb^nnï-î binaaa 'laia 'i^a rtFron pi>ri?a 
. (trm îmaa aa-na anbana 'n aip": bx ^b-«b nirin rrn nt risr: 
t^-iprû iT«D^«b ^£0 'n naaa ï-inb^^a 'n ï-mna ï-iisn "ina^bria 

rri^m annna spn rsmM im^na iujn mûnpîaïi ûm«a na-ir? aina 
■^Tan . rwnaa mnns '^ ïwrna la^ata N"a srsm» an^n nnarw t3Na 
tr-im ïrba» tra&an sinawb în»np *paba bam» vjt ta^a^ wwo 

»mne ^«d» r;T ban .an^an ainb m^ri^b hnw in^nia ^3> d'npi 
acn Ï-TT72 a-'b-'nn^o Ëa^tnn nwai) ï-i7aan ta^ip "i^nan riDTa n^N 
pwrî riTTa 'iswî trmw (W33%n .inains rtmrr N^m» nwîib ^na^b 
ï-tn-,: ni , «npîi 'i tara nn^rr 1272^ irbîTM nbnmzn . rî^n^b b"n 
taîibio mbxb -^Ta'or; ^©nio na>a ^a 'iaia ibis 5/ Tn n-ina totonsn 
Iwd ibïî 'an mna n-n» nr naaa rrtbna ^^-^n ina^N nb^nnï-î tn 



1 Voyez le catalogue de M. Perreau (Florence, 1880), p. 25, ms. XVIII, 2. — Les 
mots entre parenthèses ( ) se trouvent dans le ms. de Gûnzburg ; ceux entre crochets 
[ j, dans le ms. de Parme, pour la copie duquel nous devons remercier notre excel- 
lent ami, M. P. Perreau, directeur de cette bibliothèque. Nous ne reproduisons que 
les variantes les plus importantes et qui portent sur le sens des mots et des phrases. 

2 Parme '3. 

3 Parme '"f. 

4 Parme DWnfirW. 

5 Parme 'sr;. 



96 REVUE DES ETUDES JUIVES 

t**b a^bu: smb« p 15 nsaa mbia nawn smaN un imfcnb "para û« 
***wi .rtwb nn anb irnaa t^ba îiVna t* f*»via nibb rm 
pbna 'Nii 'afiE narnE s^irr ! ■rono-nfina r^npatt nsa im&n mbna 
'a *pa r^iïro aip^a mbia n«t vûiîto pi "o a\a 'i^a nn»rt 
•nfc? aun a^asa nsan un ■Nftà'wnTi i:n^d ùms^i nnrw 
taynmn au: !mi3:n 'nr» ïwwïi nairjN (h^^N) ma*a àm aw 
pn inna î-pï-î êoto "lar-isi pjbDN) aip?û ïtïtw «wrpK ied a^an 
-naja s-raï-n : 'n:n tinn nm aiptt (np« rnnii misa 'in pi imenett 
Nnp^rt -linaM -iaiT 'an ïpoa pb fwnN y-iaa nmn inana nbnntû 
pbn?ûi "p-psb "pûo 'n ^ïra "îbnsi ï'p'WKa na-iv n^n i-in fiQwâ 
■wb ^itto n^ijrt aia *ton î-tsim s**opra riN^^aina p ftanbcrKln 
pbi ii^a^N ^ni nai* j-isnsb ^biii nnsn i-rn (.wawi 'p©) 
"jbnaiïî "îi^tt» p^r* -dit) fc^in -o nsp firaba toartr: ht a^ 'in 
î-m : 3 id-i*]wd 172a (jtvwk ■pi nai^ia nttart î^nîn s-wny^a 
ifcb tn»omstttt ï^pantraïi "na*i na^ taw^in s-ib« ba Tinain 
n»Na i-roarna ^n^bna mnanara itta tien -nnsH marcan !ia ■p*© 

. inaab i-irptt 

Pour continuer notre sujet, nous dirons que la femme dont nous 
avons parlé était une femme d'Avignon en Provence, du nom de 
Laura.Pour en être mieux convaincu, sache que Francesco Pétrarque 
était un Florentin, bien que né le 1 or août de l'année 1303 (1301 ?) 
à Arezzo, où son père se trouvait après avoir été exilé de Florence; 
sa naissance eut lieu avant la fin de la première année de l'exil. Sa 
mère demeurait alors à Ancisa, non loin de Florence, jusqu'à ce que 
l'enfant commença à grandir. A l'âge de huit ans, lorsque l'enfant 
vit que ses parents étaient obligés de changer sans cesse de lieu de 
séjour, il leur persuada de quitter l'Italie et de s'installer à Pise. Ils 
y restèrent deux (quatre) ans. Sur la prière du jeune Pétrarque, ses 
parents s'expatrièrent et s'établirent à Avignon, ville célèbre alors 
en Provence, comme Naples l'est aujourd'hui. Là et à Carpentras, le 
jeune homme apprit la grammaire, la logique et la rhétorique. Il se 
rendit ensuite à Montpellier pour y étudier le droit, et y resta quatre 
ans. Ayant entendu parler des bonnes études qu'on faisait à Bo- 
logne, il se rendit dans cette ville, et il y resta trois (quatre?) ans. 
Puis il revint à Avignon pour voir ses amis. Le vendredi saint (qui 
tombait, cette année, le 6 avril, au témoignage même de Pétrarque, 
qui dit dans la dernière partie du « Triomphe de la mort » que son 
amour commença et finit le 6 avril), en allant à l'église, il vit une 
jeune fille, native de Gravesone, village près d'Avignon, du nom 
de Lauretta, nom qu'on rencontre souvent dans ce pays. Cette vue 
alluma dans son être un amour ardent, qu'il garda pendant trente- 

* Parme DWl&rtt. 

* Parme Nl^-n^m ÉWVID. 
3 Parme 12-iDO niûfcO. 



DOCUMENTS INEDITS 97 

un ans, vingt-un ans du vivant de Laure et dix ans après sa mort. 
Il lui donna le nom plus coulant de Laure, et il écrivit à son insu 
de beaux morceaux qui resteront célèbres à jamais. Que cette 
Laure ait été un personnage réel, cela est suffisamment prouvé par 
les nombreux vers qui commencent par ce nom, et par ceux qui 
font allusion au laurier. Que son amour ait commencé le vendredi 
saint, cela résulte de la seconde strophe où il dit : « Ton soleil a 
commencé, celui du Christ s'obscurcit. » Que Laure soit née dans 
un village, cela ressort de la troisième strophe, où il est dit : qu'il 
ne faut s'étonner qu'une grande femme ait vu le jour dans un vil- 
lage, quand on sait que Jésus n'est pas né dans la grande ville de 
Rome, mais à Bethléem, et tout cela pour prouver l'humilité (des 
deux). Enfin que Laure soit née à Gravesone, Pétrarque le dit dans 
la première partie du « Triomphe de la mort » dans les mots sui- 
vants : « Car ma bien aimée est née dans un endroit qui se trouve 
entre deux rivières nommées Sorgues 1 et Durance ; ce village se 
trouve, en effet, au milieu de ces deux rivières. Ce fut là que Pé- 
trarque et Laure restèrent longtemps, l'amour qu'il avait pour elle 
continuant à durer. 

Il y composa un grand nombre d'ouvrages ; par exemple, l'Acadé- 
mie, nom de l'école de Platon, et le Parnasse, montagne consacrée 
aux poètes. Ainsi il dit, dans la même pièce : « Quel endroit est 
plus neuf, etc. » Son amour ayant commencé dans le pays d'A- 
vignon, il mentionne, à la fin de son poème, le fleuve Gebenna 2 , 
qui traverse Avignon, et a son origine près d'une montagne des 
Alpines (?) qui sépare l'Italie de la Provence, surnommée Gebenna ; 
c'est le nom du fleuve près de la ville de Genève. Ce fleuve conti- 
nue son cours en France, en passant par Avignon, c'est pourquoi 
Pétrarque dit qu'il se rappelle encore le fleuve qui a son origine à 
Genève, et c'est le fleuve qui traverse Avignon, comme nous l'avons 
déjà dit. J'ai donc prouvé ma thèse par les paroles mêmes de Pé- 
trarque, pour celui qui le lira, et l'opinion donnée dans mon poème 
(sur le beau sexe), que Laure était un personnage réel, est solide- 
ment confirmée. 



1 Le ms. n° 140 De Rossi, à Parme, qui renferme TAroukh, a élé écrit pour Méir, 
fils de *72^:r; Moïse, établi dans lTsle, sur la Sorgues (*l~3 hv SÏÏJVÏI "'NS 
(ETTHD) par Jospiah (Joseph), fils d'Eslori, et a été achevé au mois d'iyar 4056 = 
1296. 

2 A la fin du Trionfo délia divinità : « Ariva un fiume che nasce in Gebenna 
(Genève), etc. » Juda Messer Léon fait ici une confusion géographique. 11 n'existe 
pas de fleuve du nom de Gebenna ; c'est probablement une faute pour le 
Rhône. 



T. X, n° 19-20. 



98 REVUE DES ETUDES JUIVES 



XVI. DOCUMENTS SDR MRBOHNE. 



On sait par des traditions latines et provençales que Charle- 
magne, ou, suivant d'autres, Charles Martel, divisa la seigneurie 
de Narbonne en trois parts, dont l'une fut réservée aux Juifs 1 . 
Nous avons également deux textes hébreux qui rapportent le 
même fait ; le premier dans le « Livre de la tradition » (nbapin 'o) 
du Hasid, dont Abraham Zaccuto donne un extrait 2 ; le second, 
clans un livre de controverse de Méir, fils de Siméon de Nar- 
bonne (1240), ouvrage intitulé « Guerre religieuse » (mzrhn 
mit») 3 , et qui se trouve en ms. à Parme. Nous avons résumé ce 
dernier passage dans les Archives des missions scientifiques, 
3 e série, tome I, p. 556 et suivantes 4 . Nous allons reproduire ici 
le texte hébreu avec la traduction intégrale. 

Méir, parlant des nombreuses injustices dont sont victimes les 
Juifs, s'exprime en ces termes au sujet des privilèges accordés 
aux Israélites de Narbonne par le roi Charles : 

tna bab ï-wiwNi t-mn *iT3àiBb awî- ^pro ^a naatt i-rbnn 
■ttb *™rab fc=!-îb tan -pbwN fcaw^ïï bai ^b^ïi ma ir« ib^aK 
i^a ^"a irma» ^a ï^maab Tmaa m»» to» nrasm irmaï? 
-ij5*d maïab î-maam •mra^nb avnrûia "p^a nmaba yns baa 
a*! i»t nwwi nncsaïra ^maan Tarea •ù*iw\ i^nbfDi ïamaai 
tpaam man nww \aaa t^nn nia^ ï-rnr i* labnp ^b^ï-t nwfô 
aa^^jai aa^a M:n»Na a?^ T*h nm tnbawiïi nT^a abia vins 
iimttb ûesi:* ■pnom ttfanbttïi râva t^osas w fcatt^a arr nias 
a-inan ^nrr ym na^i -6 aarr^ nm ts^ntom fcpabttii" inb^rib 
"jban ttaaiaa 13 ww^aian [rfhaa ta:n lin^ra ta^an m^p7ûa 
unn taia tïi niaN û^baoE^n &* i7anbtt n?a ïma-u n^r labnp 
Wtt ba^i rrp-iïib ^o^3 tarra ' mm rnn» bain n^fflrt ^ab naia 
m -o -pb:> la^a-inbi idid» n^nb dira nna nstn s^b i»* vto 
dïta* a^a mwD "mm^ ^ ûia im»^ amaiatt nr-p aara Sffwp 

1 Voyez Histoire littéraire de la France, t. XX VII, p. 560 pass. et M. Gross, 
Monatsschrift, 1868, p. 243. 

2 Yohassin (éd. Filipowski, Londres, 1857), p. 84. 

3 Nous saisissons l'occasion de rectifier un lapsus calami qui s'est glissé dans le 
Magazin, publié par M. Berliner (partie hébraïque 31l3 *13t1N), 1879, p. 53, où 
l'extrait concernant l'expulsion des Juifs de la Provence en 1306 est donné comme 
tiré de l'ouvrage de notre Méir, il faut dire : « du niNjp nHjfa d'Abba Mari de 
Lunel ». 

4 Reproduit en partie dans V Histoire litt&aire de la France, t. XXVII, p. 561. 



DOCUMENTS INÉDITS 99 

tf&Jha tau na«a nai vb* la^tii rrc-irt iai^ i^p t>in mas 
•bnp Y r: " *>&* "VWi rcaaiaa D"rt«l tz^bwnwn Ta t=ia j-iai 
wma T*a naaii bvn pbn arrb ^rûi i*htb ehîin nbrah toïaatfi 
rrowaoi wa «rtwi fcartb tnïia miianptt nrbapïn ïrnwaoal 
a-n^iam a^imîTn rraaona unaMi a^aia a^pn d*n?rH bab rwan 
carr:? ■utf-Dntt -nnnn nti nta« d^abaîï Tnn&n i»^ ara Tin nra 
banai&fin arma anb in^o niûH faï bai rtn* ^y r^nrr rt5ia«a 
ïwa irm È**b ibi mïTWrt) b^ jorr i-naîn aïrmanbaa îmbssn 
br to^ba*»»^ ra bs3 obnp ^banu lïanaœ rtî'lab irra ar-j 
lant toi fban ■nn inbtt-jb s-rmab latt* noa niaa ^iï-pîi "^ 
inbtttttea niaa tnnrprt bab mai rnahta fcabw miiîjp a^ina rrrt 

.aa^naai dan marabn 

Nous dirons d'abord qu'il est du devoir de chacun de tenir sa pro- 
messe à tout homme, même s'il n'est pas de la religion du roi. 
Quant à ceux qui lui obéissent, ils doivent observer la promesse 
qu'ont tenue leurs ancêtres aux nôtres, car nos pères sont venus 
dans ce pays avec l'assurance que leurs biens et leur vie seraient 
protégés. En effet, nous avons joui de cette sécurité pendant long- 
temps, depuis le roi Charles jusqu'à ce jour, parce qu'il avait con- 
quis, lui et ses successeurs, de nombreux pays avec l'aide des 
Israélites qui étaient leurs alliés et leur donnaient le concours de 
leurs personnes et de leur argent; ils entraient dans le fort de la mê- 
lée et se dévouaient pour sauver les rois et les princes. C'est un fait 
bien connu et consigné dans beaucoup d'écrits que nous possédons 
et dans la maison d'obédience, qu'au siège de la ville de Narbonne, 
pendant la guerre contre les Maures, le roi Charles eut son cheval 
tué sous lai devant la porte et, qu'étant renversé à terre, il allait 
tomber en leur pouvoir et être tué, personne de ses chevaliers n'o- 
sant descendre de son cheval pour l'y faire monter, par crainte pour 
sa vie, quand un vaillant Juif descendit de son cheval et y fit monter 
le roi. Quant à lui, il resta à pied et fut tué par les Sarrazins. 

Après la conquête, le roi Charles, par reconnaissance pour ce dé- 
vouement, accorda sa protection aux descendants du Juif et leur 
octroya une portion importante de la ville de Narbonne et des envi- 
rons. C'est une tradition très ancienne qu'il leur donna le tiers de 
la ville et de la banlieue et leur accorda des privilèges avec l'assen- 
timent des gouverneurs et du clergé qui l'accompagnaient. Après lui, 
tous les rois gardèrent leur amitié aux Juifs jusqu'aujourd'hui. 
Pendant tout ce temps, ils furent heureux dans leurs expéditions. 
N'y aurait-il que le seul motif du service rendu par le Juif au roi 
Charles que ses successeurs devraient faire du bien aux Israélites 
de leur pays et leur garantir la vie et les biens, au lieu de leur im- 
poser, comme aujourd'hui, des lois injustes et vexatoires. 

Le second document est tiré d'un ms., écrit en France ou en 



,100 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Provence, du « Livre de la tradition » d'Abraham ben David de 
Tolède 1 . Il est assez intéressant pour que nous en donnions le 
texte et la traduction. Auparavant, nous allons décrire ce ms. qui 
appartient au vénérable D r Nathan Adler, grand-rabbin d'Angle- 
terre. Ce ms., sur papier, d'une écriture provençale, copié par 
Jacob, fils de Makhir, surnommé Comprat 2 Davin (ou doyen) 
de Vives 3 , renferme les pièces suivantes : 1° maï-tttttt '0, traité de 
Moïse, fils de Samuel, sur le rite de Marseille et de Montpellier 4 ; 
2° des extraits des Midraschim 5 ; 3° de petits traités talmu- 
diques G ; 4° tr^r roo» d'Abraham ben David de Posquières 7 ; 
5° ïibapïi 'o d'Abraham ben David de Tolède, renfermant des va- 
riantes et additions relativement à nos éditions ; 6° la traduction 
hébraïque de la lettre du prêi;re Jean à l'empereur Frédéric s ; 
7° la traduction hébraïque du songe apocryphe de Mardochée, 
faite d'après la version latine de saint Jérôme ; 8° consultations 
sur ïrenroo 'n 9 ; 9° les dix questions relatives à la résurrection des 
morts, opuscule attribué à Saadia Gaon. 

Voici le texte et la traduction du passage de ce ms. sur les 
Juifs de Narbonne et la France. Nous laissons aux historiens du 
moyen âge le soin de rechercher où l'écrivain juif, contemporain 
de Galonymos 10 , a tiré ces renseignements, qui paraissent peu 
historiques, du moins en ce qui concerne les princes de Nar- 
bonne. 

■jnan ir^ bsi tma:n fc^bi^ tn^n nsnir ynan ©TO iwjattn 
ïrv^Nfibi s-mn bnxnb û^r^bm ûi-pb"ûn ûimwi rrnn 'pmtt pn 
î-mn b^"> np^i^ pizb ysn "^ ntt&oi iai ^aî-na b^n^ï-ib 'hgq izd 
&bmp£i wro it2!d îttip^a ii&w rrtt ^n^o im bai .-man 

. 1 Ce passage se trouve entre les mots *Jfaîrî ITJÎ3 et ÏTlES^ ^ïî de l'édition 
d'Amsterdam, in-8°, 1711, p. 46. 

2 Comprat est la traduction de T^û. 

3 A la fin du ms. : W>T"l h 7 pli ÛKnDttlj? 1J31D Ï1T iJMfcjb 13» VDrS 
N'n'-'i ; à la fin du n» 7 : "p^Û '13 np3>i SITDtt 13». 

4 Voyez pour la description de ce traité Isr. Letterbode, publié par M. Roest, 
année IV, p. 132. 

5 a. Sans titre, commençant mttJfcTD fcnpn bi* rPlûfina (133 Wbtf bffl ©TTH 

"tp^b^rî ion? '"rt)j 5. m"«ba nia*;*, ra-npii irnn btt «p-nBirf. nbsn 
\srrp p "j-tfM 'n. 

6 ÏD"n2T0 /î-îbs, etc. 

7 Inédit ? 

s Cette pièce est, croyons-nous, unique, il y en a ù la marge d'un ms. de Parme 
des fragments très endommagés. Une autre rédaction de cette lettre adressée au 
pape a été traduite en hébreu, et ce : te version a été imprimée à Constantinople dans 
le recueil commençant par le NTO "13; mais cette édition est aussi rare qu'un ms. 

9 E)*7p 'JVûbn pirO Tt253irj TlpiD "llTiDi entre les petits traités talmudiques. 

1() Voyez ci-dessous, p. 104. 



DOCUMENTS INÉDITS 101 

. itiyi«ai nwnûai itnri tiim t-ib™ ribtebiû ï-raïa'-iaa dîia të*< nanaN 
r-r: ib -wX fcpWPft "p hbtt'nB baa 'jbàb nbia tt^b-ip ^b72m 
fcaaam biia tara» ins ib rrbœi nb jatt kiïii Tni ma» ttDïbEïi 
ib friai tara i*oai nbi^n t* S-iananaa la-naiîn Td» *h imi 
i-T-wW ib npbi DibœwaOTa hm» î-nûad *-ia*a smû rtbïtt s-ima 
iriNîn d^pbn îTûb^b ^b^M t-ipbn ivn *»aiaa m*m ,-pa>f; ^b-rnaa 
fWMïTîib lawi pbnrh .'pw» "pi lEtt Ttfa btt niON biDTbb fna 
s-roan i^-nn "ja irna s-naan -pdE 'nb fna ^bien pbrfîn .wïi 
mro *wND iva fca^awïi fcn'nppft bab ta^anta fcarpn ina'î-îNa 
r^-nn TwW* -w^r-xp iauî ^Ssab niaa brnnï-n "nana naiûa aannm 
nanti «in «finb ûtt) ITïi Ta^a 'i criarj irn . î-jtitï dW w d^ra 
ï-ibnart nm b* ims n^î-ib «art bai nahï babn ^b^b a^a-np "pn 
ba taiibnw m to >a snanst *]b?a naa ima ip-nata m naaîn 
amDïib ■pcn inii:» t-rrçjja vn plûi'Jïi ïTOîib mat» "(batti ^b^rr 
nrrtt '♦spttafcE wri t<*- -nîi tw s^îi ntm t inrin tta-iana ^a 
n« ta^in dm rmiba TOen isîa rnanKii baa désirai a^ppinTattn 
nrn orma m "psab do ïtïti tairas mananai dnaraRd. bans^ 
-V-wTaTa-i rib-na airrca ^pos abn &nttaïi n^att 'n îit snta r<aai bottiïi 
wNin bviart awanbp t^aa-n r^antt anTrn b*Han snoatt i?aa smm 
inb'ma ara"» ^p-iNî-n nwa bâW'b 1 wirn ï-ibi^i^ «"màtt ananM 
t^îini dtiitj nîaiDi aan la n^'m .n^ai înaiû tp^^wri m* vm 
■»5 Mananaa b-i^r* tainri ï-pn'rTa^a . mhnr« ïi^^ ja^ai taaan ri^M 
ï^b tz^aai naNna n^nbwa ' ^■'^Ta^ 1^7 i»tt naïa^ia bo •jibb'as n^a 
frirvïm ytn^55fltt« inan^i sn^^bcr; "i^a ï-ibttîïâttri STnstDsi ib vn 
ï-ranai tnhT>i x^ ^a nnbnaa tartre d^arna yn^'r; ibiûTai sntaap 
s^npan t^Tûnbna b*^n>ab irrossb nvnb ana ^a mmN d^ns» vm 
t^arj rr- n^;ana iitt^i N^.pa- ï-iinb'azna nnan rrnaïi ©nsas lin 
îtïi ra lOnsa» im nnsb 1«bb 2 yN^^àîa^N riai^i i-rnai oisax 'pïb 
fin^ana inb fciNioai ibipa M3>7a\a N^m i-ramp riaib^na ï-ina 
-.na t^ïi ^n ^nb nvn inpbna-i ^-tTanb^an nan t^nt 3 îTNi25 , Tn2jh 
irnaan wisb» ^"i î-iMTDibià srins nri^ ©ia!atn ïrlt^w nbb-iibrt' 
ïiaïa^a -^*b biia bnp mïi-p ^aabi t^aia T^a ï-T»nb»M ï-hnt 
tab-rr: baa nxi^ ta^aaïî ' û^am ta^bili d«D wi d^sr a^b^a 
ta: .S-.Diatai la^^aai ai^aNa nTsna inîin aainn'r; ^aa^a Snn3l3>âi 
-inna-w?: ^:zi raai OTniia 'n B^^art ïin b-na o» bripr; b^ bain 
taaT-p ban drrrnaai a'-^aa -watti dna^iaa toi^^on bnprr b^ ta^h 
a*,--rj '-î wnoan n^a p ^"ihn .niïiîi iiasb^M b^ a^3 ^a ^a-^^aa 
Oiia^aibp «aa-n «an» av- î^nparr Nim ^^i a^i aan "ja ib n^am 

1 S« : ^7^'wl ? 

2 Nous n'avons pas trouvé ce nom dans l'ouvrage précité; est-ce Ermengarde? 
Notre ami M. Paul Meyer nous informe qu'en français (mais non dans le Midi) on pro- 
nonçait ce nom Esmenjart. 

3 Lisez rîWD^aNn. 



102 REVUE DES 1%rr ïïDES JUIVES 

-im tobi .sni^Nïi baa im Nervi minai ^n wv amm wwfri 
tin 1^ r^iaar; D.rvna 'n rçaïw aa-i7a i-ma-iaa ï-ntt i&wn nbœbia 
s-na?a 'n aia-n ans: wmûart imi bmr; naîan awa-ibp 'n n^ït- 
ïrasn ta^^iabîa 'liTimiatt» ma^a J i-rb^:att\sa nïasa wii-nB sansn 
'n tsriMima bna s-nrn dtt nwi b^n dt) i-naan sriKaa "jb£ t nnn 
ir-r^arm ï-mna btttîm pp "P ûiniia b^ttfcïi int maî-n swaibp 
«rotort maïn njan aw »j^mïti mwwi maa-ib "paosi a^\a narrai 
b™ taaan t-vmn&a baa *tps nw awam t^anïï êmmîi naa mna 
t^i-iï-; d^ d^a\25 r<m"i bvtt va? rmmia irrad i-Prt aô y«*n ail 
rmaN nbnaa pnnm b&n^ Sna radia ahï-n m&riàabi ï-naanb ^Tooa 
.3Wa naa> inttMa aswm airùtt a^pna vb^-i bdb stpisn ttsiûtt mwi 
m&riaab d"Wtïi3"i d^d^sa sna^n ^îa&n a^bua d^adn snananaa r&n 
irmbapa lab *Wii !p^m!n .nVttln ttîfcnb baania nia^ 'm&n 172a 
ïtiasa n"a ï-ttiït "n anm l^aa T'a r^n n"a ■pau aoaar; apsn 'i 
ï-iaianaa min ya-iim fcDittna la^aniï bapi i-rbwi bwm >npaïi 
anïTE "paon 2 ^abp?û p pnr^ '*i anin -p'robnatf: bi^m a^abn nwwi 
.lâi»»» banu^b a^iaî-n û"WE bjan a^oda b^an bina mon m" 1 ?! pror» '"i 
ddfi Stpïi naa pn^ 'Tï . ï-oia ^ tubiii"» vnwatt mmn ma btaai 
vn -pTTabn ^bi^^i fcaa^Tabn ^m^în inananaa mm ya-n bvrt 
"n na^îi t^aam r<aniï anï-n **abp.fc p S]dv Yn in^Ta ,h i ai^n 
taiin^ '"i nt fca:n 1^1 n^n ai^ î^'npan pn^ ^"ai taaiTn^ 'n a'usn rira 
d^^abn il^^h d^aam^ rib^ bdi £]dn^ n"a ^^72 ai'nb nain trçta rt^Ri 
^b^^ai b^aibi \tn rt5i^a|a niTabnii ^Tadn m^ t=n^7a^n rrai-iin 
n^J72 n"n bNi7au5 '*) ainm i^in n"n tattnw '*i ai^ïi vn tes*m^nrt 
■jnsiïf ,ta i ainrn MW n"ai no^: h nnrn 1^1 Ya bNi73^ "i a^'m 
ba>ntii ainda^ riTina to^b-iT^ dn^^ûa» rtb« bd ^7abu5 "n a^sn ^ndln 
!ia^'»a ^bdn ^d dbd ba> b^^n ^^i *V'n ûïrnaN h anïi baN . ns 
pddai iu*i^Da î<sp^dd bd naab ïiann tD^so ï-i^a> t^irn ta^a^ai 
to^bia tarait! nb^ bdTa aim • ï-r»^bio tanmd^Ta ^nm i-idbln 
toip^a bdai dU573 1»^ tan^nn ^ad^a ba.s ï-i^aa-nTa i^iTabi riaianaa 
^d7ûu:d ï— ibnr^ï-T ^y ni^n^ w in-nn ta^^an^ n^n ta^dbirt i^r;^ 
MTab^a ,fc i ttï^^în te a ta^bi^i^ d^dn r;aianaa rn "n^ . d^auîrr ^atna 
bii^ ma mstf» ind'-i^ai ,b"a:T B|or n"a th» "i aim n^a^a[a]^a 
ï-îTabui na^an ^^onn bi^ian ann s^im taa^a^ -n«b nm»s nana t<b 
^n^D tstirti "ina^^i toTûna la^nitt bap isin pn^ T'a »«^Érnt3» 
n«5N î<s^7a^ ^nTD sna»a^Ni Wainati bai taa^^aarî ban iminri bd 
m^a n^a >*b^ biia in ivjp na^i man $^b ana fe-er^p ba ynm 
-173b nm bni^n an ï-t^ït ab tabia>a i^iûitb a>a-j n^it nnan n^aa 

« Dans le Yohassin, N^bîa^Na. Sur la confusion de ces deux noms, voyez Revue, 
t. IX, p. 218. 

2 Lisez "nb *J l 17a, comme dans le Yohassin. 

3 Sic, pour la^Tnta. 



DOCUMENTS INÉDITS ]<>;; 

T&& b«M fcabtai a*n "par* bsb obwi b^n nm t^b-i nsbîi t=nbiT 
iï*a*n bannie irai b"- L^nabttJ 'n *itt btû l lna 15a r:p ntwi 
■nittbm a^brrii ^n berair n"a 3 -ptftt 'n ttw*n 13a ■S-heie apsi 
^id iMrmû 'pôiïi ns bjann aroaiû mina d^pa i-ra-in a^an 
ÉaiTfcbri rrwïn i-rnn pixm» tassai Tfï ûm )yéh t-iat" 1 » b^ 

.Hanfi 
tairai mntûb ai-nsDb toiaa ï-osi'ninsi »^5»b«»i n»n&sa ï-ranïi 
b-n:- ni— tui^c b* tponnb n-ûbïm mnSDE ■rçûme naro drr D3 
TTinai *jm bi^an -:\no ifcb dtthTfi smp^ao iKabi b"T iiwo »>s:3« 
mpE» bnpv isb ù"nrw fcrnDYï* cieb dam ai T*a na mn ^b 
irmano» tnbtfn on uni vins a^an ba vrd tow rtttbtû i^ai 
ba a* nv-b ban ifor nanton i^biD Hte* i^*im srpïrp min 
':c ut: ù^pb arnapa t-naaYi ûîwinMJ hi^b ta'Witfn d^aain 

.ùW 1 iris© aaii 

Nous avons appris qu'il y a dans le pays de Çarfat (France) de 
grands et célèbres savants qui enseignent la loi et forment beau- 
coup d'élèves pour la gloire de la Tora Chacun des élèves est un 

maître illustre dans sa ville, ainsi que nous le savons. Il nous est 
parvenu aussi qu'à Narbonne ils ont une « chaîne » (tradition) sur 
l'histoire des docteurs et nassis. Le roi Charles avait mandé au roi de 
Babel (au calife de Bagdad) de lui envoyer des Juifs descendants de 
David. Le calife lui en adressa un très célèbre, nommé R. Makhir. 
Charles l'établit à Narbonne et lui donna un grand territoire qu'il 
venait de reprendre aux Maures. Makhir épousa la fille d'un grand 
de la ville. Après la conquête de Narbonne, le roi divisa la ville en 
trois quartiers, le premier fut donné au gouverneur de la ville, 
nommé Don Aymeric k , le deuxième à l'évêque, et le troisième à 
R. Makhir 5 . Il Fannoblit et, par amour pour lui, il octroya aux Juifs 
de la ville d'excellents privilèges et lois, ainsi qu'il est écrit dans 
une charte chrétienne (latine) revêtue du sceau de Charles qu'ils 
conservent encore aujourd'hui. 

Ce R. Makhir fut le chef de la communauté, et ses descendants 
avaient accès à la cour. Quiconque osait attenter à ses droits terri- 
toriaux et prérogatives était justiciable du roi ; aussitôt le nassi écri- 
vait au roi qui donnait l'ordre, immédiatement exécuté, de faire 
justice, car Narbonne appartenait au roi de France. R. Makhir et 

1 Ms. irna. 

* Ms. arraritt. 
3 Ms. 11553. 

* Ou Aymeri II, nom légendaire. Voir, pour tous ces noms, Dom Claude de Vie et 
Dom Vaissète, Histoire générale de Languedoc (nouvelle édit. de Molinier), t. I, 
p. 878 et t. II notes rectificatives. 

5 Ce quartier s'appelait « la Ville-Neuve », Histoire littéraire de la France, 
t. XXVII, p. 561, et selon M. Tournai, Catal. du Musée de Narbonne, « la grande 
juiverie ». 



104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ses successeurs jouaient le même rôle que les exilarques de Baby- 
lonie, ils étaient l'autorité suprême pour rendre les décisions et ils 
gouvernaient les Israélites avec justice. Un de ses descendants fut R. 
Todros le nassi; ses successeurs ne furent pas moins célèbres que lui; 
tels furent Calonymos, qui mourut à l'âge de quatre-vingt-dix ans, son 
fils R. Todros, qui composa des pièces liturgiques. Il fut témoin d'une 
grande calamité qui survint à Narbonne. Le gouverneur de la ville, 
Don Aymeric mourut, à la bataille de Praga, sans laisser d'enfants. 
Le pouvoir passa alors à une de ses parentes Dona Asmeineras 1 , 
qui était encore mineure. Les seigneurs, qui convoitaient son héri- 
tage, cherchèrent à la séduire pour l'épouser. Parmi eux était le prince 
de Toulouse, Don Alphonse 2 ; mais il avait pour ennemi Raymon 
Berenger 3 , prince de Barcelone, et celui-ci persuada à Dona Asme- 
neiras de refuser Don Alphonse pour épouser Bernard d'Andduse 4 . 
De là une guerre qui divisa la ville en deux camps, les uns s'étant 
déclarés pour la princesse, les autres pour Don Alphonse 5 . Cette 
guerre dura dix ans. Or, avant ces événements, la communauté des 
Juifs s'élevait à près de deux mille, parmi lesquels se trouvaient des 
hommes considérés et universellement connus. Mais ces troubles les 
dispersèrent dans l'Anjou, le Poitou et la France. Des impôts très 
lourds furent mis sur la communauté, mais Todros et sa famille les 
garantirent. Le successeur de Todros fut son fils, c'est le Calonymos 
Nassi qui vit encore aujourd'hui et dont la réputation est univer- 
selle. Une autre branche de la famille des nassi de Narbonne donna 
naissance à R. Todros, neveu du grand Calonymos dont nous avons 
parlé et fils de R. Moïse Happarnas, qui mourut à Eslella en Navarre. 
Il s'était réfugié dans cette ville pour échapper à des calomnies diri- 
gées contre lui, et il devint plus célèbre que Calonymos, son frère. 
Le fils de Todros s'appelait le rabbin Moïse, extrêmement connu 
pour sa science, sa modestie et sa piété. Il y avait encore à Nar- 
bonne d'autres rabbins célèbres, tels que R. Jacob Hannabi 6 Gaon 
fils d'Aboun (ou Abin); R. Juda fils de Moïse, surnommé fils de Moïse; 
il avait étudié auprès de Gersom de Metz; parmi les disciples qu'il 
forma, il faut citer R. Isaac fils de Maran Lévi. Son père était très 
pieux et très riche, il employait sa fortune à détourner les mesures 
iniques qui menaçaient les Juifs. Parmi les disciples de R. Isaac 
étaient R. Moïse, fils de Joseph fils de Maran Lévi, R. Moïse le mo- 
deste, R. Abraham fils d'Isaac, surnommé Ab bel Din. Tous ces rab- 
bins formèrent beaucoup de disciples. L'enseignement venait donc 
de Narbonne, de Montpellier et de Lunel. Parmi ces disciples étaient 
Abraham b. David, Samuel b. Moïse, Samuel b. David, Moïse b. Juda, 

1 Ci-dessus, p. 101, note 2. 

2 Alphonse Jourdain, comte de Toulouse. 

3 Raymond Berenger III. 

4 II y a un évêque de ce nom. 

5 II n'est pas question de cette scision dans Dom Vaissète. 

6 Le titre 503D est porté par plusieurs rabbins français. 



DOCUMENTS INEDITS 105 

Jonathan Cohen et R. Schalmiya (Salomon) *. Tous ces docteurs sont 
célèbres, mais le plus grand d'entre eux est Abraham ben David, au- 
teur d'importants ouvrages casuistiques. Ils étaient tous de Nar- 
bonne, mais la guerre dont nous avons parlé les força de se disperser; 
partout où ils allèrent ils apportèrent la lumière. On mentionne 
encore à ^arbonne le rabbin Salomon Benvéniste et Méir, fils de 
Joseph. 

En France, apparut une grande lumière, Salomon de Troyes, fils 
d'Isaac, élève de Gersom de Metz, auteur de commentaires sur la 
Bible et quatre ordres du Talmud, commentaires qui n'ont jamais 
été surpassés. Ses petits-fils, Jacob de Ramerupt, et Samuel fils de 
Méir, fils de Samuel^ suivirent ses traces et formèrent beaucoup 
d'élèves. A leur école venaient de France, d'Allemagne et de Pro- 
vence de nombreux disciples avides de calmer leur soif de science ; 
Jacob et Samuel composèrent des commentaires sur certaines par- 
ties du Talmud, pour élucider certains passages douteux du com- 
mentaire de leur grand-père, dont l'œuvre magistrale avait sauvé 
« la loi de l'oubli. » 



XYII. UN VOYAGEUR ANONYME EN PALESTINE 



Le paquet de fragments des mss. de la seconde collection Fir- 
kow, n os 164 et 703. renferme, enire autres, une description de la 
Palestine, malheureusement dans un état confus et incomplet, 
œuvre d'un anonyme élève du fameux Nahmanide. En voici le 
commencement : 

trm nais hv nn©v aoïi iaj 1131*773 .barrai yna rhMtin rib« 
■ro 3**1*71 *ia*7ii -ions ynab nanti (?) smrttn iibk biaw ^m bilan 
!Tiiî3^73îi *iir*b 1*33*73 .bar-rai y-iN bin^ enn ns in ïtd *73» nbspn 
htt* rm**ab ïYPSîai .niNons ïtme \mtb nifâtroi .maais "3»atD 
■p*7 17b iT73 a*obin ûin f-iaÉ bv rrrresta ai*i3> iba ba .maaia 
n^n ûtoi nn tato ©1 naia tainna ia^b *p2S . ai *pn ï-n»ai 
pa» T*m . rt^iasrï mia*7 nap a© *a 'ttia «i barrai y*iKa nmpti 
nnp a© ^a 'ma i»3i»©n *i3*ia ima ïi*iip i"« biaaa im 13*© bi 
*73» fcaiii nsïï br *]*i*7îii r-iiNO*iD 3>anN ï-is^nb nartt .ifittitttan 
rmap a© b^nan in r-pnnna rrropn ma a© nsinb ai3*i**7aœ 

1 Voyez sur ces rabbins l'Histoire des Juifs de Graetz et l'Histoire littéraire de la 
France, t. XXVII. 



106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

*mp d^i b"rtstl mDDinrs b*a dïma ^"a iviîM isa*i bniîto n-iï-r 
«■*ne» barrr iïw [] p na^sn aihn b"p^T ^awiafc vpv iaan a*irj 
apy* 'n mm «lawo» tpv *i nîn b"pBï «ittb^T Ttt i-ï3id?2rî 
mBOinfi brs ■piûtt'ttJ îa^an p ppn apyi 'n mm b"p2tT fcrwra 
nô débina rittdi ypaw t^iarpa» "pria n"a rroa /ta i mil "n^-i b"£T 

Voici les frontières du pays d'Israël. La ville de Saint-Jean-d'Acre, 
sur la grande mer, dans le territoire d'Ascher; là, on est déjà hors 
de la Palestine, d'après ce que nous savons par la tradition talmu- 
dique. De là à Tyr, la belle ville, il y a une distance de dix parsah; 
de Tyr à Sidon, dix ; de là à Beyrout, dix. Toutes ces villes sont for- 
tifiées, et on peut aller de l'une à l'autre par terre et par mer. Tout 
près de Saint-Jean-d'Acre, à une lieue sabbatique, se trouve une 
montagne sur laquelle est un cimetière du côté de la Palestine ; on 
dit que la prophétesse Débora y est enterrée. Il y a daos cette ville 
une porle tournée vers la Palestine, qu'on appelle la porte des Ras- 
monéens, car, à ce qu'on dit, quelqu'un de cette famille y est en- 
terré. D'Acco à Haïpha, il y a une distance de quatre parsah. En 
longeant la mer pour se rendre à Haïpha, on voit un cimetière au 
pied du Garmel avec les tombeaux de R. Samson, fils d'Abraham (de 
Sens), un des auteurs de Tossafoth ; de R. Joseph de la Bourgogne 
(de Bourgeil?); de R. Jospiah, fils de R. Yehiel de Paris, sur- 
nommé sire Delsos ; de R. Joseph de Sens(?); de R. Jacob, de 
Zagora, 1 (?) ; de R. Jacob, fils de R. Samson (mentionné ci-dessus); 
de mon maître R. Moïse fils de Nahman, de Girone ; et d'autres 
grands hommes dont nous ne connaissons pas les noms. 

Voici encore deux passages qui ne sont pas dénués d'intérêt : 

wa û\n£^ ma***» tPtt*Di ûidtiûi maa kiîî mn û^ma nii 
'tnïï œm aiii min bav nm .frin» nn ims dwip û^ara nnaa 
bv ^ ivm .bbipft nn imN yHiyi wn tv&rn d^3 na-j •pa 
nosn riwN dwno trn*û ^ toi ."p mmpa mbbptn mmaîi ûta 
tnaiD tenbu) mn &a* ■nnSYina n 3Ni ta^ma nn ba> ï-ntD bm 
nî TOd m d"nn w dïîi ttnw rais© mpttb d^bir dDiatt . nns 
ùbim-pb nbi:?n bttarab ssrnatf nsdi muj'ra diptt y^a«a ^im 

.pon pria p nttrpN bu: rpp drai 

Sur le mont de Garizim, il y a des jardins et des vignes, il n'y 
a pas moins de soixante-dix sources d'eau ; ce mont est appelé « le 
Mont- Béni ». L'Ebal est sec, sans une goutte d'eau, et on l'appelle 
« le Mont-Maudit ». Ces noms sont peut-être une allusion aux béné- 
dictions et aux malédictions pronoocées sur ces deux montagnes 

1 En Macédoine, d'après une communication de M. Harkavy. 



DOCUMENTS INÉDITS 107 

(Deutéronome, xxvii, 12, 13). Il y a des Samaritains qui font le sacri- 
fice de Pâque, tous les ans, sur le mont Garizim. Un sabbat, j'eus 
une discussion religieuse avec leur rabbin. De Sichem on monte 
vers une localité du nom d'Abartlia \ il y a deux montagnes, l'une 
en face de l'autre, dont le col est en plaine. Le village Abartha est à 
gauche quand on se dirige vers Jérusalem ; là se trouve le tombeau 
d'Ithamar, fils d'Aron, le prêtre. 

mb^- ■pijttb anp nstp nnn yipnpa cjwpiîT pp*a ûta "n^i 
fc-vnwttn tinse tJtn . itp ^aV ï'y nrnîi ^ ta'nfcia 3>a*nE ma 
j-ramE nrrN ïtw 't ïian ir e^on^a »ar rùoft ^'«a wap n^N 
'iro^D ^«ai mb^a:: "•nus iia "jï-îio mb*nûb 'j-p ^aîas &nïro rr^buïs 
w»a ^in i-njo ïrVn&b jt lasa yo-na mu: s-rai nana tara 
tara anro naircanii nbtttt ïd^ , a^bro-rra ^n mb^iû î^ba i^an 
■npwi tta^ nbnna nwsn tttriû tpaa mnan t-naT ^nioa 

•11" 1 1^3 

Dans la vallée de Josaphat, sur la pente de la montagne, il y a 
près de Siloah une maison carrée, qu'on suppose avoir été un 
temple grec. J'ai trouvé dans un exemplaire de la Mischnah que j'ai 
acheté en Palestine la leçon mb*tt5 au lieu de îib^iû et "p" 1 "137:0 en 
deux mots 2 . 

L'énumération des tombeaux des docteurs est ici beaucoup plus 
complète que dans d'autres descriptions de la Terre-Sainte. Les 
noms géographiques de ces localités me semblent y être plus cor- 
rects et plus détaillés qu'ailleurs. Espérons que M. Luncz publiera 
ce fragment dans un prochain annuaire de Jérusalem 3 . 

Ad. Neubauer. 
(A suivre.) 



1 C'est probablement la localité de Ma(3ap8a mentionnée par Josèphe. Voir notre 
Géographie au Talmud, p. 169. 

2 Voir Géographie du Talmud, p. 145. 

3 M. Harkavy nous écrit qu'il publiera prochainement tous les documents con- 
cernant la Palestine, qui se trouvent dans la riche collection de ms. de Saint-Pé- 
tersbounr. 



ACTES DE VENTE HEBREUX 

ORIGINAIRES D'ESPAGNE 



Grâce à l'obligeance de M. Enrique-Gl. Girbal, le savant auteur 
de Y Histoire des Juifs de Girone (Los Judios en Gerona, Gi- 
rone, 1870), nous avons pu nous procurer les photographies de 
cinq pièces hébraïques conservées aux Archives de l'hospice pro- 
vincial de Girone et provenant de la Pia Limosina del Pan de 
la Seo, à Girone. Nous les reproduisons plus loin, avec une 
analyse française et des notes que nous devons en grande partie 
à M. Girbal 1 . Cette publication peut être considérée comme fai- 
sant suite à celle que nous avons faite dans la Revue, tome IV, 
page 226. 

M. Girbal nous a communiqué un plan manuscrit d'une partie 
de la ville de Girone, dont l'écriture est de la fin du dernier siècle, 
mais qui pourrait bien être copié sur un plan plus ancien. Le 
dessin en est informe, mais on peut cependant en tirer quelques 
renseignements sur la juiverie de Girone. Celle-ci était située 
tout près de FOnyar. sur la rive droite de cette rivière, qui tra- 
verse Girone en coulant du sud au nord. Elle se composait d'un 
pâté de maisons limité comme suit : à l'ouest (parallèlement à 
rOnyarj,une assez large rue appelée, à son extrémité méridionale, 
carre de S. Llorens ; du côté septentrional, carre del call judaic; 
au N., une large rue appelée carre de la Raca (ânesse) ; à TE., 
suite du carre de la Ruca et place rentrante du Forn de la Raca; 
puis, en continuant à marcher du N. au S., une rue appelée carre 



1 Les séries de points, dans le texte hébreu, représentent des passages que nous 
avons omis parce qu'ils ne contiennent que les formules d'usage. Les crochets [ ] 
avec intérieur en blanc représentent des lacunes provenant de mots pâlis ou effacés 
ou de passages qui ont disparu, sur le bord des pièces ; la pièce v surtout est en 
mauvais état et tout le bord de gauche est rogné. 



ACTES DE VENTE HÉBREUX ORIGINAIRES D'ESPAGNE 109 

de la Claveria dans laquelle débouche un étroit passage appelé 
Carrera que va à la sinogoga ciels Jueus et qui descend oblique- 
ment (du N. au S.) vers le carre de S. Llorens. Enfin, la syna- 
gogue, adossée, sans aucune séparation, à S. Llorens. Ce pâté 
est traversé, vers son milieu, de PB. à PO., d'une rue appelée 
Call judaic, sur laquelle s'ouvre perpendiculairement, et allant 
du S- au N., une autre petite rue, qui porte le môme nom et qui 
s'arrête, au centre des constructions, à une place appelée plaza 
ciel call. Dans l'angle rentrant qui forme la place du Forn de la 
Ruca se trouve la porte de la Aljama (communauté; ici, maison, 
propriété de la communauté?). Une partie de ces constructions a 
été achetée à la aljama juive par la Almoyna à une époque que 
nous ne connaissons pas ; une des maisons (angle N.-E.) est dési- 
gnée comme achetée et habitée par un chanoine. Chose curieuse ! 
le plan indique encore deux maisons portant le nom de leur an- 
cien propriétaire juif. L'une de ces maisons se trouve dans l'angle 
N.-O. et est appelée Casai de Bonastruch jueu ; l'autre, ayant ap- 
partenu à Abraan Isaach, est à cheval sur ce call judaïc qui se 
dirige de l'O. à l'E. perpendiculairement à l'Onyar, lequel call 
passait sous cette maison. Ce call devait être escarpé et monter 
en pente raide vers la place des Apôtres, car il débouche, près de 
cette place, sur le sommet d'un escalier moderne dont le pied se 
trouve près de la synagogue. Près de la place du call, se trouve 
une autre maison qui avait appartenu aussi à Abraan Isaach. 

Voici maintenant nos pièces disposées par ordre chronolo- 
gique : 



GIROiNE 1288. 

Le tribunal soussigné atteste que s'est présenté devant lui R. 
Josué Hallévi, demeurant à Tarragone, fils de R. Isaac Hallévi 
fils de R. Josué, et a déclaré qu'il possédait un acte en vertu du- 
quel dame Tolsana (pour Tolosana, c'est-à-dire de Tolosa?) et son 
mari Josué fils de Zérahya fils de Sealtiel, et dame Dolsa (Douce) 
avec son mari Natan, fils de Salomon fils de Sealtiel, lui avaient 
vendu au mois de sebat de l'an 5044 (20 janvier à 18'février 1284) 
une maison 1 située en cette ville (c'est-à-dire Girone), dans la rue 

1 Le texte dit toujours maisons, au pluriel, mais nous croyons que ce terme désigne 
les diverses chambres et appartements avec dépendances d'une unique maison. 



110 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

des Juifs, au prix de 7,300 sous de Barcelone, et que, lors de la 
destruction de la ville 4 , l'acte de vente fut perdu. En conséquence 
le comparant demande que le tribunal reçoive la déclaration des 
témoins qui ont certifié ledit acte de vente et en dresse un procès- 
verbal qui lui servira de preuve en lieu et place de l'acte perdu. 
Le requérant amena Natan fils de Josef et David fils d'Abbamari, 
lesquels attestèrent devant nous, le tribunal de trois personnes, 
qu'au mois de sebat de Fan 5044, dame Tolosana et son mari sus- 
dit, et dame Dolsa et son mari susdit, vendirent au requérant, 
demeurant à Tarragone, au prix de 7,300 deniers de Barcelone 
ayant cours dans cette ville (Girone), la maison qu'ils possédaient 
dans cette ville, dans la rue des Juifs, et dont voici les limites : 
à l'est, un cul-de-sac (*nafc) appelé call ample- et les maisons des 
ayants-droit de Josué fils d'Efraïm, et une partie d'un cul-de-sac 
voûté (ou couvert, ïmp») qui est sous une partie des maisons des 
ayants-droit dudit Josué, fils d'Efraïm ; au sud, la maison d'Isaac 
Hailévi, père dudit requérant, et de ses ayants-droit, et une partie 
de la maison des ayants-droit dudit Josué fils d'Efraïm; à l'ouest, 
une terre et une maison qui sont en dehors de l'ancien mur de la 
ville et qui lui avaient été vendus par les mêmes vendeurs pré- 
cités, et une partie de la maison des ayants-droit de Méir fils de 
Salomon de Cabanas ; au nord, la maison des ayants-droit du 
même Méir fiis de Salomon. En foi de quoi, la présente pièce a 
été délivrée au requérant et signée par nous, le tribunal, à Gi- 
rone, le 1 er sebat de l'an 5049 (25 décembre 1288). Signé : Josef 
Hailévi fils d'Isaac ; Josef fils de Hanninaï ; Aron Cohen fils d'Ela- 
zar ; Méir fils d'Isaac ibn Rabalia (Irpbam) 3 . 

n^'n "nbtt anBim 'n ^sb s^au: ï-pïi p ntm wnn "pi n^a <dn 
•b rp-o nn i3b -iewi :ni5irp n"a ■nbrr pwsfci 'n btû «a FWD&naa 
fr-nai b^nbtiî n"a rrmî n"a »©w 'i ïib^ai mwDbita mOT ^a© 
bu: aara vira ^b i-dm b&onbtt) n"a ïittbïû n"a )rù 'n rtb^ai iiobn 
trnnnn irmm twa abn^ rwnab yan&n d^anao d^sba niaan n:uj 
©bïDi d^DbwN n3>atD ^oa baniai maioa nt rra-n^a dï-ib rrrna nvb*i 
ïTrbfcft nara ^aat naîn *iwi nann^ai ttmbitna saaaa ■pna'H ma» 



1 II s'agit de la catastrophe de 1285 ; voir Girbal, Los Judios en Gerona, p. 15 
et suivantes. 

2 Ce nom était, à ce qu'il paraît, inconnu jusqu'à ce jour. 

3 Ce nom s'écrit de toutes sortes de manières : Abraam Ravala, 1259; Jucef 
Rebalia ou Rabelia, et Juda ab N' Rebalia, 1271 (voir F. Fita, Lapidas hebreas de 
Gerona. p. 9 et 10); Astrugo Navaya, 1277-79 (v. Baile del Reyj ; Juceff Navaya, 
1279 (ibid.) ; Moïses Revalia, 1281 {ibid.) ; JaiTie et Isaac Revala, 1323 ; Juceiï ben 
R. Baruch ab'-N Rabelia, 1323-1324 (Fidel Fita, l. c.) ; Vidal Ravayle, 1339; 
Abraan Ravaya, 1388 (note de M. Girbal). 



ACTES DE VENTE HÉBREUX ORIGINAIRES D'ESPAGNE 111 

Ytfiib to^»™ vw d*7*ïi n-n* ->b ibapnia aaa s-ropaa nnataïi 
^b lananttii r-naîan ï-maHr:» nraiû ^b lannun nnatan it i-n-ofca 
nawn "pi ma lasi rranb ^b nîtid to a^n fma bta in" 1 * 1 * 3 "^ 
m 'm qDT> n"a ira 'n la-osb N^m natan "nbïi 3>U3i!T 'n biû a^nai 
t**nbn amtta na^in ia fn n ^ 3 12N mea an^aia Tram "nioNaN n"a 
wini trsanai d^aba* niB»n natta bia taatt) unnao -nft nab ntt&n t^ina 
-Va iront n"a raim 'n ttb*a*ai na^ttib-ita nn?3» is^ap dbia* ntmab 
■papa barnb-MB n"a n:»biB n"n ina 'n iiba*atti nabii n-]7aa*i barnbaia 
n"a ^bn pnr 1 'n bttJ iaa i-iaïa&naa n^n -nbn anotr 'nb iiaa^a -naa 
■p-r-i *-nKE tt)btf3i &£>bN fi^att) ■îTfc nbapia i3""5oa mrw a^uiir 
ïttoM ana nb -naan naîaai npa bab iî wnîaa ûvh ù'nai* imanbana 
TOtt n-pbah mvirm mi^m dTia fma ba ntta3>?a maa ■papa i-mtta 
n-pnnn mn^m tepnan "natm \n ib«n awia^ r-iaïaïaa it na^iaa anb 
■naja irrita TC» natan *paaa natan "nbn anow 'nb ib maaia nvbJi 
nazpjai a^-isa n"a show 'n na \\a btë dTiai î^baaa b^p t^npaio 
na-an dinsa n"a 3>tt"in* 'n na \\*a bis a\nan nrpa nnnua tr-np» "naja 
bttîi latan iibn âmiir 'n bu: rua iibïi pnsfci 'n b\a avia ^im ik» 
ian*n isa naran a*nsN n"a awir 'n na ^a bia d"na n^rp^-i ma "wa 
'nb ib -naa-j n«tïi i^n bo r-rsswi n^nnb ym ta'nuî d^nai 3>pnp 
n"a ï-rmiT -i"a 3>^in"' 'n rib3>ai naswûbiïa nn» nann ^brr ^^irr^ 
da^-airr; bNvibNtt3 n"a ï-ijabtt "i"a "jna r n ï—tba^an nobi^i nn^n b^nb^ia 
bttî d^na ^:na^ n^TD Tû^aNapi nttbttï ^"a t»n» /- i na ^a bia a^na n^p^an 
&naî2n dn^^an rçin ttî^tts n>a ba «^asapi n?2buï n"a n^^a '-\ na ^a 
Ï*itt7aa iiaaa>7a n-i^a^ l^apa miw rin^a^a naran -nbrr ^lairr» 7 nb ib nnaa 
wpn ann "i^i N^nwN dinn^a NTaim Np7aia>a iT^Ta "ibapu5 na^aaa n*nïraa laîarî 
dn?a -n.sb iî< a-b rprria "naroi mari pbm na ba d3>"i mfiran m^^ai 
ïTpTtn n:n7a nwn» "jn rroiTi nt3n)a p dnaîan d^atîaïi Tin w^u5 rm baa 
•nb nb i"a?a ban dbia^a nn.N ywï i^ drjaa nnn^ n^aî di^a 'n?an?a p 
nc3iz3 -:-:nn d^ir ijni w^vn m^aa ^apa rrn»a nn^a^a nawn ^ibn 3>u:in^ 
m^a "N na^asa nvn nT ba naîan ^ibn 3>^nn^ 'nb nndTam nn^a^an p 
anr:2 r>:ri- ^ra ^-i?aNaN n"a "ni 'ni ï]Oi^ ^"3 "jna 7 n nca» ^?annn ^1 
r nb nr m-r nbap nattî naana ternT^ labap^a nnî<i ^"ina t**nbn 
t-nnn« a -a ni m*ry nbap nattsa n^a ^ta^Tab Nbn naTan "'ibn y©in^ 
niT nma> nbap ntaiû ><r; v a t^*bN imaana ^a^ttîtt» Nbi ^nn ^aa» t<b 
Y.-.Z2 mvo n^r, nnatan nn^attn b^ ï-pfinb ina^a ^an ^^ai ma natan 
n'a 11 :- nattî iaaia usina ï^^na t^nbn am^aa î^a^n ^a na»nm naana 
K^ain^a "j^a "pa-iE ia«tt3 pttb . dbia> n^nab jusm d^ansi d^ab« 
nna iNabi ib nrnb ^bn pn^ n"a -^ibn swm 'n T'a naanai >in)a 
n^n ia« .na^aDa m^n nT ba ,-OTa'n ^"ibn y^in-« ^ /-rnnT.maîbi n^nb 
'nb nna-a- irnpnri l'a nom. la^nn lana» "laxi jT-oîi b^T ^nn 4^1 
,pn^ n"a nbn S]ai^ .d^pn -i-'-ittj bam P'can ^a^a^r ,-iaîan ^ibn yw\ïv 
pw n"a n^a , ï-r"nbT nTrb^ n"a 'jnan 'jnn^ , n"nbT \Na^an ^"a sjoii 

. n"nbt n^b^an pN 



112 REVUE DES ETUDES JUIVES 

II 
BARCELONE 1296. 

Les témoins soussignés attestent que dame Goyes (îcna) * et son 
mari Josué Hallévi, fils d'Isaac Hallévi, demeurant à Tarragone, 
ont fait donation à leur fils Zérahya Hallévi, d'une maison qu'ils 
possèdent à Girone, dans la rue des Juifs qu'on appelle Call 
ample, avec le terrain et les maisons contiguës aux maisons 
susdites et qui sont situées en-dehors du mur 2 et sortent sur la 
place ou rue des Chrétiens avec le cens qu'ils ont sur ces maisons 
qui sortent sur la place des Chrétiens et qui sont contiguës aux 
maisons nommées en premier lieu, lesquelles sortent également 
sur la place des chrétiens. Lesdites maisons ont pour limites : à 
l'est, le Call ample susdit et les maisons des ayants-droit de 
R. Josué fils de R. Efraïm ; au sud, la maison de R. Salomon 
Hallévi, frère du donateur susdit, et une partie de la maison des 
ayants-droit dudit Josué fils d'Efraïm ; à l'ouest, le mur de la 
ville ; au nord, les maisons des ayants-droit de R. Salomon fils 
de R. Méir de Cahanes 3 . En outre lesdits donateurs ont fait dona- 
tion à leur susdit fils de la moitié de vigne qu'ils possèdent dans le 
territoire de Girone, au lieu appelé ttfrmsbNn (Balnovas 4 ?), et que 
le donateur Josué avait héritée de son père Isaac Hallévi fils de 
Josué, l'autre moitié appartenant à Salomon Hallévi, frère du 
donateur; ladite vigne ayant pour limites : d'un côté, la vigne des 
ayants-droit de Josué fils de d'Efraïm ; d'autre côté, la route qui 
monte en un endroit qu'on appelle Riart 3 ; du troisième côté, la 
vigne des ayants-droit de Josué fils de Schéschet ; du quatrième 
côté, la rivière G . Avec cette donation, les donateurs ont transmis 
à leur fils tous les actes de propriété qu'ils possèdent sur les im- 
meubles cédés par eux avec tous les droits qui y sont mentionnés. 
Les donateurs se réservent néanmoins le droit, leur vie durant. 



1 M. F. Fita suppose que ce nom se lit Goig (prononcez goisch) = joie. 

2 Peut-être le mur de la carrière (rue) des Juifs. 

3 Près de Figueras, dans la province de Girone. Eu 1265, Salomon Mayr de Ca- 
banas achète une créance de Sara, femme de Yerdzelay (note de M. Girbal). 

4 Ou Valnovas. M. Fidel Fita suppose qu'on pourrait lire Valnubaix, nu serait 
l'ancien article catalan := du, de sorte qu'on obtiendrait la vallée du bas, vallée pro- 
fonde au nord de Girone. 

5 Riart rappelle les prises d'eau d'Iriarf, au nord-est de Girone. 

6 L'Onyar ou le Galligans qui se jette dans l'Onyar ou un petit cours d'eau par 
tant des prises d'eau d'Iriart. 



ACTES DE VENTE HÉBREUX ORIGINAIRES D'ESPAGNE 113 

et le survivant, après la mort d'un des conjoints, de demeurer, 
eux, leur famille et domestiques, dans ladite maison en môme 
temps que leur susdit fils et sa femme Reyna et leur famille et 
domestiques; et si les donateurs ou leur fils ne veulent pas de- 
meurer dans cette maison, le donateur en aura l'usufruit tout le 
temps qu'il n'y demeurera pas 1 . De môme, il s'est réservé pen- 
dant toute sa vie l'usufruit de la moitié de vigne donnée à son fils. 
Enfin, les deux époux font donation à leurs fils, pour en prendre 
possession après la mort du père, des cinq Livres de Moïse, pre- 
miers et seconds Prophètes, et Hagiographes, valant 500 sous bar- 
celonais. 

Fait à Barcelone en tammuz de l'an 5056 (3 juin à 1 er juillet 
1296). Signé : Samuel fils de Hanninaï ; Reuben fils de Moïse. 

«■na t-n» iab r«Mra) nhma rrra] ïnoïa ^tnnn û^a» nat* dwp 
irba* -pn na-Dnra tjs d*mn -nbn puât* n"a -nbn wiït 'n ï-ïba>ai 
rmaT bu: *pu:b baa na^ba» wnm nanai m»a papa ha^alra napi a^ia» 
*n>an7a rvotbi îTWib ma ^dbi ib m^nb ■nbn i-nnnî naaab ib iam 
imtDn uîdaan abu: aba t^ba bba aai^a abu: tn^ea "pana na^nu: 
rrnanm fcpna ïma ba vaaa'Ta m7aa "papa i-mtta i-ranE ib laanai 
b«p pmpu: banup tnaïauîa nain^a na^tt» lab upu: s-rnban rovinn 
ta^aîan nba tamab ta^aitton tznrm a>pnp iriN bai ï^bs?aN 
anpan D72i ma^N iniN bai a^a bu: trann mranb d^smu: n^inb ynn 
d^diTaan d^ia bis d^ann mu:nb &arrn ùtû fm» ba* -iab ira^i» ya^u: 
fca'natta in ibai d^a b» d^ann munb p da tnaxvïi ûnstaïi ovinb 
naîan îtttit naaab laanau: to-natafi n-nban nvnnn mism dTian bd 
d^nsa n"a a^ï-p 'n nd i&a bu: d^nm naïan abd?aa bapn nnîïï n£?a 
na:pi natan wiît ^a» ibtt ^na -nbn n?abu: 'n bia d\na imyyi nswa 
wn n»*in ■wa»» lïtta nataïi d^s» n"a a>unn-> 'n nd \Na bu: ûtû 
tarai! bd ©-OKapi n^?a n"a ïrabtt 'n nd ^a bu: a^na ^andit "i^tt 
cnnaîi ban unsrah ta^attan *pn anu: rmban t-ninnn mi^m 
nm« bdi b*na bu: d^ann mtonb d^arrrt nanhb ynn dnu: d^ndTan 
Tnaaa»E m5aa papa irmaa nania naran iaaab laana andtan d^t mais 
rrorno in u:^a ^aaN ^b d'na iab u:^u: naa»u:n man p.bm na bd da» 
tabna»a nn;x mran nd diu: n^n^a "jn nan7a"i î^^ai^ai naind ^laa^u: 
in n:n-:n nu;m^ îTptm n^ap n^ntt *jn natan ^bn a»u:Tn^ ^aa: ^bn 
naîan ï-i^nnT laaab ib naana ban tabia»a nn^ man na diu: n»n!a 
mn^pa a^aaaaT d^a>a nm^ai naa'a iu:aa>7a m»a papa nmwa nan^a 
mNn^TiTaan ^iniDm pT^a niNDsiîaai man'iTai mwbnoa mmpai 
b^aa» ba dan m^aan m^aa^ai ^adiu:aT -^s^aa d^nnaai maibnan mmaa 
naana pi Na>^pn din ia»-i t^a»nN dnnn7a ban woim NpTaia» du:u: nau:n 

1 Probablement l'usufruit de la partie non occupée par lui. 



114 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tznan imN b33 13b «ro r-na&rift miN b3 i3î3!i î-rniî 1232b ib 
3n2im ^n ia vranD ©3i3ba3 ^mpus dip733 H3ii^3 rOTfc bi333 niïi© 
niïi in«n rïwttth» wwr i"a ibn pnai '1 ^aa 1311a nwrp 1373 latsn 
rrcmîan b3 13313© i3î3!i didîi b3 "nsa 115 ib*o *nbn :173b© 'i ina ta 

l"a 3>©irr 'i 13 *wa b© didi? ma 11373 i3î3i: ipiiî i33ab m 13b ©1© 
i£73 oiwn i^np© dip73b nbi^n d^ann m«i *pi "»3ii3 11373 triais 
ini« bd bnnrt van 13*53 n©U3 n"a *ttw '1 ris ^a b© t=ndn *tb^iû 
ib 133113 i-nic733i 1^37303 113173731 17310» fcofflû 1730 i3î3!i aidïi ï-picto 
in ©13 laoa ^b 12 13b usils td*»i nidîi pbm rid bd d3> narên 133:2b 
ii3;>©i nidT di© 1173173 p !i3n73i nsoim arwEn ïidind na^ 1173173 
î-ipîm mpi îi3n73i troirp 1173173 in idî3!i 3>©iip rça ibi Qbira un 

Ï13n73 13Î3Ï1 1333b 133H3 b3ïl dbl3>3 11N TlMttl ni33T 131123 n73i73 in 
5111133 t33T33N31 tU^3>3 Î1731N31 1323 1©3273 11733 ^3p3 iin733 

snT-ps v©i3> i^a t-nsb^an 3^33331 rrrafci i^m© mnaa mi73i©3i 

1133? fr**1ft© ^3 1313 ^11p 13^N©1 1313 11p mi»S ^©l? ^N© ^3 
N73111 Np7313> Ï31231Z3 13©1 3733? 33 Ù3>1 ni£03l mfcPStfW 1133* IMWfl ^3 

£32^i3T3n ûi3ïi mafcntn Ê^nan 33Ni N3>ipi an w N3>in ditin73 bdrt 

mnD lia© b3 1©d3>73 11733 ^3p3 5111733 ilN3plJ 13T3Ï1 1333b ib WSlffil 
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t33^bD^3!l b31 11311 ni^D 1HN 13^3^73 IH^ÏI ^Tl ^"^ b31 13^H W 
Û^bSLÛSn Û3»l in^3 "^33 Û3>1 Î13H1 ni73 in©N 33>1 13Î3Ï1 1333 d3> 13733» 
3^13T3n Û\-133 lllb 13T3n 13331 13H3N 511313 *6 N73© UNI t]in©3 1723? 

ï^b© 173T iniN b3 &"n3ï3ïi û^n3ïi b3 mi^D b3i^ 3niîi;-p ^^ mww 

b31N M^ÏIN© 13Î3Ï1 Û13Ï1. n^H73 n3n733 ^b "initia 131 3© lllb n331wN 
13T3H 1333b ib 133H3 131 13Ï3Ï1 VXB^T ^N ^b© ^n W b3 l^nil^D 
.lin ->©73in ÎTttJttn M1^2 in^bl 1©33>73 11733 1^3p3 ni1733 Ï13ri73 
©^3lb3313 1*n3i1 niN73 ©73H 3^1© 1^^© 3^311131 Û^IIHNI 331©N1 Û\N-«33 
1->33»Ï1 b3> mi3î3!l nb^ ni3n733 p^m^l Ï13P1 13T3Ï1 1333 ^b"» 1©33'731 

ib ism ib©3 i>nn»m ïi3iî.n 31^3 5111733 npîm nii733 n^3T i3T3ïi 
©■nirib 13T31 V33>îi b3? miatsn iba m3n723 ni3îi ri3 m373 n^3bi 
•^73 b3b ri3n733 nnbi cpbnnbi i^3©!ibi b^N^ïibi p©72bi 11373b b^ronbi 
i3m©i Nb3 113 ^N3i niïi i©D3 nszDn b3 ib« ni3n7373 m©^bi rrati'na 

13T3TI 1333 DpîrD S-1113T3H ibN Ml3n73 IIÎTI 3bl3>3 31N 31© Z11©1 Nb31 
3ri113T3i; ibN m3ïl733 133 131^© abl Dbl3>bl ÛVÏ173 113 ^N3 npT131 

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b3>73 pbibi n^inbi rffitob 1^33*73 11733 i^pn 13^3» i3b3pi i3T3!i p^n 

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ACTES DE VENTE HÉBREUX ORIGINAIRES D'ESPAGNE 115 

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marna Rbfid srïtttt snfa a*OT nan»ai annota «nanTaa viM «b^ 
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ninnai nba'Tab naraa aba abi?a nnN nTnzn *wan dits ><ba mat bo 
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•o^al ,n-i73 ,d^ia bo ta^ann mitsnb ù^azi^ ; lta i"ian ban ,i^a ^n©» 
, n"nb- n-w?a n"a pi^n ^"nbî ^a^an n"a b^i7a^ .d^pi n^nus bam / ^n 

III 

GASTEJON 1352. 

Les témoins soussignés attestent que devant eux s'est présenté 
Enjosef Içac et a déclaré que la communauté juive de cette ville a 
vendu à dame Reyna, veuve d'Encaravida Ravaya 3 , et à dame 
Tolosana, femme de Niçac Desmestre 4 , la maison et dépendances 

1 C.-à-d. les lettres yon qui sont sur un grattage. 
1 C.-à-d. mots qui sont ajoutés entre les lignes. 

3 On trouve un Garavita en 1227 ; Caravita fils d'Astrug, en 1291 ; Astrug Cara- 
vit», fils de feu Astrug, en 1314 et 1322 ; cet Astrug père avait fondé, par testament, 
une aumône dite hecdès {Wprj. (Note de M. Girbal ; voir aussi ses Judios, p. 20). 

4 Le nom de Desmestre est connu dans la littérature juive. Sur Bonastrug Des- 



116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qu'ils ont clans cette ville dans la rue des Juifs et dont voici les 
limites : à l'est, la maison des ayants-droit de Nastrug Momet 1 ; 
au nord, la rue (ou place) des Chrétiens ; à l'ouest, la rue (ou 
place) des Juifs ; et ledit Enjosef Içac a reçu procuration de la 
communauté juive de mettre dame Reyna et dame Tolosana en pos- 
session de ladite maison et dépendances, et ledit Enjosef requiert 
lesdits témoins soussignés à attester cette transmission. Les té- 
moins, ledit Enjosef, lesdites dames Reyna et Tolosana se trans- 
portèrent auxdits immeubles vendus, et là ledit Enjosef prononça 
la formule de transmission consacrée : « Allez et prenez possession 
et propriété de toutes ces maisons, cours, caves, greniers et toits. » 
Et les daines Reyna et Tolosana ouvrirent la serrure et la porte 
desdites maisons et en prirent possession. 

Fait en notre présence à Girone le mois de marhesvan 5113 
(10 octobre à 8 novembre 1352). En foi de quoi la présente pièce a 
été signée par nous Moïse fils de Juda fils de Moïse ; Juda fils de 
Salomon. 

rn»bi mn twnpaN na^aba ïiawi mnb narn -p*îi bra bnp'n "O^o 
rrnban mmnm rrnatm ûtd jma ba ■nBiBNE&'r paw pvm ttaRisbiEa 
•^mna i3£tt ïïmïtt \?t ib«i bamai naïa^a it ïmnîaa anb *p:-nzj rruai 
bia d^ann mïïi laisss ^a rato^a snnntM na ^a bu) nnatrn a^na 
bnpr; irns icim maïari naïaujr: bia dwn mizn ian:?ïï natta a^-ia 
tnnan baa m-ôtaïi naNiubica mtn wn m» na p^nnb "ibïarï 
na p^nrib rarn ia« itaaan d"nsnrt niMi nTban rrnnnm nrûtrn 
zvnbsn mvinm nnatm a^naïi baa n-nbîan ïiaawabiïa m*n ra-n m» 
snN law a-n? iaai it npTna r^ wnb aa?j mapaa a-naîan rrwai 
nnaatata ïiaNiZîbita mtti ira^n m*ai par» Bp^ra» dïib nabm "mm 
ilOTOK îa^asa n*D&n aua "laabrr nanaN ûai &"ndîan rrnarm lavon ba* 
tnran ba lapi ip-nm nb'n m-otan nsNUîbna rrai rta^i mttb nraîari 
snnwn nswi m» innoi ib^ai a^iara- mwi miban rrnnnm mnatm 
i-mm npTn dm ipnni-n D*natatt a*>narï nna hn rmarsfi rtaN^bia 
da^sbs nran rw picrra mna la^asa irï-na ïiïïi "ibiaa piïrnan anaa 
f^n>a mai^ra ièo pais nasio *païïb ûbia* r&rnab m©* rabim rwwi 



mestre, qui assista au colloque de Tortose, et ses fondations pieuses, voir Girbal, 
Jîidios, p. 35 et 83. Son fils, appelé aussi Bonastrug Dezmestre, se fit baptiser en 
1423 et prit le nom de Guillermo Bernardo (M. Girbal j. 

1 Momet ou Moumet. Voir Saige, Juifs du Languedoc, p. 60, Moumet, nom porté 
par Calonymos ben Toderos de Narbonne. Ce nom ne vient certainement pas de 
Mahomet, comme on l'a supposé ù tort. C'est, sans doute, un diminutif apocope d'un 
nom hébreu ou roman, à moins que ce ne soit justement le diminutif de Calonymos. 
Voir aussi Momet Astruch, dans F. Fita, Actas inéditas de siete concilias, Madrid, 
1882, p. 214. 



ACTES DE VENTE HÉBREUX ORIGINAIRES D'ESPAGNE 117 

tmtfrb ninswrt rt5fcW)bita rhîai wn r\yn T»a iMroi la^nm ttarûi 
*i"a ïrnïr n"3 î-nûfc . tywpi nno bbfti ; mstbi ffwib uns "wabi dïib 

. r-r"ï-rbT HfcblB n":n ïtnîT ,!l"*lbî i-na:a 



IV 
GIRONE 1352. 

Nous témoins soussignés attestons que dame Goyes (©wmiî et 
son mari Niçac Bonastrug nous ont requis d'attester en faveur de 
Ensaltiel Graciai! i et d'Ensalomon Içac Bondavid, qui font partie 
des préposés à l'impôt de la communauté juive de Girone 2 , que 
les requérants ont fait donation auxdits Ensaltiel Gracian et En- 
saltiel Içac, agissant aux nom et place de la communauté juive, de 
la maison et dépendances que possédait Enbonet Bonastrug, à 
Girone, dans la rue des Juifs et dont voici les limites : à l'est et 
au sud, la maison des héritiers de Nastrug Momet ; au nord, la 
rue (ou place) publique des chrétiens; à l'ouest, la rue (ou place) 
publique de ladite rue des Juifs; lesdits requérants et chacun 
d'eux en particulier font donation de ces maisons à la commu- 
nauté juive et s'engagent envers Ensaltiel et Ensalomon, agissant 
au nom de la communauté, à rembourser tout ce qu'ils pour- 
raient être obligés de dépenser à des réclamants chrétiens ou juifs 
devant un tribunal juif ou chrétien, par suite d'une donation, ou 
vente, ou hypothèque ou mise en gage de ladite maison par les 
donateurs en faveur de qui que ce soit ; mais les donateurs n'ac- 
ceptent pas de responsabilité générale, en dehors de celle qui 
vient d'être spécifiée, au sujet de leur don ; et pour la responsa- 
bilité acceptée par eux, ils donnent en hypothèque tous leurs im- 
meubles présents ou à venir solidairement et chacun d'eux isolé- 
ment, et la communauté peut à son choix réclamer l'exécution de 
cette garantie de tous les deux ou de celui des deux qu'elle vou- 
dra, comme s'il était seul responsable. 

Fait à Castejon d'Ampurias 8 , au mois de marhesvan 5113 
(10 octobre à 8 novembre 1352). Signé : Isaac fils de Salomon, 
Hiskiyyah fils de Juda. 

1 Sur une pièce faite à Girone le lo mai 1392 se trouvent ces mots : « Magister 
Arnoldus de Anglesola conversus ad sanctam fidem catholicam, qui, dum eram in 
Judaismo, nominabar Saltellus Graciani. » (Note de M. Girbal.) 

* C.-à-d. à la perception de l'impôt payé au roi. 

3 Ou Castellon d'Ampurias, ville de la province de Girone. Sur des Juifs de cette 
ville, voir Actas inéditas, etc., p. 216. 



118 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rtbw ttwa m'a iab tiens) Irma nw nttfa ^amin 15» d^a>Tp 
■piab baa wb* i»nm Tanai Tattfc ispi a^a> îrb* "Wn amnwtt p2*5 
tarttt) T'-insin p^a ï-nabraaNbi 'j&ocna b^nb^53N5 dïib Tarn t-nat btt 
*otaîi bttpbi dnb t-rmb marn bnp bu5 deïi ba* awaran a-aE&ttîra 
taaïib "ttaroi bba ssi^a Nbia laissa fiasco la^arrtt) narra rvoTbi rpfinb 
fr-ian» naîsrr bttptt maïb tnistaïl para nabiûaNi ^ma bfc^nbiaaNb 
p Tab ©■*« "naanei i-nan pbm ro ba v£aa>a *naa ^spa r-maa 
r-naa-i t-rrban fiivinm rrmm Savia "jn-N baa Tjaa nna bab 
naTaitta s-naran ïtbtto ïwnbi anhwia ca^aïaaKb ib vira 
^ïïit bia ninsm Szrna "raTT-n •wra Tara ïïmapa "jr» ibfin b*n^ 
•n^a "rata fca'na bu: aa^ann k-nian "aias* ista saaT» anniaa 
rrabttiaai b^nbraaN Tab^ . . . tmaîan banni** naiau: bia tarai!! mtn 
rnanrn apTtfa rrnna rv-oftin tt rranan ...Tarn np^rmi tmaïarr 
ana -«Nabi anb ima^i ■...-n^a a-rn irrasa' na Taa-m ..'.«npïrnftj 
î-ibnn matai! tD^ia rmaa "Na-àpi • . .wdM ba t-nataî! tt ï-n-nfiab 
brrpbi ï-rnb^DN-i b-nb^ab laturr anrnuaia para i-iba , aa "p "nnan 
ï-pa arapab -naa! >«aa b-tfb taisai avû-j î-ra ba ba> ft'nMW 
tabia* nsmab rn*fl* ttbtti î!Na"i a^dba nraaî! nauj •piama taina 
Ta Taanai Taanm laanai Œ'miaaN! •piaïûpa ïaa "paia W0 "paab 
tana ^ab"i û'natarï bîipb-i dnb, nwb dnataïi rrabiaa&n bvibraaN 
rrmm a*na p»Tn*n /bba panaa, abœ na^asa pitia la^atn . ma-tbi rt^sib 
ba>i i^n^^a ; ^n ^a^ai pbm ; inart ban ^^msjaNT irauîp ^ïs^t bo 
.n"-br innm i"a rî^pïn ^"rsbt wabtt ^"a pn^ .d^pi m^i^ bsm ; "i^ian 



V 
GIRONE 1352. 

Les témoins soussignés attestent que Ennahman Hallévi et En- 
saltil Gracian et Ensalomon Içac et Nastruc Lobel Gracian, pré- 
posés de la communauté juive de cette ville, plus Enbonjuda Cres- 
cas i ont déclaré que Ensalomon Ravaya et Enjosef Içac 2 et 
Nabram Astrug et Enhasdaï Salomon 3 et Enbonet (?) Bellshom et 
En[ ] et Nabram Içac 4 et Enmomet Astrug et Enbellshom 

Falco et Niçac Josef et Enbonastrug 5 Desmestre et Ensalomon 

1 Bonjuda Crescas est nommé, à propos d'un prêt, en 1320. 

2 En 1373, Joseph Içac, sa femme Leorcha et leurs enfants vendent à Aron Jucef 
une maison qu'ils possèdent dans le call des Juifs. 

3 Salomon Azdaï est nommé, à propos d'un prêt, en 1332. 

4 Abraam Isac et sa femme Belayra, fille de Jucef Cresthes, de concert avec 
Salomon Struch Adret, vendent une maison à l'aumône du Pan, à Girone, le 14 dé- 
cembre 1372. 

5 Belshom Falco est nommé, pour un prêt, en 1377. Sa femme s'appelait Astruga 



ACTES DE VENTE HÉBREUX ORIGINAIRES DT.SPAGNE 119 

Astrug et Nastrug Esmies et Enhonan Siran (?) et Envida[l ] et 
Nesmies Bonjuda, qui font partie de la commission (ro) des 26 per- 
sonnes chargées des affaires de la communauté juive en vertu du 
mandat qui leur a été donné par le roi notre maître, ont vendu à 
dame Reyna, veuve d'Encaravida Ravaya, et à leur fille dame To- 
losana, femme de Niçac Desmestre, une maison et dépendances 
sises dans la rue des Juifs de cette ville et que la communauté 
juive avait achetées en partie de dame Dolsa, veuve d'Enjosef 
Vidal, qui avait demeuré à Vich *, et acquis en partie en échange 
de ce que devait à la communauté Enbonet Bonastrug, fils de ladite 
dame Dolsa, pour contributions aux impôts et tailles de la com- 
munauté, acquisition faite par Saltil Gracian et Salomon Içac, 
agissant au nom de la communauté et inscrite dans les livres d'En 
Jacme Compte (ou Comte) % écrivain de cette ville 3 , le 27 juillet 
de l'année dernière ; les limites de cette maison sont : à [l'est] et 
au sud, les maison et cours des ayants-droit de Nastrug Momet ; 
au nord, la rue publique des chrétiens ; à l'ouest, la rue publique 
du quartier des Juifs. Et nous, membre de ladite commission des 
vingt-six et moi Bonjuda Crescas avons reçu de dame Reyna et de 
dame Tolosana 1,240 sous de Bar[celone] pour prix de ces maison 
et dépendances ; en échange de quoi nous leur avons cédé ladite 
maison avec les garanties d'usage et avec l'engagement de rem- 
bourser toutes les pertes et dépenses que pourraient leur causer 
des réclamations quelconques contre leur titre de propriété por- 
tées soit devant un tribunal juif ou chrétien soit par un Juif ou 
un chrétien, soit que la dépense ait lieu devant la cour du y-pa 
(terz 4 ), soit pour payer le juge chrétien, soit d'autres juges, 
soit pour le salaire des secrétaires des juges ou celui des employés 
de la cour ou des employés du ~bêt-din (tribunal juif), soit pour 
les honoraires des avocats, soit pour tout autre objet, soit qu'ils 
perdent ou gagnent leur procès, le tout sans aucun manque 
(nns dira), et promettons de ne pas opposer aux acquéreurs, pour 
nous soustraire à cette obligation, qu'en soutenant le procès contre 
le réclamant, ils se sont trompés dans leurs allégations ou n'ont 
pas produit les bonnes allégations, ou n'ont pas plaidé devant le 
tribunal compétent, ou n'ont pas pris un bon avocat ; mais dès à 

(pièce de 1371); il avait un frère, Jucef Falco, qui se baptisa sous le nom de Pedro 
de Bagnolas. (Cette note et les quatre précédentes sont de M. Girbal.) 

1 Ville de la province de Barcelone. 

8 Notaire à Girone de 1324 à 1359. 

3 non. 

4 Le terz était une clause par laquelle un débiteur insolvable s'engageait à accepter 
la peine de la prison. Voir Ramou Lazaro de Dou y Bassols, Instituciones ciel derecho 
publico gêner, de Esp., Madrid, 1802, p. 394-400. (Note de M. Fidel Fita.) 



120 REVUE DES ETUDES JUIVES 

présent nous acceptons comme bons juges les juges acceptes par 
lesdites Na Reyna et Na Tolosana ou par leurs ayants-droit et 
toutes les allégations qu'elles produiront contre le réclamant et 
celles de l'avocat qu'elles prendront. Et nous tous solidairement 
et chacun de nous en particulier et pour le tout engageons en 
garantie tous nos immeubles présents et à venir. Et quoique 
nous nous soyons déjà engagés en garantie de cette vente par acte 
dressé le 3 octobre de cette année par En Jacme Compte, secré- 
taire de la ville, nous avons, pour plus de garantie, signé encore 
l'acte présent. Et cette vente a été faite par Ennahman et Ensal- 
til et Ensalomon Içac et Nastrug Lobel et Enbo[ ] Ravaya (?) et 
Enjosef Içac et Nabram A.strug et Enhasdaï et Enbonet (?) et 
Enmosché Ravaya et Nabram Içac et Enmomet et Enbellsliom et 
Niçac Josef et Enbonastrug et Ensalomon [ ] et Enhonan et 

Envidal Lobel et Nesmies susdits * auxdites Na Reyna et Na Tolo- 
sana à Girone le 1 er jour de marfhesvan] 5113 (10 octobre 1352). 
Signé : Moïse fils de Jucla fils de Moïse ; Méir fils de Moïse fils de 
Juda fils de Netanel. 

■nbtt "praa isb îTa&rû îrmnd . ïhw îiatt ^inn 13N ûwp 
ta^Tawn i&TD-rt bwb mr-nasi par*» STnbttaan fN'wa b^nbiûsai 
YV2& "pi wpw-i-p fmwiMK Tjb -i^n "pi it tmn bîip bffl [d^]i»»rî 
ta^fioasNi ï-ittb^ ■wDm&n mmb» d-issi parw sprsfrn rrnn î-ittbrasN "12b 
ùYCibd3&n ainiraî» ûttittiNi par*» d-Dsi [ ]3&n dvabd (ou ta^baaai 
Mirnoai ann^a i-iftbïttNi ^uSiaN^Di i'nma&wnsNi tpv pawn isba 
bvnûsn ndtt dï-na ïmwD on^swi [biNTisai "jtd pirtan ib^»kn 
natt dïib JjnsM ron ^s b^ "Dttfi b^prr 1313*3 ùinp&ttiïî duasa toiûi 
bc iTiob bdd n^b^ i»nm [mndi] i3Ett *rtpi d^? vsby ■ntt'jbttïi imvw 
ttsKtDbia mtt tombi !-pnn !m , np3N rùttba rrsun rrab dîib "ûrn mar 
i^ïtud ruaritt [t-ndtbn î-nwib] toîib rrnftb inrttBKfcD'i p£i3 j-hdk 
p-û'Dm mwi rrpbsn nrnnm nmatm t^rd riNïîi "Wïi bta brrpb 
[iin]©*TD m^dtt rott ndî^ïi bnpn orn idt^ nwn wtt bta b«w 
binbra "îarttK isb pi-n n*r tr^Mtp b«*n BpTOK rûttbtf nobii mtt dïib 
bîipb ms-no mdTîi nttrrm ndttn br;pn mstb pafciN rrabttii i^ona 
r-itt ï-^ntt di-Dt3rt fr-mai n-pb-sn nrnnm trmm ûvûH [b*] imïi 
■WTrbi méran noVn m» bw nsd yntûitts'n a^idSNb a^aa fprw) 
v>TO ndîsn bnpn b* ibaiïTC 'pposbi [^o]7ab ndïar; bnpb *n&b 
ndTsn emaa bo ta^swrt maai r-irban m^nnm nnawtm ù^nan 
iston i^b mdï3M ttobvi ma ^ntti^tti midïaîi ntauîd dnrûffl lïïd bd!i 
t-73?d"i25d dntïi nvrt nsid ^tattip ^5ap^« miBoa pat 1 »» rtttbffli b"»nbiD 

1 Les lacunes de la pièce n'ont pas permis d'identifier ces noms avec ceux du com- 
mencement de la pièce. 



ACTES DE VENTE HEBREUX ORIGINAIRES D'ESPAGNE 121 

-ir: toîmszE \n ibtti anpB It-oara wttiîi b\a biK^aa tiv b^ttan 
m«n ■'ii&it toe ûfcitt vnniûa na "«a bis nTTStn a\na wm f»rnTM] 
nabaii r-rorcii naiaian btt) a^ann nwi ^i:^] i»a d"na bo d^anfi 
■»a«i a^-r;:- i-nûtti d'HiDJin f*a£T0 nana&tf fca^ïïNsn "ismN naaapi 
B|b« ïma ba rmataïi nawabia m»i wi m7a7a izjpimp ïmaaia 
anb la-OTai maTar? itto» [a wibatina bw v»wi bvanai dT^ai 
nvnnm mnatm taviaïi ba îtts*» *n?aa "papa mni»a ï-mafc taïia 
iirNwbvj mntoi r-im-i hn^ iab-> v^aa^a-i . . . fc-rnatan riaai fivban 
m?::, ppa "isna \\a ban "îa^a* • nabapi . ..nan ip^m rrnawïi 
rrnacïl macbrj mai wn mE ba>7a pbabi mrtbi msteb Tûaa>7a 
-ira^m . . . b*W yn n ^ "P dbia>aia pian *m* ba ana "»«a ba^ai 
an^ \s % abi dinb dbttïb vaartt -n)aa ^apa mittâ avn laaata* n« Dira 
•pa ... dT nnn» bKW fn ?ui yn abia>a 11^ aiD ÉrarptD ntt ba 
m7:a avn ïa»sa> na arib "laa^n pn mïanKH wa "pa btrua* 1 wa 
r^rsn in bïi , «wtT»tt iianîn wi ba atib abiab n\aaa>?a mitta papa 
ïanoi -ni:' fcnti n^n^ mxnNrs wa pa ba-w "wa pa tartan 
nsnn pnb piMïi nwtiitîi -îÈwrvnD \Tt . . . bania^ p "nai pi dbia*aœ 
tanna ■j-'a^^'i na^ab in mn-ian ■^i» p"Hîn naïab p ymsa ï*npain 
■oiob l'n p-j ma ^mb©b 'jrr laififi ^mbiab yn pai'nîi "nsio na^ab p 
-m* miN tos anatt ann b^aïaa in ab^a^a mwa pa*© fana ania 
nrnri-; naaa aana72 «art in tarr in^t'O abi^a^ n^nx ï-TN^irr ba pi 
. . . mttiNîi ^^a i^a bxriïfr ''a^na ^a abi^a ^a^i *tï aiiaa naTS^: 
Va nTm^n ^Tn ~\x bt*rw* ^a^l^ i^a na^rr nm? nniN na?^ ^a 
nïna ^a "i^a Nbi ia»7a nnN ùio i^a sbi la^T^a na fcèr Nbn ïiar Nbia 
dnaarça »b in na^ dna^sa ao in da^ma^caa dn^a ana wabn a^b n^aib 
^inTai -nn^ imN "i^ra na^ ^vra^w pira dniaw Nb ik irta^ ^n ma ^ab 
^ ba "ia73i£a? b? nsbap i^a^^a m^aa l^pao iab i^a ana^nnî ^a 
i^aob x*ib ana^a Narr in mnataîn nasœbnaai rt^'na dmba* ibap^ja 
"ia^a anaTa [»ar?] tn an na^ta^ ma*a bai naîsrr nma» im^ na^a 
•>Db . . . aanb laifa^ioi . . . mao^o i^ia ims t-naa>ai n^n^ ims 
^s br qwNT . . . 1^053 ba na^'^n Mizy nx a^n ij7a)a ^nNi "jhn baa 
a^Ta^ ïntt)b«a anb [ ] it m^» m^riNa aiib naa^^nna naaia 
I3"»3ti nwNTrr -pa»tt naia ''ûttip ^Tap^:^ mnaaa it hattî bttî ^naimma 
pat^N fïTabwa&n b^nb^aNi ^naa^^a t^a^api . . . aana n^ tma-^b 
ainrrrx aam:i pst^N tjOi^Ki (?) s-nn [ ]ia3NT b^aib anniDai 
pa^ai ar^baîwNi a^aiTaaNi paf» tannai ït^vi ^î^^5ni trwaaKi ^lan^n 
ierioatai b^aib bNi^iaxi lannaNi [ ] ïi^ab^s^ amniDMnaa^i t)or 
b*»a»b -wnc-ai a\nai n?a ba ba» hmwsîi riïfrttabia^bT W^nab a^a^îi 
»btt)i nN7ai a^sbN n«»n [^on]itt , û ta ir; o^a ma arap^b niaa^r N5?aa 
naîanm naanan NnTa manma 1w x:d T^^ naarc) ^35ab abia» rwnib rin^^ 
ana wabi [anb nwb] mia-Tain ïiaNtïbia nntti m^n nn» i^a laanai 
f rrDnïi ,p^N i— ï?abu:-i bvibtt naroN i:b .naTsn .protbi mfinb 
« aanb , il: , aarna ; ^an ^ra^i amnuîN , it ï-raœ b^a "nanairn t mmpai 



122 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

. tf'rtbï bwna *T3 i-mim fa ntt?3 n"n tn» , M"rrbt 

Nous ajoutons, en terminant, qu'il résulte d'une note que nous 
communique notre savant ami M. Fidel Fita qu'au xvn e siècle, 
d'après le témoignage de Roig y Jalpi (Resumen historical de las 
grandezas y antiguedades de la ciudad de Gerona, Barcelone, 
1678, p. 196), le call judaïc de Girone avait perdu son nom et 
s'appelait, comme la continuation de ce call, du nom de Saint- 
Laurent, mais qu'anciennement, au contraire, toute la rue, y 
compris la rue Saint-Laurent, s'appelait le call. Le plan dont nous 
avons parlé au commencement de ce travail doit donc avoir été 
copié sur un document antérieur au xvii siècle, mais postérieur 
à l'époque où la rue entière s'appelait call et était habitée par les 
Juifs. 

Le Boletin de la Real Academia de la Historia, de Madrid 
(tome VI, p. 59) contient un acte daté de Barcelone, 1 er juin 1406, 
par lequel la reine Dona Maria de Luna nomme une nouvelle 
administration juive pour la aljama de cette ville de Castellon 
d'Ampurias dont il est question dans notre document n° IV. Cette 
administration était composée comme suit : 

Conseillers de la main majeure : Samuel Issach, Perfet bon- 
senyor, Abraham benbenist, Alatzar Issach, Zarch perfet. — De 
la main moyenne : Issach rouhen, Issach mahiz, Salamo struch, 
Enoch adret. — De la main mineure : Duran jaco, Jucef aynay, 
Vidal jucef. — Secrétaires : Athan abraham, Jucef samuel, 
Bonsenyor vidai. — Clavaire : Issach mahiz. — Auditeurs de 
comptes : Issach rouhen, Struch aynay, Duran jaco.. 

On remarquera la division en trois mains ou classes que nous 
avons déjà trouvée à Avignon (Annuaire, I, p. 169) et qui, du reste, 
était aussi usitée chez les chrétiens. On trouve aussi à Avignon 
les auditeurs de comptes (Ann., I, p. 172). La plupart des noms 
ci-dessus sont faciles à identifier. Sur Perfet, voyez l'article de 
M. I. Bloch dans ce numéro de la Revue ; Alatzar est Eliézer ; 
Zarch peut venir de Zerahya; Rouhen ou Rovhen est Ruben ; Ma- 
hiz est sans doute pour Mahir (Méir) ; Struch est Astruc ; Aynay 
est probablement Hanninaï, comme dans notre document n° II. 
On retrouve ici le nom d'Adret, preuve nouvelle que le nom du 
célèbre rabbin Salomon, de Barcelone, est Adret et non Addéret. 

Isidore Loeb. 



UN ABRÉGÉ DE GRAMMAIRE HÉBRAÏQUE 

DE BENJAMIN BEN JUDA, DE BOME 

ET LE PÉTAH DEBARAÏ 



I. En 1508, parut, à Pesaro, la grammaire de Moïse Kimhi avec 
le commentaire d'Elias Lévita. Ce dernier n'avait pris aucune 
part à la publication de cette édition, qui, du reste, fat suivie de 
plusieurs autres, avec ou sans commentaires. Ce n'est qu'en 1546 
qu'Elias publia lui-même, chez Bomberg, à Venise, cette même 
grammaire accompagnée de son propre commentaire revu et cor- 
rigé. Cet ouvrage forma la première partie d'un recueil que Lévita 
publia sous le titre de û^pnp"!. 

Dans l'édition de 1508, comme dans celle de 1546, la grammaire 
de Kimhi est précédée d'une introduction (hahdama) qui a pour 
auteur un certain Benjamin, fils de Juda *. Dans la préface de ce 
morceau, Benjamin dit que, chez ses compatriotes de Rome et des 
environs, les enfants des écoles étudient la grammaire hébraïque 
sans s'occuper de la phonétique, qui en est pourtant la base, et 
qu'il se propose principalement, dans sa Hahdama, d'étudier les 
sons, les lettres, leur prononciation et leur liaison, afin de combler 
cette lacune. Ce travail sera une introduction à toutes les gram- 
maires. 

D'après une assertion de Wolf, admise comme certaine par 
M. Steinschneider, l'auteur de l'opuscule que nous venons de ré- 
sumer, et que nous nommerons Hakdama, est le commentateur de 
la Bible, Benjamin b. Juda, de la famille romaine bien connue 

1 Voir Steinschneider, Catal. Bodl., Moïse Kimchi ; voir aussi Bibliographisches 
Handbuch, p. 74 et suiv., et p. 21. Je me suis servi pour la suite de l'édition de 1546. 



124 REVUE DES ETUDES JUIVES 

des Anawim (Mansi) \ et qui vécut à la fin du xm c et au com- 
mencement du xiv° siècle. On ne connaît de lui aucun autre ou- 
vrage de grammaire. Sa préface montre, du reste, qu'il n'était 
nullement disposé à augmenter le nombre des écrits de ce genre, 
et qu'il se contentait d'offrir une clef pour les grammaires des 
autres. Il semble cependant que Benjamin b. Juda ait écrit une 
grammaire. Dans un recueil ms. que M. Halberstamm a mis fort 
obligeamment à ma disposition 2 , il se trouve un Abrégé de 
grammaire, que nous allons comparer avec la Halidama. Cette 
comparaison prouvera que les deux ouvrages sont d'un seul et 
même auteur. 

II. En tête de cet abrégé, nommé dans la préface pYipIrt aiatt 
« Introduction à la grammaire », nous lisons l'acrostiche sui- 
vant (mètre : u quatre fois) : 

ùiTtobn Taï-ib Trba "lartN )vin a*n "--na )vhs "jnw^ 

tnibii in^ai a^ai sb db-i^b a^n aïrnaa aa-p •nito *rm 

^Yvob dïT^a vmj ïimÈnrn tob na *ïttwi rançb i$q 

usinai d*^33> "prr* mn "pa na amb 6b pa zin nbnj 

a^a^b i53p 7 bK"n» ma ^a bania^ a? bab bamfi «a nbw 

Viennent ensuite deux vers isolés dont chacun a un mètre spé- 
cial (le premier : | , 4 fois, le second u | u 

4 fois). 

1 Voir Zunz, Analekten, dans la Zeitschrift fur jûdische Théologie, de Geiger, IV, 
p. 193 ; Gûdemann, Gresckichle des ErzieJnmgswesens und der Cultur der Judcn in 
Italien, p. 156 ; Steinschneider, Bibliographisches Handbuch, p. 21. L'abréviation 
fcî"a!"7 qui se trouve dans quelques mss. après le nom de "pfàTja et qui, d'après 
Luzzatto, doit être lue dïVDiS "p NS"Ï-|Ï"Î (voir Steinschneider, ibid.) est, d*après 
M. Berliner, Pletath Sofrim, p. 11, une formule de modestie et doit se lire T^afcft 
^a^ n^as. M. Perreau indique cette abréviation dans la première partie de son 
Oceano délie abbreviature e sigle. Je propose une troisième explication. Une branche 
de la famille des Anawim empruntait son nom à Bet-el (voy. Zunz, ibid., III, p. 46 
et 49), ti"'2Tl pourrait donc signifier ibfct n^îl» c.-à-d. *b!S!"7 P'VIJ (I Rois, xvi, 34). 
Voir Zunz, ibid., p. 51, note 11, l'abréviation N"a*G = btt rPafà. 

2 N° 157. Ce ms. contient encore la copie du fc |"naT!"i '0 àe Joseph Kimhi, que je 
citerai fréquemment dans la suite. M. Steinschneider donne une notice sur ce ms. 
dans Ver&eichniss hebràischer Handschr., A. Ascher et O, Berlin, 1868, n° 9. Pour 
les autres ouvrages contenus dans ce ms., voir ci-dessous. 

3 D'après ïfOD» Psaumes, iv, 7, avec une orthographe plus claire. 

4 Même signification que ÏTTin, voir Isaïe, vin, 16. 

s Le ms. a Û 1*773 "lb, ce qui est contraire au mètre. Voir Isaïe, vin, 16 et liv, 13. 

6 Dans ce vers, les trois premiers pieds ont une syllabe de trop. 

7 Pour rétablir la mesure du vers, il faudrait peut-être lire, au lieu de bN*HN, 
bN'HNÏI ou bîOïlï-î (voir Ezéchiel, xliii, 15). 



UN ABRÉGÉ DE GRAMMAIRE HÉBRAÏQUE 123 

. wa Lnpbb >x n^b >*b . na *iab 
.«YrçFïi y-pb ib^mb 

Dans la première pièce de vers 3 , comme dans les deux vers 
isolés, l'auteur se nomme Benjamin. De plus, la première pièce 
nous fournit un renseignement précieux. L'auteur y dit, en effet : 
« Que mon maître Joab soit comme le patriarche Abraham 4 ; 
écarte tout chagrin de lui. de sa maison et de ses enfants s . Il a 
instruit lui-même ses fils dans la loi de Dieu, puisse-t-il voir de 
ses yeux les enfants de ses enfants étudier la divine doctrine ! » Ce 
Joab est certainement une des personnes de ce nom qui, comme 
l'a démontré Zunz G , appartenaient à la communauté de Rome, et, 
si son disciple Benjamin peut être identifié avec Benjamin b. Juda, 
nous pouvons admettre que le Joab de la pièce de vers est Joab b. 
Benjamin de Rome, dont nous avons encore une poésie liturgique 7 , 
qui est désigné sous le nom de anrr s , et pour lequel un scribe, 
membre de sa famille, a achevé, en 1280, une copie de la Bible 9 ; 
c'est encore apparemment celui qui est célébré en vers par un 
'autre disciple, par Immanuel, qui le nomme le maître de sa jeu- 
nesse et lui donne une place au Paradis 10 . Benjamin était pro- 
bablement de la famille de Joab, il était peut-être le professeur 
des fils de celui-ci, qu'il mentionne dans sa poésie, et ce sont 
ces jeunes parents qu'il désigne sans doute dans sa préface lors- 
qu'il dit qu'il n'a composé son ouvrage que « pour lui et pour ses 
frères qui étudient avec lui u ». 

III. Benjamin développe, dans la préface du Mabo, ce qu'il a 
brièvement résumé dans les deux vers que nous avons cités. Cette 

1 Le ms. a a^USlîlbi ce qui fausse la mesure. 

2 Daniel, xn, 13. 

3 Dans la dernière ligne il y a peut-être le mot Ûlblïî en acrostiche : £0 Tïbtiî 

ùy bab baisn. 

4 Ces paroles sont peut-être une formule générale de bénédiction : qu'il soit béni 
comme Abraham, ou bien elles font allusion au verset de la Genèse, xviii, 19. Cette 
dernière hypothèse paraît corroborée par le mot irnai, qui rappelle le verset nN 
mnN in^a, Genèse, ibid., 11. 

5 û^lb'H irpai est un peu défectueux ; il a fallu mettre D^b" 1 ! au lieu de 
"mb" 1 "!, pour la rime. 

6 Analekten, n° V, dans Geiger, Wissensch. Zeitschrift, III, p. 4G et suiv. 

7 Zunz, Literaturgeschichte der sgnagogalen Poésie, p. 490. 

8 Zunz, ibid. 

9 Zunz, Analekten, ibid., p. 46. 

10 Zudz, ibid., p. 47. 

11 tin a-^-ibn tin *na$ai "ma^a t**b« mt war sîb. 



426 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

préface exprime les mêmes idées, et dans des termes identiques, 
que la préface et la postface de la Halidama de Benjamin b. Juda. 
Il suffit, pour montrer clairement cette similitude, de donner ici 
cette préface et d'indiquer par des notes les passages parallèles 
de la Halidama : 

bv *]^m pinp^irî pa aT^p a^bba t imh ïtt "maria "rûTift 
2 pTp*T!i ntôna b^nn»b hns twd Ta ^nauîra ■n ^ian tûîn "no 
î-r^aa \n3->-:> Î-73N1 J-13N d^ns»! ûTnatt tt ba rn niaN?a ^ni 
13 Tb ba tawaTîm fca^bba tarm T-ittian 3 a^pipi!Qrî 1» aTaa 
pKb-\ rrwn nuau?™ ibbai n* baa ^dn a^2£3 wi t^b Ê*HBort 
Tratt ^Nia t"j\ni naa ïtf fcama annab ipawi fcaTs>3!i ia T»bm 
naa ia ^artb }aia ba pupin i-npb yaitia 5 — r^iazp srjrTO WDtl 
?n» fcaTTâibh tin ma^ai "m a 2 a ***>« ï-it TfW ï^t> 'tutïï 
•o 5 n£?3 [*mT?] ^b itiaiarmai ht b^ i3EnBN!-ib taïab ^tn y»iri 
t^na?û pTpnn t $Tm . pn^pia bTinM la riTTa f-ibann bap-> a"a2 
■pbi 6 Tittbb natT^iB tamaaii ba n^nnai î^np^n Taa raana bi^ 
■nao naïab r^na?3 ïiwd Ta pTip^iï-s ana» ttï^ naab varip 
"pnn ta^np n^aa iaKtp na th-in ^a nias ■pnm ..dWian pTp^irr 
^Tra 7 bsnaai ï-îb^ai Éaïaa naia a"rwi irrowi ï^iei bipïr 
pbna pna bai û^pnab ims pbnao 9 ia "p^En yip" 1 t^bia 8 !-nirp 
ba^aa ta^an^T nxabnftb ta^m: Tina Ta mrjp mabnb îma 
•m* i"-! ^Dab ^ab frwn t T7ûn pà-ft itp i-nbabn bnnb wn 

Le premier chapitre, qui suit cette préface, ne porte aucun 
titre ; les autres chapitres sont numérotés et ont un titre qui in- 
dique leur contenu. — Ainsi : msnann -naoaa 131a pna, jusqu'à 
pan ipbn *n&oaa ttj# pna. 

1 Hakdama, préface, ÏTl2£p!n TJT D^iaiTT Ta. 

2 ibid., pTp^irr Taa rn^bb t^an ba ana a^i^b^ i^ttb ; postface, nan 
a^p^n Taa lûvrb î^an ba nbnn ^rabb ^pit ïiETpfift. 

3 /*«*., i3na nuîN a^Tp^arr Taa Tiana. 

* Hakdama, postface, T 0^23^^ 'JlUJb *Wl *{Tanb ïlî ÏT^lp ^blNT 

.T7aan ^rr^ab t^sb. 

5 /itrf., i-7Nv»a ia Ni^TD^ ïi^npnrr n^Ta Nmp ba 3>t^7: ^nt 
mar £pb i33T^ i^ianaa. 

« 7Wrf M ibid., ii&n i^n t anb^in 3>ti^i a^pip^^ïi Taa isav ^a nnsn 
ai3>ba ^i^^b ta^iNb. 

7 ibid., fw b^ ta^ar73 aTa^i i-mpîn ^n^n n^n Ta Tnaa 
ûB^iaatm amam aamm m^mNm mbipn ,•— *pnh signifie l'articulation, 

dans V Abrégé comme dans la Hakdama. 

» ibid., inbiT ia ^T^nu: na^a ^tnn t^bi. 

9 L'introduction de la grammaire Pétak Debaraï dit, en parlant des œuvres gram- 
maticales de longue haleine : ambitf aT?3ïl UJD3 a^a yipm Ù^IIN ûrî72 W\ 



UN ABRÉGÉ DE GRAMMAIRE HÉRRAIQUE 127 

A la suite du dixième chapitre, Fauteur conjugue le liai du 
verbe ips, et il termine son ouvrage par cette formule de béné- 
diction : ïfcNi pN 1*"«o*i N3»m *pia. Il esta remarquer que cette 
même formule clôt la Hakdama. 

Des dix chapitres de l'Abrégé, le premier traite de la langue, 
des sons et des lettres, le deuxième des voyelles et du scheva, le 
troisième du kametz et du patah, le quatrième des autres voyelles, 
le cinquième des voyelles en général et de la prosodie, le sixième 
des parties du discours et spécialement des particules, le septième 
du nom, le huitième du verbe, le neuvième des différentes voies 
du verbe, le dixième de la conjugaison des verbes. Ces chapitres 
se subdivisent en paragraphes désignés dans la préface du nom 
de mabn l ; les paragraphes ne sont pas numérotés. 

On voit que les deux premiers chapitres de l'Abrégé sont consa- 
crés à l'étude des mêmes questions que la Hakdama, mais que 
celle-ci ne contient presque rien des questions traitées dans les 
autres chapitres. C'est que la Hakdama ne devait servir que de 
prolégomènes pour d'autres grammaires, tandis que le ana» 
pmpTïi devait être un abrégé de grammaire hébraïque. 

IV. Rien ne prouvera plus clairement l'identité de l'auteur de la 
Hakdama et du Mabo que l'étude comparative du premier cha- 
pitre du Mabo avec les passages correspondants de la Hakdama. 
Dans les deux ouvrages nous trouvons les mêmes fondements psy- 
chologico-physiologiques de la langue, tous deux établissent les 
mêmes lois pour l'émission des sons et emploient la même termi- 
nologie. Pour confirmer notre dire, nous allons mettre sous les 
yeux du lecteur quelques extraits des deux textes : 

Hakdama. Mabo. 

ï-ïz-p witti bipn nm . . , >mift Aïm ^ b* spr ♦ . . 
rwun n^n ma û-n ■**, ^ b ûvn ^ a aro m rt ^ Wl 

mmïnft m a-n rm nuea nïrtlMinws v *** Mrt ™ 

nanafi ro b"n 2 abb»» m*i na .û^aa naa naïaïi rob 

nbnn -o ï-rnr ïsïittta , , , w:j a ^ a ^^ n-n^rr roi 

abrio ï-iei abri naœrraa -nain » ta 

, m»a nniN -p^bi main auinn abrt 

■psEon ^m i-ïN-nb t^srp arain 

rtmii naaa p -iran irwnb «m '^^ ^ T» 3 ™ **** ^ 

ï-in^b'wT ynart *np*ïa J-n^ausi rvnow -ien wrn fittDDtt l j?ra 

1 Allusion à la Mischna et au jStè/fr Yeçira. 

' Allusion au Targoum de TTTi "ODjb, Genèse, n, 7. 



_ np rm» rra-nn mn^rmo nna 



128 REVUE DES KTUDES JUIVES 

bdb lattrt r<na , ..wtïi ^tea floi abn nwttfitt rmwrua A1&&S 

p matihb mroo rwn rrn osa ^^ ^ pr . ^ ^^ ^ 

[îis.iafiwn] wfiwn ùnn rrnîi tpan 

Ti* . ♦ . ïnttr ^ti npn -ma 

mfcnas b^a "jn* a^n anb t*na ïTSpsn i-ttpïi *nN ns-fl lam 

bip ywnb . • . m*ata? nwn ^ rrmwû m»^s b^n rrew 

bipb top wn bipr^i npm i TO1tnwmsrn i iptMnnOTJ 

mawi» b"n tou npv r;Tn nsm ti^Dn nwom ia bip^ ^nma ropm 
nn . . . totît ^baa idisi iab . m^a abri n^a "voie 

•marri n*T ■pn» ^innm nan 

L'Abrégé énumère ensuite les cinq organes qui servent à émet- 
tre des sons et les sons (mbip) qui sont articulés par ces organes, 
et il termine ainsi : « Les 22 sons que nous avons mentionnés sont 
nécessaires dans toutes les langues pour rendre la parole humaine 
complète. » La Hakdama exprime cette même pensée, avec plus 
de développement. 

Benjamin parle également, dans le premier chapitre, des cinq 
lettres finales et de leur raison d'être, elles sont simplement pour 
lui des lettres numériques et servent à désigner les centaines qui 
dépassent 400. C'est aussi l'opinion de l'auteur de la Hakdama. 
L'Abrégé rapporte cependant cette assertion au nom d'autres 
grammairiens. 

Ce premier chapitre se rencontre encore avec la Hakdama sur 
un autre point, peu important, il est vrai, mais très frappant : 
« Les Hébreux donnent aux vingt-deux sons le nom de rrpma 
(lettres, littéralement signes), c'est-à-dire des signes qui représen- 
tent les sons; le terme ma est emprunté à Deutéronome xnr, 2 2 .» 
La Hakdama dit de même : •jttd b"n nsitti m» jiiDbn ms maai 
^mrran bipT bip b? nmrib arofca ûiûiît 3>m 3 - 

V. Le second chapitre de l'Abrégé est consacré aux voyelles ; 

1 II semble qu'il manque ici un passage où il a été question de la gorge 1115, le 
premier organe de la parole, et c'est à ce mot "p-^ que se rapporte 13, qui se trouve 
daus le passage suivant. 

2 s-inbipb i^nain tPSEPO nuiba nvmN (?) ï-iba ûï-ib ifcopi û^-ia^m 

3 On peut comparer à cette opinion sur le terme n"lN ce que dit Aristote «epî 
êppiveia; I : "Ecm jxsv 8y] rà ev ty] çwvrj twv èv tvj ^VX'ÏÏ 7ta6r][xàTwv c>uu.(3oXa xac ta 
ypacp6|X£va tcov èv xrj <jpu>vrj. D'après l'opinion de M. Frankel (voyez ma dissertation : 
Die hebmisch-arabische Sprachvergleichung des Abulwalid Mertvân Ibn Ganâh, p. 24), 
il faut de la même manière comprendre le terme nil3U5, lettre, qu'on trouve chez 
Hayyoudj, Ibn Djanûh, Juda Hailévi, comme symbole, signe, équivalent du son. 



UN ADRÉGÉ DR GRAMMAIRE IïUiRAÏQUE 129 

il les examine au point de vue de leur dénomination hébraïque. 
Elles sont appelées rwar mouvements, parce qu'elles sont les mo- 
teurs des consonnes. La llakdama dit exactement et avec les 
mêmes termes 1 la même chose. Il y a cependant entre elle et le 
Mabo une contradiction étonnante. Pour la llakdama, il y a 
sept voyelles, pour l'Abrégé, il y en a dix, dont cinq brèves et 
cinq longues. 

Voici comment nous croyons pouvoir résoudre cette difficulté. 
Au moment où Benjamin publia la llakdama, il subissait encore 
l'influence des anciens grammairiens et particulièrement celle de 
Ibn Ezra, et, tout en connaissant les écrits des Kimhides, il pré- 
féra admettre pour les voyelles l'opinion de leurs prédécesseurs. 
Mais quand il écrivit l'Abrégé qui n'est pas une simple intro- 
duction à l'étude de la grammaire, mais un traité complet, il 
crut devoir adopter pour les voyelles le système des dix voyelles 
préconisé depuis un siècle par Joseph Kimhi et ses fils. Du reste, 
la Hakdama fait elle-même allusion à ce système. Après avoir 
énuméré les sept voyelles des anciens grammairiens, l'auteur 
dit : « Il y a encore dans l'écriture d'autres voyelles, mais elles 
ne se distinguent pas des autres par le son. » Ces autres voyelles 
sont les trois qui ont été ajoutées aux sept voyelles déjà exis- 
tantes, ce sont le kametz bref (~ comme il s'écrivait jadis 2 ), le 
hirek bref, qui se reconnaît dans l'écriture parce qu'il n'est pas 
suivi d'un yod ■>, et le kibbuz. 

Tout le reste du chapitre est consacré au scheva et aux règles 
qui le régissent. La Hakdama dit peu de chose du scheva, mais ce 
qu'elle en dit, nous le retrouvons dans l'Abrégé. 

Hakdama. Mabo. 

Mb N"a\»rt rs rwb *jb CT isb inansn mmo* 3>3 t»*ittft 
l-rwnan nb «^ 15 wian anpn . . . Tnfiâ r-n^nn rrnmatt 
nvûnn ^ irn it marna î-mn; fcrmOT dîtb ©1 rrbsn hwanb 
î-ww i-nasbi Fmrra r-naatt tzp-insn rwcntt tsrtpxm \atirm 
(sic) m©» n^ pn swan rfczyn , 'i:n nna tpttr\ «ifflii ù'm ûniN 
tpnn d3»N , , , •nwann hN biaa spriî-n fins tpnn: • • . 
nna pn i&tttjr ab biso tpm nns awn 'y'n'n'N nnn aba VjXZïï sb 
. rpjn rrir 'J'ïfrfK nïm» .fin© ûipaa 

1 Hakdama : ■pnBlû'l Ï»D m»ip* W^tthfl MO. Abrégé : nVOtl P301 

•p-b im r®» in fis njaipy. 

a Le ms. de Y Abrégé porte aussi avec la ponctuation les mots 1ÏH «Ï117SV #STlî3t. 

• t: t : t: t :t: 

3 Voy. Mikhlôl, commencement du chapitre sur le scheva : t^ilOn "O 3H 
T. X, k° 19-20. i 



130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La Hakdama écrit anœ, l'Abrégé écrit amû, car 'pttibtt nus mittttl 
j-nnra nshan t— td *j\nt sthd ni«ïrc nttibd ï-ntt « Le mot scheva 
vient de ttj©, é^a£, c'est-à-dire que ce signe ne représente aucune 
voyelle . spéciale, mais est égale (indifférente) par rapport aux 

voyelles » • . 

VI. Le VI e chapitre de l'Abrégé traite des particules, il com- 
mence ainsi : « Le langage humain se divise en trois parties : le 
nom, la particule et le verbe. » irrubtf:b pbm tnarr )wh 13 yi 
bansn r;b?:n û$3 d^pbn. La Hakdama se rencontre ici de nouveau 
avec l'Abrégé en ce sens que, comme lui, elle n'énumère pas les 
trois parties du discours dans l'ordre adopté par Aboulwalid, Ibn 
Ezra, Joseph et David Kimhi (nom, verbe et particule), mais 
dans l'ordre dans lequel Moïse Kimhi les écrit en tête de sa 
grammaire -. Nous retrouvons encore l'accord des deux ouvrages 
dans la définition de ces parties du discours. Voici ce qu'en dit 
le Mabo et qu'on pourra comparer avec les passages parallèles 
de la Hakdama imprimée. 

briDï-i prnrfbi tm-o wsîib b*wtti dOT mu>b rt»a nbian c. vi. 
^bftï-; ^ wr aô y\9is& liïhft \&\vn ifcân da i»s bi^sn |tt 

Ïhtïi ma nrrn d:im irai nm ba» tddo-itt mm air» d^n c. vu. 

♦ bancn n?ûs 
nhn o»3 ftViJ&îl ban mVjtottïl ba> ddD^a nm anin bansn c. vm. 

♦ dm i^d "inb nm rtte* ba> mit 1 ab"i V 2T 

Il est évident, d'après ce qui précède, que Benjamin b. Juda, 
auteur de la Hakdama, est le même que Benjamin, disciple de 
Joab, auteur de l'Abrégé,. et que cet auteur est Benjamin b. Juda, 
de Rome, contemporain d'Immanuel. Il peut sembler étonnant 
que Benjamin ne mentionne pas dans l'Abrégé la Hakdama qui lui 
est antérieure. Nous pensons que les deux livres auront paru à 
des intervalles très éloignés, et que Benjamin, au moment d'écrire 
l'Abrégé, n'avait pas sous les yeux la Hakdama. Gela nous expli- 
que aussi pourquoi les passages du premier ouvrage qui se rap- 
prochent tant, par leur contenu et leur style, des passages paral- 
lèles du Mabo, ne sont pas reproduits textuellement comme de 

1 Ibn Ezra fait dériver aussi scheva de ÎTip, mais dans un autre sens. Voir mon 
Abraham Ibn Esra ah Grammatikcr, p. G4. 

a bans ï-ïbft ai» dm d^pbn TObtab mrum nrj. 



UN ABRÉGÉ DE GRAMMAIRE HÉBRAÏQUE 131 

simples citations. Notre supposition qu'il s'est passé un temps 
assea long- entre la publication de l'Abrégé et celle de la Ilakdama 
est confirmée par ce passage de la préface de l'Abrégé où Ben- 
jamin dit que « ses jours ont été tous disséminés et dispersés », 
c'est-à-dire sans doute que sa destinée a été changeante ; dans sa 
Ilakdama, il ne dit rien de pareil. 

VIL L'Abrégé de Benjamin b. Juda mérite d'arrêter notre at- 
tention pour sa propre valeur. Il résume les matériaux inté- 
ressants des ouvrages de grammaire de son époque, afin de faci- 
liter l'étude de la grammaire. Benjamin dit qu'il a utilisé pour son 
livre « les écrits des grammairiens » ; mais nous ne savons pas à 
quels écrits il fait allusion. Seul, le Séfer Cahot d'Ibn Ezra est 
nommé explicitement dans l'Abrégé, à la fin du V e chapitre: Ben- 
jamin renvoie à la partie de cet ouvrage qui traite de la métrique 
et de la poésie néo-hébraïque. Le commencement de ce même 
V e chapitre cite également un passage qu'il attribue à Ibn Ezra, 
mais sans nommer le Cahot d'où ce passage est tiré. 

Une analyse plus complète montrerait ce que l'Abrégé a em- 
prunté aux écrits d'Ibn Ezra et des Kimhides 1 , mais nous ne vou- 
lons pas entreprendre ici un tel travail, nous nous contenterons 
de relever encore quelques particularités de notre ouvrage. 

Dans le chapitre I er , que nous avons résumé plus haut, l'auteur 
divise les consonnes en douces et en fortes. Ainsi p et a sont des 
lettres fortes, d et i des lettres douces. Les lettres fortes sont 
toujours lettres radicales, les douces peuvent être lettres serviles. 
Ces observations se trouvent déjà dans le Cahot et dans d'autres 
ouvrages d'Ibn Ezra 2 . 

A la fin du chapitre I er , Benjamin donne un signe mnémo- 
technique pour les onze lettres serviles et les onze lettres ra- 
dicales. Pour les premières, il indique un premier signe trouvé 
par Joseph Kimhi, et adopté également par Moïse Kimhi, ce 
sont les mots na^ia» ï-wna 3 . Il donne encore pour ces lettres 
un deuxième signe que David Kimhi rapporte au nom de son 
frère (irba* nrû ïwiz ), mais qui ne se trouve pas dans la 
grammaire de ce dernier. Benjamin subdivise, comme Joseph et 
Moïse Kimhi, les onze lettres serviles en deux groupes, dont 
l'un (ttnbis) comprend les lettres serviles préfixes, et l'autre (pn 

1 Dans son Commentaire sur les Proverbes, Benjamin b. Juda cite particuliè- 
rement Joseph et David Kimchi et Ibn Ezra. Voir Berliner, Pletath Sofrim, p. 11. 
* Voir Abraham Ibn Esra ah G-rammatiker , p. 58. 
3 Voir David Kimhi, Û^lUTOrî '0> éd. Lebrecht et Biesenthal, p, xxvi. 



132 REVUE DE3 ÉTUDES JUIVES 

bTft) les autres lettres serviles. Pour les lettres radicales, 11 y a 
également deux signes mnémotechniques, l'un, tidô s>n ni: Ép, 
imaginé par Salomon ibn Gabirol et adopté par Ibn Ezra, et 
l'autre, pni: 3>w "iso rrj 1 dont la création est attribuée à Saadia. 

Au commencement du deuxième chapitre, Benjamin énumère 
dans le môme ordre que Moïse Kimhi les cinq voyelles longues 
et les cinq voyelles brèves ; il les donne deux par deux, une lon- 
gue avec la brève correspondante, comme le fait Joseph Kimhi. Ce 
dernier, imité par David Kimhi, place le hirek long et le hirek 
bref à la fin, tandis que Benjamin suit l'ordre de l'alphabet latin, 
a, e, i, o, u. 

La fin du chapitre II s'occupe de la prononciation du scheva 
mobile. Benjamin distingue trois cas pour le scheva : 1° le scheva 
placé devant une gutturale ; 2° devant un yod; 3° devant une autre 
lettre. Cette distinction se trouve, pour la première fois, sous cette 
forme, dans les écrits des trois Kimhi, nous reconnaissons cepen- 
dant à un détail que Benjamin a surtout utilisé, pour le scheva, la 
grammaire de Joseph Kimhi 2 . 

Dans les chapitres III et IV, Benjamin étudie successivement 
toutes les voyelles ; il essaie d'expliquer étymologiquement le 
nom de chacune d'elles. Dans cette étude, il s'inspire surtout des 
idées d'Ibn Ezra 3 . 

Le chapitre V contient, au commencement et à la fin, comme 
nous l'avons déjà dit précédemment, des passages du Séfer Cahot 
d'Ibn Ezra sur les trois voyelles fondamentales (hôlem, hirek, pa- 
tah 4 ) et sur la métrique néo-hébraïque 3 . Benjamin accorde la 
préférence au mètre qu'Ibn Ezra indique en premier, et qu'il a 

1 Voir Abraham Ibn Esra als Grammatikcr, p. 57, note 1. 

2 Le "JT-DT 'O indique ainsi la règle sur le troisième cas : '"iTÏÎNd "O^bttîï"» l "p b 73 

tp"j£n d« ^n . , ♦ nnsb ï-raan dbi^b . . . rrnmN itxv br Naœrï iTïrn 

. . . ÏTOINni î"»rn?;33>n ÎN driÏÏ3> ?<m. De même dans le pllplil t>mtt : 

tsai t]rjn nnsb ïiani r*nn j^i^rr "nn» smanM fc-rvrhMïi n«»m 

nm nri&b Ï1B"D NfM î^"l£>rï US >*M\ Par contre, dans le ib^3tt ^bntt 

n**rî"î, on lit : î-rnn nrmNn ixwft nn« vins &m un m^b^m 
•papb n-jiD t^narr rwnp i-prjn© nsnan irwa srnpa. 

* Voir Abr. Ibn Esra als (rrammatiker, p. 62. Comparer avec les citations d'Ibn 
Ezra reproduites dans cet ouvrage les passages parallèles de Benjamin que voici : 

, . ♦ bruian p *s î-jrrns fnûbja nnsi yinpn ns^DN N^rr y^pti "tt 3>î 
. . . raoa pmro "rob s-rav» nnanan ^n ira npnn^ "piztë» nwa p-pn 
monba dis Nibtt îsnarip pbi *-nananrt bd?a i-rbTO inanan ebihil 
■pTûbîa nwa pm« . ♦ . t^in mfcbta •pttb dbin dm ab£ nsa insnanto 
ib cran inanan p *a T"3>bn iNbli'ne ttp'HTq. 

4 Voir ^lir. 73 ;i ^«'a aïs Grammatiker, p. 61. 

5 Benjamin dit : "ibO hWÏ nBDd t"*W p tTOT "DS tpbpMÎTI 

■mai isb ?naî> "pan rpï-b ■pa dïrbjn nso72d t"^ eair©. 



UN ÀBB8GË DE GRAMMAIRE HEBRAÏQUE 133 

adopté pour sa composition poétique bien connue ^na ^©Çi iVrt. 
Benjamin renvoie à ses propres vers, composés d'après le môme 
mètre, qu'il a placés à la tête de son Abrégé, et que nous avons 
reproduits plus haut. Pour faire bien saisir ce mètre à ceux qui 
veulent l'étudier, il divise chaque vers en ses pieds 1 . 

Le chapitre VI examine les lettres serviles dans l'ordre où elles 
se suivent dans le signe mnémotechnique créé par Joseph Kimhi 
et adopté par Benjamin. Ce dernier paraît également avoir suivi 
Joseph Kimhi pour les diverses fonctions remplies par les lettres 
serviles. 

Le chapitre VII traite de la classification des noms. Benjamin 
paraît avoir des idées personnelles sur ce sujet, ses opinions ne 
concordent ni avec celles d'Ibn Ezra, ni avec celles des Kimhi. 
Il divise d'abord les noms en mots désignant des êtres et en mots 
désignant des accidents -. Ou bien encore on peut considérer le 
nom comme bb3, c'est-à-dire désignant une collection, et comme 
fins, c'est-à-dire désignant un individu. Le nom ans lui-même se 
subdivise en nom s'appliquant à l'être (nom propre) et en noms 
s'appliquant à l'accident ; enfin ce dernier nom comprend la 
classe des noms dérivés du verbe et des noms non dérivés du 
verbe 3 . D'après Benjamin, le nom propre se distingue du nom 
commun en ce que : 1° il ne prend pas l'article fi; 2° il ne prend 
pas de suffixe indiquant la personne; 3° il n'est jamais à l'état 
construit ; 4° il ne forme pas de verbe ; 5° il ne prend pas de 
pluriel 4 . 

Ibn Ezra, le premier, avait montré ces distinctions, mais il 
n'en avait indiqué que quatre : le deuxième et le troisième points 
n'en formant pour lui qu'un seul 5 . La grammaire ■nan fins sé- 
pare, comme Benjamin, les deuxième et troisième points, mais 

1 lï-m bnaiiprt f» pana bpp»ïi nra vnatitt rnwi -tûtn wm 

ktoïti w -nn T^a jpvt»b inn li^an an ^a •ji-b? "îinnwa nnnïi 
irnrw krunan "• v«d ï^bj rvtfw'vip *jrrj" taibab aifii "w na 
nwan ra-iai w "nïi. 
1 b:n I5ait3? hv as-ra tsm «m lab mïïls hv î-mttia bïî tt' 1 

"lJJatt. Ce sont là les deux premières (et, d'après le Yesôd Diqtluq, les deux uniques) 
classes des noms, d'après la division d'Ibn Ezra. Voir Abr. Ibn Esra als Grramma- 
tiker, p. 72. Il faut remarquer que le terme ^aïû est pris par Benjamin dans le sens 
de TVypJ2, accident. On peut encore citer ici un passage de la Hakdama qui adopte 
la même division pour les noms : aa^ïlfa IN Y")D3 Û1TÎÏ1 ÏTÎTIÛ "pa. 

3 Joseph et David Kimhi divisent en général les noms en dérivés et non dérivés. 

A N*bi brsm ***b 'po^ t^b ï-iyoi xb rw»Trt n"m f**iai t^b 
nannr 

* Voir Abr. Ibn Esra als Crranimatiher, p. 73. 



m REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

n'indique pas ce fait que le nom propre ne prend pas le 
pluriel l * 

VIII. Les trois derniers chapitres de l'Abrégé sont consacrés 
au verbe. Le chapitre VIII reproduit la définition commune du 
verbe , il contient des considérations générales sur les temps, le 
genre, le nombre, les personnes et les modes. Cette partie de l'ou- 
vrage semble s'écarter des idées grammaticales d'Ibn Ezra et des 
Kimhi; elle se rencontre, au contraire, d'une façon étonnante 
avec la grammaire Pétah Dcbaraï "nm nns. Il sera facile d'en 
juger par la comparaison des textes suivants : 

Sur les temps : 

Pétah. Mabo. 

pbw fcaiNïi inai ba i$ 91 1W1 ia* smabt) dîn ùWfn 
.ïmin ivi* ia* d-»pbn Jrr&btb t-niab trbtti-nu *jo i^a ï-tviïti 
Tro s-ït rna inaa ^ibû na? îrt rna r^a mba rb* -iîj&o ma 
taiba 'i-mrt fîT nia s-iaai mba 'pw terbuîrt ab t=&o nn^ nn 
•îmaab bifinfflB ï-iï rna s-eia l-rtia ^iba vb* ntt&o ima ï-wia 
.Y»«a* rt:ia Kiî-n i»^»nb ivan "p*^ uni sniïi s-ip^ wi m ma 

i-nïab rtttn J^ba na b^nn^î ab 
fcra nsa^ ^iba -nb? -n^ao ma 

Sur le nombre, le genre et la personne : 

trpbn ï-waïaô pbre °)h9fi itirt* ï-tfana fâfi (?) hSrtTffli 

s-rrm hdpbbi a^bi H^m narb hanrtîi *>p5m tinshh !tW awi 

a^pbn ïrœbisb pbro wr*?j . ma^bn wabi Nfciâabl "inoib ™bra an 
,wa *iaiiïbi . , , Nir^bn , . inODb . wa 

Sur le futur et l'impératif : 

•Mué ^i-ïîstH fcnïi i^h^ïi nnm airrwî a^pbn wb a":» ^n*î-n 

ib wi -nan shn tariN s-na^ "mat ^np3 nna pbma aba fwb 

B-rîtti î-iï nai t-içar "ïii* "praba pbnm vwaa naa'tfb, êôn w* NÏn 

»*Tri* nna bab narn iw N^pa -inai-i 



1 Ibid., ibid., note 11. Comme il est dit dans ce passage, Elias Levita aux quatre 
distinctions établies par le Pétah Debaraï, en ajoute une cinquième et arrive ainsi au 
même nombre que Benjamin. 

2 Ibn Ezra fait aussi remarquer que l'impératif sa confond avec le futur. Voir 
Abr. Ibn Esra als Grammati/tcr, p, 130. 



UN ABRÉGÉ DE GRAMMAIRE HÉBRAÏQUE 135 

Sur l'infinitif : 

«h\B t^ifna nnà *nai «m t^iïio fesn&a in« pbn w 
iip» x^:ï fa^pbnh ï— rbN bsb *npti hÀrttt "p^fc mp» s^ps 
©*ND1 ma*iîi rbnnn Kihia *&b MsurwlH 1533 t**im ffnM ftb'tfBîl 
mbij'sn bs rvrterv îiEEi ïniiHrt . ûttb ftîaïi fcttttl mii33>b 

r-rarb Hawaii m^îti nvotart 
fmaab amin ^rt tnan "noamas 
snaiorrah h»a nroiaii ùtj ht trô 
»*npio N"ip3 tir b^i rrnB*b 

Sur l'emploi de l'infinitif : 

mb^cïi bsb trm Tipirtl ftt ^ ittirab "pas mttMD Tipttirr TOI 

•«irai Tn-an na^ anptta iN^ïï^a in Tn* taip»a in *ia* ta-ip^a 

nanb û"i^m Wr'HXin *nn bi*ai in trm fittiba in mft tznpïïa 

■ilpan fi«ba lavl !nba?a in^a tâfcfcs in "inoa in ma - ] in rtW» 

nmn ns rri-m 1315**1 bab "wam ISTrtfcafca aban *s ma laitt in 
. i . TrrfâwûB nn3> ïiiaba ^a ifltfca 

Le chapitre de l'infinitif dans le Pêtali Debaraï montre mieux 
encore que le reste de l'ouvrage que ce livre est antérieur à celui 
de Benjamin ; Abraham Balmes n'a donc pas été très éloigné de la 
vérité en attribuant le Pétali Debaraï à David Kiffihi 1 . Pour qu'un 
auteur du dernier tiers du xm e siècle, comme l'était Benjamin, ait 
pu s'en servir, ce livre a dû certainement paraître au premier tiers 
ou au milieu de ce siècle. L'auteur a vécu avant Benjamin b. Juda, 
mais après David Kimhi, car les passages du Pêtah Debaraï sur 
l'infinitif se trouvent dans le Mihhlol* de ce dernier. Profiat Duran 
(Efodi) combat, dans sa grammaire, les considérations que nous 
venons de citer sur l'infinitif 3 , il dit que les créateurs de cette 
théorie sont les nouveaux grammairiens, et par là il entend, 
avant tout, comme le prouve le contexte, non pas le Mikhlôl, 
mais le Pétah Debaraï *. Cette expression assez vague de nou- 

1 Mihné Abraham, chap. Û^b^D!"» nplbfQ et chap. b^SHi"» "p33. 

2 Dans le chapitre sur l'infinitif du kal (p. 11 «, éd. Venise): llpû Tlp^lT» 

jcrbareii iipn ntim ^a fcwrui-n trwwi pnaiJîi a* a*i*m Ntn 
p>6tt Trun agirai »na* tobi^b n^Nn î^btf) amsann "ûattï fcaba 
ïtosioîi anp rtaionftim iiatanttrr t^irr "O ûnb nnpttïi a*ïp\ Suivent 

alors les différents sens de l'infinitif. 

3 MaaséEfod, éd. Friedlander et Kohn, p. 51. Cf. ibid., p. 233. 

4 Voici les passages que Efodi cite des « nouveaux grammairiens » : 1* tDÏTlï) 

. i némjsi mp73 Nim i-marna ■orjawD *ab p i*np9V -™n -133 

2- aip»a -iN^Ern î-ibi^arï mptt invnb p NhpftS i^7aNia ïn»a t±n 



136 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

veaux grammairiens dont il se sert prouve, d'une part, qu'il 
ne savait pas quel était l'auteur de Pêtah Debaraï, et, d'autre 
part, qu'il connaissait encore d'autres grammairiens qui étaient 
nouveaux par rapport à Hayyoudj et à Aboulwalid ibn Djanâh ; 
c'étaient, entre autres, David Kimhi et peut-être Benjamin b. 
Juda, lesquels avaient émis des opinions qu'il combattait dans son 
livre. 

IX. Benjamin se rencontre encore avec les Kimhi (dans les 
chapitres IX et X de son Mabo) sur les points suivants : 

La conjugaison est une construction 'psa, composée de six ran- 
gées d^ia, comme les six parties du corps 1 . Benjamin trouva ce 
terme de o^Titt chez David Kimhi, et, comme celui-ci, il développa 
aussi la métaphore donnée avec l'ancien terme de "pan, pour ex- 
poser à son aide les diverses formes du verbe. Lui aussi, il parle 
des « pierres » des rangées de la construction, mais dans une 
autre application que D. Kimhi. Il poursuit cette métaphore jus- 
qu'à la fin, et, dans le chapitre IX, Benjamin représente les con- 
jugaisons et leurs formes par un curieux dessin graphique em- 
prunté à l'architecture. 

Gomme Moïse et David Kimhi, Benjamin partage les conjugai- 
sons en quatre couples, composés chacun d'un actif et d'un passif. 
Joseph Kimhi s'écarte un peu de ces grammairiens dans la répar- 
tition de ces couples 2 . 

X. Nous avons montré plus haut 3 que Benjamin, pour bien 

iTlitl bl^DI b^"lS1 ITl^l *D#. Les deux citations sont de Pétai Debaraï, la 
première se trouve dans un passage que nous avons cité dans notre article î"P3b 
TOJJ3Î1 Tlptt K1ÎT1 miÛfiE 15W» l£)b p fc*np5. La deuxième citation 
se trouve dans un passage sur l'infinitif, que nous avons également donné. Les mots 
fîbl^DÏT TlplO n"PÏ"ib rappellent le passage de David Kimhi *Vip!Q î»<"lï"ï 15 
ûbs LTb^DM (voir p. 135, note 2) et l'expression de V Abrégé de Benjamin, Tlpfa 

1 iniBiD 1X5 dipbn rtuw) ûïi yni?i ipbrw inrow rhtin Lppbri!-: 
•pa 172S tan 15 "psa teianp ^na bpwm "im to^iaa rpwi ^pbn 
ï-rbnn ùipnp^n im nib» *ho b^ ù-ûtt jiarri ùi-na trao r-rasa 
ib iffiinwi insirt ib v^am bi^sï-: ib n^b^-i irwott ib "W1 na^ri 

Tïiyïl ib 11221ZJ1 "1 1 p 73 ï~î - Les six parties du corps sont les quatre extrémités, plus 
la tête et le tronc. Cet ordre des formes de verbe ne se trouve pas encore chez les 
grammairiens anciens, qui ne désignent ces deux participes que d'un terme et rangent 
l'impératif après le futur. 

2 Les quatre couples chez Moïse et David Kimhi sont les suivants : Kal et Niphal, 
Piel et Puai, Hiphil et Hophal, Poel et Hiîpael. Joseph Kimhi, ne connaît pas encore 
cette division. Plus correctement il nomme d'abord les conjugaisons actives et les fait 
suivre par les réfléchis (Niphal et Hitpael) et les deux passifs (Puai et Hophal). 

3 Voir ci-dessus p. 132, note 3. 



UN ABRÉGÉ DE GRAMMAIRE HÉBRAÏQUE 137 

faire comprendre le sens d'un mot hébreu, a recours à un mot 
italien. Il emploie souvent ce moyen pour préciser la signilication 
de diverses formes du verbe, et cette méthode de traduire cer- 
tains mots hébreux par des mots italiens prouve clairement que 
l'Abrégé était un livre d'enseignement. Cet ouvrage, du reste, 
est probablement la première grammaire hébraïque qui ait fait 
usage, dans un tel but, de la langue du pays. Il ne sera peut-être 
pas sans intérêt pour le lecteur de voir comment un grammai- 
rien qui a vécu du xm e au xiv e siècle a traduit en italien la 
conjugaison du verbe hébreu npD, traditionnellement pris pour 
paradigme, et transcrit les mots italiens avec des lettres hé- 
braïques accompagnées de voyelles. Le dessin qui, à la fin du 
chapitre ix de l'Abrégé, représente le verbe, et dont nous avons 
parlé précédemment, contient la conjugaison de ipD avec la 
traduction italienne : iBSTO'n, Tipç; R?r? n !? "ipto; 1M5P?T3 ^»i 
faWïr?^ "TïpsN; iMfiW'Si 'ripo; vj m'h, *îipD. Ces six 
formes du Kal se trouvent à l'intérieur du dessin ; dans le carré 
extérieur sont inscrites les conjugaisons *, à l'exception du Piel et 
du Poel : T^Brt; iBwrrW i^N? iKis ï^ îIbèww i**iD ipsa 
"i^ ^ônrt; lÉrtra'n iB«s iaia ib^ t^bïj ; n»îra , n ^spjB i^N 
*ç ifiWrrn. La traduction a été, dans notre manuscrit, écrite à 
côté du verbe hébreu par une autre main que l'Abrégé. C'est cette 
même main qui se reconnaît aussi dans les corrections et les 
notes marginales, qui servent à compléter la copie présente de 
l'Abrégé, et qui ont été probablement faites sur une autre copie 
plus complète qui contenait aussi les traductions en question. 
Mais ces traductions ne perdraient rien de leur intérêt^ même si 
elles n'étaient pas de Benjamin. 

Sur le dernier feuillet, la même main a inscrit le paradigme 
complet de toutes les formes du Kal de nps, avec traduction ita- 
lienne ainsi que les deux participes déclinés avec les pronoms 
personnels. Voici, par exemple, les formes italiennes du parfait : 
i-paonrrrn, Inanpn, *jNrnïn, 'WVfrvraii, Hhtw- 

La première personne du pluriel ne s'y trouve pas par oubli. 
L'impératif au masculin est traduit ainsi : Naia ^Baçro^i »1W, 
et au féminin : \Nin ^BNBp^, rj Kaniïn. 

Un autre paradigme des huit conjugaisons est écrit avec la tra- 
duction italienne sur le dernier feuillet de la copie du jrDfti nso 
de Joseph Kimhi qui se trouve également dans le ms. de M. Halber- 

1 Ici le mot italien est toujours précédé du terme T^P. 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

stamm *. Voici la traduction italienne du parfait des huit conju- 
gaisons : Kal, ifrwïn; Niphal, i^N^rnn iNid; Piel, iïWâi; Puai, 
IBN^rrhis} ; Iliphil, "n^r?"] ^Pî Hophal, ^r5n iBKû is; Poel, 
ianpân; Ilitpael, ^oiîwrn 2 ' 

XI. Nous indiquerons encore quelques particularités assez inté- 
ressantes de l'Abrégé de Benjamin b. Juda. Voici d'abord un 
terme assez singulier, yn, courant qui, chez Benjamin, signifie 
état construit, et yi laW&i état absolu. Le verbe yn est égale- 
ment employé dans ce sens 3 . Ainsi : l'ait* ^sn d^ai*n mifl pi 
ù^iap ibis n-irra rùn ^hn IêSH* «br 

Et encore : UW nbai ♦ ..innn nnd wn yapïi'a^bana d^-idi TOU5 
tibaïi arstaift tïtà in p*l w p*»*i fnrtl *"ltai rta nioti ŒJffin. Pour 
expliquer le sens du quatrième de ces six cas où le kametz est 
remplacé par le patah, il dit : . rtipxitt iddd nspa "pro 4 W* ynii 
Wnnfi repsa bra ^sïi isod "nnat "p. 

Une autre expression qui mérite d'être signalée est le terme 
nnps iabti3 pour désigner la voyelle -. T . Ainsi Ben Ascher désigne 
par rrmpi tabtt) le ségol 5 . Le terme yidp, employé aujourd'hui 
par tous les grammairiens pour indiquer le u bref, peut être 
suivi à travers les différentes phases de sa formation. Ibn Ezra 
dit que le schurek est appelé dis ynp, contraction de la bouche* ; 
de même le o est nommé did aba. Joseph Kimhi, qui, le premier, 
a distingué Vu bref de Vu long, paraît aussi avoir appelé le pre- 
mier, Vu bref trnsrc y^p, quoiqu'il ait désigné quelquefois Vu 
bref par le mot schurek 7 . Dans sa grammaire, il désigne Vu bref 



1 Sur cette feuille, qui est à la fin, on lit l'année 1597. 

2 On peut rappeler ici que la bibliothèque de Saint-Marc à Venise garde un ms. 
de la grammaire de M. Kimhi (de l*an 1478) avec une traduction interlinéaire tour à 
tour latine et italienne. Voir Perles, B titrage zur G-eschichte der hebr. und aram. Stu- 
dien, p. 212. 

3 M. N. Porges me rappelle dans une lettre que chez D. Kimhi (Mikhlôi 18 c, 
20 d, éd. Ven.) se trouve le terme îfbaïl V"' 1 *lïlb« En effet, ces deux mots sont la 
traduction de l'arabe dtfbdbb fcWNTlN, chez Aboulwalîd, Opuscules, p. 30, et ce 
même terme arabe est rendu par les traducteurs de Hajjoudj ainsi : D^Û^UÏl '"Tfàdïld 
ou d^S^ïl md^aDD. Voir ma dissertation Die grammatische Terminologie... , 
p. 38. 

4 Chap. m, à la fin. 

3 De même David b. Abraham, 12p5 ÏHNbn ou JÏriNbn. Voir Die grammatische 
Terminologie des... Hayyoudj, p. 18. Aboukvalid désigne également le ségol par 
l'expression trois points. Voir Ousoûl, col. 522, 32 ; 593, 16. 

' Voir Abr. Ibn Esra als Crrammatiker, p. 63, 

7 n dit une fois : ûvidw y-mp n»i»i m ^bs pmra ttiïr\ niup nanan n 

Il nomme de même Yi bref : Tïi itfbd pTfi. 



l T N ABRÈGE DE GRAMMAIRE HEBRAÏQUE iW 

tantôt par tf»nwB y^p, to&Vbt par yi^, quelquefois par pTUD. 
Ainsi il dit du Puai : y?:p tprtf-n trnûta yinpïi mna îiî fqaal 
ttfflb ( fl» hjM tTtttt, et du futur du Puai et du Hophal : ^ :m 
yiap- b*Ôîj b^th y:a ^n 'en y*npm rMati im» m» brs y:n bb 
•jma rrtfcl. Moïse et David Kirnlii nomment Vit bref trnstt yiap. 
Peu à peu le dernier mot est tombé, et on a fini par désigner Vu 
bref par le seul mot de ymp. Il est possible que Benjamin n'ait pas 
employé ce terme de ynp clans le même sens que les Kimhides, 
parce qu'il désigne par ce mot la prononciation du kametz 1 : 15 y*\ 
nrrnD yrdb'n hpdi Y^pi 2 fte^dR K">M yn-pn, il n'a donc pas 
voulu se servir de ce terme pour indiquer une toute autre 
voyelle. 

Ce que Benjamin dit des deux participes est tout à fait original, 
il compare les participes actifs et passifs avec les noms dérivés 
et non dérivés 3 : 

b^isn »i p *\m inbai W3 mttioa ww i»a *o rwb '■jb ^ 
bapia ntasfttt 17:5 bjwh impa b.npïï tawitt bi^Di b*iû ûiib ï-rama 
nm in rm ■pb* itt&p n^att Hinaft «ikîi wa itjû ^nbaii mptt 
trvi in ïijDi ïit ma v£* nssMf» \wn bnptt ntaa ry»aft b*i rna 1 » in 
.m:nb bnmïi ab y^n? un reai nt ma in "nia rtl 

L'application d'une sentence de morale à un fait grammatical est 
également assez originale. Le n qui, au commencement d'un mot, 
est une modification du i, est considéré devant une voyelle comme 
un simple scheva, mais devant un sclieva il prend le rang de 
voyelle. « On peut appliquer ici, conclut Benjamin, ce dicton de 
nos sages : là où il n'y a pas d'hommes, efforce-toi d'être un 
homme 4 ». 

L'exposé que nous avons donné de la grammaire de Ben- 
jamin montre que cet ouvrage présente d'importantes lacunes. 
Ainsi il ne parle pas des verbes irréguliers, il n'indique pas les 
différentes formes des noms. Benjamin promet bien, à la fin du 
chapitre vu, de donner des exemples des diverses espèces de 
noms après qu'il aura achevé oe qu'il a à dire des formes du 
verbe 5 , il ne tient pas sa promesse. Mais nous ne devons pas 



1 Chap. m, au commencement. 

2 Ibn Ezra dit : pnTC2 t|01W3. Voir Air. Ibn Esm ah Grammatiker, p. 63, 
note 8. 

3 Chap. vin. 

* Chap. h, bimôn tn^tf yNia 'ip732 b"T ta^an *\*\mv s-^b î-r*m 

C\S rVPÎlb. Voir Abot, II, 5. 

5 ibpottT briDrî -n&oan b^nnnbi pnsn ïit p^oanb iman i-BîTI 



140 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nous étonner de rencontrer des lacunes dans un ouvrage qui, dans 
la pensée de l'auteur, était principalement destiné à servir d'in- 
troduction à l'étude d'ouvrages grammaticaux plus importants. 
En effet, ce livre ne mérite pas de prendre place parmi les œuvres 
capitales qui ont paru depuis Ibn Ezra et les Kimlii ; mais, si nous 
le considérons comme un essai de vulgariser l'étude de laiangue 
sacrée et d'éclaircir quelques points obscurs du système des 
sons, il a droit à toute notre attention *. 

XII. Le ms. de M. Halberstam contient, entre autres, un écrit 
grammatical qui va jusqu'à la deuxième page de la dix-huitième 
feuille -. Ce traité a une préface intéressante dont voici la tra- 
duction : 

« Moi, Méir, fils de R. Salomon fils de R. David, le plus petit de ma 
tribu, le moins considérable de la maison de mon père, je me suis 
vu obligé d'éclaircir quelques questions grammaticales, par suite 
des temps difficiles que nous traversons, afin que ma faible intelli- 
gence puisse les comprendre et ma mémoire les conserver. Je veux 

b->n i-nmb ro ïrrttn tsnï*n rtiinm ^î3>n -rnb nb 13 *b& tznuï-ï 
tara !nb*n\ 

1 A côté de la grammaire de Benjamin b. Juda, le ms. de M. Halberstam 
contient encore, comme nous l'avons déjà dit, un autre manuscrit dont le papier et 
Técriture diffèrent de ceux de l'Abrégé. Ce ms. est une copie du 'p'-ûîï'ï '0 de 
Josef Kimhi, mais les trois dernières feuilles contiennent, sous le titre de d^j^lTï 
pT^pTïlfà d^HDÏTI, un résumé des règles les plus importantes de la grammaire. 
Cet opuscule ne donne au commencement que quelques extraits de l' Abrégé de Benja- 
min sur les différentes espèces de noms et les distinctions à établir entre le nom propre 
et le nom commun. Suit alors une étude très sommaire des formes du verbe et des 
conjugaisons, puis la division des verbes d'après leur racine en treize classes, divi- 
sion qui est empruntée à David Kimhi. Enfin cette légère esquisse finit par cette 

prière : ;np"i 9*®*\ b&oiN nbtJ aisn bbdn bvrm^ hy dibrai (Sur bama, 

voyez dans la pièce poétique de l'Abrégé bN"HN TF'2 Ï"ï5!3). Ce même écrit con- 
tient sur la page suivante une autre division des verbes, avec ce titre : inpn^ï"! 
N'^b TlDNÏ"! n20tt (£Ob signifie, d'après M. Perreau, "pN S-pîT fto-nb). 
Cette division comprend vingt-sept classes et, fait remarquer l'auteur, si npN a 
pour racine ppb et non np3, il y a encore une vingt-huitième classe, N"Dïf "Idtl 
*7^b NTÏT1- Tout cela est copié de la grammaire d'Efodi, au chapitre xv (éd. Fried- 
lànder et Kohn, p. 88). — La liste des vers est suivie de quelques règles sur les 
conjugaisons. — Cet opuscule grammatical n'est pas de la même écriture que le 
■JT-DT!"? 'D, il paraît être de la main de celui qui a ajouté le paradigme de IpD à la 
grammaire de Benjamin, et a fait des corrections à cet ouvrage. 

2 A la suite se trouvent des extraits du lexique de Salomon Parhon, écrits de la 
même main que le numéro précédent. En tête se trouve cette observation ^nNit 1 ^ 
laN^b *V9^ Ûi^mUi ta. Ainsi le copiste a trouvé le lexique de Parhon dans la 
ville de Legnano, il ne nomme pas le lexique, il se contente d'en donner quelques 
extraits des articles ^03, T3>2S, Infi, fibU), T»l et quelques explications de 



UN ABRÉGÉ DR GRAMMAIRE HÉBRAÏQUE 141 

les mettre par écrit avant que je ne los oublie. Ce sont quelques 
points dont mon grand-père n'a pas parlé dans son ouvrage Pétah 
Debaraï, parce qu'il s'est fié à ses connaissances étendues et qu'à 
cette époque les jeunes gens les comprenaient facilement. Mais moi, 
privé d'instruction, j'ai dû m'occuper de ces questions, les étudier 
dans les livres, je les ai résolues et transcrites ici en sept cha- 
pitres 1 . » 

Suit alors le sommaire de ces sept chapitres, et ensuite viennent 
les chapitres suivants : 1. Verbes transitifs et intransitifs; 2-3. Si- 
gnification du Piel, du Hiphil et des autres conjugaisons ; 4. Hiphil 
avec un double complément direct; 5-7. Suffixes pronominaux des 
verbes. 

Ce qui nous intéresse le plus dans cet opuscule c'est la déclara- 
tion de l'auteur qu'il est le petit-fils de l'auteur de Pétah Debaraï. 
Cette grammaire est une des énigmes de la littérature juive, non 
seulement parce que nous ne savons pas qui l'a écrite, mais parce 
que les hypothèses les plus singulières ont été émises au sujet de 
son auteur : Abraham Balmes l'attribue à David Kimhi 2 ; mais 
le Mikhlôl n'y fait pas une seule fois allusion, pas plus que cet 
ouvrage ne mentionne le Mikhlôl. Du reste, en comparant ces 
deux livres, on reconnaît qu'ils n'ont pas pu avoir un auteur com- 
mun. Le Pétah Debaraï dit quelquefois tout le contraire de ce 
que nous lisons dans le Mikhlôl. « Il y a des grammairiens, dit 
l'auteur, qui admettent trois formes pour le futur niphal des 
verbes géminés, comme biip, pfc?, bj^. Cela est faux, car les mots 
bpNT (Gen., xvi, 5), btoçn (Gen., xlvii, 18), d*n (Lév., x, 3) sont 
du kal. La règle est que le futur niphal se forme d'après le para- 
digme nsn aas 3 ». Or, cette opinion que le futur niphal a trois 
formes et qui est si vivement combattue par l'auteur de Pétah 
Debaraï se trouve dans le Mikhlôl de David Kimhi 4 . Un auteur 
plus récent attribue Pétah Debaraï au frère de David, à Moïse 
Kimhi, son erreur provient de ce que ce livre a été édité avec le 
r\yi iVaw ^bïrtt 5 . Abraham Gabison l'attribue à un Ibn Hisdaï, ce 

1 Chaque extrait a son titre, ^^ U)T«25a TlfiCÉtt ,VlN£tt friM ©11253, etc. 
M. Steinschneider désigne le contenu de ces extraits « comme des notices sur 
vingt et une racines ». Cette erreur provient probablement de ce que M. Stein 
Schneider a lu le titre des extraits de Parhon, qui est D^lEIE) 'N3, Û^ttJHI) N"D. 
c'est-à-dire vingt et une racines. Ces extraits ne donnent que cinq articles em- 
pruntés au Mahbérét. 'N3 est == T1N3. 

8 Voir plus haut, page 135. 

3 Pétah Debaraï, 93 b et suiv. 

4 Ed. Venise, p. 46 a. ., ■ . 

5 Steinschneider, Calalog. Bocll., col. 635; Bibliog. Handbuch, p. 8. 



142 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que Geiger accepte comme une tradition digne de créance » . 
Benjacob 2 croit que l'auteur de cette grammaire est Moïse b. 
Habib ou l'un de ses élèves, il se fonde sur l'assertion de M. Stein- 
schneider que la première édition de Pétah Débaraï (Naples, 
1492) a été faite par un disciple de Moïse Habib. Elias Lévita, qui 
a publié cet ouvrage en 1546 avec d'autres anciennes -œuvres 
grammaticales, dans le recueil tr$vrç>^, ne connaît pas le nom de 
l'auteur, il a écrit sur la page où se trouve le titre du recueil que 
Pétah Debaral est attribué à un ancien savant espagnol orvntt 
û'Wrpîi ûimsofi i/oorra ^n^b, et à côté du titre de l'ouvrage lui- 
même il a mis « que cette grammaire a été composée, il y a long- 
temps, en Espagne », maon ûw imi ïiî nmrw 3 . Cette opinion 
paraît reposer sur une tradition, et, de fait, rien ne s'oppose à 
ce qu'elle soit d'origine espagnole. Nous n'avons aucune donnée 
qui nous permette de fixer d'une façon précise la date de la publi- 
cation de Pétah Débarai, nous ne trouvons aucun renseignement 
qui puisse nous éclairer, ni dans l'introduction où l'auteur, ins- 
piré de la préface d'Aboulwalîd, montre l'importance des études 
grammaticales et prodigue de chaleureux éloges aux anciens 
grammairiens 4 , ni dans le corps du livre, où il se borne à traiter 
les différentes questions grammaticales et ne combat que rare- 
ment les opinions émises dans d'autres œuvres. Nous voyons seu- 
lement dans son introduction que l'auteur se déclare le disciple 
des maîtres de la grammaire pour lesquels il professe une si 
grande admiration et dont il ne nomme que trois, Hayyoudj, 



1 Oçar Nechmad, II, 20 ; Nachgel. Schriften, V, 1, p. 27. 

2 Thésaurus librorum hebraicorum, p. 501. 

3 II est à remarquer que Cornelio Adelkind a lu le titre "H 3*1 fiï"l3 et non fins 
"Him, car il fait rimer ce titre avec des mots qui se terminent en <¥y, Ainsi les deux 
premiers vers de la poésie quïl a composés pour clore l'édition dans les ÛipHp 1 "! 
sont: 1*11X1 TPbNi:; btf!"î ÛUÎ3 /n^ nnD *1DO ûblZiï pm. M. Steinschneider, 
dans le Catal. Bodl., p. 635, cite l'assertion assez curieuse de M. Abraham Hochmuth 
qui voit dans le mot i^DI le nom &D"p 12*1 *jb 11*7, et attribue Pétah JDebaraïh David 
Kimhi. Ce titre de "H^ ïinD est identique avec les deux mots par lesquels com- 
mence l'introduction de l'ouvrage, et ces mots sont certainement empruntés à Psaumes, 
cxix, 130 : 'THSil Tins, où le deuxième mot est au pluriel ; il faut donc lire "ns^. 
L'auteur appelle lui-même le premier chapitre de son ouvrage 113*7 fins. Ainsi 
il dit (p. 106) : unpïl )Wb "011 1131 nnsn ^irWlïl ISlD ; il appelle aussi 
ïirpnD ce premier chapitre, qui est distinct de l'introduction. 

,)ivhn nvno ipîa? tasnbi îmnn 1*1110 mnb .dnsu) rms ûïtwei 
ûrmna û^nbi ,ibioiûïTi itton labsu fd n^a onttom inebi w 
mm tanimbo» ibpo ,ïiyna .î-wwp iNsp dm ... ib^im wi 
mn ûnpni -n id t=n:n br iirabn pip^b &3b ww tarrmpbp*. 



UN ABRÉGÉ DE GRAMMAIRE HÉBRAÏQUE 143 

Aboulwalid et lbn Ezra \ il est cependant visible qu'il s'est 
inspiré également du plus jeune des Kimhi, de David, comme l'a 
démontré une citation que nous avons donnée plus haut 2 . Nous 
avons aussi vu plus haut que Benjamin b. Juda, qui vivait vers la 
fin du xm c siècle, connaissait la grammaire Pêtah Bebarai, cet 
ouvrage a donc paru au plus tard dans le deuxième tiers du 
xm e siècle, en tout cas il est presque contemporain des œuvres 
de David Kimhi. Et, à la vérité, nous trouvons, dans le livre 
môme un argument important en faveur de cette assertion. Après 
avoir parlé en détail des huit conjugaisons (a^nsn), il ajoute 3 : 
« Il y a aussi des mots formés de deux Mnyanim, nous trouvons 
surtout beaucoup de formes verbales composées du Ilitpael et du 
Poel. » Et après avoir cité quelques exemples de ces formes hy- 
brides, tels que n^inbnn (Isaïe, xxviii, 22), bbljnftb (Gen., xlviii, 
18), il continue 4 : « Telle est l'opinion des anciens grammairiens, 
mais de nouveaux grammairiens sont venus récemment, qui, par 
leur pénétration et leur érudition essaient de faire des décou- 
vertes dans la science grammaticale ; ils prétendent que le Hit- 
pael dérive du Poel dont il est le passif, comme le Niphal dérive du 
Kal, le Puai du Piel, le Hophal du Hiphil ». Ces vues que notre 
auteur combat sont celles de Moïse et de David Kimhi et Benja- 
min à son tour les a adoptées s ; Joseph Kimhi n'en parle pas 
encore. Ce sont donc ses fils qui, les premiers, ont expliqué d'une 
façon nouvelle ces formes hybrides, et ce sont là les nouveaux 
grammairiens qui sont venus récemment modifier les "explica- 
tions des anciens. L'auteur du Pétah Débaraï qui parle ainsi des 
Kimhi a dû certainement écrire peu de temps après eux. 

Quoi qu'il en soit, il ressort de la préface de l'opuscule de Méir 
b. Salomon b. David que nous avons citée plus haut que l'auteur 
du Pétah Bebarai était le grand-père de Méir, il s'appelait par 

1 Page 94a, sur la question de savoir si le N dans '"p^frn (Ezéchiel, xxvm, 16) et 
le i dans IÎTwD^T (Nahum, i, 4) appartiennent à la racine ou sont lettre? serviles : 

btttïï tortm awi rnirp 'n b-nsn Dam p-np^ïi ^tacn $*ta ipbn lato 

r-tt-p w i-nns san. Plus loin-, 100& : mnN nan ib&i wn 'n ^a (sur bip?, 

Job, xxvii, 8), 110 b : f-pa IBrVD NTO pH ÛSUM tt^PD *DD"I. 

2 Voir plus haut, page 135. 

3 P. 74 a. 

* p. 74 ô: a-np73 D"rçnn d^p^rpi» "jn a-ov^&nr; frpvpim rw hv fit ba 
•o "ntt&n ûpvrpna tabiDbsm an^ana iiznn ^n taroan tan i&a 
nansTO nraipaa «str ns»3io wn» bana 113373 swlv b^snn im 

173 Wmtt brp 1^331 bp b2D73 «mn b3>D3 p3 1733 bll>D iblS tttt 

•S|Oi3îi nasrs 173 Kitr bran;-» i^n a:n naan 

5 Voir plus haut, p. 136, note 2. 



144 REVUE DES ÉTUDES JUIVE9 

conséquent David l . Il est vrai que ce grand-père, qui a composé 
le Pétah, pouvait avoir été le grand-père maternel et non pas 
David 2 . Mais, comme Balmes attribue "nm nns à David Kimhi, 
on peut supposer que l'auteur s'appelait, en réalité, David et que, 
plus tard, il a été confondu avec David Kimhi. 

Nous ne sommes pas mieux renseignés sur le petit-fils que sur 
le grand-père, nous connaissons seulement le nom du premier. 
M. Steinschneider veut l'identifier avec le Méir b. David 3 men- 
tionné par Etbdi comme un grammairien important 4 . Mais notre 
auteur s'appelle Méir b. Salomon b. David, et non Méir b. David. 
Ce dernier est probablement le même que le Méir b. David cité par 
Abraham Bedresi, dans sa Synonymique comme un auteur de son 
temps 5 , il ne peut donc pas être le petit-fils d'un homme contem- 
porain lui-même de Bedresi, qui a vécu dans la seconde moitié du 
xiii siècle. Il a été plutôt le contemporain de Benjamin b. Juda de 
Rome et, comme son grand-père, a essayé de faire refleurir parmi 
ses coreligionnaires l'étude de la grammaire. 

Ni l'œuvre de Benjamin, ni l'œuvre de Méir n'ont une grande 
valeur intrinsèque, mais toutes les deux ont poursuivi un but 
commun, celui de relever l'étude de la langue sacrée, à une 
époque où cette étude était tombée en décadence. Pénétrés des 
écrits des maîtres éminents de la science grammaticale, Benjamin 
b. Juda et Méir b. Salomon ont consacré leurs efforts à ressus- 
citer cette science et à la rendre d'un accès plus facile pour leurs 
contemporains. 

Budapest. 

W. Bâcher. 



1 Ainsi Steinschneider, dans Veneichniss hebv. Handschrifteti : « Pour David, 
cf. Maaséiïfod, 233 ; Lebanon, III, 1866, p. 348. » 

2 M. Halberstam, dans une lettre, appelle mon attention sur cette probabilité. 

3 Verzeichniss hebr. Handsch : « peut-être identique avec Méir b. David. » 
* Maast Efod,?. 116. 

5 maîDn dmn, éd. Pollak, p. 189 : y"i TWO 'n pl^ftïl, et la remarque 
de M. Steinschneider dans l'introduction hébraïque à cette édition, p. 10. Cf. Hebr. 
Bibliographie, 1865, p. 75. 



LES JUIFS 



DANS LES ETATS FRANÇAIS DU PAPE 

Û 

AU MOYEN AGE 

(suite et fin ! ) 



LXVIII. 

Recettes à faire par les battons d'aumône sur la boucherie. Devoir de ces 
battons de visiter les malades pour les engager à se confesser, à faire 
des legs pieux et à répudier leurs femmes. 

Nous sommes d'acord que seront tenus les bayllons de l'aumorne 
de prandre le droict de la taccana du bouchier qui sera pour lors, 
et de tout celuy qui servira au maseau durant le temps de ces 
presens articles : c'est a scavoyr , de tout neuf, vache , de tout 
partie, pour ce qu'ilz gainhent au freschain, et combien qu'ilz n'y 
gainbassent rien, bailheront cincq soulx tournoys pour ung chas- 
cun, et de tout veau troys soulx, et de tout moton demy soulx. 
Et cela, après que ladicte beste sera sagatado 2 et expreuvée, que 
des lors sera tenu le bouchier de bailher au bayllon de l'aumorne 
tout le susdict droyct de tout ce que sera sagaté et exprové. Et, si cas 
advenoyt que le bouchier susdict fust tenu du droyct de la tacquana* 
au bayllon de l'aumorne, les sagatadours et exprovadours ne porront 
sagater ne exprover aulcune beste, s'il n'est que par la licence 

« Voir t. VII, p. 227 ; t. VIII, p. 96 ; t. IX, p. 92. 

2 Le mot sagater ou sagatader vient de Thébreu sahat, qui signifie juguler les bêtes 
selon le rite juif. Celui qui fait la jugulation s'appelle le sagataire, sagatadour. Voir 
■lire, t.I, p. 195, et II, p. 201. 
* Comme taccana plus baut, art. 44. 

T. X, n° 19-20. 10 



146 REVUE DES ETUDES JUIVES 

des bayllons de l'aumorne. Et ne porra aulcun bouchier sagater ne 
exprouver aulcune beste pour soy mesmes ou appeller aulcun saga- 
teur ne exprovadour s'il n'est les sagatadors et exprovadors esleus, 
et cela en quelque manière que ce soyt, tant en nostre rue que hors 
d'ycelle, et ce sur peyne de la value de la beste sagatée, et que soyt 
comme une chair prohibée a tout Ysrael de non manger, car nostre 
vouloyr est de ne sagater hors de nostre rue dans la présente ville, 
s'il n'est avecques la licence des bayllons de l'aumorne : toutesfoys, 
les gentz de nostre comune porront sagater pour heux mesmes les 
chevreaulx et les aigneaulx dans nostre rue, en tout temps qu'ilz 
vouldront, car ylz seront quictes du droyct de la iaccana. Aussi seront 
tenus les bayllons de l'aumorne d'aller visiter tous malades ou malade 
de nostre comune le tiers jours de sa maladie, ou d'eslire deux 
parsonnes pour y aller, pour les inciter de soy confesser, comme il 
est de raison, ou pour les faire dispenser et donner aulcune chose 
de leurs biens per Yhecdes et per l'aumorne : et, s'il y a aulcun 
malade qui aye quelque frère, pour ce que la famé dudict malade 
seroyt subjecte audict frère après sa mort, l'inciteront et mones- 
teront de bailher libeau de repudi de malade, comme volon nostres 
docteurs ! . Et ce, sur peyne d'un florin, la moytié au fisc, et l'aultre 
a Yhecdes. 



LXIX. 

Suite. 

Nous sommes d'acord que, durant le temps des presens ar- 
ticles „ seront tenus les gentz du conseilh de donner aulx bayllons 
de l'aumorne, c'est a scavoir cincquante florins, et avec ce seront 
tenus les bayllons de l'aumorne de faire les choses acostumées a 
payer a eulx, aussi de observer et garder l'ancienne usence, c'est 
a scavoir de faire candolles gardées 2 et le despartiment de l'argent 
qu'ilz hont acoustumé de faire, la nuyct de la veilhe de Pasques, aulx 
povres de nostre comune et aussi de mander les deux premières 
nuyctz de Pasques, soyt home ou famé, une pichiere de bon vin de 
loy, tenant troys pichiers ladicte pichiere, et ce tant au povre que 
au riche, et ce moyins ny moyins. 



1 Selon les prescriptions des rabbins. 

2 Les candolles gardées sont des pains azymes faits sous une surveillance religieuse 
spéciale pour les cérémonies des deux premières nuits de la Pàque. Dans les statuts 
de 1779, elles sont appelées simowa, et la traduction de ce mot par le mot gardé 
semble montrer que le sens donné d'abord par M.Isid. Loeb {Statuts de 1779, p. 193) 
est le vrai et que le mot hébreu ne vient pas de leil simourim [Annuaire, t. II, 
p. 200-201). 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 147 



LXX. 

Ressources dont peuvent disposer les bâtions de V aumône à titre extra- 

ordinaire. 

Nous sommes d'acord que seront tenus les baylhons de l'aumorne 
de tenir les clefz des caisses a tenir les coronnes * et la caisse 
des nappez et aultres utencilles comme mahassies 2 et talensos 3 et 
tous aultres utencilles qui sont propices et neccessaires au temps 
qu'i se faict l'oraison a l'escolle, et le tout par inventoyre escript de 
la main de l'escripteur qui sera eslu pour celle année, ou par la 
main d'ung bayllon des manifestz. Et les bayllons de l'aumorne ne 
porront cngaiger ne vendre aulcune chose des choses susdictes; et 
ce, sur la peyne de dix florins, la moytié applicable au fisc et l'aultre 
a Yhecdes. Et si neccessité les constreingnoit d'avoir argent pour 
quelque despence, soyt pour réparation de l'escolle ou de la pinhote, 
et que la commission leur sera donnée de cela faire par les bayllons 
des manifestz, leur conseilhiers, pour nourir les povres, porront 
venyr devant le conseilh et leur demander cela de quoy ilz auront 
neccessité; et cela sera après estre monstre leur livre aulxdictz bayl- 
hons des manifestz, et qu'ilz auront calculé si lesdictz bayllons de 
l'aumorne hont a prendre ou a donner. Et des lors seront tenus les 
gentz du conseilh de donner hordre a heulx par manière d'avoyr 
argent de lacomune, selon qu'il apparestra audict conseilh, tant qu'il 
soyt suffisant pour suporter la neccessité de l'aumorne. Et nostre 
vouloyr est que lesdictz baylhons de l'aumorne cuilhiront, le pre- 
mier jour de toutes les sepmaines, des gentz de la grand main 
demy sould, de la moyenne huict deniers, et de la jnain mineure 
six deniers. Et aulx veilhes des festes cuylhiront le double. Et s'i a 
aulcung particulier ou particulière qui récusât de payer ledict 
droyct de l'aumorne, seront contrainctz, par vie de justice [a], 
de bailher ladicte somme aux baylhons de l'aumosne. Aussi nostre 
vouloyr est que les bayllons de l'aumosne cuilhiront d'une chascune 
quessuba troys souldz, pour ung chascun centenal de florins qu'il 
auront de doyre, comme il est de coustume. Et aultre que eulx, soyt 
home ou famé, ne se mesleront de cuilhir aulcune chose , s'il n'est 
par leur licence. Et aussi seront tenus les bayllons de l'aumosne 
d'escripre leur comptes et les bailher aux bayllons des manifestz de 



1 En hébreu, haiara, hatarot, couronnes d'orfèvrerie qu'on place sur les extrémités 
supérieures des bâtons autour desquels on roule le Rôle de la Loi. Annuaire, 
t. II, p. 192. 

8 Voy. art. 45. 

3 Talêsos, ou ialésos, pluriel de talêt avec désinence romane, mot hébreu qui dé- 
signe un vêtement et particulièrement le grand voile blanc dont les juifs s'enve- 
loppent pendant la prière. 



148 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

six en six moys chescune année, a celle fin qu'ilz regardent bien 
s'ilz hont a prendre ou a donner, et leurs comptes seront escriptz 
et soubssignés de leur mains propres. 

[a) Et de l'autorité dudit seigneur viguier. 



LXXI. 

Service des dallons du luminaire. 

Nous sommes d'acord que seront tenus les baylhons de l'alu- 
minaire , qui seront esleus , et ung chascun tour durant le temps 
de ces presens articles , d'aviser fealement et duement en toutes 
les choses qui seront neccessaires audict illuminaire ; c'est a 
scavoyr huylle d'olive qui soyt bon et nect, pour illuminer l'escolle 
souvant ; aussi lampes grandes et petites pour tenir au temps 
acoustumé ; et toutes aultres choses qui seront neccessaires pour 
Tilluminaire ; et le tout seront tenus d'achepter et payer de l'ar- 
gent de l'ylluminaire. Aussi achepteront, la septmaine du Grand 
Jeusne, une torche ou deux si l'on en a besoing, pour l'yssue du- 
dictjour 1 . 

Achepteront aussi du junc et de ferigolle 2 pour mestre et semer 
dans l'escolle et en Yazara a la feste de la Penthecoste et du 
Grand Jeusne, comme il est de constume. Et seront aussi tenus 
d'escripre en ung livre, exprès pour eulx, toutes premissions et 
oblations, tant d'home que de famé qui auront promis audict îllu- 
mynaire, et de constraincdre toute personne qui aura offert par 
l'aucthorité de la justice, en la manière qu'il aparestra aulxdictz bayl- 
lons de l'ylluminaire. Aussi escripront tout ce qu'ilz cuilhiront des 
particuliers de la comune, aux jours qu'ilz cuilliront, que sera aulx 
veilhes des sabatz et aultres lestes, et ce a la peyne d'ung florin, 

i Aujourd'hui encore, dans le Comtat, à l'issue du jour du Kippur, l'administration 
offre aux hommes qui sont à la synagogue de petits cierges qu ils allument a la 
synagogue même aux cierges qui hrulent devant le sanctuaire et qu'ils portent ensuite 
tout allumés à la maison. Les uns croient que cet usage est un simple signe de réjouis 
sance ; les autres, que c'était une précaution pour voir les obstacles que les chrétiens 
auraient pu mettre sur le chemin des juifs, en profitant de ce que les juifs étaient ren- 
fermés toute la journée dans la synagogue ; d'autres enfin, qu'il a pour but de fournir 
aux juifs la lumière nécessaire pour la prière de Yhabdala (passage de la tête au jour 
ouvrable). Il se pourrait bien que le vrai motif lût la nécessité de voir clair pour ren- 
trer, la carrière n'était sans doute pas bien éclairée. C'est pour cela qu'un chrétien qui 
était sorti sans lanterne tomba, un soir, dans un puits qui était dans la carrière 
des juifs d'Avignon {Annuaire, t. II, p. 200). Il est bien vrai qu'à l'article M du présent 
règlement il est dit que les chantres devront allumer régulièrement les quatre lampes 
accoutumées aux quatre carrefours de la juiverie, mais, outre que cet éclairage était 
pauvre, il faut remarquer que les chantres ne pouvaient absolument pas allumer ces 
lampes à l'issue du Kippur puisque la défense d'allumer du feu le samedi est valante 
aussi pour le Kippur. 

2 En provençal, farigoule, thym. 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 1 19 

la moytié au fisc et l'aultre moytié a Ykecdes, s'il failhoient de cuilhir 
aulxdictz jours et de faire les choses susdict.es. Aussi seront tenus 
lesdictz Déniions de rylluminaire d'aller a l'escolle toutz ensemble, 
ou partie d'eulx, les veilhes des sabatz et des aultres festes, pour 
voir si nilumynaire est bien tenu et acoutré comme il le doibt, et de 
bailher aux chantres l'uylle qu'est- neccessaire pour l'ylluminaire, 
et de demeurer la jusques a ce que l'illuminaire susdict soyt a contre. 
Et ce, sur la peyne susdicte. Et seront tenus lesdictz bayllons de l'yl- 
luminaire prendre, des bayllons qui seront estes et precedentz et 
auparavant yceulx, toutz privilieges qui seront entre leurs mains 
et aultres choses en faveur dudict illuminaire, et ce par inventoyre 
faict par escript. Et, s'ilz hont besoing d'argent pour cuilhir a faire 
les choses qui seront neccessaires pour l'illuminaire, perront venir 
devant le conseilh et demander pour leur donner ordre a cela qui 
sera neccessaire pour l'ylluminaire, et lors seront tenus les gentz 
du conseilh de leur bailher tout ce que sera de besoing. 



LXXII. 

Recette des bâtions du luminaire. 

Nous sommes d'acord que seront tenus les bayllons de l'yllumi- 
naire cuilhir d'un chascun particulier ou particulière, aulx veilhes 
des sabatz et aultres festes, comme il est de constume, tout ce qu'ilz 
porront cuilhir. 

Et s'il y a aulcung particulier ou particulière qui ne veulhe payer 
selon la discrétion des bayllons de la illuminaire, lesditz bayllons le 
feront constraindre par authorité de la Justice. Et aussi seront cons- 
trainctz les gentz de la grand main de donner toutes les veilhes des 
festes de sabatz douze deniers, les gentz de la moyenne huict deniers, 
et les gentz de la mineur six deniers, et une chascune des festes le 
double : et s'ilz veullent bailher davantaige, sera a leur dévotion. Et ce 
feront par authorité de messieurs de la Justice. Aussi lesdictz bayl- 
lons vendront toutes les choses acoustumées de vendre au jour 
appelé cinhaitera\ et cuilhiront d'un chascun particulier tout ce qui 
sera vendu, lesquelz constraindront, par main et aucthorité de mes- 
sieurs de la Justice. Aussi cuilhiront les bayllons de l'ylluminaire 
de tout quessuba, pour ung chascun centenal de florins, ung florin, 
comme cuilhiront les bayllons de l'aumosne, et ne porront user 
d'aulcune cauthelle de mètre en aulcune quessaba moyndre somme 
que celle qui sera mise et escripte dans l'instrument de mariage. 
Aussi seront tenus lesdictz bayllons de bailher compte et reliqua 
aulx bayllons des manifestz, comme les bayllons de l'aumosne. Aussi 



1 C'est le jour de simhat tora. Les choses qu'on vendait ce jour sont probablement 
des fonctions religieuses honorifiques. 



150 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

porront lesdictz bayllons prester, ne faire prester argent ne huyllo 
dudict ylluminaire, a aulcune personne de ladicte carrière, s'il n'est 
en temps de peste aulx povres, s'ilz en hont de besoing, et cela avec- 
ques gaige a ceulx qui auront de [quoy] bailher gaige, et, ceulx qui 
n'auront de quoy bailher gaige, l'on leur porra bailher, en temps 
de peste susdict, sur le serement de Yherem. 



LXXIII. 

Règle des poursuites judiciaires d'une valeur moindre de quinze florins, 
ou à intenter contre la commune ; prohibition du désistement. 

Nous sommes d'acord que toute personne, soit juyf ou juyfve, qui 
aye question ou querelle avecques nostre comune, sera tenue de 
venyr devant le conseilh pour dire sa raison, peticion ou demande, 
et les gentz du conseilh de escouter leur dire et de veoir s'ilz porront 
apointer le différent qu'ilz hont ensemble. Et la, et quant ne puys- 
sent estre d'acord, seront tenus les gentz du conseilh d'eslire ung 
home du conseilh, ou hors du conseilh, pour la part de la commune; 
et la partie querellante sera tenue d'en eslire ung aultre pour sa 
partie, tant du conseilh que hors du conseilh ; et a ce qu'ilz ordon- 
neront ne s'i porra contradire, et ce sur la peyne d'ung florin, apli- 
cable la moytié au fisc [a) et l'aultre moytié a Yhecdes. Aussi nostre 
vouloyr est que nul juyf ou juyfve de nostre comune, ayant plaict 
et procès l'ung avecques l'aultres, et ladicte question ou querelle 
n'exede la somme de quinze florins (#), ledict demandeur ne porra 
constraindre le débiteur a escouter Yherem, mais seulement le porra 
cogir a jurer sur les Dix mandementz, et ce sur la peyne de cincq 
florins, aplicables (c) la moytié au fisc et l'aultre moytié a Yhec- 
des. Aussi nostre vouloyr est que nul juyf ou juyfve de nostre 
comune ne porra faire aulcune vendicion, cession ou remission en 
solucion et paye d'aulcune question, querelle ou demande (d), s'il 
n'est que ce soyt par consentement de partie adverse; et ce, sur 
la peyne de deux florins; et outre ce, sera tenu de payer toute 
despence, daumaige et interest que par raison de cela en porroyt 
survenir. 

(a) Applicable les deux tiers au fisc et l'aultre a l'aumosne. 

[b) Jusquez a la somme dix florins. 

[c) Applicable les deux tiers au fisc et l'aultre a l'aumosne. 

(d) Est réduit le présent chef a la forme du statut de la pré- 
sente cité. 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 1.1 



LXXIV. 

Défense de faire des manifestations Irnyantes pendant les jours qui 
précèdent Pâques l et d'élire à quelque charge quelqu'un de la cour 
pontificale. 

Nous sommes d'acord que ne porra nul home ou famé de nostrc 
comune jouer ne faire jouer farces ny balz avecques instrumentz 
ny tamborin, despuys le jour qu'est de caresme prenant, que ne 
soyent passés les troys jours de Pasques, s'il n'est qu'il en aye per- 
mission et licence de messieurs de la Justice preallablement; et ce 
sur la peyne d'un florin, la moytié au fisc et l'aultre moytié a 
Yhecdes 1 {a). Aussi nostre vouloyr est que nulle personne de nostre 
comune ne puisse requérir ou demander a nul seigneur cortisain, 
quel qu'il soyt, d'estre eslu et depputé en office, nul que ce soyt, 
tant du conseilh que hors du conseilh (#). Et cas advenant qu'a la 
resqueste de quelcun, et que aulcun seigneur ou cortisain voulsit 
que l'en fist et depputat quelque home, tel home n'osera ne luy sera 
loysible de traiter avecques le conseilh, ny le conseilh avecques luy, 
aulcung des affaires de nostre comune. Aussi nostre vouloyr est que 
ledict home ne puisse trafficquer ny excercer ledict office, sur peyne 
de dix florins, aplicables la moytié au fisc et l'aultre a la partie. 

(a) Applicable au fisc. 

[à) Saulvée et réservée la volunté du supérieur en laquelle 
ledit seigneur viguyer n'entend de déroger, et a la poene cin- 
quante florins, applicables pour les deux tiers au fisc et l'aultre 
a ladite aumosne, sera observé a l'article. 



LXXV. 

Des locations de maisons. 

Nous sommes d'acord que nul home ou famé de nostre comune 
ne porra louer ny faire louer aulcune maison pour habiter dans 
nostre rue que aultre juyf possède, tient et habite, et ce sur la 
peyne de dix florins (a)\ ou bien qu'il heust heue permission et 
licence de ceulx qui tiennent ladicte maison. Car nostre vouloyr est 
que tel home ou famé, voulent loer sadicte maison, sera tenu de 
porter et exhiber certifficance, comme il a heue licence des habi- 
tants de ladicte maison de icelle pouvoyr louer a ung aultre. 

1 Les Pâques chrétiennes, non pas la Pâque juive. 

1 Cette mesure a probablement pour objet de ne pas offenser les chrétiens, pendant 
leur carême, par des démonstrations de joie. Ces farces et bals avaient principale- 
ment lieu à la fête d'Esther, qui tombe souvent dans le carême chrétien. 



152 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Aussi * nul juyf ou juyfve ne porra encharir aulcune maison que 
aulcun juyf tieinhe de crestien. Et tel home qui enchérira l'habita- 
cion d'un crestien que aultre juyf possède et habite, directement ou 
indirectement, ou qu'il achetast les ususfruictz de ladicte maison, ou 
veremeut en quelque manière que ce soyt, teumbera en la peyne 
susdite. Aussi payera toutz daumaiges et interest que porront sur- 
venyr aulx possesseurs et habitans de telle maison pour tel enche- 
rissemant (b). 

Et aussi nostre vouloyr est que les maisons des juyfs se porront 
enchérir a ceulx qui habitent dedans, au commancement de l'année, 
ou de leur hoster lesdictes maisons pour eulx, proveu qu'ilz le facent 
entendre et intiment aulxdictz louans troys moys avant le principe 
de l'an ou de le leur enchérir ou louer de la, pour ce que lesditz juyfz 
payent grosse tailhe a raisons desdictes maisons. Aussi seront tenus 
toutz ceulx qui louent maison de faire entendre au maistre de ladicte 
maison, en présence de tesmoings, qu'il veult demeurer et habiter 
dans sadicte maison pour l'année ensuyvant, quand sera requis le 
loant, troys moys devant la sortie de l'année. Et s'il ne le faict 
ascavoir dans le temps susdict, porra tenyr ladicte maison. Toutes- 
foys, si ung juyfz a acheptée toute une maison ou partie d'icelle, tant 
de crestien que juyf, porra ledict achepteur louer lesdictz habitantz 
a la fin de l'année, et non point devant 5 . 

(#) Applicables au fisc. 

(b) Le présent chef est rayé et tassé, sauf qu'il sera permys 
aux juifs habitant une maison encherie par aultre juif la re- 
tenir suyvant le présent. 



LXXVI. 

Droit à percevoir sur les fiançailles, lorsque le fiancé quitte la ville. 

Nous sommes d'acord que tout enfant jeune, qui fermera molher 
de nostre comune et aura reçeu aulcung argent d'elle, ou qu'il aura 
baillé a fiance é aneaulx espousallisses 3 , appelles cudussin \ nostre 
vouloyr est que tel jeune home ne se porra translater d'ici. Et s'il y 
a bailhé cudussin, nostre vouloyr est qu'il payera le droyct du translat 
pour ladicte doyre qu'il doybt recepvoyr d'elle ou de ses parentz. Et 
si la fiancée ne luy a baillé cudussin et a receu aulcung argent d'elle ou 
de ces parentz, nostre vouloyr est qu'il payera le droyct du translat 
tant seulement. 



1 Cet alinéa est biffé sur le manuscrit. 

2 L'importance de cet article s'explique par la rareté des logements dans l'espace 
restreint de la carrière. 

3 Présent. Fermer molher, fiancer une femme. 

4 Kiddussin, Kydussin (hébreu), sacrement de mariage. 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 153 

LXXVII. 

Liquidation de ceux qui quittent la communauté (translatadors). 

Nous sommes d'acord que toute personne qui vouldra translater ou 
transduyre son habitacion d'ici et de nous, est neccessaire que telle 
personne revelle et desclaire son vouloyr et intencion devant le con- 
seilh, troys moys devant qu'il veuille sortir hors de la présente cité 
d'Avignon, par ung escript de sa propre main ou d'aultru}' soubs- 
signée d'iceluy, et desclairer que son intencion est de transporter son 
habitacion. Et lors, a la fin desdietz troys moys avoyr esté revellée 
son intencion, les bayllons des manifestz, qui seront pour lors, luy 
compteront sa part et portion pour payer le translat, selon la qualité 
des gredz et livres qui pour lors seront. Et nostre vouloyr est que le 
translatant paye sa part de toutzles debtes de la comune qu'ilz doib- 
vent et se porront debvoyr et au temps de son translat, en quelque 
manière que ce soyt, ou soyent de sa particularité, desdietz debtes 
fmables ou a payer, ou que soyent, pour pencions perpétuelles. Car 
telle est nostre intencion qu'il paye sa part etporcion de la racine, 
fons et capital desdietz debtes l . Car nous révélions et declairons nostre 
intencion que, actendu que, les debtes qui sont en pencion,la liberté 
est a nous de les rachapter en tout temps que nous vouldrons et 
nous semblera, les gentz du conseilh et les bayllons, qui pour lors 
seront, compteront audict translatant ce que montera sa part de tout 
leur capital desdietz debtes et de toutz aultres debtes que doyt la 
comune en gênerai, jusques audict jour. Car nostre vouloyr est tel 
que le fons et capital des pencions se comptent et payent selon le 
fons des aultres debtes et commes iceulx. Et ne s'apellera tel home 
translatadour jusques a ce qu'il aye payé le droict de son translat et 
aussi sa part et portion de ce que luy touchera, selon sa livre, de 
toutz les debtes susdietz. Et si le translatant avoyt aulcune maison 
ou possession, ne sera point constrainct de payer ledroyctdu trans- 
lat pour ladicte maison ou possession, jusques a ce que lesdictes 
maisons ou possessions se vendent. Et au temps que ledict transla- 
tant payera son translat, sauf le droyt du translat desdictes posses- 
sions, sera tenu ledict translatant de s'obliguer le corps et lesdictes 
possessions de payer ledict translat desdictes possessions avant que 

1 Remarquons, en passant, que rien dans la législation civile du Comtat n'inter- 
dit aux juifs de transporter librement leur domicile d'un lieu à un autre : mais le 
présent règlement rendait, en fait, ces changements de domicile bien difficiles. D'un 
côté, en effet, le présent article impose au juif qui part une liquidation des plus 
onéreuses, et, d'autre part, si l'article lxvii stipule des secours de route en faveur 
des juifs étrangers, nombreuses sont les stipulations qui empêchent ces étrangers de 

sMnstaller dans la communauté, d'y ouvrir boutique, d'y louer un logement Cela 

s'explique par l'exiguité du quartier juif et par les charges qui pesaient sur la com- 
munauté. La dette de la commune juive est considérée non comme une dette pu- 
blique, mais comme une dette indivise. 



l.V, REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

recouvrer l'argent de la vente desdictes possessions. Et nostre 
vouloyr est que ledict translatant ne puisse demander aulcung def- 
falquement du droict dudict translat des biens de la comune comme 
livres, rosle, coronnes d'argent, capes de soye, et aultres choses de 
l'escolle, ny de la pinhôte, ny des maisons de la comune et l'escolle. 

LXXVIII. 

Liquidation de celui qui part pour se rapprocher de la Terre-Sainte. 

Nous sommes d'acord que quelque parsonne que ce soyt de nostre 
comun qui vouldra transporter son habitacion d'icy pour aller en 
Terre , Seincte ou pour s'aprocher d'icelle et sortir du tout de ce 
pays, avecques sa famé et enfans, ou avecques ses gentz ou sans ses 
gentz, par mer ou par terre, nostre vouloyr est qu'i viennhe descou- 
vrir sonintencion devant le conseilh, par escript,declairant comme il 
s'en veult aller. Et lors nostre vouloyr est qu'il paye pour le droyct 
du translat quatre florins pour une chascune livre qu'il sera, et ce 
oultre le payement qui se doibt faire au seigneur Jherosme Bordini, 
collecteur, lequel doibt cuilhir la tailhe de deux ans derniers. Et 
nostre vouloyr est qu'il paye toute sa part et cocte de ladicte tailhe 
dans deux ans, et qu'il paye quatre florins pour chascune livre dans 
deux ans, et qu'il donne plaiges suffisantes a la comune de payer 
toute ladicte tailhe audict Bordini et les quatre florins pour livre, 
comme dict est. Et si ledict transportant a porté en son manifestz 
aulcung debte qui soyt en procès, ou qu'est perdu par cession de 
biens, ou qu'a passé dix ans, que ne sont pas estes comptés telz 
debtes en son manifestz 1 , nostre vouloyr est qu'il face cession et 
remission a la comune de la moytié de toutz telz debtes : et sera 
escript a la comune particulièrement; et néanmoins ledict transpor- 
tant fera serement s'il a faict aulcune aultre cession ou remission 
desdictes debtes a aultre qu'a ladicte comune qui fust première [a). Et 
porra ledict transportant demeurer icy avecques nous six moys après 
avoyr donné le tillet de sadicte intencion, sans rien payer, et ce pour 
cuilhir ses debtes et acoutrer tout ce qu'aura de besoing pour s'en 
aller. Bt ne porra point demander que luy soyt deu des biens de la 
comune, comme coronnes, napes, huylle, ny armes d'or ou d'argent, 
de l'illuminaire, ny de l'aumosne, ny de l'escolle, ny de la pinhote, 
ny de aulcune maison ou possession que aye ladicte comune au 
temps advenir ny au temps présent, ny des arreiraiges que doibvent 
les particuliers a la comune. Et s'il intervenoyt le cas que ladicte 
comune fist une aultre tailhe oultre celle dudict Bordini, au tour 
venant, nostre vouloyr est qu'il ne paye rien fors que lesdictz quatre 
florins pour livre. Et s'il advenoyt le cas que les debtes de ladicte 

1 La publication au manifeste semble, d'après ce texte, suffire pour interrompre la 
prescription décennale de droit commun. 



LES JUIFS DANS LES ETATS FRANÇAIS DU PAPE ŒB 

comune se Vincent a diminuer, après estre passés les deux ans, aura 
liberté ledict transportant de compter avecques la comune, si les- 
dictes debtes viennent de moins de quatre florins pour livre. 

(a) Et s'il c'est trouvé avoir faulsé son serment, encourra la 
poene de cinquante florins, applicables au fisc. 

LXXIX. 

Peine du bannissement et de V amende à poursuivre contre les accusa- 
teurs ou dénonciateurs. 

Nous sommes d'acord que, s'il se trouvoyt en nostre comune 
aulcun accusador ou denunciateur, maccarel ou maccarelle (a), se- 
ront tenus les bayllons, qui seront pour lors, de venyr devant 
monseigneur le viguier ou devant messieurs les juges pour leur 
faire entendre les faietz d'iceluy, lesquelz feront instance de le 
faire banyr et deschasser de ceste ville 1 pour ung an ou pour deux, 
et selon que bon leur semblera ; et seront tenus les bayllons de 
bailher a la clavarie de la court de Saint Pierre la somme de dix 
florins, tout incontinent qu'il sera dict et ordonné par sentence de 
mesdietz seigneurs les juges lesdicts baniementz et que les surdietz 
soyent hors la ville. Et ne porront les surdietz (b) habiter avecques 
nous après estre complet le temps dudict baniment, s'il n'est qu'il 
vieinhe soy ranger a la raison. Et quant viendra dans l'escolle, de- 
meurera devers l'occident de ladicte escolle jusques a ce qu'il aye 
parfaicte le temps et espace d'ung an. Et payera aussi le daumaige 
qu'a heu la comune a occasion d'iceluy, et en particulier pour oc- 
casion de son baniment. 

{a) Est restrainct aux faulx accusateurs, denunciateurs et 
macquereaux. 

(b) Saulvée l'autorité du supérieur. 

LXXX. 

Attribution des droits de transmission en cas de donation ou de douaire. 

Nous sommes d'acord que toute personne de nostre comune, 
qui fiancera ou mariera son filz ou sa filhe avecques aulcun de 
nostre comune qui demeure dans la présente cité d'Avignon, et 
dorra a son filz ou a sa filhe dote ou fera donation qui sorte hors de 
ses mains, sera tenu le recepveur de payer les tailhes et charges 
pour ledict doire ou donation, et a ce faire le porra constraindre le 
donateur par vigueur [de] justice. Et celuy qui fiancera ou mariera sa 

1 II est à remarquer que la législation de la ville d'Avignon non seulement ne 
considérait pas la dénonciation comme un délit, mais en faisait un devoir de bon 
citoyen. 



156 REVUE DES ETUDES JUIVES 

filhe hors la présente cité d'Avignon et luy dorra doyre ou fera 
donation, sera tenu ledict donnant de payer toutes les tailhes qui 
sont levées ou se lèveront pour cuilhir dedans celuy tour. Et après 
estre passé le tour, payera le droict du translat de tout ce qu'il aura 
bailhé pour le temps et espace de six ans revollus, payera deulx 
soulx et demy pour une chascune livre une chascune année, ainsi 
que monseigneur le viguier a ordonné aulx articles passés. Et cela 
aussi s'entent a tous ceulx qui marieront et qui auront marié ou 
fiancé leur seur, et la filhe de son filz, et la filhe de sa filhe. Aussi 
sera tenu celuy qui bailhera le doire de reveller (a) feaulement aulx 
bayllons de manifestz tout ce qu'il aura bailhé, et en quelle sorte et 
manière il a bailbé, soyt en argent monnoyé, ou joyaulx, debtes, 
gaiges ou robes. Et les bayllons de manifestz leur compteront la 
tailhe, de tout ce qu'il montera en la forme qu'il l'a bailhé selon la 
teneur de nos presens articles. 

(a) A la poene de dix fl. t., applicables au fisc. 

LXXXI. 

Défense aux juifs étrangers de venir participer au commerce intérieur. 

Nous sommes d'acord que toute feme qui viendra en ceste ville 
pour gainher ou trafficquer ou faire corrataiges ou courturer, com- 
bien qu'elle ne tieinhe pas clef de bouticque, nostre vouloyr est que 
les bayllons de la comune moyenneront de la faire sortir hors de la 
ville, exceptés les moys de nyssan et de thesseri, si elles viennent 
icy pour noz festes. Toutesfoys, s'ilz se veulent acorder avecques la 
comune, nostre vouloyr est qu'ilz payeront ung florin ung chascun 
moys a tout le moins; et si ne se veulent acorder lesdictz bayllons, 
insteront de la faire sortir hors de ladicte ville : aussi semblable- 
ment toutz juyfz estrangiers qui viendront yci pour gainher et traffic- 
quer comme lesdictes famés, et ce avecques la licence et aucthorité 
de monseigneur le viguier, ou qu'ilz facent leur manifestz comme les 
aultres, ou qu'ilz s'apointent comme il est dict en l'article XXVI. Et 
ce, sur la peyne d'ung florin, a aplicqué la moytié au fisc, et l'aultre 
a ïhecdes (a). 

[a) A la poene de dix fl. t., applicables au fisc, contre ceulx 
qui viendront sans se accorder. 

LXXXII. 

Tribunal électif composé de quatre auditeurs des querelles pour les af- 
faires civiles moindres de vingt florins, et en première instance pour 
les autres. — Règles pour la délation du serinent. — Procédure. 

Nous sommes d'acord que ceulx qui, pour l'advenyr, durant le 



LES JUIFS DANS LES ETATS FRANÇAIS DU TAPE 157 

temps de ces presens articles fairont les ellections, seront tenus, au 
temps qu'ilz les fairont (a), d'ellire quatre homes, soyt de conseilli ou 
hors de conseilli, pour ouyr toutes querelles, questions, peticions et 
demandes que auront les gentz de nostre comune les ungs avecques 
ou contre les aultres, soyt home ou famé, en matière civile non crimi- 
nalisée et en laquelle le fisc n'haura aulcun interés, jusques toutes- 
foys a la somme de vint florins. Et seront tenus toutz demandes de 
venyr et comparoir devant lesdietz auditeurs de querelles, a l'instance 
et requeste du demandeur, pour ouyr sa demande, question et que- 
relle en tout temps qu'il sera requis, et demandé par le messaigier du 
conseilli, proveu toulesfoys que telle demande n'aye excusation légi- 
time aprovée par lesdietz auditeurs de querelles, lesquelz ouyront les 
questions susdietes en tout temps et en tout lyeu, excepté le temps 
auquel se fera l'oraison a l'escolle. Et porront lesdietz auditeurs de 
querelles faire jurer tant celuy qui demande que celuy qui sera de- 
mandé, selon ce que leur apparoistra, par moyen dudict messaigier, 
et faire tout serement, exepté le serement de Yherem. Aussi noslre 
vouloyr est que ne porra aulcun juyf ou juyfve, s'il n'est que la somme 
soyt et monte moyns que de vint florins, récuser d'escoter Yherem et 
embrasser le rosle, mais ne porront lesdietz juyfs ou juyfves faire es- 
couter lo herem deux foys en ung jour. Aussi nostre vouloyr est que 
les auditeurs de querelles ou deux d'iceulx puissent faire bailher le 
serement en tout temps qu'ilz vouldront : et ne porra le demandeur 
ny le demandé deffendeur contredire et récuser a faire serement au 
mandement desdietz auditeurs, et de venyr soudaynement pour ce 
faire, s'il n'ha excusation légitime aprovée comme dessus. Et si aulcun 
home ou famé de nostre comune récusera de venyr, quant par ledict 
messagier sera demandé, porront lesdietz auditeurs de querelles re- 
lauxer son adverse partie, si bon leur semble, pour aller recourir a 
justice. Et seront tenus lesditez auditeurs doner fin et resolucion aulx 
matières dans tn^s jours après avoir ouyes les deux parties, soyt 
par vie d'apointement ou de porrogation de temps; et feront le tout 
selon leur avis et conscience. Et si, par fortune, il y aura aulcuns 
demandés qui ne vouldront faire entendre leurs raisons, questions et 
deffenses a aulcun desdietz auditeurs, pour autant que tel fust leur 
ennemy, porront telz personnages et leur sera loysible d'aller et 
recourir a l'ung des aultres auditeurs, et a la requeste du deman- 
deur, soudaynement et sans aulcune retardation ou dillay, et la 
partie demandée bailhera au messagier troys deniers, s'il apert 
aulxdictz auditeurs qu'il haye tort. Et tel est nostre vouloyr que 
toutz ceulz qui contreviendront et ne observeront la teneur du pré- 
sent article, c'est a scavoyr qui feront convenir leurs débiteurs par 
authorité de justice avant que les faire venyr devant lesditez audi- 
teurs de querelles, incouriront la peyne de cincq florins, qui s'aplic- 
queront la moytié au fisc et l'aultre moytié a Yhecdes. Et aussi le 
messaigier sera tenu, tout incontinent qu'il sera requis, d'aller som- 
mer et apeller les demandes a la requeste des querellantz et deman- 



158 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

deurs, et ne porra contredire de les apeller pour les faire venyr devant 
lesdictz auditeurs, sur la peyne de deulx souldz tournoys, aplicqués 
comme dict est dessus. 

(a) Attendu la pauvreté et misère de la commune, et d'aul- 
tant que trouvons qu'ils ont esté en ceste costume, les tolle- 
rons, jusquez a la somme cinq florins seulement. 



lxxxiii. 

Droits de transmission à payer lors de la dévolution aux enfants des 
biens héréditaires. 

Nous sommes d'acord que home ou famé de nostre comune ne 
puysse séparer leurs manifestz, comme le père a part et le filz a 
part, aussi semblablement les enfants avecques leur mère, aussi 
les frères avecques leurs frères, exceptés que, s'ilz estoient mariés, 
porront séparer leurs manifestz : et cela sera pour obvier de non 
faire fraud et tromperie au payement du translat a toutz ceulx 
qui vouldriont mander leurs enfans ou marier hors de ceste ville 
sans payer aulcun translat. Car nostre vouloyr est que, qui qu'il 
soyt, tant home que famé qui vouldront fiancer et marier leurs 
enfans ou les envoyer hors de ceste ville, payera le droict du 
translat d'ung chascum enfant en la forme et manière que s'ensuyt : 
c'est a scavoyr que tout celuy qui sera de la grand main et vouldra 
envoyer son filz hors de ceste ville payera, en troys ans, vint et 
quatre escus soleil, en la forme qu'est desclairé aulx articles passés 
par l'ordonnance faicte par monseigneur le viguier et ses assesseurs; 
et oultre cela payera, durantz six ans revollus, le droyct de sexante 
livres, a raison de troys souldz pour chascune livre, pour chascune 
année, durantz six ans; et celuy qui sera de la main moyenne, et qui 
pareilhement vouldra envoyer son filz hors de ceste ville, payera 
dans troys ans seze escus, dict XV [I] escus au soleilh, et oultre cela 
payera, dans six ans révolus, quarante livres, a raison de troys 
souldz pour chascune livre toutes les années : et tout celuy qui sera 
de la main mineur, que vouldra envoyer son filz hors de ceste ville, 
payera, dans troys ans, huyct escus, dict vin escus d'or au soleilh, et 
oultre cela payera, durant six ans, le droict de vincgt livres a raison 
de troys souldz pour livre de chascune année ; et aussi pareilhement 
payera ung chascun qui vouldra envoyer son enfant hors de ceste 
ville : et aussi celuy qui vouldra envoyer son frère ou le filz de son 
filz ou le filz de sa filhe. Et tout cela s'entent avecques pache que 
les enfans, qui s'en iront hors de ceste ville, que leur père, ne leur 
mère, ne leur frère, ne aulcun parent, ne luy bailhent, en quelque 
manière que ce soyt, aulcum bien, ne leur facent aulcune cession, ou 
remission, ou solution, et paye d'aulcun debte. Car nostre vouloyr 
est que, de tout ce que père ou mère, frère ou parent, leur bailheront, 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 139 

qu'ilz payent le droict du translat de tout ce qu'ilz leur bailheront, 
en la forme et manière qu'il est expressé en l'article LXXVII C , excep- 
tés leurs abilhementz. Aussi nostre vouloyr est que lesdietz enfans 
qui s'en yront d'ici, aussi le père, la mère, frère ou parantz seront te- 
nus de jurer, par ambrassement du rosle, a la requeste des bayllons 
des manifestz ou du conseilh, de reveller ou manifesté tout ce qu'ilz 
auront bailhé a leurs enfans, et les enfans tout ce qu'ilz auront receu 
de leur père et mère et aultres parentz, et aussi tout ce que lesdietz 
enfans auront acquis : et ce, pour éviter de ne faire fraud etdaumaige 
a la comune (a). Aussi nostre vouloyr est que les deux pars du con- 
seilh porront acorder avecques les enfans qui auront translaté, et 
vouldront retourner icy, après avoyr passé ung an révolu. 

(a) Et qui comectra aulcune fraude et ne observera le con- 
tenu audict article, encourira la poene de vingt fl. t., appli- 
cables au fisc. 

LXXXIV. 

Autorisation de reconstituer une seconde confrérie de la circoncision, 
avec deux dations et deux receveurs. 

Nous sommes d'acord que, après estre passé la rodde de la con- 
frarie de la circumeision qu'est de présent, et les gentz de nostre 
comune voulsissent relever et renouer une aultre confrarie de ladicte 
circumeision en délaissant la première, nostre vouloyr est que les 
gentz de la comune la porront relever et renoveller et mettre toutz 
ceulx qui auront devocion d'en estre, avecques les paches 1 , que 
vouldront faire ceulx qui seront de ladicte confrarie. Et porront 
eslire toutes les années deux bayllons de ladicte confrairie, et deux 
recepveurs de comptes. 

LXXXV. 

Les statuts peuvent être augmentés dans une certaine mesure tous les 

quatre ans. 

Nous sommes d'acord que, de quatre en quatre ans, ceulx qui 
bont faietz les presens articles auront liberté, pour quelque chose 
qui entrevieigne, selon leur temps, et aulx Festes Legieres des Ca- 
banes [a), de povoyr faire ung article, deux ou troys toutz no- 
veaulz, si bon leur semble, proveu que telz articles ne soyent 
contrariantz aulx presens articles : et lesdietz articles, de noveau 
faietz, auront aultant de vigueur, force et efficace, comme s'ilz 
avoyent estes faict des maintenant. Et, le cas advenant que Fung 
d'eux, ou plusieurs de nous qui avons faietz les presens articles, 

1 Pactes. 



160 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vincions a failhir, ceulx qui demeureront pour ce faire seront acte- 
nus (b) d'eslire ung ou plusieurs, au lyeu et place, selon la main de 
ceulx qui viendront a desfailhir. Et en la vertu de Yherem ne feront 
article aulcun, qui soyt contraire. Et voulons que, excepté ledict 
temps, de quatre en quatre ans, lesdictz depputés ne puissent croistre 
ne diminuer lesditz articles ne aulcun d'iceulx. 

(a) Avec la licence dudit seigneur viguier. 

(b) Seront esleuz par le conseil en lieu des décédez et su- 
brogez en leur place d'aultrez. 



LXXXVI. 

Des présents en usage pour la circoncision des enfants ou pour le jour 

de Puryn. 

Nous sommes d'acord que ung chascun de nostre comune seront 
tenus (a) d'envoyer de presens le jour de puryn, et non point de 
Pasques, et de bailher ledict jour aulmosne pour les povres, per le 
bancquet de puryn l . Et ne seront point actenus de mander d'eufz a 
Pasques, aussi ne seront point tenus de faire fermailhes ny nopces 
en maisons que premièrement ne soyent visitées par maistres, si 
telles maisons sont sufficientes a soubsteûyr une congrégation de 
gentz ou non sufficientes. Aussi nostre vouloyr est que nescun juyf 
ou juyfve ne puysse mettre a la court de l'escolle aulcun meynaige 
ne inmundices, pour l'honneur de l'escolle; et ce, sur la peyne d'ung 
florin aplicable la moytié au fisc et l'aultre a Yhecdes. Aussi nostre 
vouloyr est que nescun juyf de nostre comune soyt actenu de bailher 
aulx enfansde nostre comune 2 aulcune fruicte le vespre que lende- 
main se fera la circumcision de l'enfant, ou bien lendemain après 
que la circumcision sera faicte et la porte de tel enfant circumcis : et 
ce, sur la peyne de six souldz, aplicables la moytié a Yhecdes et l'aultre 
moytié a l'illuminaire. 

(a) Ledit seigneur viguier remet le contenu au présent ar- 
ticle a la volunté et discrétion du conseil. 



LXXXVII. 

Forme des élections pour le renouvellement du conseil au bout de douze 

ans (en 4 570). 

Nous sommes d'acord que, l'an douziesme que sera le damier an 
des presens articles, que sera l'an cincq mille trois cens et trente 
au compte des hebrieux, qui sera l'an mille cincq cens septante 

1 Voir art. G7. Le banquet de Purim est le repas de fête qui se donne, ce jour, dans 
la famille. 

2 Allusion à des usages locaux. 



LES JCIFS DANS LES ETATS FRANÇAIS DU PAPE 161 

au compte do messieurs les chrestiens, seront tenus (a) les gentz 
du conseilh, qui seront pour lors, de se congreguer en l'eseolle, en 
Yazara, le second jour de puryn\ et ce pour eslire six homes du 
conseilh, c'est a seavovr deux de la grand main, deux de la 
moyenne et deux de la mineur ; et six aultres hors du conseilh tout 
ansin, c'est deux de la grand main, de la moyenne, et deux de la 
mineur. Et ces douze seront tenus de s'enserrer dans l'eseolle ou 
en Vazara, et la maison du four, et du maseau, et en la gessiva, et 
demeureront la tout le jour; et la nuyt sortiront pour aller dormir 
a leur maison, aussi les samedi et aultres festes; et si s'enclauront 
la Sepmaine Saincte s ; et ce pour faire les nouveaulx statuz, sine 
articles, pour iceulx muer, croistre ou diminuer, comme bon leur 
semblera, signés de toutz eulx ou des deux partz. Et s'ils n'ont peu 
achever lesdietz articles la Sepmaine Saincte, nostre vouloyr est que, 
après qu'ilz seront passés les quinze jours après ladicte Sepmaine 
Saincte, ormis le samedy, demeureront jour et nuyct aulx lieux 
surdietz, jusques a ce que soyent parfaietz, complectz et achevés 
lesdietz articles, signés de toutz ou des deux partz. Et ne porra 
aulcune personne contredire de s'enclorre, ny de sortir, quant sera 
enclos, en la forme surdicte, sur la peyne [b] de cincq florins, la moy- 
tié au fisc et l'aultre moy tié a Yhecdes. Et si, par fortune, aulcung de 
ladicte compainhie avoyt excusation légitime déclarée par la plus- 
part de ladicte compainhie, pourront les aultres en sa place eslire 
ung aultre de ceste main. Et les bayllons seront tenus de bailler aulx 
surdietz esleus troys soulx pour jour, tant qu'ilz demeureront enclos 
et ce que telz mangeront et boyront sera du leur et non pas de la 
comune; lesquelz esleus porront constraindre les bayllons de leur 
bailher cela. 

(a) Le tout avec la licence dudit seigneur viguier. 
{b) Applicable des deux tiers au fisc, et l'autre a ladite au- 
mosne. 



PROTESTACIONS. 

Protestation des auteurs. 
Xous aultres, soubssignés aux presens articles, avons acomancé, le 

1 Le lendemain de la fête de Purim. 

i La semaine sainte chrétienne, pendant laquelle les juifs ne pouvaient guère cir- 
culer dans la ville chrétienne. Les anciens statuts de la ville d'Avignon le leur défen- 
daient formellement dans les termes suivants : a Item, statuimus quod judei vel 
judee, a die Mercurii Sancti in sero usque ad diem sabbati, ad horam qua pulsabun- 
tur campane, non audeant exire juzatariam ; et quod, in diebus dominicis nec in 
festivitatibus béate Marie nec in aliis sollemnibus festivitatibus, judei vel judee pa- 
lam nullatenus operentur : et qui contra hoc fecerit, arbitrio curie puniatur. » (R. de 
Maulde, ouvr. cité, p. 195.) 

T. X, n' j 19-20. 11 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES y 

lundi après estrc passé le premier jour de la sepmaine appelle yjar\ 
comme est escript aulx articles passés, et ce le huyctiesme jour 
dudict moys de yjar, l'an cincq mille troys cens et dix huict a la 
création du monde, qu'est l'an mille cincq cens cincquante huict au 
compte de messieurs les crestiens. Et les avons faictz selon nostre 
povoir, et selon ce que a nous a esté de pouvoir faire. Pour ce est il 
que nous révélions et desclairons nostre intencion que, s'il se treuvoy t 
en ces presens articles aulcune chose que nous hcussions oblié ou 
erré en quelque sorte que ce soyt, nous ne l'avons faicte par rébel- 
lion, dol ou méchanceté. Et nous declairons aussi et nous offrons 
que sommes toutz prestz et apareilhés, en tout temps neccessaire, 
de reparer le mal faict ou l'erreur, si point en y a, en conservant 
tousjours la protestacion faicte au commancement de ces presens 
articles; lesquelz sont parachevés le troysiesme jour du moys de 
may, qu'est le quinziesme jour du mois de yjar des ans dessus 
speciffiées. Et ce en vertu de la licence a nous donnée par magni- 
ficque seigneur monseigneur Gabriel Girard, seigneur d'Arbres, 
et viguïer de la présente cité d'Avignon, comme il apert par actes 
sur ce prins et receus par honorable home maistre Anthoine Ber- 
mundi, notaire public et greffier criminel de la court temporelle 
d'Avignon, et des présents articles [a). 

Bonjues Allamand. 

Lyon Roget. 

mossé de montelz. 

Aron de Mylhaud. 

Gresque Mossé de Carcassone, pour luy et Vidal Vides. 

Abraham Astruc. 

Davyn Aptar. 

Ferrussol de Pampallone. 

(a) Les protestations sont admises comme de droict. — Le- 
dict seigneur viguier se reserve et retient avec ses assesseurs 
la déclaration, interprétation, modification, correction et am- 
pliation des presentz articles. 



Certificat du notaire. 

Ut nemini vertatur in dubium quin precedentia statuta, que he- 
brey Articulos vocant, in hiis precedentibus centum et tribus foliis 
scriptis contenta iuerint et sint per judeos hujus civitatis Avinio- 
nensis facta, condita et ordinata ac ydiomate hebraico dictata et 
illius litteris seu caracteribus scripta, et demum ab eisdem sub 
dictamine Jozue du Gayslar et Ferrusol de Pampalona, judeorum ad 

1 lyy cu 'i huitième mois do l'année juive. 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 1G3 

hoc dcpputatorum, per me, notnrium subsignatum, in vulgari ser- 
mone, ut premittitur, transducta ei exarata; et inde per magnificum 
et potentem virum, dominum Gabrielem de Geraldis, dominum de 
Arboribus, et presentis civitatis Avinionensis pro Sanctissimo Do- 
mino Nostro Papa et saneta Romana Eoclesia viguerium, cum cou- 
silio pari ter et a s sensu spectabilium et egregiorum virorum, domi- 
norum Labeonis Geraroi et Andrée Syssoigne, legum doctorum, 
suorum ad hoc per eum assumptorum et ellectorum accessorum, cui 
seu quibus i'uerc presentata, fuerint visa, perlecta et condita ac 
denique approbata et eonfirmata et consequenter per bayllonos tam 
carrerie quam manifestorum ipsius communitatis judeorum, cum 
suis eisdem factis teccunyiis sive reparationibus et additionibus, 
nomme totius comunitatis recepta et observari promissa, et prop- 
terea in illis, tamquam juridica et honesta, idem magister dominus 
viguerius suam interposuerit auctoritatem pariter et decretum, hoc 
tamen salvo quod eidem magistro domino viguerio et suis in dicto 
oi'ficio successoribus auctoritatem et preheminencia sibi reservavit 
et réservât. Et si, in futurum, contingat super eisdem articulis sive 
statutis aliqua[m] altercatione[m] rnoveri inter ipsos caviilosos judeos 
super aliqua dubiosa et ambigua interpretatione seu duplicata intel- 
ligencia cujuscumque dubii et ambiguitatis seu sinistre et duplicate 
intelligencie quomodolibet contingentis et casualiter supervenientis, 
cognitionem et interpretationem necnon et penarum quarumcum- 
que contra eosdem judeos qui illas themere incurrerint declara- 
tionem et exactionem retinuit etretinere declaravit, et nichilominus 
in fidem,robur et testimonium omnium et singuiorum premissorum 
jussit et ordinavit illa sigillo suo, propris armis infiginto, comuniri 
et per me, Anthonium Bermundi, publicum apostolica et regia auc- 
torilatibus notarium, et curie temporalis presentis civitatis Avi- 
nionensis in majoribus causis et ipsorum articulorum ab immemo- 
ratis temporibus scribam, subscribi et subsignari ac per me tute et 
fideliter custodiri ut de illis, dum locus afïuerit, fides fiât, in clu- 
bio, in judicio et extra, pro debito circumque instrumenta minis- 
tranda. 

Datum Avinione , infra dicta curia, die décima quarta mensis 
junii, anno a nativitate domini millesimo quingentesimo quinqua- 
gesimo octavo, et tercio pontificatus Sanctissimi in Christo Patris 
et domini nostri, domini Pauli, divina providencia pape quarti, anno. 

(Autogr.) Sygelletur. Gabriel Girard, ùgerius prefatus. 

Bermundi, notarius. 



Protestation des traducteurs, 
Nous, Jozué du Cayslar et Ferrussol de Pampellona, esleus par la 



164 REVUE DES ETUDES JUIVES 

pluspart de ceulx qui ont faictles presens articles pour les interpré- 
ter et transduyre de hebrieu en nostre vulgar langaige '-, faisons 
pr[ot]estation que tout ce que nous avons desclairé et mys et translaté 
en roman, s'il y avoyt aulcune chose qui fust ambiguë de desclairer 
en deux cens, et aulcunes choses qui se peulsent entendre par le 
contrere ou par accroissement ou diminution de verbe et parolles, au 
moyen desquelles l'intencion des articles ne feust bien desclairé et 
qui ne feust le propre langaige : nous, des maintenant et pour lors, 
desclairons que cela n'avons point faict par malice, ains que ce a esté 
par erreur et inadvertence. Et nous chargons d'acoutrer l'erreur 
et toute chose mal faicte que se peult entendre en ladicte translata- 
tion, et qu'il feust faicte contre l'intencion et propre cens desdictz 
articles escriptz en lettres hebraïcques dictes par nous, et escriptz de 
la main de maistre Anthoine Bermundi, notaire et greffier de la court 
temporelle d'Avignon, l'an mil cincq cens cincquante et huyct, et 
aujourd'uy ce XV de juing. 



IV 

(1417 2 .) 

CONSULTATION SOMMAIRE D'UN JURISCONSULTE 
sur les responsabilités encourues par les ballons de la commu- 
nauté juive, pendant V exercice écoulé 3 . 

Sommaire. 

Les comptes de la communauté juive, déférés au cardinal-viguier 
par les auditeurs, sont irréguliers, 1° dans la forme : ils ne sont 
pas établis article par article ; 2° dans le fond : ils comprennent 
des paiements exagérés qui constituent des libéralités irrégu- 
lières. 

Le jurisconsulte cherche à établir l'illégalité de ces faits au 
point de vue civil. Il conclut : 1° que la preuve ressort suffisam- 
ment des écritures, sans qu'une enquête orale soit utile ; 2° que 
les bailons sortants doivent être frappés d'inéligibilité ; 3° qu'ils 
sont civilement responsables des sommes dépensées à tort et ne 
peuvent bénéficier de la rémission que leur a faite le viguier, ni 

1 Le langage vulgaire des juifs d'Avignon ; peu d'entre eux savaient Fhébreu. 

2 Cette date résulte de la teneur du § Non relevât. . . Voir t. VII, p. 235-237. 

3 Extrait du ms. coté Vatican 5891, i'° s 98 v°-lûl r°, à la Bibliothèque du Va- 
tican, registre grand in-4° de papier, du xv e siècle et d'une même écriture, formant 
recueil de documents. Le présent document est la cinquième pièce transcrite. 



LES JUIFS DANS LES ETATS FRANÇAIS DU PAPE !6ÎS 

de l'amnistie dernièrement proclamée qui s'applique seulement 
aux responsabilités criminelles. 

Au surplus, cette affaire a un caractère administratif et il serait 
bon de prendre l'avis des membres les plus considérés du conseil 
juif sur la suite qu'elle comporte. 



Pro communitate judeorum Avinionensium, 
contra olim baylonos et administratores ipsius. 

Reverendissime Pater ac Domine metuendissime. Quod bayloni 
carrerie seu communitatis judeorum, de quorum racionibus coram 
Eminenti Paternitate agitur, fuerint in dolo et fraudibus multiplici- 
bus, et quod inciderint in crimen legis Julie de residuis 1 , et alias mul- 
tipliciter delinquerint [sic), patet evidenter ex racionibus eorundem, 
et ex relacione Palernitati vestre facta per auditores deputatos et 
eis adjunctos*, cujus copiam si haberem, lacius forsitan extenderem 
et declararem. Ex hiis tamen que recolo ex brevi transcursu nuper 
facto dicte relacionis, apparent michi sequencia que, brevibus ver- 
bis, E. P. transmicto, sicut michi injunxit dum ultimate ab Ea dis- 
cessi. 

Primo enim apparet dolus, quia formam articulorum seu capitu- 
lorum suorum in expensis faciendis, circa licencias petendas, speci- 
ficacionem personarum et aliam formam in ipsis articulis traditam 
et ordinatam non servaverunt, ut patet ex dicta relacione ; et, per 
consequens, dolo fecerunt, et in penas in dictis articulis contentas 
inciderunt, que ibidem sunt expressate. 

Item, ordinaciones et décréta eorum consilii facta circa expensas 
particularum eciam non servaverunt, nec vocaverunt quos, secun- 
dum dictas ordinaciones, vocare debebant, nec eisdem vocandis noti- 



1 Plus exactement, legis Juliœ peculatus et de sacrilegiis et residuis. 

8 Malgré la différence des dates, nous trouvons ici une application pratique du 
mécanisme des statuts précédents (articles xlviii, xlix, l, et lv, lvi) : nous avons 
constaté que les statuts de la communauté juive existaient eu 1413 ; cette pièce 
prouve que l'organisation intérieure n'a pas varié. Les auditeurs des comptes, 
chargés de vérifier la comptabilité des èailons de manifestes que vise la poursuite, la 
trouvent tellement irrégulière qu'ils la défèrent judiciairement au viguier. Ce fait 
était évidemment rare, car le viguier demande un mémoire à cet égard à un juris- 
consulte : le jurisconsulte, ou embarrassé de la question, ou la trouvant de médiocre 
conséquence, adresse le présent mémoire qui est peu probant ; il conclut à une sanc- 
tion simplement administrative et à consulter les membres les plus graves du con- 
seil de la communauté juive sur ce qu'il faut faire pour le présent et pour l'avenir. 
Les auditeurs, du reste, n'avaient pas réclamé de poursuites criminelles, car le juris- 
consulte se place avec soin sur le terrain purement civil. — En 1643, 70 juifs pour- 
suivirent aussi les bayions et conseillers de la communauté en nullité de diverses 
interprétations des statuts (Archiv. départem. de Vauclusc, liasse : Communautés 
juives). 



166 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

iicaverunt que notificare tenebantur ; et, per consequens, sunt in dolo, 
quia dolus est non notificare notiiicanda, ff. Mandati, 1. Si procura- 
torem dolo » et 1. Si fidejussor, in principio 2 . Que jura ad hoc semper 
allegat Baldus. 

Item, et de jure est eciam quod expense debent nominatim, parti- 
culariter et spécifiée designari, et causa, ac summa, et alie circum- 
stancie declarari ; alias non sunt recipiende nec admittende, ymo 
ex hoc dolus presumitur, nisi ita fiât, ut ff. De tutela et rationibus 
distrahendis, 1. 1, § Officio 3 et quod ibi notatur et Ubi pupillus educari 
dcbeat *, 1. II, et ibi plene per Baldum, et plene per Joannem in addi- 
tionibus spe. de instra. edi. (?) g Nunc vero, circa x et xj columpnas, 
ubi clare de ista materia. 

Item, quia dicti bayloni multa dona ambiciosa et graciosa fecerunt, 
causa sibi querendi vel conservandi amicos, vel alias ; quod eis 
nullo modo permictitur, ymo nec eciam toti communitati vel consi- 
lio vel alicui universitati, nisi justa causa et racionabilis subsit, ut 
est casus ff. De decrelis ab ordine faciendis, 1. Ambiciosa décréta 3 : 
propter que talia facientes furti speciem commictunt, lege testante 
que dicit quod species furti est ex alieno largiri, ut ff. De furtis, 1. 
Si pignore, in principio 6 . Item, dicit textus in materia propria quod, 
si quis maie administraverit res vel bona civitatis alterius, quando 
Romane vel alterius communitatis, vel alias maie in ea versatus 
fuerit, incidit in crimen legis Julie de residuis ; quod est crimen 
publicum, cujus pena est quod punitur in quadruplum secundum 
unam opiuionem de quo remicto ad notata ff. Ad legem Juliam pecu- 
latus, 1. II, et 1. IIII, § Lege Julia de residuis \ criminaliter autem 
extraordinarie punitur propter dolum, et hoc est certum ut ibi no- 

i Digest. vet. lib. XVII, tit. I, 1. VIII, § « Dolo autem facere videtur qui id 
quod potest restituere nou restituit ». Procurator tenetur de dolo et lata culpa, et de 
co quod ad eum pervenit. 

2 Ibid. 1. XXIX : Si fidejussor solvit, ignorans debitorem liberatum vel tutum 
cœceptione, habet aclionem mandati, nisi fuerit in ignorantia supina. « Si fidejussor 
conventus, cum ignoraret non fuisse debitori numeratam pecuniam, solverit ex 
causa fidejussionis, an mandati judicio persequi possit id quod solverit quœ- 
rit U T 6 te & 

3 Infortiat'um, lib. XXVII, 1. I. § « Officio tutoris incumbit etiam rationes actus 
sui conficere et pupillo reddere : cœterum, si non fecit aut si factas non exbibet, hoc 
nomine judicio tutelœ tenebitur ». 

4 Infort., lib. XXXVII, tit. il, Ubi pupillus educari vel moveri debeat, et de 
alimeutis ei prsestandis. 

^ Digest. nov. lib. L, tit. IX, 1. IV. « Arobitiosa décréta decurionum rescindi 
debent, sive aliquem debitorem dimiserint, sive largiti sint. Proinde, ut soient, sive 
decreverint de publico alicui vel praedia, vel œdes, vel certam quantitatem prastari, 
nihil valebit hujusmodi decretum. Sed et si salarium alicui decuriones decreverint, 
decretum id nonnunquam ullius erit momenti, utputa si ob liberalem artem fuerit 
constitutum vel ob medicinam ; ob bas enim causas licet constitiii salaria » . 

s Digest. nov. lib. XL VII, tit. II, 1. LVI. ...« Ex quo satis apparet furtum 
fieri et si quis usum aliemc rei in suum lucrum convertat ». 

7 Lege Julia peculatus, 1. IV, Dig. nov. lib. XLVI1I, tit. XIII, Ad legem Juliam 
peculatus et de sacrilegiis et residuis. 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPF 167 

tatur ; sed de hac non agitur in presenti. — Quicquid sit, tum hodie 
est textus do juris auctoritate clarus, quod administrator dans pec- 
cuniam eommunitatis tenetnr ad ipsius restitucionem, et ultra hoc 
débet denuo duplicem quantitatem cidem civitati et communitati 
reddere, et iatud applicabitur communitati, non fisco. Iste est textus 
in Auctenticis Dccoltatoribus, § Jubemus nullam oninino esse licenciant, 
verbo Si guis autem, collatione ix 1 , et ille est proprior textus ad pro- 
positum quem videro in materia. 

Item, dicti bayloni, habcntes potestatem vel licentiam a communi 
alicui dandi vel verius aliquem de laboribus suis remunerandi, 
quaniplurimum in illis excesserunt et modum in dando non habue- 
runt nec servavernnt formam eis dand[i] datam, sed quamplures 
excessus in hiis fecerunt, propter quod non fidèles dispensatores, sed 
pocius iniqui dissipatores dici debent. Recolo enim me vidisse, inter 
alia, in dicta relatione, ipsos baylonos, pro visione et correccione 
unius instrumenti, certum contractum inter heredes domini Mares- 
calli et dictam communitatem continentis, dédisse duobus doctori- 
bus, ut asserunt, quinquaginta florenos, qui est excessus et lesio 
enormis, incredibilis nec verissimilis. Et propterea dolus eorum ma- 
nifeste apparet et eo ipso propter excessum probatur, ut notatur ff. 
Depericulo successorum, 1. finali 2 , per Bartolum.et in Feudis Deproki- 
bita feudi alienatione, § Item sacram 3 , per Baldum : facit eciam quod 
notatur per Innocentium et Baldum super Innocentium De crimine 
falsi, c. Accedens, ubi habetur quod ex nimia gracia dolus presu- 
mitur. Que gracia, seu verius prodigalitas, reprehenditur in multis 
aliis particularibus expensis. Voluntarie enim, et absque aliqua 
necessitate vel utilitate, multa fecerunt, que eorum precessores in 
eorum officio nunquam actemptaverunt, ut sibi amicos quererent 
« de mammona, ut ita loquar, iniquitatis », ut latissime in eorum 
racionibus et dicta relacione reperitur. Illum tamen excessum nota- 
bilem exprimere gracia exempli contentus sum, sicut alibi contentus 
est Jurisconsultus in alia materia, ff. Ad Legem Acquiliam, 1. [Si] ita 
mclneratus, circa finem \ Unum autem aliud quod michi occurrit 
memorie non est obmictendum. Receperunt enim dicti bayloni mu- 



1 Authent. tit. XIV. ...» Jubemus nullam omnino esse licentiam fiscalium exac- 
toribus communicare pecuniis quœ operibus et l'rumentis civitatum et aquœductis 
aut aliis quibuslibet solennitatibus aut salariis deputata? sunt, aut relinere aliquid ex 
eis, aut ad proprium lucrum redigere. . . Si quis autem dare aut accipere ex his prae- 
sumpscrit, jubemus eum de suo in duplici quantitate hoc civitati reddere ». 

» Cod. c. X, tit. LXI. 

3 Le § Item sacram se trouve en réalité dans les Fiefs au liv. II, tit. LUI, De pace 
tenenda inter subditos : c'est par erreur que le jurisconsulte renvoie a l'un des deux 
titres De probibita feudi alienatione. 

4 Digest. vet. lib. IX, tit. II, 1. LU, in fine. Le jurisconsulte Julien, examinant à 
qui incombe la responsabilité d'un esclave, émet cette doctrine qu'il faut quelquefois 
ne pas s'en tenir à la lettre du droit, lorsque cette lettre aurait pour effet d'assurer l'im- 
punité du coupable : « Quod si quis absurde a nobis baec constitui putaverit, cogitet 
longe absurdius constitui ncutrum loge Aquilia teneri aut alterum potius..., etc. ». 



1H8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tuo pecunias ab uno eorum cousocio, eciam secundo vel tercio, et 
tamen constat ex dictis racionibus quod ipse pênes se peccunias 
communitatis habebat et alii recipiendo bene sciebant vel scire 
debebant; si enim allegarent de boc ignominiam, dicerent suam 
turpitudinem 1 . Turpe enim est patricio nobili viro 2 ignorare ea circa 
que versatur, ff. De jurejurando, 1. II, circa finem 3 . De acquisicione 
autem cimenterii a quodam ipsorum baylonorum amico, subticeo, 
quia clara est ambicio et voluntas eorum inordinata et prodiga. Nec 
valet excusacio, quam sepe faciunt dicti bayloni in pluribus, di- 
centes se habuisse licenciam generalem a consilio expendendi ut 
eis videretur, elc, quia ista est excusacio in peccatis : in generali 
enim mandato vel licencia videtur in concessum quod probe et bo- 
neste faciant prout debent, et racione officii sunt astricti; semper 
enim verba, quantuncunque generalia, intelliguntur civiliter, et 
quod racionem non excédant, ut est textus ff. De pénis, \. Hodie, et 
De servitutibus, 1. Si cui \ 

Item, semper ab illa generalitate dolus excluditur, nec unquam 
illicitum venit in ea vel comprebenditur; intelligitur enim semper ut 
dolus absit, ut sunt textus ff. Mandati, 1. Creditor, § Lucius 5 , et ibi 
textus notabilis, et ff. Que in fraudent, 1. Sipaier , facit De regulis 
juris, c. In generali, et quod ibi plenissime per Joannem Monachi 7 
et Joannem in novella 8 . 

Concludendo igitur, dico breviter duo vel tria circa premissa. 

Primum est quod in premissis dicti bayloni, allegantes, contradi- 
centes vel opponentes, non debent audiri; ex quo enim librum racio- 
num suarum, in quo continentur recepta et data, semel obtulerunt, 
amplius audiri non debent allegantes excusaciones vel justifica- 
ciones, quia omnia in libris et racionibus continentur, que pro eis 
vel contra eos faciunt, quin ymo contra absentem potest ferri sen- 
tencia, et, si de hoc fiât querela, inanis est, iste est casus ff. De 
administratione rerum ad civitatem pertinentium, 1. II, § 1, incipit : 
« Quod ex frumentaria » 9 , et ibi est expressum, et est causa specia- 



1 Or nemo auditur turpitudinem suam aile g ans, faut-il ajouter. 

2 On remarquera cette qualification des baîlons juifs, assimilés au patricien romain, 
pour la valeur du serment prêté par eux. 

3 Digest. vet. lib. XII, t. II, 1. II, in fine : « Majoremque habet (juramentum) auc- 
toritatem quam resjudicata ». 

* Digest. nov. lib. XLVIII, tit. XIX, 1. XIII, et Digest. vet. lib. VIII, tit. I, 
1. IX. 

5 Digest. vet. lib. XVII, tit. I, Mandati vel contra, 1. LX. ...« Respondi eum 
de quo quscritur plene quiclem, sed quatenus res ex fide agenda esset, mandasse ». 

6 Digest. nov. lib. XLII, tit. IX, 1. XII. « Si pater filiofamilias liberam peoulii 
administrationem dederit, non videtur hoc ei concessisse ut in fraudem creditorum 
alienaret ». 

7 Joannes Monachus, Cisterciensis. . 

8 Ou Joannem Imolensem ? Jean d'Imola enseignait à cette époque. 

9 Digest. nov. lib. L, tit. VIII, 1. II. « ...Quod de frumentaria ratione in alium 
usum conversum est, sua? causse cum incremento debito restituatur : idque et si 
contra absentem pronuntiatum est, inanis querela est : ratio tamen administrationis 



LES JHFS DANS LES ETATS FRANÇAIS DU TAPE LC9 

lis et ibi notatur, quod hoc casu contra absentem sentencia profe- 
ratur. Racio tamen specialitatis est quia in libro seu racione datorum 
et acceptorum eoruni defensio continetur. 

Secundo, dico quod, ex eo quod maie et per dolum, maliciam et 
fraudem administracionem snam gesserunt, sunt publico oHicio et 
administracione perpetuo privandi et inhabilitandi nec ad id per 
rescriptum principis possent restitui, c. De susceptoribus et arcariis, 
1. Si aliquid, libro X° ', cum concordantiis ibi notatis, et facit c. De 
annonis et tributis, 1. Judices \ eodem libro, ubi eciam propter negli- 
genciam privari quis débet offîcio,. 1. Si quos, c. De offîcio prefecti 
2)relorio 3 , quod ibi plene notatur per Albertum : quanto magis ergo 
ubi dolus inest, ut in casu nostro. 

Tercio, dico quod debent de jure ad restitucionem faciendam dato- 
rum et maie expensorum per dolum et fraudem dicte communitati 
condempnari et eciam ad duplum predictorum de suo proprio, et 
ista est pena civilis que aplicatur parti. Et propterea eos non rele- 
vât remissio generalis per E. P. eis facta, que de pena criminali 
fisco aplicanda solum loquitur. 

Non relevât eos eciam dicta remissio generalis alia racione, quia 
facta fuit officio eorum et administracione durante. Remissio autem 
solum se extendebat ad delicta commissa et consummata ante diem 
primam maii anni millesimi cccc" 1 ' xv, et sic, cum adhuc dicta ad- 
ministracio duraret et duravit post per vi menses et ultra, accio 
civilis vel accusacio seu inquisicio criminalis fieri non poterat, cum 
solum finita administracione nascantur, nec ante intentari potest ci- 
viliternec criminaliter. et est racio quia nondum apparet an teneatur 
vel non ff. De tiUela et rationibus distrahendis, 1. III, § finali\ et 1. Nisi 
finita, 1. Si tutor 5 et 1. Si cum adhuc ex stipulatione 6 . Et sic tam civi- 
liter quam criminaliter agi et procedi contra eos potest, non obstante 
dicta remissione generali. Criminalis autem pena hoc casu arbitraria 
est, ut predixi. 

Cetera suppléât suprema discrecio et pericia vestre Reverendis- 
sime Paternitatis, cujus occulis extencius dolus, malicia, fraudes et 
baraterie sunt aperti, ad cujus officium eciam pertinet, eciam motu 



secundum fidem acceptorum et datorum ponatur. Frumentariao pecuniae suo nomine 
debitor quamprimum solvat ». 

1 Cod. lib. X, tit. LXX. De susceptoribus, prepositis et arcariis. 

» Cod. lib. X, tit. XVI. 

3 Dig. vet. lib. I, tit. II. 

4 Intortiat. lib. XXVII, tit. III, 1. III : Arbitratu judicis cavendum est quod eo 
nomine eis absit, 1. IV : Nisi finita tutela sit, tulele agi non potest. . ., 1. IX : Reverso 
tutore qui reipublicœ causa aberat, potest conveniri is qui in locum ejus datus fuerat, 
quia desinit tutor esse, 1. XVI : Sicut, durante tutela, tutor non potest conveniri ac- 
tione tutelœ, ita nec tutor nec fidcjussor ejus possunt, conveniri durante tutela, ex sti- 
pulatione rem pupilli salvam fore. 

5 Cette indication doit être suppléée ainsi : Si tutor reipublicœ causa, car plusieurs 
lois correspondent à la rubrique : Si tutor. 

6 Ou plutôt : Si adhuc cum tutore ex stipulatu agatur. 



170 HE VUE DES ETUDES JUIVES 

proprio et absquo alicujus postulacione, in premissis, eciam pro fu- 
turo tempore, providere, super administracione dicte communitatis, 
que est peculium spéciale 1 domini noslri Pape ac Ecclesie romane, 
ne taies excessus. ac vorago et abissus expensarum voluntariarum 
et dissipaciones fiant in futurum ; propter quas dicta communitas 
quasi ad nichilum est deducta, ut novit E. P. R ma . Et propterea me- 
lius videt remédia propresenti et futuro tempore quam scirem cogi- 
tare. Quicquid sit, michi videtur providendum ne facilitas venie 
aliis intencionem tribuat delinquendi. Et super hiis multa dare (sic) 
possunt advisamenta per probiores homines dicti consilii judeo- 
rum, qui noverunt infirmitates eorum et propterea meliora remédia 
dare possunt P. V. : tamen sequetur quod ei bonum et utile visum 
fuerit, quia lex dicit quod judex ab advocatis parcium querere po- 
test consilium , non autem ipsum sequi tenetur, nisi quatenus 
ipsum videt expediens, justum et utile; ff. De Mis que vu testamento 
delentur, 1. Proxime in fine, et ibi notatur -. 

Que submicto correccioni et emendacioni V. R. P. et ejus vcnera- 
bilis consilii, et laciori deliberacioni, quia sum sine libris maxime 
propriis etc. 



V 

1480 



PROCÈS-VERBAL DE JEAN ROSA, 

lieutenant du légat à latere au spirituel et au temporel, 

Jules de la Rovère, 

en exécution d'un bref de Sixte IV 3 . 

Sommaire. 

Sixte IV, par bref du 8 février 1480, rappelle que, sur la re- 
quête des orateurs de la ville d'Avignon, il a accordé aux juifs 
certaines faveurs. La ville a désavoué sur ce point ses orateurs. 
Renvoi de l'affaire à Jean Rosa, avec pouvoir de retirer aux 
juifs et de « consigner » la bulle de 1479, si l'enquête prouve que 
les orateurs ont, en effet, agi sans mandat. 

Après enquête, J. Rosa ordonne consignation provisoire de la 
bulle, qui avait été accordée, dit-il, non sur la requête de la ville, 
mais sur la requête des juifs. Suit le texte de la bulle de 1479, 

1 On remarquera cette expression et ce motif. 

2 Intbrtia*t. liv. XXVIII, fit. V, 1. III. Le jurisconsulte raisonne par induction du 
l'ait spécial relevé dans le texte de Marcellus, inséré sous la rubrique qu'il indique. 

3 Orig. aux archives de la ville d'Avignon, boîte 91, lettre D, u° 2898. 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 171 

qui se résume ainsi : oc Les papes ont toujours défendu les juifs. 
Clément V a supprimé pour eux toute juridiction extraordinaire 
et les a soumis au droit commun. Nicolas V leur a accordé un 
délai de (Unix ans pour faire lace à leurs obligations : il avait 
incliné à leur donner vingt ans pour payer le capital de leurs 
dettes : Sixte IV confirme ces bulles et accorde ce dernier pri- 
vilège. 11 frappe de mille marcs d'amende certaines transgres- 
sions aux statuts de la communauté juive. Fixation des épices 
de Noël. Défense absolue de molester les juifs et leurs bailons, 
sous peine d'excommunication majeure, latœ sententiœ. L'arche- 
vêque d'Arles, le doyen de S. Pierre et l'archidiacre de S. Paul 
d'Avignon devront prêter aux juifs tout leur appui et invoquer, 
au besoin, pour leur défense l'aide du bras séculier ». 

Johannes Rosa, sancte Sedis apostolice prothonotarius, reveren- 
dissimi in Christo patris et domini, domini Juliani, miseratione di- 
vina episcopi Sabinensis, sancte romane Ecclesie cardinalis sancti 
Pétri ad vincula vulgariter nuncupati, in civitate Avinionis et co- 
mitatu Venayssini ac illis adjacentibus sancte romane Ecclesie 
terris pro sanctissimo domino nostro papa et eadem Ecclesia in spi- 
ritualibus et temporalibus vicarii generalis ac apostolice Sedis de 
iatere legati locumtenens in spiritualibus et temporalibus generalis 
commissariusque ad infrascripta auctoritate apostolica specialiter 
deputatus, universis et singulis justiciariis et officiariis spiritua- 
libus et temporalibus per civitatem Avinionensem et comitatum 
Venayssini constitutis et eorum cuilibet in solidum, salutem in 
Domino, et nostris hujusmodi, ymo verius apostolicis, firmiter obe- 
dire mandatis. Litteras apostolicas a prefato sanctissimo domino 
nostro papa in forma brevis sub annulo piscatoris emanatas, sanas 
siquidem et intégras *, . ■ • recepimus 

« Dilecto filio Johanni Rose, notario nostro, locumtenenti legati ci- 
vitatis nostre Avinionensis, Sixtus, papa IIII. Dilecte fili, salutem et. 
apostolicam benedictionem. Nuper venientibus ad nos oratoribus 
civitatis istius nostre Avinionensis et nomine communitatis illius 
petentibus innovationem et confirmationem certarum litterarum,. 
felicis recordationis, démentis et Nicolai, pape V, predecessorum 
nostrorum, universitati judeorum dicte civitatis concessarum, nos, 
existimantes gratam rem ipsi communitati facere, id bénigne .con- 
cessimus, prout in nostris desuper confectis litteris plenius conti- 
netur. Sed relatum est nobis, pro parte communitatis prefate, id de 
ejus mente non processisse, quin ymo oratores predictos mandati 
fines in hoc transgressos esse, supplicatumque proinde extitit ut 
desuper providere dignaremur. Quare, ut res bcne intelligatur et 
procédât, volumus et tibi per présentes committimus et mandamus 

1 Suivent les formules habituelles de vidimus. 



172 REVUE DES ETUDES JUIVES 

quatinus, vocatis ad te partibus, omnia diligenter intelligere stu- 
deas ; et, si repereris litteras ipsas, quarum tenores, ac si de verbo 
ad verbum presentibus insererentur, haberi volumus pro expressis, 
absque commissione et mandato ejusdem communitatis impetratas 
esse, ipsos judeos ad eas exhibendum et tibi consignandum oportunis 
remediis compellas, appellatione remota, et litteras ipsas déclares 
auctoritate nostra nullas, irritas et inanes esse, prout et nos harum 
série declaramus, contrariis non obstantibus quibuscunque. Datum 
Rome, apud sanctum Petrum, sub annulo piscatoris, die octava fe- 
bruarii millesimo quadringentesimo octuagesimo,pontificatus nostri 
anno nono. L. Grifus. » 

Post quarum quidem litterarum apostolicarum presentationem et 
receptionem nobis et per nos, ut premittitur, factas, fuimus, pro 
parte prefatorum dominorum consulum, consilii et communis pre- 
sentis civitatis Avinionis, débita cum instantia, requisiti quatenus 
ad executionem litterarum apostolicarum preinsertarum et conten- 
torum in eisdem procedere curaremus juxta traditam seu directam 
ipsarum litterarum vigore nobis formam. Nos igitur, Johanues 
Rosa, prothonotarius, locumtenens et commissarius prefatus, vo- 
lentes mandatum apostolicum nobis in bac parte directum reve- 
renter exequi, ut tenemur : forma ipsarum litterarum per nos dili- 
genter attenta : quia, citatis coram nobis Vitale Dieu, Lo Sal de 
Garcassona, Mosse de Softal et Ysaac de Sant Pal, antiquis, Ysac 
Boterel, Mossé du Gaylar et Mossé Ferrussol,novis baylonis carrerie 
judeorum presentis civitatis Avinionensis *, — tam per depositiones 
egregiorum virorum, dominorum Guillermi Ricii, legum doctoris, et 
Anthonii Larcessuti, licen.ciati in legibus, oratorum superioribus 
mensibus ad pedes prefati sanctissimi domini nostri pape pro parte 
communitatis civitatis presentis transmissorum, in vim alterius 
brevis a prefato sanctissimo domino nostro papa emanati nobisque 
directi et presentati et inferius loco inserti, coram nobis factas, — 
per quas dixerunt et deposuerunt se nunquam bullas, communitati 
sive universitati judeorum presentis civitatis Avinionensis per pre- 
fatum sanctissimum dominum nostrum papam concessas, de quibus 
in eodem brevi fit mentio, a communitate presentis civitatis impe- 
trandi mandatum habuisse neque etiam eas impetrasse 2 , — quam 

1 On voit, par là, qu'il y avait, en 1480, sept bailons dans la carrière juive. En 
1558, il n'y en avait plus que six et le chiffre en fut alors porté à quinze (article II 
des Statuts de 1558). 

i L'obtention de la bulle dans ces conditions ne peut s'expliquer que par l'inter- 
vention de l'argent auprès des intermédiaires. Mais on ne s'explique pas très bien 
que les deux délégués d'Avignon aient rapporté cette bulle et n'aient pas protesté 
plus tôt. On a pu voir, dans la pièce précédente, que, sous le plus futile prétexte, 
les bailons juifs offraient aux jurisconsultes d'Avignon d'énormes honoraires (50 flo- 
rins, pour lire une pièce) et qu'ils se faisaient ainsi des amis. Leur politique devait 
porter ses fruits. Les jurisconsultes tenaient une grande place, à Avignon, dans la 
gestion des intérêts publics, et l'on voit que les deux délégués de la ville auprès du 
pape en 1479 étaient deux d'entre eux. 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 173 

etiam per instructiones preiatis oratoribus pro parte ipsius civitatis 
etcomunitatis datas. et alia acta circa habita ad justisficationem con- 
tentorum in preinsertis litteris apostolicis, coram nobis productas 
et producta, et alias, nobis légitime constitit atque constat litteras 
ipsas universitati judeorum dicte civitatis, ut premittitur, concessas 
ac pênes nos per dictos baylonos, in vim supradicti brevis primo 
loco nobis présenta ti, consignatas, etiam inférais, suis loco et ordine, 
ad plénum insertas, absque comissione et mandato communitatis 
hujus civitatis impetratas esse.Idcirco,litterarum ipsarum preinser- 
tarum tenorem insequentes atque formam, litteras predictas et om- 
nia in eis contenta, apostolica auctoritate qua fungimur in bac parte, 
nullas et irritas esse declaravimus, prout declaramus etiam per pré- 
sentes, contrariis non obstantibus quibuscunque, bullam plumbeam 
cum filis ciriceis rubei croceique colorum illis pendentem in si- 
gnum premissorum ab ipsis litteris cum honore et reverentia aino- 
ventes. Mandantes propterea vobis omnibus et singulis supradictis 
et vestrum cuilibet, prout ad vos [seu] cujuslibet vestrum pertinuerit 
officium, quatinus ordinacionem et declarationem nostras hujusmodi, 
ubi et quando opus fuerit et requisiti fueritis, sollenniter publicantes, 
faciatis a judeis et communitate predictis firmiter et inviolabiliter 
observari, ac transumpta ipsarum litterarum vigore facta et illorum 
regestra quecunque a notariorum quarumcunque vestrarum curia- 
rum regestris sive prothocollis cancellari et aboleri. Que nos harum 
série abolemus et canceïlamus, illaque abinde inanthea nullam vim 
nullamque fidem ubilibet obtinere posse aut debere decernimus. In 
quorum omnium et singulorum fidem et testimonium premissorum, 
présentes litteras seu presens publicum instrumentum, declaratio- 
nem, mandatum et cancellationem predictas in se continentes sive 
continens, exinde fieri et per notarium publicum secretarium in- 
frascriptum subscribi et publicari mandavimus et fecimus,nostrique 
sigilli jussimus appensione comuniri. 

Tenores litterarum apostolicarum prefatis judeis concessarum 
ac brevis apostolici, primo loco nobis, ut premittitur, presentati, de 
verbo ad verbum sequuntur et sunt taies : 

« Sixtus, episcopus, servus servorum Dei, ad futuram rei memo- 
riam. Licet judei, quos in testimonium Jhesu Christi, salvatoris no- 
stri, sacrosancta romana tollerat Ecclesia, in sua perfidia indura ti, ad 
fidei catholice et vere salutis cognitionem pervenire non curent, 
tamen que eis ex rationabilibus causis per Sedem apostolicam con- 
cessa fore dinoscuntur ut firmiora permaneant interdum nostri mi- 
nisterii parum interponere satagimus, sperantes quod ipsi, Spiritus 
sancti gracia illustrati, et erroris sui sublato velamine, ad ipsum 
salvatorem nostrum Jhesum Ghristum sinceris et puris mentibus 
revertentur. Dudum siquidem, felicis recordationis, démenti pape 

[sic), predecessori nostro, pro parte universorum et singulorum ju- 
deorum et judearum, in civitate nostra Avinionensi commorancium, 
exposito quod vicarius et judices curie temporalis ipsius civitatis, 



174 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pro tempore existentes, eorum et predecessorum suorum judeorum 
etjudearum in eadem civitate comorantium semper judices ordi- 
narii extiterant, prout tune existebant, ac ipsi et quilibet eorum 
et predecessores predicti de eorum foro et juridictione dumtaxat 
fuerunt et crant, ac coram eis et eorum quolibet in quibuscunque 
causis et litibus, tam civilibus quam comunalibus, respondere et 
ad judicium trahi et vocari ac juri et rationi stare et parère, tan- 
quam veri cives Avinionenses, etiam per statuta dicte civitatis 1 con- 
sueverant; et in eadem expositione subjuncto, multas et diversas 
personas habebant que, non sequentes rationis debitum, sed libi- 
tum voluntatis, nova eis et unicuique eorum semper lites et jur- 
gia fabricabant et eos in diversis curiis coram diversis judicibus, 
tam ordinariis quam extraordinariis, ecclesiasticis et secularibus, 
trahebant, molestabant et vexabant indebite minus juste, ac infor- 
mationes et inquisitiones et multa alia injusta, etiam ex officio curie 
et alias, contra eos faciebant et procurabant ac dubitabant adhuc 
verissimiliter in curiis hujusmodi imposterum molestari et vexari 
laboribus et expensis. Idem Clemens, predecessor noster, vica- 
rium et judices curie temporalis predicte, qui tune erant et pro 
tempore essent, eos ac universorum et singulorum judeorum et 
judearum, pro tempore in dicta civitate commorancium, imperpe- 
tuum auctoritate apostolica, per suas litteras, judices ordinarios or- 
dinavit, constituit et etiam deputavit, statuens et etiam ordinans ne 
coram aliis quibusvis judicibus quam coram vicario et judicibus 
dicte curie et ad forum eorum dumtaxat, in quibusvis causis et 
litibus suis, tam civilibus quam criminalibus, ad judicium trahi 
et vocari ac juri et rationi stare et parère, tanquam veri cives Avi- 
nionenses, de cetero possent inviti, neenon omnes et singulas cau- 
sasque contra eos civiliter vel criminaliter, tam ex officio quam ad 
instanciam partis seu partium quarumeunque, tune motas et etiam 
movendas, dicta auctoritate ad dictos vicarium et judices, prout ad 
eos pertineret et successores suos, pro eos audiendis et fine de- 
bito terminandis remittendas fore et remitti debere, per judices 
quoslibet, coram quibus cause hujusmodi forsan pendeant indécise 
vel eas moveri contingeret in futurum, dans et concedens vicario et 
judicibus antedicte curie et eorum successoribus, prout ad eorum 
quemlibet pertineret, audiendi et cognoscendi hujusmodi et alias 
ipsorum judeorum causas quascumque, eosque corrigendi, puniendi 
et condemnandi, civiliter et criminaliter, ac etiam absolvendi, nee- 
non omnia et singula faciendi que ad judicem spectant et pertinent 
plenariam potestatem ; ac mandans et precipiens universis et sin- 
gulis judicibus, tam ordinariis quam extraordinariis, ecclesiasticis 
et secularibus quibuscumque, ut causam et causas contra eosdem 
judeos coram eis pendentes indecisas, in statu in quo coram eis 
existebant, cum processibus earum, dictis vicario et judicibus curie 

i Affirmation inexacte. Les Statuts n'en parlent pas. 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 171 

predicte remittere studerent et procurarent; et insuper ipsis judeis 
et unicuique eorum, tam conjunctim quam divisim, ut ad petitio- 
nem seu instanciam quarumeumque persouarum cujusvis condicio- 
nis, status, gradus, auctoritatis, preeminentie ac dignitatis forent, 
etiamsi pontitieali vol alia ecclesiastica vel mundana prcfulgerent 
dignitate, tam ratione mutui quam depositi, seu debiti cujuscum- 
que, quomodolibet ab ipsis judeis contracti, quam alia quacumque 
de causa, trahi et conveniri coram alio judice quoeumque quam 
ipsis judeis, ut premittitur, deputatis aut per quameumque curiam 
ecclesiasticam vel secularem, civilité* vel criminaliter,ad instanciam 
partis vel ex ofiicio, aut alias, cogi, impeti seu compelli, capi, arres- 
tari, molestari in personis vel bonis nequirent, nisi forsan alias 
ratione contractus vel quasicontractus, delieti vel quasidelicti aut 
rei de qua ageretur forum cujusvis de jure sortiri deberent : distric- 
tius inhibendo camerario suo ejusque auditori et commissariis, me- 
rescallo Romane curie, ejusdem curie judicibus et officialibus qui- 
buscumque, neenon curie camere apostolice auditori generali, et 
eorum locatenentibus, ac officiali et judicibus, officialibus et vicariis 
curie episcopalis Avinionensis, ceterisque judicibus, officialibus, 
rectoribus curiarum quarumeumque, presentibus et futuris, tam in 
Romana curia quam Avinionensi et alibi ubilibet consistentibus, 
exceplis vicario et judicibus predictis ipsis judeis, ut premittitur, 
deputatis, ne de criminibus, delictis, litibus, controverses et causis, 
tam civilibus quam criminalibus, hujusmodi, se contra eos alias 
ullatenus intromittant, seu in personis vel rébus prefatis procedere 
aut etiam eos inquietare, vexare, seu turbare, seu processus vel 
alias quoquomodo présumèrent, nisi forsan ad hoc ipsi judei se sub- 
misissent expresse ; decernens propterea irritum et inane si secus 
super hiis a quoquam, quavis auctoritate, scienter vel ignoranter, 
contingeret actemptari. Et deinde, pro eorumdem judeorum parte, 
pie memorie, Nicolao, pape V, etiam predecessori nostro, exposito 
quod, quamquam ipsi, retroactis temporibus, bonis mobilibus et 
immobilibus ad sufficienciam habundarent, supervenientibus ta- 
men quamplurimorum creditorum debitis, obligationibus violario- 
rum, interesse usurarum et aliis contractibus illicitis que ob guer- 
rarum et mortalitatum turbines ac plurimos sinistros eventus qui 
partes, proth dolor, concusserant, cum notabilibus mercatoribus et 
aliis civibus et burgensibus ecclesiasticis et secularibus habuerant, 
adeo consumpti et depauperati ac bonis rébus mobilibus et immo- 
bilibus destituti et derelicti erant, quod pre inopia miserabilem vi- 
tam sustinere et tollerare non poterant ; idem Nicolaus, predecessor, 
dilecto filio [decano] sancti Pétri, ecclesie Avinionensis, ejus proprio 
nomine non expresso, per quasdam suas, primo quod dictis judeis, 
usque ad biennium exinde computandum, pro quibusvis debitis, 
creditis, contractibus, licitis et illicitis, violariorum, usurarum et 
aliis quibuscumque, juxta morem patrie, nominibus nuncuparen- 
tur, communibus et particularibus, initis, per quoscumque credi- 



176 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tores ecclesiasticos et seculares et quosvis alios juratos etpromissos 
vocari, vexari, molestari vel compelli coram quibuscumque judicibus 
ecclesiasticis et secularibus inviti non possent, commisit. Successive 
vero, eidern Nicolao, predecessori, pro parte eorumdem judeorum, 
similiter exposito, in instrumentas violariorum et pensionalium de- 
bitorum inter creditores et judeos prefatos in pactum expressum 
deductum extiterat quod, quandocunque ipsi judei dicta violaria et 
débita pensionalia redimere vellent, solvendo seu restituendo prin- 
cipale debitum eisdem creditoribus, possent et deberent ab iliis 
liberari ; et, quia nonnulli ex eisdem creditoribus principalem sor- 
tem sive debitum ter et alii quasiter 1 a dictis judeis recuperaverant, 
ipsique judei non possent tune sortem sive debitum principale 
creditoribus ipsis uno et eodem contextu persolvere, de necessitate 
non poterant a dictis debitis liberari, quodque ipsi judei cupiebant 
liujusmodi sortem sive debitum principale, memoratis creditoribus 
seu eorum heredibus, iterato, quarta vice, persolvere, dummodo 
dilationem viginti annorum propterea consequerentur; ac etiam 
quod, mediante solutione, débita violaria et pensionalia hujusmodi 
nulla, cassa et irrita remanerent, ipsique judei imposterum ab illis 
liberati et immunes existèrent, prefatus Nicolaus, predecessor, 
eorumdem judeorum supplicationibus in ea parte inclinatus, pre- 
fato decano ac certo alio, tune expresso ejus in ea parte collège, per 
alias suas litteras dédit in mandatis quatinus ipsi vel alter eorum, 
vocatis creditoribus et pensionariis et aliis qui forent evocandi, de 
premissis omnibus et singulis se diligenter informarent, et, si per 
informationem hujusmodi ita esse reperirent, eisdem judeis dilatio- 
nem, ut premittitur, vigenalem ad solvendum integram sortem sive 
debitum principale dictis creditoribus aut eorum heredibus, aut 
alias, ut prefertur, auctoritate apostolica concédèrent, quibus intè- 
gre persolutis, quecunque obligationes et instrumenta inter credi- 
tores pensionarios et judeos predictos inita, contracta, cassata, irri- 
tata etiam annullare, ipsos quoque judeos summis peccuniarum 
persolutis ab omnibus et singulis violariis, pensionibus antedictis 
eadem auctoritate absolvere et liberare curarent, prout in démentis 
et Nicolay, predecessorum predictorum, litteris desuper confectis 
plenius continetur. Gum autem, sicut exhibita nobis nuper pro 
parte eorumdem judeorum petitio coutinebat, ipsi judei summopere 
cupiant hujusmodi sortem sive debitum principale prefatis ac etiam 
aliis creditoribus sive personis cum quibus, post datum litterarum 
Nicolay predecessoris prefati, contraxerunt seu etiam eorum here- 
dibus denuo juxta formam litterarum earumdem persolvere, dum- 
modo dilatio viginti annorum hujusmodi eis desuper concedatur ; 
et, sicut eadem petitio subjungebat, licet sancta mater Ecclesia eos- 
dem judeos, qui extra ipsius Ecclesie unitatem et fidelium commu- 
nionem existunt, in sua perfidia perseverare permittat, tamen non- 



Quater. 



LES JUIFS DANS LES ETATS FRANÇAIS DU PAPE 177 

nulli legati sive gubernatores civitatis predicte seu etiam corum 
locatenentes, variis et exquisitis viis et remediis, ipsos extra cu- 
riam temporalem predictam extrahere, et coram diversis aliis judi- 
cibus ecclesiasticis, nonnunquam et post, contra tenorem litterarum 
predictarum, multimodis indebite vexare et molestare non verentur, 
in ipsorum judcoruni gravissimum damnum et prejudicium, ac lit- 
terarum predictarum vilipendium et jacturam : quare, pro parte 
eorumdem judeorum, nobis fuit humiliter supplicatum ut tam dé- 
mentis quam Nicolai, predecessorum, litteras hujusmodi,pro illarum 
subsistentia firmiori, confirmare et approbare, ipsisque premissis 
attentis, dilationem viginti annorum hujusmodi ad solvendum sor- 
tem sive principale debitum, juxta formam et tenorem dictarum 
litterarum Nicolai, predecessoris prefati, de novo concedere ac alias 
eis in premissis oportune providere de benignitate apostolica digna- 
remur : nos igitur, hujusmodi supplicationibus inclinati, démentis 
et Nicolai, predecessorum eorumdem, litteras hujusmodi ac omnia 
et singula in eis contenta et deinde secuta quecunque auctoritate 
apostolica, preseutium tenore, confirmamus et approbamus ac plé- 
num robur obtinere decernimus per présentes, supplentes omnes et 
singulos defectus. si qui forsan intervenerint in eisdem, ipsisque 
judeis dilacionem viginti annorum hujusmodi, a data presentium 
computandorum, ad solvendum integram sortem sive debitum prin- 
cipale dictis creditoribus, aut eorum heredibus, ac alias, ut premit- 
titur, juxta et secundum formam et tenorem litterarum Nicolai, 
predecessoris hujusmodi, eisdem auctoritate et tenore, a novo conce- 
dimus. Et, insuper, cum, sicut accepimus, nonnulli judei civitatis 
predicte taxam, eis secundum formam statutorum sive articulorum 
universitatis ipsorum impositam, post illius impositionem dimi- 
nuere seu diminui et moderari facere sepenumero procurent, unde 
alii judei in illius solutione plus quam deceat gravantur, statuimus 
et ordinamus quod nullus judeus, de cetero, perpetuis futuris tem- 
poiïbus, taxam hujusmodi, eis pro tempore impositam, postquam 
per universitatem judeorum hujusmodi imposita fuerit, diminuere 
seu moderare (sic) aut illius diminutionem sive moderationem procu- 
rare, seu etiam illam a legato vel gubernatore dicte civitatis pro 
tempore existente, aut quocumque alio, sub pena decem marcharum 
argenti fini, fisco dicte temporalis curie applicandarum, impetrare 
quoquomodo présumât l : decernentes diminutionem hujusmodi pro 
tempore factam nullius existere roboris vel momenti. Preterea, cum 
ipsi judei quoddam donum prefato legato sive gubernatori aut 
eorum locumtenenti et servientibus palacii apostolici ejusdem civi- 
tatis in Nativitate domini nostri Jesu Ghristi, quandoque magni, 
interdum vero mediocris valons, donare etpresentare consueverint : 
nos, ne judei prefati, occasione ipsius doni, nimium graventur pro- 

1 L'article XXIX des statuts de 1558 trace la marche à suivre pour obtenir une 
remise légale sur ses impôts. 

T. X, n° 19-20. 12 



178 REVUE DES ETUDES JUIVES 

videre cupientes, volumus ac etiam statuimus et ordinamus quod, 
de cetero, ipsi judei donum hujusmodi legato sive gubernatori aut 
eorum locatenentibus, usque ad summam quinquaginta, servienti- 
bus vero dicti palacii usque ad summam decem llorenorum, monete 
ejusdem civitatis, dumtaxat et non ultra, annis singulis, donare et 
presentare teneantur, ita quod ipsi judei ad donandum sive presen- 
tandum donum bujusmodi, ultra summam predictam, de cetero 
minime teneantur, nec ad id a quoquam inviti valeant compelli seu 
etiam coarctari. Ceterum, quia judei predicti nonnunquam pro le- 
vissimis causis et civili debito molestantur nec incarcerantur, sta- 
tuimus similiter et ordinamus quod nullus judeus, in carreria sive 
loco universitatis judeorum ipsius civitatis sive etiam infra illius 
cancellos pro tempore comorans, pro quocumque civili debito, et 
extra carreriam sive locum aut cancellos hujusmodi commorans, 
ultra numerum quatuor judeorum, per quoscunque officiales qua- 
rumcunque curiarum civitatis predicte, nec bayloni dicte carrerie 
judeorum, durante tempore eorum officii, capi et exinde extrahi aut 
incarcerari non possint nec debeant : districtius inhibendo legato 
et gubernatori aut locatenentibus eorumdem prefatis et quibus- 
cumque aliis judicibus sive officialibus,ecclesiasticis et secularibus, 
sub excommunicationis late sentencie pena, quam contrafacientes 
eo ipso incurrere volumus, ne prefatos judeos contra pFesentium 
litterarum tenorem et formam molestare, vexare aut perturbare, 
minusque extra dictam temporalem curiam trahere, seu ab aliis mo- 
lestari, vexari, trahi aut perturbari quomodolibet présumant : ac 
decernentes, ex nunc, irritum et inane, si secus super hiis a quo- 
quam, quavis auctoritate, scienter vel ignoranter, contigerit actemp- 
tari. Et nichilominus venerabili fratri nostro, archiepiscopo Arela- 
tensi et dilectis filiis, decano sancti Pétri ac archidiacono sancti 
Pauli Avinionensium ecclesiarum, per apostolica scripta mandamus 
quatinus ipsi vel duo aut unus eorum, per se vel alium seu alios, 
premissa omnia et singula, ubi et quando expédient et pro parte 
judeorum predictorum fuerint requisiti, sollenniter publicantes, 
ipsisque judeis super hiis efficacis defensionis presidio assistentes, 
faciant omnia et singula premissa inviolabiliter observari, non per- 
mittentes eosdem judeos contra illorum et earumdem presentium 
litterarum tenorem per quoscunque impediri seu etiam molestari : 
contradictores quoslibet et rebelles, auctoritate nostra, per censu- 
ram ecclesiasticam et alia oportuna juris remédia, appellatione post- 
posita, compescendo, invocato ad hoc, si opus fuerit, auxilio brachii 
secularis, non obstantibus constitutionibus et ordinationibus apos- 
tolicis ac dicte civitatis statutis et consuetudinibus, — etiam jura- 
mento, confirmatione apostolica vel quavis flrmitate alia roboratis, — 
necnon omnibus illis que Clemens et Nicolaus, predecessores ante- 
dicti, in suis litteris predictis voluerunt non obstare ceterisque con- 
trariis quibuscumque, aut si aliquibus, communiter vel divisim, ab 
apostolica sit Sede indultum quod interdici, suspendi et excommu- 



r 

LES JUJFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 179 

nicari non possint per litteras apostolicas non facientes plenam et 
expressam ac de verbo ad verbum de indulto hujusmodi mentio- 
nein. Nulli ergo omnino hominum liceat banc paginam nostre con- 
firmationis, approbationis, constitutionis, supletionis, concessionis, 
statuti, ordinationis, decreti, inbibitionis, mandati et voluntatis in- 
fringere vel ei ausu temerario contraire. Si quis autem boc attemp- 
tare presumpserit, indignationem omnipotentis Dei et beatorum 
Pétri et Pauli, apostolorum ejus, se noverit incursurum. Datum 
Rome, apud sanctura Petrum, anno incarnationis dominice mille- 
simo quadringentesimo septuagesimo nono, kalendarum augusti, 
pontificatus nostri anno octavo. » 

(Suit la copie du bref de Sixte IV, en date du 4 janvier 4480, déjà 
transcrit au commencement.) 

Datum et actum Avinione, in predicto palacio apostolico et in par- 
vis galeriis ejusdem, nobis inibi super quoddam sedile fusteum, more 
majorum, pro tribunali sedentibus, sub anno a nativitate domini 
millesimo quadringentesimo octuagesimo, indictione tercia décima, 
die vero décima mensis martii, pontificatus sanctissimi in Gbristo 
patris et domini nostri, domini Sixti, divina providentia pape quarti, 
anno nono, presentibus ibidem venerabilibus viris, dominis Jacobo 
Bosqueillon, presbitero Ambianensis diocesis, Jobanne de Garguiti- 
bus, patriarchatus Aquilegensis, familiaribus nostris, continuis co- 
mensalibus, et magistro Bonifacio de Gerafellis, poeta de Narniis, 
babitatoribus Avinionis, testibus ad premissa vocatis specialiter et 
rogatis, et me Petro Lamberti, Bisuntinensis diocesis, cive et habi- 
tatore Avinionis, publico apostolica et imperiali curiarumque camere 
apostolice et ejus vicegerentie necnon temporalis Avinionis auctorita- 
tibus notario et scriba, prefatique reverendissimi domini cardinalis 
vicarii et legati secretario, qui preinsertarum litterarum apostoli- 
carum présentation! et receptioni requisitionique citationem, decla- 
rationem ac aliis premissis omnibus et singulis, dum, sicut premit- 
titur, agerentur et fièrent, una cum prenominatis testibus presens 
fui et de eis notam sumpsi. Ex qua quidem nota présentes litteras 
seu presens publicum instrumentum manu aliéna, me aliis occupato 
negociis, Meliter scripta extraxi, et in hanc publicam formam 
redegi, neque * me successive subscripsi, et signum meum ante- 
positum, quo in publicis utor instrumentis, apposui, una cum ap- 
pensione sigilli supradicti reverendissimi domini locumtenentis et 
commissarii, in veritatis testimonium omnium et singulorum pre- 
missorum, rogatus et requisitus. 

P. Lamberti. 

[Orig. — Grand sceau plaqué sur cire rouge dans une enveloppe 
de cire jaune et pendant sur cordelettes de cbanvre rouge.) 

1 Atque. 



180 REVUE DES ETUDES JUIVES 

VI 

1592 

BREF DU PAPE CLÉMENT VIII 

concernant la manière de vivre des juifs l . 

Sommaire. 

Paul IV, en 1555, rappelle que les juifs sont seulement tolé- 
rés : il leur impose une habitation à part et un insigne : il leur 
défend de posséder des immeubles et plus d'une synagogue par 
ville, d'avoir des domestiques chrétiens, de travailler en public 
les jours de fêtes chrétiennes, d'entretenir des rapports intimes 
avec les chrétiens, d'exercer certaines industries, d'employer 
un autre calendrier que le calendrier romain, une autre langue 
dans leurs livres de commerce que la langue italienne. Les gages 
sur lesquels ils ont prêté ne peuvent être vendus par eux qu'au 
bout de dix-huit mois. Les juifs doivent partout se soumettre à la 
loi du pays, sous peine d'être considérés comme rebelles. Tous 
privilèges contraires sont abolis. 

Pie V, en 1566, confirme cette bulle, spéciale aux États pon- 
tificaux, la transforme en constitution apostolique et la fait pro- 
mulguer dans le monde entier : il abroge toutes exceptions con- 
traires. 

Clément VIII, en 1592, rappelle les prescriptions de la bulle aux 
autorités d'Avignon et du Gomtat, où elle paraissait tombée en dé- 
suétude. Il reproduit la bulle de 1566, qui elle-même reproduisait 
celle de 1555. 






CLEMENS PAPA VIII. 
Ad perpetuam rei memoriam. 
Gum sœpe accidcre possit ut, vel temporum injuria, vel hominum 
negligentia, aut alias ea, quœ a romanis Pontificibus provide san- 
ciuntur, paulatim in dissuetudinem abeant, ideo expedit quando- 
que eorum memoriam, adhibito confirmationis et innovationis re- 
medio, per eosdem romanos Pontifices renovari, ut illa perpetuo lir- 

1 Orig. aux archives de la ville d'Avignon, boîte 91, lettre C, n° 2897. 



LKS JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 181 

miora persistant. Dudum siquidem a, felicis recordationis, Pio, papa 
quinto, pnr-decessore nostro, emanarunt literee confirmatoria} consti- 
tutioûis, piae mémorise, Pauli, papœ quarti, similiter pra3decessoris 
nos tri, contra judsBOS édita, tenons subséquentes, videlicet ! . 

Cum autem, ut liquido apparet, prœinsertarum litterarum obser- 
vationem ipsi judaù aliqualiter relaxare, praesertim in locis ab Urbe 
remotis, et nominatim in civitate Avenionensi et comitatu nostris 
Venayssini et in dissuetudinem trahere dignoscantur, nos, vo- 
lentes literas et constitutionem preefatas ac omnia et quœcumque 
pepetuo, ut par est, inviolate observari debere, easdem litteras et 
constitutionem perpetuo confirmantes et approbantes, nostrœque 
apostolicœ confirmationis perpétuai munimine roborantes, auctori- 
tate apostolica, tenore prœsentium, prascipimus et mandamus omni- 
bus et singulis quos litteras et constitutio pncfatse concernunt, sub 
pœnis in eis contentis, ut ea omnia et singula inviolabiliter perpe- 
tuo observent ac observari curent et faciant. Et nihilominus dilectis 
iiliis, nostro et apostolicee Sedis legatis, vicelegatis, gubernatoribus, 
officialibus ac ministris quibuscumque, nominatim in civitate Ave- 
nionensi et comitatu nostris Venayssini prsefatis, nunc et pro tem- 
pore existentibus, districte prascipiendo mandamus ut litteras et 
constitutionem preefatas in civitatibus, terris et locis quibuscunque, 
praesertim comitatus prsefati seu legationis Avenionensis, omnino 
observari faciant, ac, inter alia, judseis ibidem degentibus ne merces 
rerum novarum, sed tantummodo ipsas res veteres, ut in ipsis litteris 
disponitur, vendere aut mercari prœsumant, expresse prohibeant, in 
contravenientes pœnas in litteris et constitutionem (sic) hujusmodi 
comminatas irremissibiliter exequendo. Et ita in prœmissis per 
ejusdem civitatis et comitatus legatos seu vicelegatos ac alios quos- 
cumque judices ordinarios et delegatos, sublata eis et eorum cuilibet 
quavis aliter judicandi et interpretandi facultate et auctoritate, ju- 
dicari et diffiniri debere, irritum quoque et inane, si secus super 
bis a quoquam quavis auctoritate scienter vel ignoranter contigerit 
attentari, decernimus, non obstantibus omnibus quse in ipsis litteris 
expressum est non obstare caHerisque contrariis quibuscumque. Da- 
tum Romse, apud sanctum Petrum, sub annulo piscatoris, die XXVIII 
februarii, M. D. LXXXXII, pontificatus nostri anno primo. 

M. VOSTRIUS BARBIANUS \ 

{Sceau de cire rouge, dit Panneau du pécbeur.) 



1 Suit le texte de ces bulles. (Voir ce texte dans le Bullarium Romanum, t. IV, 
pars i, p. 321, et pars n, p. 286). 

1 La condition des juifs continue à être fort dure au xvn° siècle et au xvm e siècle. 
En 1761, les juifs adressèrent au gouvernement une requête contre le maintien de lu 
législation du xvi c siècle (Archiv, départ, de Vaucluse). 



182 REVUE DES ETUDES JUIVES 



VII 



TEXTES DE LA LÉGISLATION CIVILE D'AVIGNON 
relatifs aux juifs l . 

[Extrait du commentaire du notaire Vascon, rédigé en mai 4441) 2 . 

S'ycy .s'ensuivent les status refermés de la. cité d'Avignon et 

TRANSLATEZ DE LATIN EN FRANÇOIS PAR MOY, HUGUE VaSGON, NO- 
TAIRE PUBLIQUE ET SECRETAIRE DE LADICTE CITÉ. 

En quel temps les juifz ne saillent de lajuifverie. 

Remarqué et soit adjousté après le «pelam videri vel audiripossit. » 

Item, statuons que les juifz ou juifves, du jour de mercredi sainct 
au soir jusques au jour du sabmedy a heure que sonneront les cam- 
pannes, ne osent saillir de la juifverie, et que, les jours des diemen- 
ches ou en les festivités de Nostre Dame et en aultres solempnelles 
festivités, les juifz ou juifves en nulle manière qu'il ne se peussent 
veoir ou ouyr ; et se aucun contre cecy aura fait, a l'arbitre de la 
court soit pugnit. 

Item, statuons que, a l'onneur et révérence de Dieu, quant le corps 
de Nostre Seigneur l'on pourtera aux malaides, nulz juif ou juifves, 
greigneur de xn ans 3 , remaigne en les rues en la présence de iceluy 
seigneur, mais se oste d'illecques et se musse ; et se aucun aura 
fait le contraire, par chascune foiz en v soulz tournois soit pugnit. 

Item, statuons que nul juif pour l'advenir puist acheter en ceste 
cité ou son destroit censé pour soy, aucun honne ou possession que 
les chrestiens possedissent. 

Item, statuons que les juifs portent en leur souverain vestiment le 
seignal de la roe bien apparissant, pour lequel soient coigneus des 
chrestiens, et celuy soient tenus de pourter en la seoestre partie sur 
la poitrine et non en autre lieu, et que toutes les juifves qui sont ma- 
riéez ou l'auront esté portent des oraulx. 

— Le manuscrit de Vascon reproduit également les statuts sup- 
plémentaires relatifs à la cession de biens et aux stipulations spé- 
ciales pour les juifs en cette matière. Il est à remarquer toutefois 
qu'il ne mentionne pas les juifs dans sa traduction du statut cxxxvn. 

R. de Maulde. 

1 Pour les textes des statuts de 1243 en ce qui concerne les juifs, voir R. de 
Maulde, Coutumes et règlements de la république d'Avignon au xm e siècle, p. 173, 195, 
200,209, 211, 217. 

2 Orig. au Musée Galvet à Avignon, ms. in-4°, de papier, sans pagination, vieille 
reliure de cuir avec une chaîne de fer. 

3 Au lieu de neuf ans, selon le texte original. 



RÉDIGÉ EN ITALIE AU XVI SIÈCLE 



M. le grand rabbin Zadoc Kahn possède dans sa bibliothèque 
un manuscrit hébreu qu'il a reçu dernièrement de M. Jonas 
Weyl, grand rabbin de Marseille, et dont il a bien voulu nous per- 
mettre de prendre connaissance. Nous allons le décrire le plus 
sommairement possible. Le principal intérêt de ce recueil réside 
dans les nombreux noms de rabbins italiens qu'il mentionne et 
dans les renseignements qu'il fournit sur la vie intérieure des 
communautés italiennes du xvi e siècle. Nous suivrons l'ordre des 
matières traitées dans cet ouvrage; nous ne citerons pas les 
consultations qui sont anonymes et dont le contenu n'a rien d'in- 
téressant. 

Ce manuscrit, œuvre du rabbin Josué Fermi, d'Ancône, est un 
recueil de 318 consultations écrites par les rabbins les plus auto- 
risés du temps de l'auteur, il porte le titre de d^Ni marna maitûn. 
Le frontispice indique que le livre était prêt pour l'impression. 
Au verso, se trouve une poésie de Josué Fermi composée de huit 
vers trvxm ma'Wttfi by) en l'honneur des rabbins dont les écrits 
sont entrés dans son ouvrage, et particulièrement en l'honneur 
de son maître Netanel Trabot. Suivent plusieurs versets du 
psaume cxix avec l'acrostiche Josué Fermi (ietd Wiît*), puis une 
longue préface incomplète de l'auteur. 

<-2. Lettre adressée à la communauté d'Urbin au sujet du droit 
du cohen à être appelé le premier à la lecture de la loi. — I. Isaac 
fils de Raphaël Finzi ; Pesaro (province d'Urbin), 16 janvier 334 
(1574). — II. Yehiel fils du gaon Azriel Trabot ; Pesaro, même date ' 

1 Tous les Trabot mentionnés dans cet rnvrage sont cités dans les manuscrits 
possédés par M. Marco Mortara, grand rabbin de Mantoue (3fose, Antologia israe- 
litica, années 1882 et suivantes . 



184 REVUE DES ETUDES JUIVES 

3. Si un cohen qui a donné la bénédiction sacerdotale dans un 
temple peut la donuer une deuxième fois dans un autre. — Sa- 
muel Juda Katzenellbogen 1 ; Venise, 13 marnes van (Tannée manque). 

6-7. Sur le mot Binyamin du verset 'n TT itttt ^linb trouvé 
dans un Sépher Tora avec la lettre yod entre le mem et le nun. — 

I. Azriel fils du gaon Yehiel Sarfati \ — II. Ascoli, le premier jour 
de la demi-fète de Pâque. 

8. Sur un Sépher Tora dans lequel toutes les lettres hé étaient 
écrites comme des het. — Netanel Trabot tsiaita bNjns. 

9. Sur le devoir de lever le Sépher Tora dans les offices religieux. 
— Moïse d'Arezzo i" |> n33, Aaron fils d'Israël Finzi d'Arezzo, demeu- 
rant à Ferrare. 

10. Si on peut, le jour du samedi, traverser un fleuve dans un na- 
vire. — Yehiel Trabot. 

12-13. Beaucoup d'Israélites avaient été obligés d'assister à un ser- 
mon que le prédicateur du roi faisait dans l'oratoire royal. Pendant 
le prêche, ils s'étaient cachés derrière d'autres assistants et n'avaient 
pas ôté leur chapeau, mais, menacés par le roi de sévères châti- 
ments, ils furent contraints de se découvrir 3 . On demande si ces 
Israélites, en se découvrant, ont manqué à leur devoir religieux. — 

II. Suit une réponse avec vingt-quatre annotations critiques [m*t»î"sj 
qui sont intercalées dans le texte. 

14. Si on peut apprendre à un musulman la langue et la religion 
hébraïques. — Yohanan Trêves »m:3, fête de Hanouca. 

15-22. A propos d'un Israélite qu'on voulait empêcher de cuire 
du pain le dimanche, parce qu'il avait puisé de l'eau le vendredi 
vers le soir, à Modène. — I. Yehiel (Trabot); Modène, le premier 

i Cité par M. Mortara, Mosc, 1883, p, 264. 

2 insnst ba^m n"n:as "psab p (?) nid bwnï*. 

3 ba û!Ti3K ipba ny *-»3N33 trm idon3 ■peab» ^b» na*j n»»a 
s-imn tNïb nbiîî «îm^ïi is33 c^»nYn 3*i33»b ^jb» ^ inban j-na 
ûip^n bar.8 îa rriaœb nn^^ 13373 iwinpb "pi 33 tnp7û*i ,di3&b33 pntd 
îb hyftft di*J33i2 dbia isi^n ■*»!* i"-m»33i i*n» diD vn i»k 
*j733>33 îmaa rn» tn-i»ïn n»m ttabttîn ^b^n *naab »ann ^ib^n 
tam *p 73ïl 13s na mari Tiban mne- *o nsiTsiii man «m 
\ti ,.ta3nd3sr,33 ns viioïi ***b man na ca^bttïïr; D^r-r ma-133 ba 
dm»»» 1*133» *jb33 b» TnT-s ^d b3> tPKaiTaïi îsrrna ^;a a» rwa 
b&n»ib pn ^a D"»33> na a»an hm -p-nn inbab nw drmai 
h-oyn- mi tn ,maYib ïi^û-i^r» ^73 '-«dn snbN 17333 prnnîib i^in 
^b7:n dmbN niQ^i un 3*3,13 in&«3 mb» ^«bn ïit rtbîn rb* înnb* 
»«-n iioaa aanT-ïi maab nw t>6 15 aanssnb n« Trniîi nm 
irOT»33 nM mob îTsns «bi "131333» 13a ibnas tn nb«n b^ttWï *pa 
anai dd"«»^33 iba iTaab ai»i ian imb» i*p b^ îv înpïn» 1^ 
inn ï-rnnpn^ f<b bbabi dab mab 1*11-13311 bN lai 11173» Y 573 ^ 

»'iai iva Nb »i« dï-ïiï n baa nztn^ti im»* i? 



IN RECUEIL 1>K CONSULTATIONS RABBINIQUES 188 

jour de la demi-fète de Pâque. — II. Môme auteur; Modène, 4 avril 
5338 (1578).— III. Isaac fils d'Abraham Cohen de Viterbe ; Sienne 
éw^O. — IV. Yehiel fils du gaon Azriel Trabot; Modène. — V. Mas- 
liah tils d'Abraham Cohen de Viterbe, Yehiel Cohen THpOMfc, 
Isaac fils de Juda dei Piattelli ^BW"^^», et Elias fils de Salomon 
Corcos ^-p^-p ttabttJ n"73D N"«b p fnb« ; Rome, 28 juin 338 (1578) 
nb'c yv* rfD, Wi ftD. — VI. Isaac fils d'Abraham Cohen de 
Viterbe; Venise, 24 juillet 338 l . — Yehiel fils du gaon Azriel Tra- 
bot. — VIII. Isaac Gerson. 

23-31, 33-35. Au sujet d'un schohet ignorant de la communauté 
de Bologne N^Dlbia. — I. Isaac fils d'Abraham Cohen; Rome. On 
cite l'opinion d'Isaac Gerson de Safed, et celle de Corneto lamp 
d'Ancône. — III. Réplique. — Jacob de Fano. — V. Même auteur, 
Cento IB^X (province de Ferrare). — VI. Netanel Trabot. — VII- 
VIII. Jacob de Fano. — IX-X. Lettre de Yehiel Trabot à son neveu. 

— XI. Samuel Juda Katzenellbogen; Venise, le 13 ab 347. — XII. Ob- 
servations sur l'opinion de Yehiel Trabot par Michel Corneto ; An- 
cône, le 10 ab 347. 

32. Si on peut donner aux rabbins les plus savants de ce temps 
le titre de Gaon. Lettre adressée au jeune rabbin b"iD""n;ito par Eliézer 
Aschkenazi. 

36. Question de casuistique. — Yehiel Trabot. 

37-40. Question de casuistique à propos d'un repas qui avait eu 
lieu chez le rabbin Menahem Foa frais ûrra n"!»a maa. — I. David 
Samuel, appelé Zanvil, fils de Calonimos b"ni3ï &Op3 baiera Tn 
Oitt^nbp T"33Da. — Témoignage de deux rabbins qui avaient assisté 
au repas : Moïse fils d'Abraham Lévi, Haïm fils du rabbin Eliézer 
Lévi. Leur signature est authentiquée par bapïm 1"^S3 *p^P ûrfe» 
b"T V^P et Eliézer fils de Gabriel de Padoue. — II. David de Ra- 
venne WHM W anii; le gaon Zanvil Pescarolo ibinptû^a b"ni3T fiattir 

— III. Abraham fils de Meschullam d'Agnello 2 abita» nn w aa ûmaa 
lb*^3N 'yft consulté par David de Ravenne ; Asti, le 14 schebat 5336. 
Zanvil Pescarolo, le dimanche 19 adar 5336. — IV. Azriel WW; 
réponse écrite par son fils Samson (22 schebat?) 284. Dans cette lettre 
est citée l'opinion de Samuel dlvrée (Piémont) ï-j&na'Wa btfittUî a*)ï"T. 

4l. Sur un rite concernant la Paque. — Y r ehiel (Trabot). 

43. Si un particulier peut empêcher le ministre-officiant de faire 
l'office. — Yrehiel fils d'Azriel Trabot. 

45-46. A propos d'une amende qu'on voulait faire payer à un Is- 
raélite de Fermo 17û"T | d (province d'Ancône), parce qu'il avait reçu du 



1 Nous donnons la date chrétienne toutes les fois qu'elle se trouve dans les con- 
sultations. 

* Province de Novaje ou de Cuneo. 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vin un jour de fête. — I. Moïse Basola, le 23 schebat 305 (1545), JTOÎ3 
h"i8 aatt :d Inbioa. — IL Isaac Léon fils d'Eliézer Sephardi ; Ancône, 
le 22 schebat 305. 

47. Question casuistique. — Yohanan Trêves; Ferrare. 

48-49. Du bain de purification. —David Vital bKSn Tn. 

50. Question d'intérêt. — Mahallalel Yedidia fils de Baruch. 

52-54. D'un vœu fait par un Israélite à Ancône. Dans cette ques- 
tion, les villes gouvernées par le pape sont appelées : niant* 
-n^SNïi. — II. Ben-Sion fils de Raphaël Sarfati ; Venise, le septième 
jour de la fête de Succot 5347. 

55-56. Question d'intérêts. — IL Yohanan Trêves ; Padoue, 308. 

57. Réponse de Mordekhaï de Modène à une demande que lui avait 
adressée la « Société de Bienfaisance » de Ferrare, pour savoir si on 
pouvait donner quittance des dettes que plusieurs sociétaires vi- 
vants ou décédés avaient contractées envers cette Société, et cela à 
cause d'une épidémie qui avait fait beaucoup de ravages dans l'an- 
née 288. La lettre qui contenait cette demande avait été envoyée 
par l'entremise de Joseph d'Arli iVl8. Fin de la fête de Rosch 
Haschana 5290. 

59. Des serments et des vœux. — Yehiel (Trabot). 

60-62 et 4 28. Sur une décision prise anciennement parla commu- 
nauté portugaise de Ferrare d'éloigner de rassemblée religieuse et 
de condamner à l'amende tout membre de la communauté qui au- 
rait violé les décisions et statuts, ou qui aurait méconnu les privi- 
lèges 0"6^ns) qu'elle avait obtenus du duc de Ferrare 1 . — I. Yehiel 
Trabot. — IL Même auteur; Ferrare, \ élul 5343. — III. Lettre adres- 
sée à Joseph Garuba a"n3 tpv, où il est dit que la communauté 
d'Ascoli ^blpON consultait toujours le rabbin Azriel Trabot chaque 
fois qu'elle devait prendre une décision. — IV. Lettre adressée à la 
communauté portugaise de Ferrare. — Raphaël Joseph Trêves; Fer- 
rare, 17 iyar 346 2 . Approbation de l'opinion émise par ce rabbin. 

63. Approbation de l'opinion émise par le rabbin Gedalia fils de 
Yahia qui avait proposé l'abolition de l'usage pratiqué par la com- 
munauté d'Alexandrie au sujet du chef N'nDD et de certaines réjouis- 
sances du jour de Pourim 3 . 

1 5nD3 *™ "NWI n-psittlp Ù'Wb h"m U"3F ?"? "TON T2P p b»n 

w mosp I53tt5i V'ar p"prt ba nna irmaa wsom nm nw hy 

b^n^ni aip^a fcfiio ^ ba bsn ûn^aon bv na^tt) Dbnpïï ^ ba 

Êhbtiî ^i^^tîti ûrm^si ChrcTtoSEtt buab ïttWt n» wpyh 

?'i5i r^-ifin^sE ïTt D13TTÏ1 mttttin imy-in nbj£E wtoîto 

2 'Wicm&'i cptisd p"pb iro:nDi cnai^E Jrsnban &io*n aa^bN 

3 a^arj aba Y'sr a^m p ït»Vw l'hîi» spbKïi -nai vpin mn 
^n !-TNin pian w?y\ bnDi aa vn nsn ^Niti^b ûntcn ùimaai 



IN RECUHL DE CONSULTATIONS RABBINIQUES 187 

65-07. Protestation soulevée par une décision relative à un diffé- 
rend survenu entre deux héritiers. — I. Yehiel Trabot. L'opinion de 
ce rabbin a été approuvée par les rabbins suivants : Pinhas Elia 
fils de Gémah Elia ib^Ott, Isaïe Samuel fils de Abraham Aaron, Jacob 
Calonimos fils d'Aaron , Joseph WW*, Juda Moscato iMNpOl», 
Moïse fils de Yedidia Salomon de Norzi. — II. Michel Corneto ; 
Ancône, le 4 tamrhouz 346 l . — III. Yehiel (Trabot). 

68-60. Lettre adressée aux chefs de la communauté d'Ancône au 
sujet d'un différend pécuniaire entre le rabbin Michael Corneto et un 
de ses coreligionnaires. 

70. Sur l'interdit "nia. — Jacob de Fano ; Gento, le 23 marhesvan 
5349. 

71-73. Grave contestation soulevée dans la communauté d'Aragon 
yùT\H entre les rabbins Juda Sarfati ^nsnit NTT et Isaac Arama 
maM*l9 pflSF au sujet de la succession du rabbin Jacob Sarfati ap^"» 
TtSIX (père du premier des sus-nommés) à la chaire rabbinique de 
ladite communauté. Compromis (lD'VailMlp) intervenu entre les 
deux rabbins disputants le mercredi U kislev 5302, à Salonique ttfi 
lp^lbtfO. Protestation d'Isaac Arama, Benjamin fils de Méir Lévi 
Aschkenazi. — II. Méir fils d'Isaac Katzenellbogen. 

74. Sur un différend entre un tuteur et des héritiers. — Yohanan 
fils de Joseph Trêves Sarfati, Ancône. 

73-76. Lettre adressée à plusieurs membres de la communauté 
d'Imola inbi^^N (ville de la Romagne) pour les inviter à faire juger 
leurs différends, dans les affaires d'intérêts, par le tribunal rabbi- 
nique de Bologne, Padoue ou Venise, sous la réserve que ni les au- 
torités de la ville, ni le gouvernement du Pape n'y soient contraires. 
Bologne. 

77-80. Des droits de l'accusateur et de ceux de l'accusé. — I. Méir 
fils d'Isaac Katzenellbogen, lundi 5 tisri 305. Approbation du rabbin 
Couci fils d'Ascher de Montagnone (province de Brescia) \ — II. Lévi 
Joseph fils d'Abia, le deuxième jour de la demi-fête de Succot 305 3 . 

Nrb^i trmas D^nn n-rçîja pioi irnsiû "jn ûan ^d i^ai T-n4 na 
rr n&m'WKD^bBa laïisœ aîro imai anmaa «w>35 fi^rt Na^sn 
b":r; rpbar; pcD bo îrifc^pina iNatï) itta "n*m nmi ùms btt vrm 

,'n^l m*a btfi airttfc anipi n?2iN ^n 

Gedalia fils de Yahia est encore cité dans cet ouvrage à la 133 e consultation. 

1 p"sb Y'»1B Tlttri '*!, ïljlpjN VJmp b&O^D. M. Mortara a trouvé dans ses 
manuscrits (2° collection) une approbation d'un rabbin signé : lUI^p bN^fà et il 
demande si on doit lire Crotta. Nul doute que ce rabbin est Michael Corneto nommé 
plusieurs fois dans notre ouvrage. 

2 w*3û3iîje ni»a 'nn la isrtp* 

■ wftsfw n w n 'a û-p (•?} p» îton Ynsrvaa ïMtti la tpr* tAïi 

.p"sb n"v 



188 REVUE DES ETUDES JUIVES 

— III. Approbation à l'opinion émise par le rabbin de Padoue et ses 
collègues. — Yohanan Trêves, 1 marhesvan 305. — IV. Opinion émise 
sur la demande du rabbin Nissim, petit-fils de l'auteur; Venise, 
% août 307. 

81. Lettre adressée à don Isaac Abrabanel l . Cette lettre n'ap- 
prouve pas l'autorité d'un tribunal composé d'un seul juge. — Méir 
fils d'Isaac Katzenellbogen, mardi... (le copiste a omis la date). — 
Approbation de l'opinion précédente. — Abraham Aaron fils de Sa- 
muel 1N^b"n^, même jour. — Autre approbation. — Yohanan Trêves, 
3 août. 

82. Sur un contrat de mariage. — Yohanan Trêves ; Padoue, mer- 
credi 25 tammouz 307. 

83. Lettre adressée à don Isaac Abrabanel, dans laquelle on lui dit 
de ne pas craindre la menace d'interdiction (i"n "n^) des rabbins 
Jacob et Baruch de Ferrare, le tribunal n'ayant rien décidé sur la 
question pendante entre lui et son frère, pour l'héritage paternel 2 . — 
Méir fils d'Isaac Katzenellbogen. — Approbation de Lévi Joseph fils 
d'Abia, beau-frère dudit rabbin Katzenellbogen. 

84-86. Invitation (sur la demande de l'héritier) à dénoncer toutes 
les créances laissées par une femme assassinée, nommée Benve- 
nuta nm^l-ûS, aux rabbins de Padoue ou au grand-rabbin Abra- 
ham de Rovigo "irpTn^ ûïtun ou au grand-rabbin David de Modène 
'iTitt tt^a YVl. — I. Méir fils d'Isaac Katzenellbogen, Yohanan fils de 
Joseph Trêves, Meschullam Gouci fils d'Ascher de Montagnana ; 
Padoue, dimanche 30 septembre 309 (1549). — II. Méir fils d'Isaac 
Katzenellbogen, 5 septembre, 17 élul, 323 (1563). — III. Baruch Uzziel 
fils de Baruch Tûym ; Ferrare, 18 élul 5323. > 

87. Menace d'interdire les Israélites de la Marche i-îplttb Ta^in 
qui cachaient leur argent pour ne pas payer leur cotisation à la 
chambre pontificale M"n"> ^"PsnBNïl n^TiN nb^a mnb. 

88-91, 275. Si on peut « interdire » pour connaître la vérité, sauf 
l'approbation du Pape ou de l'évêque de la ville pour la publication 
de l'interdiction 3 . — I. Jacob Israël fils de Raphaël Finzi de Recanati, 
Azriel fils de Yehiel Sarfati. — IL Yehiel fils d'Azriel Trabot \ — 

i En voici le commencement : ûwntttt mîlN dlbtB Ï1N !W 'N ^223 

wan enrôla b"ï baïaia vn niar» p Y'ar bm-na prn^ )ii ins 

2 Cette lettre commence par ces mots : «p^ D^snftïl 'l!lN Nn^n btf *|b Ûlbu: 

snba'n ■nan ^nbnp ^insn ^ni^u: yn nuîrt p S^rrna pïtfcî 

.•ûzmte Tna*i bsb^ vrai N""m»î3 

3 wrt ims ■pwsïtrra in ivract mima ïit nnn nbûT pn. 

4 Dans ce recueil et dans les manuscrits du grand-rabbin Mortara, après le nom 
de Yehiel il y a presque toujours le mot 'l^^ qui n'a aucune signification. On pour- 
rait toutefois y voir le nom de Saul parce que quelquefois nous avons trouvé dans 
notre manuscrit la lettre sckin écrite tout-à-fait comme le sadi. 



ON RECUEIL DE CONSULTATIONS RABK1NIQUES 189 

ITI. Réponse à une lettre envoyée par l'entremise du rabbin Isaac 
Franco Ipaane prûfc\ — IV. Yehiel iils d'Azriel Trabot. Approbation 
de Benjamin Saùl (ils de Joseph De Rossi, et de Jacob de Fano. 

92. Différend pécuniaire entre deux frères, le docteur Abraham 
Nahmias DÉT^nna dtt"D8 '-in DTVïOpYTtt et Jacob Nahmias apparte- 
nant à la communauté portugaise de Ferrare. 

94. Des droits des plaignants et de ceux de l'accusé. — Moïse fils 
d'Abraham Provenzale ibWEPnmD, Pinhas fils de Gémah Elia ^JQ», 
Samuel Hizkiya fils de Salomon ibfcTi ; Mantoue, 3 élul 5332. 

95-97. Interdiction lancée par les rabbins Raphaël Joseph Trêves 
et Netanel Hadani ^rrn b$m 'îittï *p&wn contre deux Israélites 
d'Alexandrie (Piémont). — II. Approbation à l'interdiction et à la 
sanction qu'y apposèrent les rabbins de Mantoue. — III. Yehiel fils 
d'Azriel Trabot ; Ferrare, 8 kislev 347. 

98-99. Lettre adressée aux rabbins de Pesaro et d'Ancône au sujet 
d'un mari qui s'était enfui en emportant la dot de sa femme et qui, 
malgré cela, voulait l'obliger à le suivre. — Raphaël Joseph Trêves ; 
Ferrare, le 23 du 1 er adar 345 (1585). —IL Lettre adressée aux mêmes 
rabbins, où on approuve l'opinion émise par Raphaël Joseph Trêves. 
— Yehiel fils d'Azriel Trabot, lundi 26 du 1 or adar 345. 

100. Des droits des orphelins selon la loi hébraïque. — Yohanan fils 
de Joseph Trêves. 

101-102. Lettre adressée aux chefs de la communauté portugaise 
de Ferrare pour les prier de vouloir bien être indulgents pour deux 
Israélites qui, d'abord, n'avaient pas voulu se soumettre au juge- 
ment des autorités de la communauté, — I. Raphaël Joseph Trêves ; 
Ferrare, 17iyar 346. — II. Yehiel fils d'Azriel Trabot, an 346. 

103-114. — Si on peut interdire quelqu'un pour l'obliger à témoi- 
gner devant les tribunaux : Joseph Caro, Jacob fils d'Abraham Ca- 
valieri (?) n^blNIp, Moïse fils de Joseph Mitrani, Isaac fils d'Abra- 
ham Aruch ^tin ûmnN 'Ï1E5 p pn*\ Israël fils de Guriel btiCW* 
b&rmp 13, Schem Tob Vivant MM 3113 ûtfi,Menahem Lévi, Moïse 
fils de Hayyim Alscheikh, Elie fils de David, Isaac ""riNEN, Abra- 
ham Ascher Jacob Berab 3T3 3p3>"< ntiJtf ûmsa, Moïse Galanti 
YBftbfitt, Obadia fils de Zekharia, Abraham Orvieto lEnmN ûîTDN, 
Moïse Cordovero, Joël fils de Jacob Aschkenazi, Méir Lévi ben 
Vigas »^3 "j -nb tw», Salomon 1N303N, Moïse fils de Saadia ; 
Safed. Suit la signature des membres du tribunal rabbinique de 
Ferrare, qui ne signèrent qu'après avoir constaté l'authenticité de 
la signature des rabbins Joseph Caro et Moïse Mitrani ' : Aschkenazi 

1 ,ï*tDtt pw 'n tDnï-ï fc«mpb ana tîd Hyvfîi anns anbn am»3 
tar-nm fan i-i^p cp-n fïva wnrs n"n b"3!ra 'r^nn "nna ^dni 

.twt iw^nn ™&n Van laanaE ïito 



190 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Jacob fils de Joseph |B |3V»*T, Méir.fils d'Akiba Lévi, Eliézer, surnommé 
Lazzerino 'pnïb (en italien, le petit Eliézer) fils d'Isaac Lévi. Témoi- 
gnage du schammasch de la communauté allemande de Mantouc, 
qui atteste avoir remis le document contenant la décision du tri- 
bunal rabbinique de Safed, avec la sanction de celui de Ferrare, à la 
personne intéressée, c'est-à-dire le rabbin Moïse de Rosa NttTJ, qui 
était en dispute avec le rabbin Moïse ben Schuschan; Mantoue, mer- 
credi 9 tammouz 320 (4560); Jacob fils d'Aaron Gabriel Sarfati, scham- 
masch de l'oratoire destiné aux schammaschim ». — II. Meschullam 
fils de Schemaya Kauffmann, Joseph fils de Natan Ottolenghi, Isaac 
fils de Gerson Héfeç Zeligmann*, Samuel fils d'Isaac, Saùl fils de 
Siméon, David fils d'Aaron iWibTÛ ; Crémone, mardi, 41 ab 318. — - 
III. Les rabbins de Crémone ïiSWip "Om, vendredi 6 tammouz, 
4 5 juin 344. — IV. Critique de l'interdit lancé par les mêmes rab- 
bins de Crémone. — Yehiel (Trabot). — V. Réplique des rabbins de 
Crémone, 6 tisri (?) 5346. Z. Héfeç, Norlenghi, iVwiïl '"!, M. Porto 
"iettid Unirais. Invitation aux rabbins Moïse d'Arezzo 3 V'nNtt TOJ3 
et Yehiel Trabot à signer l'interdit lancé par les rabbins de Cré- 
mone : Abraham Basola fiblDfcO , Raphaël fils d'Isaac dei Piatelli 
iVwaKiB ibtt, Juda fils de Moïse; Ferrare, mardi 16 ab 344. — VI. Ex- 
hortation aux rabbins de Crémone d'effacer l'interdit parce qu'il 
avait été écrit sans l'autorisation préalable des chefs du gouverne- 
ment. — VIL Réponse a la réplique des rabbins de Crémone. On y 
dit que la chaire rabbinique de Ferrare était occupée à cette époque 
par Baruch Uzziel rLTpîn. — Yehiel Trabot. — VIII. Critique de la 
réplique des rabbins de Crémone. — IX. Yehiel (Trabot). — X. Lettre 
adressée aux rabbins de la communauté de Mantoue pour les 
prier de se joindre aux rabbins de Ferrare et de Venise pour 
combattre l'opinion des rabbins de Crémone. — Raphaël Joseph 
Trêves; Ferrare, 13 ab 346. — Même recommandation par Yehiel 
Trabot, Netanel Iladani. — XL Critique des décisions des rabbins 
de Crémone. 

445-423. Sur un contrat de mariage; audition des témoins par le 
tribunal rabbinique de Ferrare, dimanche, 8 tébet343 (1583), et jour 
de jeûne de tébet 343 *; consultations d'Eiiézer fils du médecin Elie, 
dimanche 21 adar 344; d'Aaron fils d'Israël Finzi d'Arezzo; de Samuel 
Delvecchio 5 ■np'n'ibi bisnïïtt) ; de Yehiel Trabot membre du tribunal 
rabbinique de Ferrare ; consultations de Raphaël Trêves, de Yehiel 
Trabot ; Ferrare. 

1 tmeatprt b^ ît'asa vatt wn$ ba-nru "pria -d np^" 1 ^H tnao 
b"Dï-r &vn vnrpbip Tnm rmcM p"^- 

2 yen ivana nn i^p^T rwDttri pnar*. 

3 Dans les manuscrits de M. Mortara le mot Arezzo est écrit de la même façon. 

4 Les époux s'appelaient : 1^3Tn dïnaiS '*! et ft^pVm. et les témoins bN"01 '*) 

5 Nous écrivons les noms de famille selon la prononciation italienne. 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS RABB1NIQIIES 191 

124 et 168. La femme d'un cohen avait quitté la maison conjugale 
pour se convertir à une antre religion et, trois jours après, se repen- 
tant de son apostasie, voulut retourner chez son mari. On demande 
si son mari, étant cohen, peut la recevoir; 28 iyar 5345. 

I25-I27. Du droit de succession des enfants maies. — I. Yehiel 
Trabot ; Ferrure, mercredi, quatrième jour de la demi-fète de succot, 
347. — II. Abraham lils d'Abraham Basola ; môme date. — III. Jacob 
fils de Menahem de Fano. 

129. Des droits de la veuve sur les biens laissés par son mari. 
— TJzziel lils de Baruch îa^pîn ; Ferrare, dimanche, 4 iyar, 4 6 avril, 
324 ; approbation d'Abraham lils de Menahem de Rovigo DîTiafi* 

130-131. Sur un contrat de mariage. Dans cette question on cite le 
livre intitulé JBTp» "0\sn p"iB b* mBDin d'Isaac Dura et les consul- 
tations de David Cohen de Gorfou. — II. Juda lils de Joseph. 

132. Gomment doivent être considérés par la loi hébraïque les Is- 
raélites de Portugal, de Gastille et de Flandre (ïrb^ai&p bailla 
«"n^fiôû) qui ont été forcés d'abandonner leur religion. On y dit 
que beaucoup d'Israélites se réfugiaient en Turquie *wn:nn mab» 
ou à Venise pour pratiquer librement leur culte. Plusieurs mots re- 
latifs à d'autres religions ont été effacés. — Sem Tob "ïjqbfc, 

133. Mémoires historiques de la communauté israélite de Gasal 
Montferrat dédiés aux rabbins en général ! . En 5328, il y eut à Gasal 
Montferrat une très grave dispute à propos du mariage de Gabriel 
DelFAlfa et d'Hanna fille de Gabriel Padoa \ — En 5331, un fait 
étrange arriva à Gasal. Un nommé Galonimos Puglieso épousa Alle- 
gra, fille d'Abraham Bologna, sa parente 3 . Les rabbins d'Italie décla- 
rèrent nul ce mariage, et le rabbin Netanel Hadani et Zanvil Pesca- 
rolo (qui déploya beaucoup d'activité en cette affaire), s'appuyant sur 
l'opinion du gaon Zalman Cohen de Mantoue, publièrent un arrêt 
tendant à empêcher le renouvellement de ce scandale. Tous les do- 
cuments concernant cette question se trouvaient entre les mains du 
frère de l'épouse, Siméon. En 5339, le même Siméon Bolognese (ou 
Bologna) raconta avoir épousé Zorla, fille de Mordekhai Satan, à Mon- 
calvo, province de Montferrat, devant deux témoins qu'il fit venir 
d'Alexandrie 4 . Contestation de ce mariage par les rabbins de Casai, 

1 Ninb n:^ l p::)jbo -r\xi <nnn 'baa *i pa^l KnbnûiiB mrn "W. 

2 nab« b-n t\ov ^"'J 'htwijq bsapa biT* ©Jh rrrr rfa^n nmaa 
Sia irannrûi ?intt«b bamaa *i"»5 nn n;n mtt u'ip ao ifir^ïia 
paan ns-nra wpn»ï nw&3 ^bi»! inn yi»» r;:nan û^snban a^iaw 

3 rro&a a"3 baopa wna tawaibp nnnïiM îimn r<b"iar» rwa 
îtrafiip r-rbYrapoa t^aibia &max ha s*wb« im^Nia toTptt) 

avec une boite de dragées), Jn:abft<1 nnT ETO ttai ÛTHS rrmfcO. 

4 bip tsfflnm o":~ n^ibia juaroa *nn nar cabtt tib"m naioa 



192 REVUE DES ETUDES JUIVES 

parce qu'il avait été contracté contrairement à l'arrêt rabbinique 
mentionné ci-dessus. — Zanvil Pescarolo, Casai, 3 ab 5339. Le gou- 
verneur de la ville d'Alexandrie obligea les rabbins de cette ville à 
juger l'affaire de ce mariage, l'époux protestant devant les autorités 
civiles que son mariage était valable selon la loi hébraïque ! . Au- 
dition des témoins : Salomon fils de Yekutiel, et Haïm, fils de Yehiel 
Lévi, présents au mariage, lesquels affirment qu'ayant demandé 
à l'épouse si elle consentait à contracter ce mariage, elle répondit 
quelle était contente*. Même déclaration écrite des témoins rédigée à 
Alexandrie dite de la Paille, province de Milan, le lundi 15 iyar 339 3 . 
Rapport des rabbins d'Alexandrie rédigé le 24 sivan 5339. — Jo- 
seph fils de don Gedalia ben Yahia, Moïse fils de Mattatia "ni53N, 
Siméon fils de Mordechai. Dans une réunion des représentants des 
communautés israélites, convoqués à Ferrare, en 5315, et d'après 
une décision de la communauté et des rabbins de Padoue de l'année 
5266, pour éviter les inconvénients de la loi hébraïque sur les ma- 
riages, valables par la présence de deux témoins seulement, il 
fut décidé que dorénavant les mariages seraient contractés devant 
dix personnes, dont deux au moins devraient être parents en pre- 
mière ligne de la fiancée. Les rabbins de Casai confirmèrent so- 
lennellement cette décision \ Il fut décidé qu'une amende de 10 écus 
(dont la moitié devait être donnée aux pauvres chrétiens, par 
l'entremise de la confrérie de la miséricorde, et l'autre moitié aux 



baoptt pim '^Mitt nn?j îabpaitta «po wntt n"73a na t-îVm mpta 
tn wby na? 'i^nd^nïï iriN t^rarr ù-n? tnra ^sa "pb» mma 
ansm swaron irb* ?m t iftfr îia-ua'nptt p^b-nn in n"nn*3 Bpbatt 

.'nai nrpia n«i wstin mwa 

1 *-t"t S^i^ïi f yn izn £"n nrn»-bw OTûitt im "nriN 

(Antoine) 'ïE33K ÏT bf W12 im bab (écus) 'ipa H"D D3pa K»'TOO^bWa 

'^aan wn i^sr-iM h$ uyinnb V'an buiittïi bN isabm # n^îi ïtiïko 
,î-rm ma^in bn^ ns:a» p-nab û'nan inaniiai mbstanna iMbemo 

t**b ,^1 b:?a ^3Da Ntna a-n? tambi mpnb ^'la bai3 abtf) tnaai 

Mons. Jean Baptiste Vi'ttn} îHDO^Ba ï&nï ' n O N^p ttaTT» /12b ÎTHD 
(dressé un acte) Itf'fiwn ÏTÏ1 Nlffi 13b ÎTlStt Wïl ^£10 Grenaro (?) 

•nana ta^rr iw^ i-ittto n?2Nti airûai a^'n i-nna an oapaia 
b"aîi biaïaïi nba>» mraia 13N pb bantm î-rcjtt t-na îrntoi 
t-iaamn wmi i-rppnïi n&wa mabrro trrnai rcmsa a^-naja 
(préjudice) ifcranv'ttTa ^ba ïriin n"a ^aa abta ùifl i3i-p nnnft 

2 lip b"3ii ■pttwpin nbap anm rraiat-iTa ^a nab ïtieni tinna ami 

.T^"ba nu"3^3ip i"a nn 

3 It^Nb^ ï-ia^aa !r-p\XDb vj n^-i^IjiSD^bN ï-td. 

4 trunntt i3N n-nnbi rwtab rtnanja ïhnt nam'na t^nn p^b 
naraa marna p"pa ^bba uns y"-" nib^npii un mraii nab?:^ 
naïaa ïraio m^ii iaai rs&ma p"p 13a iuî^ naa niûNi p"ab YteiB 
nmi b"T 13"^ j-hw ■Vin» "p^n ims ms "na *r* bv Von 

•pa^oa b"T ^''aujnrî ba^ bu: innaa aab nm D^aiican amp» nnw 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS RARB1NIQUKS VX\ 

israélites pauvres) serait infligée à celui qui enlèverait la copie de 
cette décision affichée dans le temple 1 . — Netanel fils de Schabetai 
Hadani ', David Samuel surnommé Zanvil Pescarolo, Haïm fils 
d'Eliézer, David fils d'Eliézer de Ravenne; Casai, jeudi fin d'iyar 
331. Continuation de la décision susdite après l'approbation de 
Son Altesse le Duc. — David Samuel fils de Calonimos Pescarolo, 
Haïm fils d'Eliézer; jeudi 24 sivan 339, Casai Montferrat. Comme 
on voit, cette décision fut confirmée huit ans après sa procla- 
mation 3 . Lettre adressée au rabbin d'Alexandrie, où on lui dit 
que la loi hébraïque exige des personnes compétentes pour juger 
les affaires de mariage. — Aaron David fils d'Aaron "p^bTE \ 
David fils de Calonimos Pescarolo ; Casai Montferrat, 24 iyar 339. 
Attestation par ce rabbin d'avoir remis ce document à Mordekhai 
Satan (père de l'épouse) par l'entremise d'un huissier b . Témoignage 
du même rabbin constatant l'authenticité de la signature du chan- 
celier du tribunal, Franesco lira, juge des Israélites et du tribu- 
nal 6 . — Accord entre les parties contendantes pour faire juger leur 
question à Casai Montferrat. — Samuel David fils de Calonimos Pes- 
carolo, vendredi 26 tammouz 339. Témoins présents au concordat : 
Abraham fils de Moïse Jacob Cohen, Gabriel fils d'Eliézer de Padoue, 
Haïm fils d'Eliézer, Hakim fils de Siméon Borghi N"Nb "ja tran 
a'*VD ■pJM'iZ). Demande de Mordekhai Satan de faire juger la ques- 
tion par deux particuliers et Zanvil Pescarolo, attendu qu'à Casai 
il n'y avait pas trois rabbins pour juger la question selon le droit hé- 
braïque. — David Samuel fils de Calonimos Pescarolo ; Casai Mont- 
ferrat, vendredi, néoménie d'ab 339. Déposition de Haïm fils d'Eliézer 
et de Josué fils d'Azriel Todros, dans laquelle ils affirment que les 
personnes désignées par Mordekhai Satan pour juger la question ne 
sont pas compétentes, vu qu'elles ne connaissent pas assez la langue 
hébraïque. Cette déposition a été signée en présence de Samuel 
David fils de Calonimos Pescarolo et de Moïse fils d'Abraham Lévi. 

1 'ipo ïttoj ospa bis^ n"a ^bma» na*ï "larwîa Tîria w 
■w oansb d^sm ï-T*r ta mp"n , rtt !->"ba ma ""aa* oansb mazn 

. bfcn©ï 

2 pDi2i nnm nio^-i ■pii b"T ^n nriDOatt ^nsia n?aaa y"-> b&wna 

.b"an ba ba> 

3 Cette même takana est citée dans les manuscrits de M. Mortara (3 e collec- 
tion, 1-6). 

4 prb"Ptt b"T "pSlN Ù"D3 TH 1"I^N. Cité par M. le grand-rabbin Mor- 
tara, qui demande si le dernier mot, qui dans son manuscrit est écrit l p"lbT"ID, signi- 
fie Nordlingen (o e collection, 11). 

5 b-np*^D r-nr^a t nainaia anro anan ibnaai -nsa ana '3 rp 
asott ■»mb»tt 'k v 'a> y"" 1 po -an-ift i"7aa -nb ini r;T ana» b"n 

♦ b-np^PD b^i^T a «a rfnn afiinan 

6 bNop*/û "pn- ■njiaa mai 'nai mfcixafri 't rp 'i rp 'in rp '- ,ta i 
fc*wi n&w ^:n wn b"Ti b";n jibwîi wtt û^D^rr Situai ♦'fcppMTO 

.bnp^s b*maï tna« 

T. X, n° 19-20. 13 



19V REVUE DES ETUDES JUIVES 

— Le rabbin Gerschon Kitzingen JWFp avait été appelé à Casai 
pour juger cette question avec Zanvil Pescarolo et Menahem Ilalfon, 
le lundi 42 tammouz, mais le jugement ne put être prononcé, le 
mari ayant fait défaut. Déclaration de Gerschon 'py^p, signée le 
mercredi 22 juillet 339 (1579) et donnée à Mordekhai Satan, père de la 
fiancée. — Demande de la part du fiancé d'ajourner le débat de 
cette question de quelques jours, parce qu'il est obligé de se rendre 
à Alexandrie, pour ses affaires, à cause des événements malheureux 
arrivés aux Israélites espagnols 1 ; et acceptation delà part de la 
fiancée de cet ajournement. — Moïse fils d'Abraham Lévi ; Casai 
Montferrat, vendredi 24 juillet 339 (4 579). — Protestation des rabbins 
de Casai adressée aux membres de la communauté d'Alexandrie 
contre la validité du jugement de cette question prononcé par le 
tribunal rabbinique de cette ville, parce qu'il n'y avait pas de juges 
compétents. On invite aussi les personnes intéressées dans cette 
affaire à venir à Casai pour se soumettre à un nouveau jugement. — 
Samuel David fils de Calonimos Pescarolo, Gerschon ^^p. Ces 
deux rabbins parlent aussi au nom de leur collègue Menahem Halfon ; 
Casai, dimanche M tammouz 339. Ordre d'afficher cette lettre dans 
le temple de la communauté pendant six jours. — Le fiancé, ayant 
refusé de se soumettre au jugement du tribunal rabbinique de 
Casai, a été excommunié par les rabbins Samuel David fils de Calo- 
nimo Pescarolo et Gerschon ycp^p ; Casai, 15 tammouz 339. — Lettre 
adressée aux membres de la communauté d'Alexandrie % où l'on 
reproche au rabbin de cette ville d'avoir jugé la question avec 
deux personnes inhabiles à juger, à cause de leur instruction in- 
complète, et de n'avoir pas annoncé au gouverneur de la ville (qui 
avait donné aux Israélites l'autorisation d'être jugés selon leurs 
lois) que le droit hébraïque exige, dans certaines questions, des 
juges suffisamment instruits. On y dit qu'il est donné autorisation 
aux parties adverses de se faire juger n'importe où, pourvu que 
les conditions exigées par la loi hébraïque soient remplies. — Zanvil 
Pescarolo; Casai, vendredi 16 tammouz 339. — Lettre adressée au 
rabbin Zanvil Pescarolo dans laquelle on consent à lever l'excommu- 
nication prononcée contre le fiancé, afin de faire cesser une querelle 
très regrettable à tous les points de vue, en permettant de la faire 
juger n'importe où, pourvu que les juges israélites soient aptes 
selon le droit hébraïque. On y dit que le marié et les témoins ne 

1 baop T# nimn wift b^'jft p"sb "û"bv n»n t""» 'n û*na 
b"nptt-<D VmaT n"-™s spbart û* Timm my-û tzmp UMrpwra 
b"3îi tpbfittia wmb y"" 1 Y" 2 "p^o T»a i^a an ïtsîti laam fi 
"fb^b Niïi rrDitt "o tie&o ïwiw^&b imab ^b rnun ib imtû 
tu nmb lis -ai *oi troaDïi rwns pn r\y y^r> 13 p^ ttata 
/■wi lafrna» «ma y'"D b&n-nï *\"iso mn a? p 

a 'si nm ba û^nnri y"^ ïwnaK^Va y"p aab rmvn aibu -nm 
r*v ■oftim vzyvi rriïîsn r^ib-D tarnaN p )v^ok ynn innm 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS RABBINIQUES 196 

voulaient pas retourner à Casai pour se soumettre au jugement 
rabbinique, et cela à cause de la crainte qu'ils avaient du tribunal 
civil et correctionnel. — Gerschon pjraFp (précédemment membre 
du rabbinat de Safed) ; Asti, dimanche 25 tammouz 339. Le porteur 
de cette lettre était Mattatia Cohen, qui se chargea d'arranger cette 
affaire 1 . 

134-139. Décision sur la même question. — I. Yehicl Saûl fils 
d'Azriel Trabot ; Modène, 28 août 5339. — II. Approbation de l'opi- 
nion émise par le rabbin Yehiel Trabot qui avait annulé le mariage. 

— Michel Corneto ; Ancône, 7 hesvan 340. — III. Approbation de l'opi- 
nion des rabbins Yehiel Trabot et Michel Corneto. — Isaac Gerschon, 
10 hesvan 340. Décision sur le même sujet dans laquelle sont ap- 
prouvées les trois décisions ci-dessus. — Mahallalel Yedidia fils de 
Baruch; Sinigaglia, 12 hesvan 340. — IV. Décision dans le même sens 
du rabbin Baruch Abraham fils de Petahia de Spolcto (ville de l'Om- 
brie) ; Ferrare, 6 décembre 340 (1579) 2 . — V. Lettre adressée à un 
rabbin sur le même sujet par Michel Corneto; Ancône, 5 tisri 310. 

— VI. Réponse. 

140-141. Sur un cas de lévirat. — I. Azriel fils de Y r ehiel Sarfati, 
25 tisri 300 (1539) 3 . — II. Moïse Basola fils de Mordekhai Sarfati. 

142. A propos d'une servante qui voulait se convertir à la religion 
israélite. — Yehiel (Trabot ?) 

143. Du droit du mari d'hériter des biens de sa femme. — Joseph 
Juda d'Arli (province d'Ascoli) ; Sienne, tébet 309. Approbation d'O- 
badia fils de Zekharia. 

I4i. Différend sur un héritage entre les parents d'un Israélite qui 
avait épousé deux femmes. — Samuel Juda Katzenellbogen, Jacob 



1 N3 ^ miy ^n -rais ^rra tjn rtos^ïi -nsm vnttN ^n 
ta tien hv *3TM Thwn 'Tbn yariD Vnrrà y"^ rrnnfc i"533 *hm 
û* bNOpn -in anb ywwi ttiwn Y'nrr tim™ . . . po*m artfl 

"IN ÛttDïb Ù^N-p *0 (civil et criminel) b&OWlpl b^lT^73 *P.m linan 
bNTNpa ÏVÏV UN 13b Ï1531 . . ♦ (?) ?"£1?353 HHN t31p53 IN ^C3DN t"ÏD 

. . . b^ 535D itt *'y ïT!t*ffl pn -îna tnp73n in '•ao&n in 
*-na» ©mann ïnN53 t p"sb v"bv ivzn n"35 'n ût ua&M m 
n£^ rssrm r^mnn v*% 153 ,-i^on m-D ba rrptt-> T? ,T»:n5*n 

hDiT ^sniû ^D35) îTmfin t<b "jôo rtmrdfi 3>:zi5353 nb53 rf'ffort 
. D^nriK nwipH ^ein iTObn pn t \ro irnnE "prro P)nûrt»a 
a fi'Tîbî ^biDD53 mrina ïiaan n"-iïitû3 ûïmna ^v-d ^ p y53in 

. p"sb û"?3 ï'^ib '^^ '1 anN-ns 

3 M. Mortarra dit de ce rabbin qu'en l'année 295 (1535) il demeurait à Solmona 
dans les Abruzzes : pin"! lb« ÎVM& 2 riG Iftir VKO rtpmftïn 12D73 tD373tf 

■»n»X73tt3 nny ^d ^n nanbw ^ *pa *a En û"H33"i? fnt! ^a« Dip5353 

(4 e collection, 23). 



196 REVUE DES ETUDES JUIVES 

(ils d'Abraham Salomon Cohen. Avigdor Cividal ' ; Venise, G no- 
vembre 339. 

145-146. Sur un contrat de mariage. — I. Lettre adressée au rabbin 
S. Delvecchio -. — IL Lettre adressée au rabbin Y. Trabot. 

147. Jugement du rabbin Azriel Trabot pour décider si une or- 
pheline doit demeurer chez les parents de son père ou de sa mère. 
— Azriel fils de Yehiel Sarfati Trabot ; Ascoli, 326. 

148. Du droit de succession des garçons. Même auteur. 

149-152. Sur un contrat de mariage. — I. Yehiel Trabot. — IL 
Moïse fils d'Abraham Provenzale ; Mantoue, mardi 17 kislev 332. 

153-154. Sur un cas de séduction — I. Michel Gorneto. — II. 
Yehiel fils d'Azriel Trabot ; Ferrare. 

155-158. Des droits de la veuve. — I. Yehiel Nissim fils de Samuel 
de Pise, néoménie de tammouz 316. — II-III. Même auteur, néo- 
ménie de sivan 319. — IV. Yehiel fils d'Azriel Trabot. 

161. Sur un cas de concubinage. — Elie ïrï«iO, 20 mars 315. 

164-166. Du divorce pour cause d'adultère : Abraham de Rovigo; 
Pesaro, jeudi 27 mars 393 (1633) 'KO'fc ip^i - ™ diTO» 3 . 

167. Un israélite de Portugal avait été obligé d'abjurer sa religion. 
Etant en Italie, il avait épousé une israélite de son pays. On de- 
mande si ce mariage est valable k . 

169. Lettre adressée à Joseph de Foligno «^VlB (province de 
Perugia) relative à la loi du lévirat. — Yehiel fils d'Azriel Trabot ; 
Ferrare; Mahallalel Yedidia fils de Baruch, beau-frère du rabbin 
Yehiel Trabot. 

170-172. Contestation sur la validité d'an testament. — I. Jacob 
Israël fils de Raphaël Finzi de Recanati. — IL Isaac fils de Joseph 
"iL^pîn, qui fit écrire sa décision par son neveu Joseph fils d'Aa- 
ron "W ; Pesaro. 

173-174. Sur un cas de divorce. — I. Yehiel Trabot. — IL Michel 
Corneto; Ancône, 25 tammouz 347. 

175-177 et 188. Sur le cas d'une femme qui demandait le divorce à 
cause de la mauvaise conduite de son mari. 

178-180, 182-184. Sur un cas de divorce. — I. Isaac fils d'Abraham 



1 bNTn^ifc ^ni^^N N"nan 1^1 N*P3>Î, cité par M. Mortara (3° collection). 

2 vp^ b*ï i"att tD*infna biiati ann ba-n^n bnm nra. 

3 Cité par M. Mortara (2° collection, 49). 

4 maoi 'o rtpiis ib natam naïaa (?) o'kd snv fia û^amntt tn*» 

.nfitan inat ûw rcau? nb 



ON RECUEIL DE CONSULTATIONS RABBINIQUES 197 

Cohen de Viterbe. — II-III. Le même auteur répond à plusieurs ob- 
servations faites par Ben Sion de Norzi "»at*na5a )V£ p '125. — IV. 
Abraham iils de Moïse Cohen, 8 novembre 295. 

4 85-1 87. Combien de temps doit attendre, pour se remarier, une 
veuve dont le mari est mort pendant qu'elle était enceinte ou pen- 
dant qu'elle nourrissait son enfant. — I. L'auteur dc,cette question 
dit avoir été de passage à Mantoue et avoir rencontré un person- 
nage illustre, le gaon Natan le Talmudiste &HJP8 ttï^N. — IL Natan 
lils de Menahem; Mantoue, 14 hesyan 301. 

190-192, 194-195-196-199. Si on peut se faire juger par les tribu- 
naux civils quand les tribunaux rabbiniques ont la faculté de juger. 

— I. Moïse Basola, 16 schebat. Lettre sur le même sujet adressée au 
rabbin Méir 1 . — Abraham Cohen. — IV 2 -V. Décision dans le même 
sens, dans laquelle on reproche à Isaac Monti "•233153 d'avoir préféré 
le jugement du tribunal civil à celui du tribunal rabbinique. — VI. 
Michel Corneto, Isaac fils de Moïse de Fano. 

193. Lettre concernant une question pécuniaire adressée aux 
rabbins de Sinigaglia (province d'Ancône) : Baruch fils de Joseph 
Dellaripa ttB^lbT, Menasséah fils de Salomon del Porto. Le diffé- 
rend était entre Semaria Hai de Jesi "nOTO (province d'Ancône) et 
son neveu Masliah fils de Samuel de Belforte ibtib b^a. — Baruch 
lîTpTTI ; Ferrare, 29 tisri 5329. Lecture publique au temple de la 
communauté de Sinigaglia de la décision du rabbin Baruch "iSS^pïM, 
5 marhesvan, 27 octobre 5329. Témoins présents à la lecture : 
Juda fils de Schabetaï Cohen de Camerini in»p (province de Ma- 
cerata), Obadia fils de Gerschon rîpbiLûfatt, Nehémia fils d'Aaron 
Finzi d'Arezzo (ville de la Toscane), Joseph fils de Jacob de Pace 
blbtO», Isaac fils de Samuel Gattenio T^ïsfitt ; Baruch fils de Jo- 
seph Dellaripa, juge, Menasséah fils de Salomon del Porto, juge. 

— Déclaration publique de Semaria Hai au même temple de Si- 
nigaglia de ne vouloir pas accepter la décision ci-dessus et d'en 
appeler à un autre tribunal rabbinique 3 ; lundi 8 novembre 329 
pendant l'office du matin, ï"nafcb Kmb "nEH V 3 rtbfinrt pTa. Té- 
moins présents à cette déclaration : Masliah fils de Salomon del 
Porto, Joseph fils de Michel p"p!i mil573, Baruch fils de Joseph Della- 
ripa, Schabetai fils de Menahem de Norzi, Juda fils de Schabetai 

1 M. Mortara cite une consultation de Meïr de Padoue (4 e collection, 52). 

2 bai maarn c^ttj ^:pî bs W30ÏT1 nauna mapnîi ttbaa 
i-wnsrïœ lavnam «an Sins ^^m t^n-ib^ ibrwi ïrnwao 
t=rr: Snm STrar-n-Daibi Do*n£33Dipi *p&rb wp ^sm ù^:3ffii 

»'n»mb ^b-njn 

3 narsa^a^n nara nxrrù2 ^\\i "j-n posn !-ïï bapE -^n . . . 
ban fraÉtn 15,3 ^rrn e-^n ^r> yars fcmvoïi ipDD n^K (sentence) 
■rçwatabiDN r-rjKK rai* ^k "pbi Tcnî-n )-<ir> naai ntrj porr: ians 

/idi barfloi ^2^1 jhioi b'D'û ^o:n a-nns )anm ^asb 



[98 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Cohen de Camerini, Joseph iils de Jacob de Pace, Isaac fils de 
Samuel ben "i^^-JN. 

197. Question pécuniaire entre Emmanuel Pereyra ao'Wô et Ro- 
drigue de Lyon *parb ^l W*Wl. Dans ce différend intervint le tri- 
bunal du conservatore de Lyon 'p&rb vi "mMaoTO^ip. — Yehiel 
Trabot. 

198. Sur un contrat de mariage. Lettre adressée au rabbin Salo- 
mon Ferrarese (?) &Dd. 

200. Question pécuniaire entre Isaac fils de Raphaël de Pesaro et 
Samson fils de Saùl, à propos d'un crédit que le premier avait à 
Cagli "'"'btfp (province de Pesaro et Urbin). Dans cette question on 
cite les témoins Bastiano (?) Costanzi "naNUOnp 'os et Cohen de 
Cagli. — Azriel Trabot. 

201. Sur un contrat de mariage. Le fiancé s'appelait Moïse Na- 
mias ONTnfitt ïTttHfl. 

202. Différend pécuniaire entre la veuve d'Isaac France ■yjjp'afi pïflt 1 , 
Joseph Navarro mN3N3 et Isaac Franco associés dans cette affaire. 

203. Sur un contrat de mariage. — Yehiel Trabot. 

20t. A propos d'un emprunt fait par le rabbin David TP^ à 
Isaac de Norzi, Daniel Hazzan et Joseph itwitj pour l'entretien 
de la Communauté bïipîi "pi^b, en l'année 287. Pour ce diffé- 
rend David Griso fut représenté par Ezéchiel de Trino (Piémont) 
•wnaE bapïm- 

205-206. Question soulevée à propos de l'héritage d'un oratoire et 
de ses ornements qui existait à Arezzo V'nN. 

209-210. Différend à propos de l'impôt que le Pape avait mis sur 
les Israélites. 

211. Des cotisations imposées aux Israélites pour les frais du 
culte. 

212-213. A Ferrare, les moulins qui recevaient leur mouvement 
des eaux des affluents du Pô s'arrêtèrent à cause de la gelée. Le 
gouverneur de la ville ordonna alors aux habitants de la ville, les 
Israélites compris, de se faire construire des moulins pour moudre 
le blé '. Différend entre plusieurs Israélites pour établir les cotisa- 

1 ^sfc ris *tttt Sr frnwna wnwrw -pjs y-\^v r-tuyn 
mttirtn -laspn "pb ^srj ibo yatn nto" 1 nsao tibidi rrnttt nnpti 
ta^aïrt d^orr t-ismEa trpïrp te a manwi ibam nwnii ±>n 
•pndn ^sîa p"tifc5aai Tiitttd tw t*«an n"n *jd "Unti ,1ns nt-ttfc 
mesï-n ranspn si^ob d^ bo d^m: "pnab item t^b ^d rittprj 
Sdi totoi r-n^53iN ^byn Sob in"T É p ta iNn wi yn^n ^jp 
ton &£? tannb i^np^T ,ia&n dnb i^iûi nn« ïisiwen d^omn^n 
•pnab "ibd-p i^wb (pétrin) ^-na^D t"3>bn t bw d">m dnb mtz)3>b 



UN RECOfelt DE CONSULTATIONS RABBINIQUES 199 

lions que chaque israélite devait payer selon sa situation pécuniaire. 
Décision. 

2)4-213, 220, 22">. A propos de l'autorisation royale accordée à un 
Israélite de prêter de l'argent à intérêts. — I. Yehiel fils d'Azriel 
Trabot. — II. Isaac Gerschon. — III. Azriel fils de Yehiel Sarfati. 

217. Question d'intérêts. — Josué Schealtiel. 

218-219. Des devoirs du tuteur et des droits des orphelins. — 
II. Abraham fils de Moïse Cohen. Approbation du rabbin Abba fils 
d'Klie Sarfati. 

221-222. Dispute dans la communauté de Bologne à propos d'un 
titre de rabbin décerné à un individu qui n'était pas agréé par toute 
la communauté. 

223. Lettre adressée aux chefs de la communauté de Constanti- 
nople à propos du respect dû aux morts. Abraham fils de Menahem 
de Rovigo, mercredi \ 4 iyar 324. 

226. Question d'intérêts. — Isaac fils d'Abraham Cohen de Viterbe 
lequel dit d'avoir consulté son maître, le gaon Baruch Hazac, avant 
de se prononcer sur cette question. 

227-228. Question d'intérêts entre Jacob fils de Joseph de Lucques 
rtplb (ville de la Toscane) d'un côté, et Elie fils de Menahem de Cas- 
tiglione et Juda fils de David de Riyiera de l'autre 1 . Solution à l'a- 
miable de ce différend faite par Yohanan Trêves, le vendredi Hoschana 
Rabba, 20 septembre, 293. Suivent les signatures des parties qui 
acceptent cet arrangement 2 . — II. Azriel fils de Salomon WW, 
25 septembre 293 3 . 

230. Le gouvernement du Pape avait expulsé de son territoire 
tous les Israélites, excepté ceux qui habitaient Rome et Ancône, 
lesquels devaient payer l'impôt mis sur les Israélites de toute la 
Romagne, impôt dit de capitation CistNaiï^tt). Vingt ans après, une 
nouvelle ordonnance gouvernementale permit aux Israélites d'ha- 
biter toute la Romagne \ Différend soulevé à propos des cotisations 

fca**TiîTti bs i-riïs pi dviiia a*i frnsnnb m* xhi -piîjtn M^b 
'2 ùnobo "pa drib û^pnbi *p ûr;b a^nb fc-iTnsn ^n i-nabiBb 

1 srptmtt m n"?û5n imî-m ■wWaop» drira Ywba t-rbN. 

1 M. Mnrtara cite une approbation d'un rabbin Y. Trêves lequel doit être l'auteur 
de cet arrangement. 

3 M. Mortara cite plusieurs fois ce rabbin et, entre autres, dans la quatrième 
collection de ses manuscrits, n° 52, qui contient « une consultation de Meïr de 
» Padoue dans laquelle il propose aux parties de recourir au jugement du rabbin 
» Azriel Daïena Y'frO W1 bN"nîJ ^l'"nMj'D THiT PlBlttfe b"m 13b V2 

. et de Y*n toi bs dis* b3 d? ^bin *Yltt^3i ûibiBdl T»M n»N nmnïï 

• suivre sa décision. Le lundi 23 élul 295 (1535). Le rabbin Daïena signe ï"î3" n N ta J •• 

4 n"-i^ ^vepsn n^tt mn musf nrmi mm &ffî®$ ï-tt 
fin inbstt^a t^nn ta*nïfn «W -en:* \ni imaa Wn» 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

imposées aux israélites revenus dans leurs villes pour le paiement 
de l'impôt gouvernemental (manque la date). 

231. Différend entre Judith et Moïse Pinto VJra frDtt Jrtûm* m?a. 

233. Différend sur une question d'intérêts entre les Abrabanel 
ib^aa^aa &"nï)ïi, les héritiers du gaon Abraham de Pesaro, et les hé- 
ritiers d'Uriel. 

234. Différend du même ordre entre les frères Corinaldi T33 a^fiNH 
'nbND'mp à propos du profit du forfait (wmp) d'une entreprise 
pour laquelle le duc leur avait donné le monopole, moyennant le 
paiement d'un impôt. 

235-236. Différend à propos d'un emprunt d'argent sur gage. — 
I. Approbation du rabbin Aaron Finzi. — II. Même auteur. 

239. Différend à propos d'un testament. — Samuel fils de Benjamin 
Netanel de Norzi; Gingoli (province de Macerata 1 ). 

240. Protestation soulevée contre la décision de plusieurs arbi- 
tres, concernant une question pécuniaire. — Yehiel (Trabot). 

241. Les Israélites de Sinigaglia payaient leurs impôts au duc 
d'Urbin. Il y en avait qui s'étaient établis dans la ville depuis 
trente ans et d'autres depuis dix ans seulement. Parmi eux, il 
y avait beaucoup de changeurs. Un d'eux chercha à obtenir du 
même duc un brevet ("na-nTia} pour avoir le privilège exclusif 
d'exercer cette profession. On demande s'il a le droit d'entraver les 
affaires de ses coreligionnaires 2 . Réponse négative à la demande 
ci-dessus. 

242. Différend à propos d'une vente. — Yehiel fils d'Azriel Trabot. 

244. Différend entre plusieurs héritiers et Baruch de Sienne, Abra- 
ham, Schalom de ima^OIS. — Anonyme et le gaon J. Finzi de 
Recanati (province de Macerata). 

246-247. Sur un accord fait entre deux associés. — Yehiel Trabot. 

TCianan nïNBiDiBin fwis nwaa mab ar;b ^a "pian ï-raipaan ^rua 
nTm &WÏ5 TOna ï-niab W 1 *pa wi f-nb^np cm wipaK p"-p 
naipaa ^"-p wm iaai is'ndt ib-i'poa np'-ittb mr^a -nib tpTnirn 
t-iN 'n npD "o ï-ina> j-isn taïrbjja "^pri \yizh (portion) ^«'latTisa 
*mb ù^Tirpï! nïm Tt"~n nvB^Da ràyn "wa pb imx pan "ie* 

,'nai ara wï ao nw vnabaa 

1 M. Mortara cite une consultation de Samuel Len Benjamin Netanel de JNorsa à 
Cingoli, 29 marhesvhan 296 (1535). 

2 oiann "ûiavriab a?a a^mauï a-on cnwn natûTia ïfbK-proa 
aao an-pi j- 2 o tmBibw i^a nT n^apœ arra iû* 1 nramMa ïY'-p 

aD-7a thn bai ï-iaia a^iay» armriN nm a\a mab imso dît» «"n 
■na mns mattiNa ûnaxpi it m^i^a anspja p"io*bi binianb mna 
'n ba a^snbiia am û^iBaa n-aa ©.1 aainai ,nTvpaa nnor-iD mriïib 
nbiû man "pria poa>ntti rav ina ba yn'ûft- masbna ta^paia» ntm 
.'•ci ai-pa 'a ap nnan , a^a-i ûw p -njaan ,aTa nma *n *p&n 



IN RECUEIL DE CONSULTATIONS RABBINIQUES 201 

218. Différend entre les frères Golonia fcWiblp rça irHNtt et la 
communauté dont ils faisaient partie à propos des droits que ces 
frères prétendaient avoir sur l'oratoire que leur père leur avait 
laissé en héritage. A cette époque existaient déjà des conventions 
survenues entre la communauté et les frères Golonia et qui por- 
taient la date, la première du 30 mars 299 (1539), la deuxième de la 
néomenie d'adar (8 février) 300, et la troisième du 10 mai 315. Pour 
la solution de ce différend intervinrent les rabbins suivants : Rab- 
bénu Méïr de Padoue ', le gaon Natan de Crémone, le gaon Abra- 
ham Cohen de Bologne, le gaon Jacob de Corinaldo, le rabbin Ra- 
phaël, médecin, de Ferrare, le gaon Çémah de Mantoue. L'auteur de 
cette décision est le rabbin Baruch Uzziel fils de Baruch lï^ptn. 
Année 316. 

249. Sur la permission donnée à David de Castelli ^aiBpE TH 
par le gouverneur délie Piane (de la province d'Ascoli Piceno ?) 
!"»"-p ■^n'vis^ -ilBîriDa de prêter de l'argent à intérêts, moyennant une 
taxe annuelle (SlOMBSl), et différend survenu entre David de Castelli 
et les fils de Salomon surnommé le petit capitaine 'OT^Dp'lb et Sar- 
Schalom. Ces individus s'étaient associés dans leurs affaires le 
29 mai 330, et cette société devait commencer le 1 er (?) juillet nrbpa 
vblb 330 (1570). 

250-251 ; 256-259. Différend à propos d'un héritage. — I. Raphaël 
Joseph, fils de Yohanan Trêves ; Ferrare, 20 tébet 324. — II. Yehiel 
Trabot. — IV. Décision du rabbin Moïse Provenzale de Mantoue. 

252-253, 257, 260, 262, 263. D'un contrat fait entre trois associés. 
— I-IV. Yehiel Trabot. — V. Netanel fils de Benjamin Trabot. Cette 
décision est adressée à son beau-frère. 

259. Contestation entre Raphaël de Norzi et les héritiers des ma- 
riés Schabetai et Simha de Corio Tmp. — Moïse fils d'Abraham Pro- 
venzale, Mantoue 2 ; Pinhas Elia fils de Çémah Elia "•b'TOtt. Cette dé- 
cision est adressée aux rabbins de Ferrare. 

265, 274. Procès à propos du loyer d'une boutique. — Azriel Jtsi'Wt, 
vendredi de la section schelah lekha, année 294. 

266. Différend à propos d'un prêt du livre contenant l'Agada de 
Péçab. — Yehiel fils d'Azriel Trabot. 

270-271. D'un divorce pour incompatibilité de caractère. — 
II. Azriel Wfi^, 29 mai 294. 

272. Différend à propos de la construction d'une synagogue auto- 
risée par le Pape et le Vicaire THN'p^iTi nTBiDKtt '253. 

1 nrm bilan m»»îi ni- \n b? t*ïtow Np^ r;n^ anaa )$k nn «n 
Hftfy iman aroa ht ï"»"a by siaiona ans tdk Y'sfci ïro'Ywsa -pne 
.tp aroa ïrrpfin ^«n ~n yv*y pis n"D "»o tywrsn wnaTOna rmro 

* Cité par M. Mortara (5 e collection, 2). 



202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

275-276. Différend entre les frères Corinaldi et la veuve et les 
fils de leur associé qui avait conclu le contrat d'association 
(tt&nuanpïi) avec les mêmes Corinaldi en l'année 5338 et dont ceux-ci 
demandaient l'exécution. — II. Yehiel fils d'Azriel Trabot ; Ferrare, 
Ukislev5343. 

278-286. Différend à propos d'un héritage. — I. Emmanuel fils de 
Gabriel de Gorio (ou Corinaldi) -iTlpE. — JI-III. Yehiel Trabot. — 
IV. Emmanuel fils de Gabriel. — V. Joseph Amigo 12P52N ftp^\ ap- 
probation de Michel Corneto, de Jacob ben Habib rrnn "; et de 
Jacob Rosati ^ttND'H ap3>\ — VI. Ce numéro contient en outre 
l'accord conclu entre Aaron Ta 2 et son fils Samuel, dans lequel 
celui-ci, après avoir reçu une somme d'argent, renonce à tous ses 
droits sur l'héritage paternel. Ce contrat est conclu le 24 élul 
5320 à Pesaro (ville dépendant du duc d'Urbin). La mère de Samuel 
s'appelait Prudenza fille d'Eliézer de Reggio Y«ï*i. Les témoins 
présents à la signature de cet acte étaient : Isaac fils d'Ezéchias 
Aschkenazi de Fano et Méïr fils de Juda. Attestation des membres 
du tribunal rabbinique de Pesaro que cet acte a été fait selon les 
règles : Jacob Israël fils de Raphaël Finzi de Recanati, Meschullam 
fils d'Isaac d'Arixi ^'na (province de Cagliari), Isaac fils de Joseph 
Hazac. Différend soulevé à propos de l'héritage laissé par Aaron ^129 ; 
décision de Yehiel fils d'Azriel Trabot d'Ascoli (ville de la Marche 
d'Ancône) ; Veuise, 18 février 5334 (1574). Approbation d'Isaac fils de 
Joseph de Monza (?) l'&înE (ville de la Lombardie) ; Ferrare, le lundi 
3 mars 334 (1574). Approbation de Benjamin Saùl de Rossi 1 , de 
Joseph de Pesaro ; décision de Raphaël Joseph fils de Yohanan 
Trêves, Ferrare, le jour du jeûne d'Esther, 5334. — VIL Lettre de 
Samuel Juda Katzenellbogen adressée à Yehiel Trabot ; Venise, 
19 février 334 (1574). Lettre de Raphaël Joseph fils de Yohanan Trêves 
adressée à Samuel fils d'Aaron *W le 7 du 1 er adar 5334. — 
VIII. Yehiel fils d'Azriel Trabot; Pesaro, le 8 iyar 5334. — IX. Lettre 
de Samuel Juda Katzenellbogen adressée à Yehiel Trabot ; Venise, 
samedi soir 2 adar 5334. Lettre adressée à Samuel fils d'Aaron 
*I29 ; Ferrare, 4 ab 5334. 

287-291. Sur la validité d'un testament. Décision de Jacob WW, 
après demande de Don Jacob Abrabanel; Reggio, 14 mars 310 (1550), 
tnbiï) ■nanil 11 V^l !r»D ■*"« iltna Y\ — III. Jacob WW. — IV. For- 
mule du testament objet du précédent procès. 

292. Sur la validité du testament de Baruch Todros. 

293, 305. Sur la validité du testament de Moïse Corcos l'espagnol, 
rédigé en l'année 329. — IL Y r ehiel Trabot. 

297-298. Sur la validité d'un testament. — I. Yehiel Trabot; Pe- 
saro, lin de décembre 5330. Il dit avoir été consulté bien qu'il 

1 Ce rabbin est cité dans les manuscrits de M. Mortara (collection 2 a bis, 23). 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS RABBÏNIQUFS 203 

soit encore jeune. — II. Réponse à une lettre de Yehiel Trabot qui 
avait consulté son collègue. Approbation des deux décisions ci- 
dessus par Michel Corneto. 

299. Différend a propos de l'héritage de Jacob liai fils d'Isaac 
d'Ascoli, décédé à Sinigaglia. 

302. Sur le devoir des fils de payer les dettes contractées par leur 
père décède. — Yehiel fils d'Azriel Trabot, Modène. 

303. Différend sur une promesse de donation faite par Abraham 
de Riviera ' ITWlE, au profit de son neveu Elhanan. 

306, 311-313. A propos d'un individu qui, dans son testament, 
avait nommé sa femme tutrice de ses enfants. — I. Yehiel Trabot. 
— II. Lettre adressée à la tutrice par Mahallalel Y r edidia fils de Ba- 
ruch. — III. Même sujet. Celui qui discute les droits de la tutrice 
est son beau-frère, Isaac de Perugia Sitarra». — Yehiel Trabot. 

314. Un Israélite de Safed était venu en Italie à cause d'un diffé- 
rend pour héritage qu'il avait avec un de ses coreligionnaires. Ce 
procès se prolongea pendant deux ans. En attendant, la commu- 
nauté israélite dans laquelle demeurait son adversaire paya son 
entretien, parce qu'il n'avait pas de ressources. Ayant gagné son 
procès, on demande s'il est obligé de rendre à la communauté 
l'argent qu'elle a dépensé pour lui. 

315, 318. Des droits de la veuve et de ceux du tuteur. — I-II. 
Michel Corneto. — III. Yehiel Trabot. 

317. Sur la validité d'un contrat de mariage. — Michel Corneto, 
Ancône, 7 hesvan 305. 

Table des matières contenues dans le volume, selon l'ordre choisi. 
par le rabbin Joseph Caro dans son ouvrage intitulé Schulhan- 
Arukh \ 

MOSÈ GlACOMO MONTEFIORE. 



1 Province de Pavie ou de Bergame ou de Cuneo. 

2 mit* T-iNp mn bu û'mu ftpyw Y^ 113 ^dï"ï mur*» 
fcna br> hsv bpaara ^ bd;ib» iiû-in wrr pa s-uh !-rrn û^n 
■jpoa rrobn ïpODia iwiWrt nai ûi-n un rt»T»i vopinft ï*<*iit?a5 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 

PENDANT LA PÉRIODE FRANÇAISE 

(suite et fin l ) 

III 

En l'année 1731, un événement nouveau dans les annales cie la 
communauté vint troubler les Israélites de Haguenau. Le préposé 
des Juifs, Abraham Moch, avait, en 1723, marié sa fille Kendel à 
Bernard Hirtz de Colmar, dont elle eut, en 1726, un fils nommé 
lequel et, en 1729, une fille, Beislé. Tout à coup, en 1731, Hirtz se 
convertit au catholicisme. Aussitôt sa femme, accompagnée de ses 
enfants, alla se réfugier secrètement chez un de ses oncles demeu- 
rant à Bischheim. Hirtz alors, ayant demandé en vain à son beau- 
père de lui rendre sa femme et ses enfants, le cita devant le tribu- 
nal. Moch accepta la lutte et fit lire à l'audience, par un avocat de 
la ville, sa défense, que nous reproduisons intégralement : 

Abraham Moch, domicilié en la ville de Haguenau, répondant sur 
l'assignation à lui donnée et à la demande contre lui formée et si- 
gnifiée le 22 du présent mois d'août, de la part de Bernard Hirtz, 
ci-devant juif, et actuellement nouveau catholique, habitant en la- 
dite ville. 

A comparaître le lundi 27 du mois dit, par devant vous, messieurs 
les prêteur, stettmeister et magistrats de ladite ville de Haguenau. 

Que Bernard Hirtz s'est sans doute imaginé qu'en considération 
de sa conversion, le défendeur ne trouverait aucun avocat ni procu- 
reur, qui voulussent occuper pour lui dans la cause soumise à votre 
décision. Mais outre que la justice ne doit être déniée à personne, 
de telle qualité et condition qu'elle puisse être, c'est que comme 
dans la cause présente, il s'agit de défendre l'autorité du roi, at- 
taquée par la transgression que Bernard Hirtz voudrait faire aux 



Voir t. 11, p. 73 ; t. III, p. 58 ; t. IV, p. 98; t. VI, p. 230 et t. VIII, p. 



243. 



HISTOIRE DES JUIFS DE IIAGUENAU 205 

ordonnances de Sa Majesté, et rattentat qu'il voudrait donner à la 
coutume et police universelle du royaume, ce défendeur a trouvé et 
trouvera dans tous les tribunaux où la cause sera portée de zélés 
patrons et défenseurs qui sauront apprendre à Bernard Ilirtz à res- 
pecter les loix, us et coutumes du royaume, et les ordonnances de 
nos roys. 

A Dieu ne plaise que le défendeur et Kendel sa fille murmurent 
du changement d'état et de religion de Bernard ilirtz, ci-devant leur 
époux et gendre, tout ce qu'ils désirent, c'est qu'il persiste et vive 
en bon chrétien dans sa nouvelle possession de foy. 

Mais de quelque façon que Bernard Hirtz explique la demande 
obscure contenue en sa requête, elle ne peut se soutenir. 

On lui demande à quel dessein il veut parler à Kendel cy-devant 
son épouse. 

Est-ce pour tâcher de l'engager à suivre son exemple? — On lui 
répond qu'il n'y réussira jamais. Elle s'en est expliquée en son ab- 
sence, depuis qu'il l'a volée au vu et au sçu de toute la ville; et 
qu'il a chassé leurs deux enfants, en sont garants. 

Est-ce pour restituer à ladite Kendel ses apports et actions et con- 
ventions matrimoniales, portées en leur contrat de mariage, passé 
d'abord à la manière des juifs, confirmé et ratifié par devant maître 
Rumpler, notaire royal à Obernheim, le 29 e décembre 4723? 

Le défendeur, en sa qualité de tuteur naturel de sa fille et de 
sesdits enfants, est en état de recevoir lesdites sommes et d'en don- 
ner quittance. 

Est-ce pour forcer ladite Kendel à vivre maritalement avec lui, 
quoiqu'elle persiste dans la religion judaïque? 

Il sçait ou doit sçavoir que la religion qu'il vient d'abandonner, et 
celle qu'il vient d'embrasser se défendent également, sous les peines 
les plus rigoureuses, et qu'en cassant et annulant leur mariage, 
l'une et l'autre loy les ont remis dans leur premier état de liberté, 
de sorte qu'ils ont été l'un et l'autre en pouvoir de contracter ma- 
riage, avec qui bon leur semblait, à l'instant même de son abjuration. 

Ainsi, dès qu'il n'a plus ni droit, ni pouvoir, ni autorité sur ladite 
Kendel, comment peut-il demander à un sage magistrat qu'il la force 
de lui parler et de se présenter devant lui, surtout après lui avoir en- 
levé et à ses enfants et même à leurs domestiques tous leurs habits, 
sans exception, et les avoir réduits dans le même estât où se trou- 
vèrent Adam et Eve, après avoir transgressé la loy de Dieu ? 

Est-ce enfin pour forcer ladite Kendel à lui remettre et confier 
leurs dits enfants ? 

Les ordonnances de nos roys et l'usage universel reçu et suivi 
dans ces sortes de cas, dans toutes les parties du royaume où les 
Juifs sont tolérés, y sont formellement contraires. Et à cette occasion, 
le défendeur somme et interpelle Bernard Hirtz de produire aucune 
ordonnance de nos roys et principalement de Louis Quinze, glorieu- 
sement régnant, qui l'autorise dans sa prétention chimérique. 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Serait-ce, par hasard, l'article 12 de la lettre de monseigneur le 
Blanc, du 4 e1 ' mars 1727, écrite à monseigneur le maréchal Du Bourg, 
à monseigneur Du Harlay, pour lors intendant d'Alsace, et à mon- 
sieur Neef, procureur général du conseil souverain de la même 
province ? 

Ce sage ministre, à la prudence et à la connaissance duquel rien 
n'échapait, en interprétant les volontés du roy, son maître, s'est 
bien donné de garde de comprendre, ny nommer les Juifs dans tous 
le corps de la lettre, et notamment dans cet article, qui ne regarde 
uniquement que les calvinistes et les luthériens qui retournent au 
giron de l'Eglise catholique, dont les enfants doivent être instruits et 
élevés dans la même religion, à moins que lors de la conversion de 
leurs pères ou de leurs mères, ils n'eussent déjà assisté à la cène (ce 
sont les propres termes de cette lettre). 

Ce grand ministre n'ignorait point les ordonnances du roy et 
l'usage constamment estably en pareilles occasions ; il était néant- 
moins parfaitement instruit de l'établissement des Juifs en Alsace, 
et, même du nombre de leurs familles ; et cependant il n'a parlé dans 
tout le corps de la lettre que des protestants, des luthériens et de la 
cène, lorsqu'il s'est agi de conversion. 

C'est que les roys ont toujours regardé les protestants et les lu- 
thériens comme relaps de la relligion de leurs pères et de leur sou- 
verain, tandis qu'ils considéraient les Juifs comme zélés observa- 
teurs de la loy de leur premier patriarche, sans avoir jamais 
abandonné la relligion de leurs pères. 

D'ailleurs, les roys de France, oyns de l'onction de Dieu, ne sça- 
vent-ils pas de mesme que leurs ministres, que presque toutes les 
conversions des Juifs ne sont point sincères, et que de cent, quatre- 
vingt-dix au moins retournent et meurent dans leur première foy ? 

Si, à ce qui vient d'être dit sur cet article, le défendeur est en 
état de justifier par une ordonnance du roy régnant, et par un acte 
authentique auquel a assisté, par ordre de monseigneur l'évêque de 
Metz, et monsieur Legros, prestre, et son aumônier, ledit acte reçu 
par deux notaires royaux, en la même ville, scellé et controllé au 
controlle royal estably à la suite du parlement, comment Bernard 
Hirtz et son conseil pourront-ils justifier sa fausse démarche et son 
injuste prétention? 

Le défendeur produit une transaction du 7° août 1713, déposée 
chez deux notaires royaux, le même jour et controllée, le lendemain, 
par laquelle Claude-Marie Eliézer, juif converty, demeurant à Thion- 
ville, assisté dudit monsieur Legros, a cédé et remis à sa femme et 
au père et mère d'elle, l'enfant provenu de leur mariage fait selon 
la loy de Moyse ; 

Cet acte suffit pour faire connaître que l'usage qui s'observe à 
Metz et dans toute l'étendue de la généralité et du parlement de 
Metz est de laisser au père ou à la mère qui persistent dans la loy 
de Moyse, les enfants qu'ils ont eus de leur mariage avant la con- 






HISTOIRE DES JUIFS DE IIAGUENAU 207 

version de l'un d'eux. Car il ne peut venir dans le bon sens, que 
sans cet usage un évoque eut envoyé un député pour consentir à 
une telle transaction. D ailleurs, le parlement de Metz et monsieur 
le procureur général ne l'eussent pas toléré, et si cet usage n'était 
constant et bien estably, aucun notaire n'aurait osé recevoir le dé- 
post, et cet acte n'aurait jamais passé au controlle, et les Juifs d'Al- 
sace jouissent et doivent jouir des mêmes privilèges et prérogatives 
que ceux de la généralité de Metz. 

Il y a une infinité d'ordonnances quoy en fait foi. 

Le défendeur se contente d'en produire une de Monsieur de la 
Grange, intendant d'Alsace, du deuxième mars 1674, qui justifie son 
dire. Il produit, ea outre, une ordonnance du roy, du V6° juillet 
1728, par laquelle Sa Majesté, en conséquence de ces lettres patentes, 
portantes établissement de la nation juive dans la ville de Bor- 
deaux, sur la conversion d'Alexandre Meyer, juif, dont les trois filles 
étaient volontairement entrées dans le couvent des Ursulines de la 
même ville, et d'où leur mère s'était efforcée de les retirer par une 
voye de surprise. Sa Majesté a fait très expresses inhibitions et def- 
fenses à tous supérieurs et supérieures, religieux et religieuses, 
couvents et communautés, de recevoir, à l'avenir, dans leurs mai- 
sons, les enfants des Juifs, sous prétexte de relligion avant l'âge 
(le douze ans, enjoint Sa Majesté au sieur intendant de Party, en 
sa généralité de Bordeaux, de tenir régulièrement la main à l'exé- 
cution de ladite ordonnance, qu'elle veut être publiée et affichée, 
partout ou besoin sera, et qui l'a été sur les ordres dudit sieur 
intendant. 

Cette ordonnance décide deux cas qui se rencontrent dans la cause 
dont est question. 

Le premier, que l'on ne peut recevoir ny donner azile aux en- 
fants des juifs ou juives convertis ou non convertis, au-dessous de 
l'âge de douze ans, pour se retirer volontairement ailleurs à l'effet 
de se convertir aux mesmes. 

Et le second, que Sa Majesté veut et entend qu'aucun juif, sans 
doute pour les considérations ci-dessus dites, ne puisse se convertir 
à la relligion catholique qu'après avoir atteint l'âge de raison. 

Dans ces circonstances, de quel fond Bernard Hirtz peut-il pré-, 
tendre et espérer la représentation et le gouvernement de Kendel ci- 
devant sa femme et de leurs enfants ? 

Du reste, si cette représentation pouvait avoir lieu, par quelle loy 
ou ordonnance le défendeur en serait-il tenu? 

Sa fille n'est-elle pas sortie de sa puissance paternelle, lorsqu'elle 
a contracté mariage avec ledit Hirtz, et les enfants nés de ce mariage 
n'étaient-ils pas sous la domination et la puissance de leur père et 
mère? 

On pourrait s'étendre davantage sur cet article, mais le défendeur 
s'en rapporte à la lumière de ses juges. 

C'est donc mal à propos et sans aucun fondement que Bernard 



208 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Ilirtz a fait assigner le défendeur pour se voir condamner à les repré- 
senter les uns et les autres. 

Par ces raisons et autres à supléer de droit et d'équité, le supliant 
espère de votre justice, qu'il vous plaira, Messieurs, renvoyer de la 
demande et assignation de Bernard Hirtz, du 22 e du présent mois 
d'aoust, se réservant le défendeur, en sa qualité de tuteur naturel de 
Kendel, sa fille et de ses deux enfants, son action contre ledit Ber- 
nard Hirtz, tant pour raisons des apport, actions et conventions ma- 
trimoniales, portées en leur contrat de mariage du 29° décembre 
'1723, que pour raison du vol et enlèvement fait dans la maison et en 
l'absence de ladite Kendel, de tous ses effets, meubles, habits et ar- 
gent monayé, et encore pour tous les autres enlèvements et préten- 
tions à former contre ledit Hirtz. C'est à quoi le défendeur persiste, 
auz dépens. 

Signé : Abraham Moch. 

Signiffié à M. Gehl procureur adverse, le 29° jour du mois d'aoust 
1731 ». 

L'affaire fut jugée séance tenante. Moch eut huit jours pour 
présenter sa fille et ses petits-enfants à Hirtz. Cependant les ma- 
gistrats adressèrent le lendemain, 30 août, la lettre suivante à 
Colmar : 

A Monsieur Neef, conseiller du roy, son procureur général au conseil 
souverain d'Alsace, à Colmar. 

Nous avons l'honneur de vous rendre compte au sujet de la con- 
version du sieur Bernard Hirtz, cy-devant juif, qui a fait abjura- 
tion de sa religion, le 25 de ce mois. Comme il se trouve des diffi- 
cultés touchant deux enfants qu'il y a, pour sçavoir s'ils luy doivent 
être remis, comme il le demande, l'un n'ayant que cinq ans, l'autre 
deux; d'ailleurs, lesdits enfants ayant été distraits avec leur mère 
depuis que ledit Bernard Hirtz, appelé aujourd'hui Louis-Estienne 
Bernard, s'est déclaré vouloir entrer dans notre religion. 

Ledit Louis nous a présenté une requête le 21° de ce mois, par 
laquelle il implore notre secours à ce que lesdits enfants avec leur 
mère luy soient représentés, le décret au bas d'ycelle dudit jour 
ordonnant à Abraham Moch, son beau-père, qui les a fait évader 
et enlever, de les représenter à la première audience du magistrat. 

Lorsque les parties sont comparùes devant nous, maître Channeur 
comme assistant dudit Abraham Moch, et maître Bôhm, son procu- 
reur, nous ont produit une ordonnance du roy, du 15 juillet 4728, 
par laquelle Sa Majesté déffend à tous supérieurs des couvents, reli- 
gieux et religieuses de recevoir des enfants juifs qui s'évadent de 
leur père et mère pour se faire catholiques avant l'âge de douze ans. 

» Arch. de Hag., GG. 67. 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 209 

Une transaction passée entre un nommé Eliézer, juif qui s'est 
converti à Thionville assisté de monsieur Le Gros, aumônier de 
monseigneur l'Evèque de Metz, d'une part, et d'Isaac Salomon, sa 
femme, avec Jacob de Morange, son oncle, d'autre part. 

Copie d'une lettre de feu monseigneur Le Blanc à monseigneur le 
maréchal Du Bourg le 4 er mars 1727. 

Une ordonnance de feu monsieur de La Grange du 2 mars 1674. 

La réponse d'Abraham Moch sur la requête à lui signiffiée le 22 
du présent mois. 

Une seconde requête à nous présentée par ledit Louis Estienoe 
Bernard. 

Et la sentence du magistrat rendue en conséquence le 29 du cou- 
rant. 

Par toutes ces pièces vous pouvez voir, Monsieur, que le fait dont 
il s'agit aujourd'hui n'a nulle relation à ce qui a été pratiqué ny à 
Bordeaux, ni dans le diocèse de Metz. 

Et ladite ordonnance du 15 juillet 1728, déffend seulement à ce que 
les supérieurs des communautés ne puissent point recevoir des en- 
fants juifs, pour faits de religion avant qu'ils aient atteint l'âge de 
douze ans. 

Mais aujourd'hui c'est un père qui demande ses enfants qui sont 
en bas âge, pour leur donner l'éducation qu'il juge convenable, et 
qui désire sçavoir en même temps ce qu'est devenue sa femme et 
qui ne demande autre chose que de pouvoir lui parler. 

Par notre dite sentence, nous avons ordonné que la mère et les 
enfants soient représentés le mercredi 5 e du mois prochain pour 
tout délai, trois jours plus tard que ledit Abraham Moch nous a fait 
espérer de pouvoir les représenter. 

Gomme nous n'avons nulle connaissance, s'il y a quelque ordon- 
nance de Sa Majesté qui porte règlement que les enfants en bas 
âge des juifs convertys doivent suivre la religion de leurs père et 
mère, nous avons l'honneur de vous demander, monsieur, ce que 
nous pouvons ou devons faire à ce sujet. Il nous parait que la lettre 
de monseigneur Le Blanc, du 1 0r mars 1727, qui porte règlement au 
sujet des enfants luthériens, doit aussi tenir lieu pour les enfants des 
juifs, dont les père ou mère se convertissent. 

Nous vous prions aussi de nous faire sçavoir que si en cas où 
ledit Abraham Moch ne nous représente pas sa fille et les enfants, 
nous ne devons point, dans ce cas, traiter cet enlèvement comme un 
rapt, et le faire arrêter. 

Nous avons l'honneur d'être, etc. 

Les magistrats de Haguenau '. 

La réponse de NefT abonda dans le sens des autorités de la ville 
de Haguenau. 

1 Arch. de Hag., GG. 67. 

T. X, n° 19-20. u 



210 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Mocli dut rendre, le 19 septembre, à Bernard Hirtz, ses deux 
enfants, tandis que la mère avait quinze jours pour dire si elle 
voulait suivre son mari ou non. Durant ce temps, Hirtz avait la 
faculté de la voir tous les jours, sans obstacle. Enfin, le 3 oc- 
tobre, Kendel renonça à vivre avec son époux et se retira de nou- 
veau chez ses parents. 

Quant à Bernard, il se fit avoué à Haguenau, mais les juifs le 
fuyaient et les chrétiens n'avaient pas confiance en lui. Il fit donc 
de mauvaises affaires et s'enfuit en 1737. Après deux ans d'ab- 
sence, il revint exercer les fonctions d'huissier. Il ne fut pas plus 
heureux qu'auparavant. Il resta encore quelque temps à Ha- 
guenau, puis partit pour Einsideln avec ses deux enfants. 

Si les conversions au christianisme étaient rares, ce n'était pas 
que les Israélites de la ville n'y fussent excités. On les alléchait 
par l'offre de primes de toutes sortes. Une somme de 300 livres 
en espèces et des vêtements étaient promis au néophyte, quand 
c'était un homme. Pour les femmes, la somme n'était pas fixée. 
En 1711, une jeune fille juive ayant consenti à embrasser le chris- 
tianisme pour épouser un jeune catholique de la ville, l'hôpital 
l'hébergea gratuitement jusqu'au jour du mariage, elle reçut un 
cadeau de noces de 50 florins, et la municipalité l'exempta, elle et 
son mari, pour une période de trois ans, des droits de bour- 
geoisie et de ceux de marzahl l . 

Par contre, il n'était pas bon pour les jeune filles juives de 
s'être laissées aller à mal, fût-ce en compagnie d'un chrétien. Elles 
étaient tenues de se rendre à l'hospice civil pour y attendre leur 
délivrance, leur enfant était baptisé, et, pour rentrer dans leurs 
foyers, elles devaient payer une amende de plusieurs florins 2 . 

Si la municipalité tenait au respect des bonnes mœurs, l'Egh'se 
ne tenait pas moins à celui des solennités religieuses, et, en 1737, 
un Juif à son mariage ayant fait danser au son des violons le mer- 
credi des Cendres, elle adressa aux autorités de la ville la récla- 
mation suivante : 

A Monsieur le prêteur royal Stettmeister de Haguenau. 

Ayant appris par des personnes sures que le nommé Schmoulen, 
juif de la ville de Haguenau, à qui nous avons accordé, mercredi des 

1 Arch. de Hag., BB. 114 et suiv. 

2 Les jeunes filles chrétiennes n'étaient guère mieux traitées, en pareil cas. Dès 
leurs relevailles, on les jetait en prison, puis, le dimanche suivant, on les asseyait 
sur un àne, on leur donnait en main un cierge allumé, on les coiffait d'une couronne 
de paille et on les promenait dans cet appareil dans les principales rues de la ville, 
où se pressaient tous les hahitants. A la récidive, la peine de la prison était allongée, 
puis la délinquante était chassée de la ville (Arch. de Hag., BB. 114 et suiv.). 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 211 

cendres, pour la cérémonie, d'une nopce, les violons depuis la syna- 
gogue iusqu'à la maison seulement, suivant la coutume des juifs, à 
l'exclusion de la danse dans sa maison. 

Lequel ayant abusé de notre permission, et fait faire la danse 
chez lui, avec les bruits ordinaires d'un festin publique, malgré 
notre inhibition, ce qui a causé du scandale. 

Et comme ledit juif, pour justifier sa conduite, ne peut alléguer 
qu'un permission prétendue de notre part, par une exposition 
fausse, nous vous supplions très humblement d'avoir égard à nos 
remontrances, et de condamner ce même juif à une amende au pro- 
fit de l'Eglise, et pour qu'à l'avenir de tels abus, si contraires à 
l'esprit de l'Eglise soient arrêtés, d'ordonner aux symphonistes de 
la ville, de ne se plus trouver aux cérémonies des Juifs, sans une 
permission expresse de notre part. 

Signe : M. Hoffmann, recteur de la paroisse de Saint-Georges, à 
Haguenau, ce 19 mars 1737. 

Le Juif Schmoulen fut condamné à une amende de cinq florins. 



Chose étonnante, à mesure qu'on s'avance vers la fin du 
xviii siècle, on ne voit pas que les sentiments de la population ni 
l'esprit de la loi deviennent plus libéraux ; quand les Israélites ne 
souffrent pas pour leur qualité religieuse, ils subissent le contre- 
coup de la concurrence gênante qu'ils font à leurs concitoyens. 

Ainsi deux Juifs seuls étaient autorisés à avoir à Haguenau un 
cabaret spécialement réservé à leurs coreligionnaires ; défense, 
sous peine d'amende, leur était faite de donner à boire aux chré- 
tiens. Cet état était assez lucratif, car le mardi, jour de marché, le 
nombre des Juifs de la banlieue était grand dans la ville. 

La prospérité de ces deux privilégiés excita la jalousie d'un 
Israélite nommé Jacob Alexandre qui demanda à la municipalité 
de déposséder les deux cabaretiers de leurs droits pour les lui 
conférer, alléguant que, leur hôtellerie étant exiguë, les Juifs 
étrangers n'y pouvaient venir en grand nombre, au préjudice des 
intérêts de la ville, tandis que la sienne, au contraire, était vaste 
et confortable *. 

Le suppliant avait touché juste en faisant appel aux intérêts de 
la municipalité, et il reçut le monopole d'hôtelier des Juifs 2 

1 Arch. de Hag., GG. 68. 

2 Ibid. 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(1743). Les deux anciens cabaretiers, en ayant en vain appelé à la 
cour de Colmar, furent forcés de quitter la ville, et l'un d'eux, 
nommé Isaac Senderlé, ayant pris l'état de brocanteur, fut arrêté 
quelques années après sous l'inculpation de recel de vases sacrés 
dérobés à la cathédrale de Strasbourg. Il fut condamné à mort, et, 
au dire des vieilles personnes qui entendirent parler de cet évé- 
nement en leur enfance, il fut brûlé vif 1 . 

Les Juifs demandèrent avec instance à recueillir les cendres du 
supplicié et les enterrèrent dans le cimetière juif de Haguenau, 
dans un coin séparé. Sur sa tombe, ils firent graver l'inscription 
suivante : Ci gît un homme juste et saint, Alexandre, fils d'Isaac, 
de la sainte communauté de Haguenau, mort martyr de la foi, le 
vendredi, 3 kislew 5513 (décembre 1752). Que son âme repose en 
paix. » Les Juifs furent persuadés de son innocence, et s'ils 
crurent qu'il avait été martyr, c'est que le bruit courait qu'on lui 
avait offert la vie sauve, à condition qu'il acceptât le baptême. 

En 1754, quelques Juifs de la ville voulurent essayer de vendre 
du cuir, mais les tanneurs des environs de Haguenau se crurent 
lésés dans leurs droits et adressèrent à la municipalité la requête 
suivante, qui montre quel était alors l'état d'esprit des marchands : 

Messieurs, Messieurs les prêteur royal Stettmeister et magistrats 
de la ville de Haguenau. 

Supplient très humblement Philippe Strohl, bourgeois, chamoi- 
seur de Werth, et Balthazar Mùntzer, bourgeois, chamoiseur de Bis- 
chwiller, tant en leur nom qu'en celui des chamoiseurs de Boux- 
willer, Ingwiller et autres lieux de la Basse-Alsace, disant qu'en 
tout temps, il a été défendu aux juifs d'exposer en vente, et vendre 
dans les principales villes de notre province, des cuirs, peaux et 
autres pelleteries, qu'il arrive cependant que depuis quelque temps, 
les Juifs s'avisent de vendre en notre ville, toutes sortes de pellete- 
ries, contre l'usage et les droits des suppliants; c'est pour obvier 
aux inconvénients qu'ils ont l'honneur de vous présenter leur très 
humble requête, tendant à ce qu'il vous plaise, Messieurs, faire 
déffense à tous les Juifs d'exposer en cette ville, en vente, aucune 
espèce de marchandises de chamoiserie, les jours de foire, à peine 
de confiscation desdites marchandises, et de demeurer responsables 
des dommages et intérêts des suppliants et sous telles autres peines 
que de droit conformément à l'usage des villes voisines de cette 
province, nommément Strasbourg et Wissembourg suivant les cer- 
tificats cy-joints et ferez bien.. Ce 25 juin 1754 2 . 

1 Le fossoyeur actuel de Haguena.u, âgé de 86 ans, se rappelle que son prédéces- 
seur, lui a raconté le supplice de Sftnderlé. 

2 Arch.dellag., BB. 14-15. 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 213 

Comme on le pense bien, le procureur fiscal donna raison aux 
tanneurs. 

Pour les fripiers, il leur était défendu de vendre des vêtements 
neufs, sauf aux jours de foire. Les marchands en devinrent bientôt 
jaloux et rappelèrent à la municipalité que les Juifs n'étaient auto- 
risés qu'à vendre des chevaux, des bestiaux et de vieux vête- 
ments et à prêter de l'argent, qu'en conséquence cette concurrence 
déloyale devait être arrêtée (1766) '. 



VI 



Les droits de protection et autres impôts auxquels étaient 
soumis les Juifs continuaient à varier, malgré les accords qui 
intervenaient sans cesse entre eux et la municipalité ou le grand 
bailli et qui avaient la prétention d'être définitifs. Ainsi, en 
1714, les droits de protection s'élevaient à 10 livres ou 5 florins 
par famille ; en 1742, suivant une requête présentée au roi par 
le duc de Châtillon, grand bailli de Haguenau, et avec le con- 
sentement des intéressés, ils furent portés au double 2 . — En 
1740, pour être exempts des corvées et du logement des garni- 
saires, ils avaient consenti à payer un droit fixe de 700 livres, 
et, en cas de nécessité extrême, à fournir 20 lits. En 1744, le 
stettmeister dispensa les bourgeois de loger les soldats venus 
dans la ville et les envoya chez les Juifs. Ceux-ci s'étant plaints 
à l'intendant d'Alsace reçurent satisfaction 4 . Le maréchal de 
Goigny, gouverneur de l'Alsace, rendit même un arrêt défendant 
aux troupes et aux baillis, prévôts et bourguemestres, d'en- 
freindre ces conventions dans toutes les villes de l'Alsace où 
étaient domiciliés les Juifs, moyennant paiement par eux du 
montant et du quart en sus de leur capitation et du double en 
temps de guerre 3 . En outre, l'intendant général, de Vanolles, 
fit, avec les Juifs de Haguenau, un nouveau traité qui réglait leur 
capitation au taux de 1 livre pour cent de leur capital en temps de 
paix, et de 2 livres 10 sols en temps de guerre. Cet arrangement 
n'était pas du goût de la municipalité de Haguenau qui tenait à ses 

i Arch. de Hag., BB. 31. 

* Arch. de Hag., GG. 67. Cette convention fut confirmée par le roi à la date du 
16 mars. 

s Arch. de Hag., GG. 68. 

4 Ordonnance de Vanolles, du 1 er mai 1744, ibid. 

5 Arch. de Hag., GG. 68. 



214 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

anciens privilèges de ville impériale et qui, en effet, les garda 
jusqu'en 1790. 

L'établissement du rôle de capitation n'allait pas toujours sans 
difficultés. En 1749, après la paix d'Aix-la-Chapelle, le syndic 
greffier de la mairie reprit simplement la liste de 1748, en y ajou- 
tant les impositions de trois nouveaux Israélites admis dans la 
ville, sans en retrancher celles des Juifs décédés. Delà, comme 
on le comprend, des réclamations; mais, cette fois, les Juifs s'a- 
dressèrent aussi aux préposés généraux des Juifs d'Alsace. Ils 
obtinrent pleine et entière satisfaction 1 et le stettmeister leur 
demanda de dresser eux-mêmes la liste des chefs de famille avec 
le montant de leur fortune. C'est à cette circonstance que nous 
devons de pouvoir donner la pièce intéressante qui suit : 

4° Feistel Moch a une fortune de 7.500 florins. 

2° Aron Abraham Moch — 41.000 — 

3° Jacob Alexandre — 2.400 — 

4° Lippmann Moch — 7.000 — 

5° Meyer Feistel Moch — 4.700 — 

6° Meyer Moch — 5.200 — 

7° Aron Feistel Moch — 3.200 — 

8° Leiser Lévi — 2.800 — 

9° Seligman Lévi — 2.600 — 

10° Alexandre Lévi — 2.250 — 

41° Hirtzel Macholi — 2.000 — 

42° Samuel Moch — 4.300 — 

4 3° Jeckel Isaac — 4.200 — 

4 4° Abraham Coblentz (Hertz) — 4.200 — 

15° BorachLévi — 4.000 — 

4 6° Bezalael — 4.000 — 

17° Jeckel Bickert — 4.000 — 

4 8° David Lévi — 4.000 — 

4 9° Samuel Lévi — 950 — 

20° Hirtzel Lévi — 900 — 

21° Hayem Landau — 800 — 

22° Moyse Reims — 650 — 

23° Aron Meyer Moch — 450 — 

24° Libermann Marx — 400 — 

25° Gôtschel Samuel — 200 — 

26° Judel Moyses — 200 — 

27° Bonef Aron — 200 — 

28° Moyses Koppel — 200 — 

29° Lehemann — 150 — 

30° Scheié Judel — 4 50 — 

» Arch. de Hag., GG. 68. 



HIST01RK DES JUIFS DE lIAC.UENAr 



215 



Pauvres sans fortune et sans facultés : 1° Anschel; 2° Jacob Lévy ; 
3° Leiser; 4° Lebel Abraham ; 5° veuve Levé. 

Exempts : Le rabbin, le substitut, deux chantres et un aide, Meyer 
Bonus le bedeau, et enfin trois veuves. 

Certifié véritable, à Ilaguenau, le 10 avril 1750, par nous, les pré- 
posés Aron Abraham Moch, Jacob Alexandre et Lippman Mocu l . 

Nous possédons encore une autre liste, de 1760, dressée à pro- 
pos d'une contribution extraordinaire de 454 florins 9 schel. 3 de- 
niers, quote-part des Juifs dans le paiement de 4145 florins im- 
posés à la ville de Ilaguenau. 

Voici quel fut le chiffre payé par chaque Juif suivant ses fa- 
cultés 2 : 



Domes- 
tiques. 


Servantes. 


Noms des pères de famille. 


Facultés. 


Florins. 


Schil- 
lings. 


Denier?. 


1 
1 
1 

1 
1 

1 
1 


1 
1 
1 

1 
1 

1 
1 
1 
1 
1 
1 

1 

1 
1 

1 


Lazarus Moyses, rabbin.. 

Aron Moch 

Lippmann Moch 

Jacob Alexandre 

Leiser Lévy 


> 
10.000 
5.000 
500 
6.400 
7.000 
5.300 
4.300 
4.700 
3.500 
1.700 
1.600 
1.200 

1.700 
3.100 

1.500 
600 

1.000 
400 
300 
300 
300 

1.000 
300 
200 
300 
250 
200 


12 
11 
6 
1 
7 
8 
6 
5 
5 
4 
2 
2 
2 

2 
■ 4 
2 
1 
2 


5 

4 

3 
3 

7 
5 
7 
6 
2 

7 
1 
5 
6 

4 
3 
3 
3 

3 

2 
3 
2 

2 





Abraham Arou Moch. . . . 

Aron Feistel Moch 

Koschel Moyses 

Gôttschel Samuel 

Meyer Dambach 

Hirtzel Seligmann 


Aron Meyer Moch ( le 

jeune ) 

Chaïm Hirtzel 

Marx Mayer Moch 










Getschel Schmule ......... 

Samuel Lévy 

Bonef Meyer 

Getschel Jacob Lévy .... 


David Hirtzel Lévy 

Feisel Lévy 

A reporter 


7 


15 


62.650 


93 


86 


6 



1 Arch. de Hag., GG. 68. 
» Arch. de Hag., GG. 70. 



2i<; 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



Domes- 
tiques. 


Servantes. 


7 
1 


15 

1 

1 

1 

1 


8 


19 



Noms des pures de famille. 



Report 

Nathan Jacob Alexandre.. 

Jacob 'Weyl 

Jacob Bickert 

Aron Meyer Moch 

Liberman Marx 

Hirtzel Macholi 

Moyses Weyl 

Mayer Weyl 

Leiser le vieux 

Lehemann 

Chaïem Judel 

Bonef Aron 

Judel Moïses 

Chuïm Landau 

Moïse Wormser, substitut 

de rabbin 

Hirsch, min. of 

Une basse 

Sonder, bedeau 

Meyer Bonef 

6 veuves à 5 schillings. . . 



Facult6s. 



62.650 

300 
200 
400 
500 
300 
200 



64 .550 



Florins. 



93 



A ajouter comme année de guerre, sur chaque florin, 

2 11. 5 sch., en tout 

8 domestiques à 7 sch. 6 deniers, ensemble, 

19 servantes à 5 sch 

Ensemble, somme égale 



125 



313 
6 

9 



Schil- 
lings. 



Deniers. 



On voit que depuis l'année 1627, où la ville admit à grand'peine 
un septième père de famille, la communauté israélite s'était nota- 
blement accrue ; on devine pour quels motifs. Non contente des 
droits d'admission qu'elle faisait payer aux nouveaux arrivés, la 
municipalité voulut profiter de cet accroissement de population 
en élevant de 683 à 1063 livres le montant des impositions des 
Juifs. Mais depuis l'ordonnance de Vanolles, ceux-ci n'étaient plus 
soumis aux caprices du stettmeister, et les Juifs s'étant plaints 
au subdélégué général d'Alsace, Roullin, celui-ci, après avoir pris 
connaissance du rôle des impositions des Juifs dans les années 
antérieures, leur donna gain de cause '. 



Arch. de Hag., GG. 69. Fait à Strasbourg, le 17 juillet 1764, 



HISTOIRE DES .HIKS DE IIAGUENAU 217 

La municipalité, pour se venger de cette défaite, fit citer devant 
elle les Juifs qui demeuraient dans la ville à titre de fils aînés 
de protégés, sous le bénéfice de la loi du 18 mars 1720. Voici 
l'arrêt qui fut rendu : 

Entre le procureur fiscal de cette ville demandeur, suivant son 
réquisitoire du 4 du présent mois de may signifié, le même jour 
d'une part contre Ilirtzel Macholi, Samuel Moch, Iâckel Weyl, 
Judel Mausché, Marx Libermann, Gôttschel Schmoulé, David Lévy, 
Aron Moch, Moyses Weyl, Bonef Meyer, Gôttschel Lévy et Leh- 
mann Salomon, tous juifs demeurant en cette ville défendeur, par 
M c Briller leur procureur d'autre. 

Après que le demandeur a conclu suivant son réquisitoire à ce 
que les défendeurs soient condamnés à quitter cette ville dans les 
vingt-quatre heures à peine d'y être contraints par les voyes de 
droit, pour s'être établis et fixés leurs demeures en cette ville sans 
permission du magistrat, les condamnes chacun en cinquante livres 
d'amende et aux dépens, et que M e Buller pour les défendeurs, a dit 
pour défenses qu'ils sont établis en cette ville, et y ont fixé leur 
domicile sans la protection du seigneur Oberlandvogt et du magis- 
trat, duquel ils en ont obtenu tous la permission comme aînés de 
leurs familles, ce qui leur a été accordé par les statuts et encore par 
un décret du magistrat du 4 8 mars 1720, mais n'ont aucune per- 
mission par écrit, puisque jusqu'ici on n'en a jamais donné, et 
qu'ayant toujours exactement payé les droits que l'on a reçus d'euz, 
ce qui devrait équivaller et valoir une permission par écrit, et qu'ils 
se conformeront avec la dernière soumission à ce que le magistrat 
voudra bien ordonner pour la suite, sous le mérite de laquelle décla- 
ration ils osent espérer de la clémance et des bontés ordinaires du 
magistrat, qu'il aura compassion de ce pauvre peuple d'Israël, qu'il 
ne voudra pas le détruire, et qu'ils seront renvoyés de l'assignation 
avec dépens. 

Le magistrat, continue l'écrit, par grâce, a accordé aux défendeurs 
la tolérance en cette ville, à charge par eux de remettre dans les 
vingt-quatre heures à la caisse des pauvres, savoir : 

Hirtzel Macholi 3 livres. 

Samuel Moch, Iàckel Weyl, Judel Mausché, Lehmann Sa- 
lomon, chacun 4 — 

Libermann Marx, Gôttschel Schmoulé, chacun la somme de 6 

David Lévy 7 — 

Enfin, Aron Moyses, Moyses Weyl, Bonef Meyer et Gôtt- 
schel Lévy, chacun la somme de 9 — 

dont ils seront tenus de justifier par quittance au sieur Stettmeister 
régent pour être ensuite compris dans le registre du marzahl, au 
payement desquelles sommes ils seront contraints à peine d'expul- 



218 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sion, a fait itératives défîenses à'tous juifs de s'établir en cette ville 
sans décret de permission du magistrat et les a condamnés solidai- 
rement aux dépens liquidés à 4 4 livres \ sol l , 



VI 



Le chapitre de l'admission des Juifs à Haguenau est un des 
plus intéressants de l'histoire de la communauté israélite de cette 
ville pendant la seconde moitié du xvnr siècle. On y voit la résis- 
tance de la municipalité aux idées nouvelles qui soufflaient alors 
persister jusqu'au bout, et il fallut la Révolution pour renverser 
un état de choses humiliant et vexatoire. 

En 1753, le préposé de la communauté adressa à la municipalité 
la demande suivante : 

A Messieurs les prêteur royal, Slettmeisler et magistrats 
de Haguenau. 

Supplie humblement Abraham Aron Moch, Juif de Haguenau, 
disant qu'il a une fille nommée Gùdel, recherchée en mariage par 
Moyses Koschel, juif de Mittelbroun, qui est un parfait honnête 
homme, et est issu de braves parents. Cette alliance ferait le bon- 
heur de ladite Gùdel, et comblerait de ses désirs, ses père et mère. 

Mais la condition que les parents mettent est que les époux ob- 
tiennent leur établissement en cette ville ; que d'ailleurs ce serait 
une consolation au suppliant s'il pouvait, dans sa vieillesse, voir sa 
fille sous ses yeux, et comme il a une maison en cette ville à lui 
donner, il a recours aux faveurs du magistrat, qui de tout temps a 
eu des bontés particulières pour la famille des Moch, en considéra- 
tion de la bonne conduite de ses membres et de son ancienneté. 

Ce considéré, Messieurs, il vous plaise, en continuant de répandre 
vos bonnes grâces sur la famille du suppliant, agréer l'alliance de sa 
fille Gùdel avec ledit Moyses Koschel, et qu'ils fixent leur établis- 
sement en cette ville, dans la maison que le suppliant y a au-dessus 
de la rue des Juifs, près des PP. Gordeliers. 

En conséquence, accorder audit Koschel les permissions néces- 
saires pour jouir desdits établissements, aux mêmes droits que les 
autres juifs agréés et reçus, sous les promesses qu'il s'y comportera 
en honnête homme et supportera les charges et droits accoutumés 
avec exactitude et sera justice. 
Haguenau ce 13 mai 4753. 

Signé : Abraham- Aron Moch 2 . 

» Arch.de Hag., BB. 149. 
» Arch. de Hag., GG. 68. 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 219 

Là où beaucoup de ses coreligionnaires avaient échoué, Abra- 
ham Moch réussit, et, dès le lendemain, le magistrat de Haguenau 
transmit sa demande au procureur fiscal en l'appuyant chaleureu- 
sement. Celui-ci renvoya la supplique avec ces mots : « Vu la 
présente requête, je n'empêchs : A la charge par les époux de 
payer une somme de cent livres au profit des pauvres de la ville 
et de fournir un lit entier pour les besoins de ladite ville. Ce 
14 may 1753. Signé : Pot d'Argent '. » 

En 1754, un autre préposé de la communauté des Israélites, 
Jacob Alexandre, demanda la permission pour son fils Nathan de 
se marier à une Juive de Niederbronn et d'établir à Haguenau une 
savonnerie destinée à la vente en gros. Il fut fait droit à cette re- 
quête, moyennant paiement par Nathan de 50 livres à la caisse 
des pauvres. Quant à la fabrique qu'il voulait fonder, il ne le put 
qu'à la condition de ne pas vendre moins d'un « huitième de cent », 
en outre, il n'était autorisé à continuer son état que tout le temps 
qu'il n'y aurait pas de chrétiens pour lui faire concurrence 2 . 

En 1*755, deux nouvelles admissions eurent lieu, celle de Borach 
Moch, fils de Gerson, qui dut verser 25 florins à la caisse de l'hô- 
pital, et celle de Calmé Reims, qui dut en payer 50. 

Les Israélites devenant ainsi plus nombreux, la municipalité 
eut intérêt à connaître exactement la fortune de ses protégés, et, 
en 1763, elle chargea le préposé d'en dresser le rôle conformé- 
ment au modèle suivant : 

4° Aron Moch, âgé de 47 ans, né à Haguenau, marié depuis 25 ans. 

A trois enfants admis à la manance, ici, dans les années 

Demeure dans sa propre maison, sise rue 

Possède celle-ci depuis 

A acheté cette même maison de 

Sa fortune consiste en 

Ses facultés consistent en 

A . . . domestique 

2° Meyer-Feistel Moch, etc., etc. 

Ensuite il faudra mettre les veuves. 

Exemple : Treidel, veuve Abraham-Aron Moch, etc., etc. 

Puis on devra nommer les Juifs étrangers résidant à Haguenau, 
mais qui n'ont pas encore été admis à la manance. 
Par ex. : Hirsch, le bedeau, etc., etc. 3 . 
Haguenau, le I er septembre 1763. 

De Colommé, régent. 

1 Arch., de Hag.,.BB. 149. 
8 Arch. de Hag., BB. 138-139. 
3 Arch. de Hag., GG. 70. 



220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Au fur et à mesure que les demandes d'admission croissaient, 
les droits étaient augmentés. 

En 1767, la veuve de Nathan Alexandre, dont nous avons parlé 
tout à l'heure, pour pouvoir élever ses quatre enfants, demanda la 
permission de se marier avec Abraham Samuel d'Offenbach, afin 
de continuer l'état de son premier mari. L'autorisation lui fut 
accordée, mais il lui en coûta six cents livres, versées à la caisse 
des pauvres. 

La communauté, effrayée des prétentions toujours croissantes 
de la municipalité, demanda à être mise au même rang que cer- 
taines communautés israélites d'Alsace et de payer non plus à la 
ville, mais au roi, les droits de protection. Pareille pétition avait 
été présentée par d'autres communautés, et lecture en fut donnée 
à l'Université de Saint-Thomas, à Strasbourg, par les préposés des 
Juifs. Les villes intéressées furent consultées et voici quelle fut la 
réponse de celle de Haguenau (31 octobre 1767) : 

Il n'est pas nécessaire de recourir à la thèse soutenue à l'univer- 
sité de Saint-Thomas pour sçavoir l'état des Juifs. Les annales du 
monde l'ont rendu tellement notoire que personne ne l'ignore. Cette 
thèse leur a été si peu favorable que la ville de Strasbourg, au seing 
de laquelle elle a été soutenue, a maintenu son arrêt de bannisse- 
ment et son droit corporel, le plus fort de la province, de telle sorte 
que chaque juif est obligé de lui payer pour chaque entrée momen- 
tanée dans la ville, nonobstant les règlements et les ordonnances 
citées en leur faveur. C'est assez dire que le droit et le fait de cette 
ville sont appuyés sur un principe auquel ces villes n'ont pu dé- 
roger. Ce principe se développe par l'histoire même des proscrip- 
tions de ce peuple vagabond. L'on sait que dans la dispersion géné- 
rale des Juifs, plusieurs d'entre eux pénétrèrent jusque dans les 
Gaules et s'y établirent. 

Ils en furent chassés par un édit de Childebert en 533. — Rentrés 
sous différends prétextes, ils en furent rechassés par un édit de 
Dagobert en 633. — Rétablis sous le règne de Charles le Chauve aux 
conditions d'un édit de 877, ils y restèrent jusqu'en 1096, époque à 
laquelle ils furent généralement proscrits par tous les princes et 
états de l'Europe. — Reçus néanmoins peu après encore en France, 
sous des conditions qui aggravent de beaucoup le poids de leur ser- 
vitude, ils y restèrent comme esclaves, jusqu'à ce que Philippe- 
Auguste persuadé de leur malignité, comme dit l'histoire, les chassa 
à son tour de tous ses Etats en 1182. 

Et quoique le Pape Innocent III ait démontré par sa lettre de 
1212, que cette nation qui avait mérité, par sa propre faute, d'être 
soumise à une perpétuelle servitude, et que la piété chrétienne avait 
néanmoins supporté avec bonté, ne rendait pour reconnaissance 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 221 

aux bienfaiteurs que des crimes et des injures, cependant une or- 
donnance de saint Louis de 1269, une autre de Philippe le Hardi en 
1874, et un arrêt du parlement de 1290, font voir qu'ils furent encore 
tolérés dans ce royaume, sous les conditions de servitude qui leur 
avaient élé imposées par Philippe-Auguste. 

Philippe le Bel les chassa encore en 1306, Philippe de Valois en 
1346, le roi Jean en 1377, et entin Charles VI, les bannit à perpétuité 
de tous ses Etats, et leur fit défenses d'y revenir sous peine de 
la vie. 

C'est pour lors qu'ils se sont retirés dans les pays voisins et prin- 
cipalement en la ville de Metz, et les autres villes impériales d'Alsace 
et d'Allemagne, où ils ne furent reçus que sous des conditions dures 
et onéreuses. Ils n'y demeurèrent pas long-temps, sans faire jouer 
les ressorts de leur malignité. De là plusieurs règlements de la part 
des souverains et des magistrats de ces villes (l'édit de l'empereur 
Ferdinand rendu à l'égard des Juifs de notre préfecture en est un 
échantillon), les unes les chassèrent, les autres les souffrirent 
sous les conditions imposées ; et lorsque plusieurs de ces villes 
passèrent sous la domination de la France, les roys les tolérèrent 
avec les mêmes charges, — et nulle part ailleurs dans les Etats où ils 
furent proscrits en dernier lieu à perpétuité par la déclaration du 
23 avril 1615. 

C'est dans ces conjonctures et pour empêcher la multiplication et 
le trop grand concours que le magistrat de Haguenau leur avait 
imposé le droit corporel dont ils se plaignent. — La ville a été pour 
lors une ville libre et état immédiat de l'empire, qualité qui, selon 
les constitutions de l'empire, lui donne le pouvoir d'imposer et de 
lever ces sortes de droits dans son territoire. La ville a passé avec 
la possession de ces droits sous la domination du roy, qui, en vertu 
du traité de Westphalie l'y a maintenu de même qu'il y a maintenu 
la ville de Strasbourg en vertu de la capitulation. — L'article dudit 
traité y est formel. Par toutes ces raisons et autres à suppléer, le 
magistrat supplie Monsieur l'intendant de laisser Haguenau dans 
ses anciens droits, et dans l'espoir, etc. *. 

Force fut donc aux Juifs de Haguenau de rester dans le même 
état. 

En 1771, Abraham Aron Moch reçut encore une fois la per- 
mission de marier une de ses filles, Sara, à un Juif des environs, 
Benjamin Lazarus Bernheim de Rixheim. Cinq ans après, il 
adressa de nouveau aux autorités de la ville une demande tendant 
à faire bénéficier un de ses coreligionnaires des droits de pro- 
tection. Voici la lettre qu'il écrivit à ce sujet : 

1 Arch. de Hag., GG. 69. 



222 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Messieurs, Messieurs le prêteur royal, Stetlmeister et magistrat de la 
ville de Haguenau. 

Suplie très humblement Abraham-Aron Moch, Juif, négociant en 
cette ville, disant : que la grâce qu'il sollicite est une suite de la 
confiance qu'il a aux bontés du magistrat, bontés qu'il a déjà sou- 
vent ressenti ainsy que les siens, et desquelles il tâchera toujours 
se rendre plus digne. 

Il possède une maison scise en cette ville l à côté de la maison 
Canonicale qu'occupent les sieurs Lempfried et Montfleury'. Cette 
maison lui devient totalement à charge, parce qu'il ne peut la louer 
à chrétien, et ceux de sa nation un peu à l'aise en possèdent pa- 
reillement en propriété, les pauvres sont hors d'état d'acquitter le 
moindre loyer, il a trouvé le moment favorable de s'en débarrasser. 

Nochem Weyl, juif de Bazendorf, homme aisé, désirerait d'en faire 
l'acquisition, si toutes fois le magistrat voulut luy accorder et à sa 
famille le droit d'habitation, en cette dite ville; le supliant animé 
de confiance ose se flatter, Messieurs que vous voulussiez bien y 
donner les mains, c'est le sujet de la présente requête. 

Tendante à ce qu'il plaise au magistrat faire la grâce au supliant, 
et audit Nochem Weyl d'accorder à ce dernier le droit d'habitation 
en ladite vile. Ils ne cesseront avec les leurs de se rendre tous les 
jours plus attachés et ardents aux intérêts de la ville, et d'ad- 
dresser leurs vœux au Tout-Puissant pour la conservation du. ma- 
gistrat. 

4 6 juin 1776. 

Signé : Abraham-Aron Moch 3 . 

Cette faveur coûta à l'impétrant 3,000 livres. A partir de 1*778, 
les admissions se multiplient. En cette année, c'est Koschel Moyses 
qui obtient l'autorisation d'établir son fils Nathan , marié avec 
une jeune fille de Neuviller; coût : 300 livres ; en 1779, c'est son 
beau-frère, Abraham Aron Moch, qui obtient la même faveur pour 
son fils Jacob (Koppel), marié à une fille de Koschel Moyses, 
mais cette fois gratuitement; en 1781, c'est David Rheins, moyen- 
nant 300 livres, c'est encore Nochem Weyl, pour sorufils Jonas. 
Ce dernier eut même un sursis pour le paiement de ce droit, il est 
vrai, de 400 livres. En 1782, le tarif diminue. Samuel fils de Bezall 
et petit-fils de Samuel Halberstad, rabbin de Haguenau, ne verse 
que 200 livres 4 . L'ordonnance bien connue de Louis XVI en 1784 



1 Actuellement rue de l'Ecurie. 

2 Occupée auparavant par le chapitre de Surbourg. 

3 Arch. de Hag., BB. 32. 



HISTOIRE DES JUIFS DE IIAGUENAU 223 

parut apporter dos changements dans le régime des Juifs ; mais ce 
ne fut qu'une illusion, ot Nochem Weyl, ayant voulu en bénéficier 
pour faire admettre à Haguenau son fils Caïm qui demeurait en- 
core à Batzendorf, voici ce que la municipalité lui répondit : 

Le conseil, après s'être réuni le 1 er septembre, conclut : vu par le 
magistrat la requête présentée par Nochem Weyl, juif de cette ville 
expositive, que se trouvant avancé en âge, il désirerait se faire sou- 
lager par Caïm Weyl son fils, qui a occasion de se marier avec la 
fille d'Isaïas Hirtzel, vivant juif de cette ville, qui a été élevé chez 
Leiser Lévy son grand-père. Il ne demande pas de nouvel établisse- 
ment ny une seconde habitation. Son fils vivera et logera avec lui 
dans sa maison, et le remplacera après son décès, et pour être 
agréé, il présentait sa requête tendante à ce qu'il plaise au magistrat 
faire la grâce au suppliant de permettre à son fils Caïm de se marier 
et établir en cette ville avec la fille de feu Isaïas Hirtzel, vivant 
aussi juif de cette ville, ce faisant de demeurer dans la maison du 
suppliant, et le remplacer après son décès, aux offres qu'il fait de 
se comporter honnêtement, et de se conformer aux ordonnances, rè- 
glements et statuts, ladite requête signée Nochem Weyl, juif de 
Haguenau. 

Le décret de soit communiqué au procureur fiscal, apposé au bas 
de la requête, conclusions d'iceluy et tout considéré. 

Le magistrat a reçu ledit Caïm fils du suppliant à la manance des 
Juifs de cette ville, à la charge par lui de se comporter honnêtement 
de se conformer aux règlements de police, d'acquitter exactement 
le schirmgeld, de payer une somme de deux cents livres à la caisse 
des pauvres, dont cent livres au premier octobre et les cent autres 
au premier décembre prochain, et en outre celle de huit cents livres, 
payables d'hier à uu an, pour être employée à la réparation de la 
porte rouge de cette ville. 

Signé à la fin de l'audience, Antoine de Cointoux avec paraphe, 
fait à Haguenau les jours, mois et an que dessus 1 . 

En 1*785, Calme Rheins est obligé de verser mille livres pour 
l'admission de son fils David à la manance de la ville, et autant 
l'année suivante pour son fils Israël. 

En 1*786, Abraham, fils du rabbin de Haguenau, adressa la de- 
mande suivante aux magistrats : 

A Messieurs, Messieurs les prêteur royal, Stettmeisler et magistrat 
de la ville de Haguenau. 

Supplie très humblement Abraham Gougenheim fils de Jacob 
Gougenheim, rabin juré des Juifs de cette ville, 

1 Arcb. deliag., BB. 171. 



224 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Disant que trouvant une partie sortable pour se marier, on n'exige 
de lui que d'obtenir de la grâce du magistrat, la réception sous sa 
protection et d'y demeurer, grâce qu'il est conseillé de demander. 
Il dérive d'une honnête famille, il fait lui-même profession d'hon- 
nête homme, son père a élevé neuf enfants, desquels sept sont éta- 
blis. Il n'y a plus que le suppliant et un autre à établir, sujet de la 
très humble requête. 

Ce considéré, Messieurs, il vous plaise faire la grâce au suppliant 
de le recevoir sous votre protection, ce faisant lui permettre d'ha- 
biter et fixer son domicile et sa demeure en cette ville ; aux offres 
qu'il fait de continuer à faire profession d'honnête homme, de payer 
le droit de protection et autres charges et de se conformer aux sta- 
tuts, arrêts et règlements de police. Pour cette grâce, il ne cessera 
d'adresser ses vœux au tout-puissant pour la conservation du ma- 
gistrat. 

Aberaham Gougenheim 1 . 

Le procureur fiscal apposa son veto ; puis, sur les instances du 
rabbin, le magistrat de Haguenau consentit à accueillir Abraham 
Gougenheim, à condition qu'il paierait 1,200 livres. Mais Abra- 
ham, ne pouvant accepter des conditions aussi léonines et même 
la réduction de 300 livres qui lui fut proposée en second lieu, se 
décida à se retirer à Lixheim. 

En 1789 encore, Benjamin Bernheim dut verser 2,000 livres 
pour que son fils Raphaël pût s'établir dans la ville avec sa jeune 
femme Sara, fille d'Aron Abraham Moch, mais à aucune condition 
il ne put obtenir semblable autorisation pour son gendre Samuel 
Lévy d'Ingwiller 2 . 

La Révolution vint renverser toutes ces barrières légales, et 
c'est en grand nombre que les Israélites des environs de Ha- 
guenau vinrent s'établir dans la ville, pour échapper en même 
temps aux scènes de pillages qui avaient suivi l'effondrement de 
l'ancien régime 3 . 

1 Arch. de Hag., BB. 41. 

« Arch. de Hag., BB. 176. 

3 Citons parmi ceux qui arrivèrent à cette époque : les familles Ah, de Fùrth 
(Bavière) ; Baliveau, de Lemberg (Pologne russe) ; Bauer, de Fort-Louis, dont le 
chef, employé des « chauffages et lumières » , avait demeuré autrefois à Balbronn ; 
Bénédick, de Fort-Louis ; Blin, de Fort-Louis ; Bloch, d'Ohlungen ; Braunberger, 
de Frauenberg ; Coblence, de Lixheim ; Dreyfous, de Fort-Louis, leur résidence 
depuis longtemps, car on voit venir de cette ville au cimetière de Haguenau un Hôrz 
Dreyfous en 1680, un Isaac Dreyfous en 1697, de nouveau un Hôrz en 1706 ; Eisen- 
mann, de Kutzenhausen ; Goldschmidt, de Prague ; Half, de Soufflenheim ; Halfen 
de Busenberg ; Haussmann, d'Essingen et de Ohlungen ; Hersch, de Dauendorf; 
Heumann, de Soultz-sous-Forêts ; Lazare Kaljn, de Dinsheim ; Korb Jonas, de 
Dauendorff; Korb Raphaël, de Witterswiller ; Mey, d'Ohlungen, leur résidence 
depuis plus de deux siècles : en 1605, un Hayem Mey, à Ohlungen, a, à Haguenau, 



HISTOIRE DES JUIFS DE IIAGUENAU 225 

Pour obtenir droit de résidence, il suffisait aux Israélites de 
prêter serment de fidélité à l'Etat. Voici le procès-verbal d'une de 
ces déclarations : 

« Par devant nous, président et membres de l'administration 
» municipale de la commune de Haguenau, est comparu le citoyen 
» Michel Samuel, habitant de cette commune, lequel a fait la dé- 
» claration dont la teneur suit : « Je reconnais que l'universalité 
» des citoyens français est le souverain et je promets soumission 
» et obéissance aux lois de la République ». — Nous lui avons 
» donné acte de la présente déclaration, laquelle il a signée avec 
» nous, à la maison commune, le 5 fructidor an V. — Signé : 
» Veinum et Michel bar Elioquum 



» 



VIII 



Il nous reste à faire l'histoire des Juifs de Haguenau en tant 
que communauté religieuse. 

Vers le milieu du xvir 3 siècle, les Israélites demandèrent l'auto- 
risation d'appeler dans la ville un rabbin ; mais les autorités s'y 
opposèrent. Les Juifs alors usèrent d'un subterfuge; l'un d'eux, 
nommé Lowel , se fit donner l'autorisation d'engager un comp- 
table qui demeurerait chez lui, à condition, il est vrai, que tous 
les ans, il ferait renouveler cette licence 2 . Ce comptable, c'était 
un rabbin nommé Meyer (1660). 

Son premier soin fut de faire bâtir un nouveau temple en rem- 
placement de l'ancien qui était devenu insuffisant et menaçait 
ruine. La municipalité le permit, mais il fallut que la Commu- 
nauté lui abandonnât la cour située entre le temple et la maison 
d'un Israélite nommé Moyses. De là, la rue de la Synagogue, ap- 
pelée ainsi encore aujourd'hui. Le couvent des Franciscains fit 
valoir également ses droits, il exigea que la Communauté éle- 



un procès avec un pelletier-pharmacien (kirsner-apothëker, ce qui probablement voulait 
dire bandagiste) ; Meyer, de Westhoffen ; Scheid, de Schirhoffen ; Strauss, de Gun- 
dershoffen ; Stûffel, de Langenschwallbach ; Weill, de Batzendorf (un Hûrtz Weill 
en février 1680, un Lazarus Weill en avril 1684, un Mausché Weill en avril 1715, 
viennent de Batzendorf au cimetière de Haguenau) ; Weinberg d'Ettenheim, etc., etc. 

1 Quant aux droits d'entrée des Israélites étrangers de passage dans la ville, les 
Juifs demandèrent, en 1770, qu'ils fussent abolis, mais, en réalité, le fisc fermait le 
plus souvent les yeux, ainsi qu'il résulte d'une lettre adressée en 1774 par la muni- 
cipalité aux magistrats de Wissembourg (Arch. de Hag., BB. 29). D'ailleurs l'ordon- 
nance de 1784 les supprima complètement. 

2 Arch. de Hag., BB. 90. 

T. X, n° 19-20. 15 



226 REVUE DES ETUDES JUIVES 

vât la redevance qu'elle lui payait depuis 1358. Les Juifs durent 
accepter une imposition annuelle de trois schillings six deniers, à 
laquelle ils furent soumis jusqu'en 1790. 

Le temple fut inauguré en 1665. Le rabbin parvint à faire recon- 
naître officieusement son autorité par la municipalité, et celle-ci, 
pour montrer l'estime qu'elle avait pour lui, prit l'habitude de faire 
juger par lui les Israélites qui avaient un différend. 

Mais, en 1677, arriva le malheur que nous avons rapporté 
précédemment, la synagogue fut incendiée. Il fallut donc songer 
de nouveau aux moyens de la reconstruire. Au bout de cinq an- 
nées d'efforts, les Israélites parvinrent à réunir la somme né- 
cessaire à cette œuvre pieuse. Ne jugeant pas utile de solliciter 
de nouveau une permission qui leur avait été donnée quelques 
années auparavant, ils commencèrent les travaux le 17 septembre. 
Le lendemain le conseil se réunit à ce sujet. Le doyen des Schôf- 
fen, Franz, déclara qu'il avait donné l'ordre aux maçons de cesser 
leur ouvrage, car, l'emplacement de la synagogue ayant été autre- 
fois celui d'une chapelle, il fallait, pour y construire de nouveau, 
une autorisation. Le stettmeister fut d'avis que, vu l'ancienne 
destination de ce terrain, les Juifs n'y pouvaient élever leur syna- 
gogue. Tous les membres du Conseil partagèrent ce sentiment, et 
ils intimèrent aux Israélites l'ordre de cesser les travaux, quitte à 
se pourvoir devant le roi K Mais les Jésuites, les Dominicains et le 
clergé décidèrent de ne pas s'opposer à cette construction. Les 
Juifs adressèrent alors, au gouverneur de l'Alsace, la requête sui- 
vante : 

Monseigneur de la Grange, conseiller du Roy en ses conseils, intendant 
de justice, police et finances en Alsace et Bri 



Supplie très humblement la communauté des juifs d'Haguenau, 
disante que les couvents et les églises à lesquelles leur synagogue 
qui est bruslée il y a du temps, avec la pluspart des bastiments de 
ladite ville, paye annuellement des certaines censés, leurs ont per- 
mis avec sçavoir et consentement du magistrat de la ville, de la faire 
rebastir à la place où elle estait, mais ayants ainsi commencé sur ce 
pied et les vieux fondements et masures, on leur en a fait défïence 
huit jours après, pour désister jusques à votre permission ; la com- 
munauté suppliante, ayante dont possédé paisiblement ladite syna- 
gogue depuis plusieurs siècles, implorent vostre protection et jus- 
tice, monseigneur, pour ce qu'il vous plaise maintenir les suppliants 
dans cet ancien droict, et s'il est besoin d'en avoir la permission de 
la cour, de les y assister de votre puissant appuy, pour ce qu'ils 

1 Livre de protoc. du Conseil. Arch. de Hag., BB. 100. 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 227 

peuvent sans empêchement dudit magistrat et quelconque, rebastir 
leur dite ancienne synagogue, et ce sera une gratieuse justice *. 

Ils purent enfin reconstruire leur temple, la date de cet événe- 
ment nous a été conservée par l'inscription suivante gravée sur 
une pierre : 

IST VER * 

brendt rrpmn rn:i jint 

WORDEN W5 

A ° 1683 wsiS tA& 

IST GEBA y , y 

VEN WO ■WP» ^ 

rten. httttn 

L'hébreu signifie : « Que ceci soit un souvenir, de cette syna- 
gogue, la nuit de. . . , l'année 1683. » 

L'allemand placé en regard complète cette inscription en partie 
effacée : « En 1676, elle a été incendiée, en 1683 rebâtie 2 . » 

Le successeur de R. Meyer fut Wolf Hohenfelden qui se fit re- 
marquer par son esprit de douceur et de conciliation. En 1720, 
il fut remplacé par Elie Schwab de Metz, qui, pour entrer en 
fonctions, demanda l'autorisation de Louis XV". Celui-ci, qui pen- 
sait à donner un rabbin général pour l'Alsace, délivra à Elie 
Schwab des lettres patentes lui conférant le titre de rabbin de 
toute la Basse-Alsace. Ce n'était pas le compte des rabbins de 
Bouxviller, de Mutzig et de Niedernay, qui, aidés de leurs sei- 
gneurs respectifs, intentèrent un procès à Schwab. Celui-ci dé- 
clara qu'il ne prétendait exercer son ministère qu'à Haguenau. 
De nouvelles lettres-patentes lui furent envoyées ainsi conçues : 

Ledit Elie Schwabe exercera les fonctions de rabbin des Juifs dans 
la préfecture royale de Haguenau, et dans les bailliages supérieurs 
et inférieurs de Lauterbourg et deFlexbourg, dans les villes de Lan- 
dau, Fort-Louis, Wissembourg et généralement dans toutes les pré- 
vôtés, terres et lieux de la Basse-Alsace, qui ne dépendent point de 
l'évèque de Strasbourg, de la succession du feu comte de Hanau, et 
du directoire de la noblesse de la Basse-Alsace ; et pour l'exécution 
dudit arrêt, toutes lettres-patentes nécessaires seroient expédiées 
lesquelles ledit Elie Schwabe nous a très humblement l'ait supplier 
de lui vouloir accorder. 



1 Arch. particul. 

1 Cette pierre se trouve encore aujourd'hui dan3 une maison de la rue du Sel ap- 
partenant à M. Klein, emplacement du temple jusqu'en 1819. 



228 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

A ces causes, etc., etc., ledit Elle Schwabe pourra faire les fonc- 
tions de rabbin dans la préfecture royale de Haguenau, etc., etc. ». 

Quelque temps après, il reçut, non sans peine, la permission de 
la municipalité de venir s'établir dans la ville. 

Comme dans toutes les communautés israélites de ce temps, il 
eut maille à partir avec les préposés, ses administrés. Ceux-ci, 
nommés Aaron Abraham Moch, Lipmann Moch et Jacob Alexandre 
avaient eu le tort, grave aux yeux du rabbin, de se faire nommer 
à leur charge non par la communauté et surtout par le rabbin, 
mais par le prêteur royal, le stettmeister et les magistrats de la 
ville (1738). Dans la lettre qu'il écrivit à ce sujet au gouverneur de 
l'Alsace pour faire annuler ces nominations, Schwab laisse percer 
le bout de l'oreille, et il déclare que ces préposés n'auraient point 
été élus par leurs coreligionnaires à cause des scandales qu'ils 
avaient provoqués par leur manque de respect à l'égard du 
rabbin 2 . 

Le gouverneur, après enquête, ordonna que de nouvelles élec- 
tions fussent faites. Le rabbin triomphait donc. Mais son triomphe 
fut de courte durée, Aaron Abraham Moch et Lippman Moch ob- 
tinrent les suffrages de leurs coreligionnaires et leur élection fut 
sanctionnée par le gouvernement de l'Alsace (5 février 1739). Ils 
se vengèrent joyeusement en faisant signifier au rabbin leur no- 
mination par ministère d'huissier. 

Schwab, qui n'avait pas su se comporter avec ses administrés, 
non plus qu'avec les substituts qu'il s'était donnés, trouva le 
moyen de faire un procès avec le rabbin de la Basse-Alsace et de 
le perdre. Ces défaites répétées agirent sur son cerveau et il fut 
frappé d'aliénation mentale. 

La femme du rabbin et son frère qu'elle avait fait venir de 
Metz demandèrent au gouverneur que Schwab fût enfermé en un 
lieu séparé, pour prévenir tout accident, et que, durant sa mala- 
die, ses fonctions fussent confiées, par intérim, à un rabbin d'Al- 
sace qu'ils désignèrent. Feydeau, le gouverneur, fit droit à leur 
requête et nomma, en remplacement de Schwab, Samuel Weyl, 
« rabbin des Juifs de la Haute-Alsace et de ceux des terres de 
l'évêché de Strasbourg et des terres dépendantes de la noblesse 
de la Basse-Alsace 3 . » 
Schwab put heureusement se guérir rapidement et le souvenir 

1 Ordonnances d'Alsace. . ... 

a Arch. de Hag., GG. 70. Pour Jacob Alexandre, les Juifs avaient ratifie cette 
nomination irrégulière. 
3 Arch. de Ha-., GG. 70. 



HISTOIRE DES JUIFS DE MAGUENAU 229 

de cette triste maladie servit des deux côtés à rendre plus faciles 
les relations du rabbin avec sa communauté. A peine rétabli, il 
eut à faire rentrer dans le devoir les Juifs de Landau qui étaient 
dans sa juridiction et qui avaient voulu se dérober à son auto- 
rité '. Il mourut en 1746, après avoir eu, sur ses derniers jours, 
beaucoup de démêlés avec ses administrés. 

La nomination de son successeur se fit sans encombre. En 1745, 
il était venu dans la ville un rabbin nommé Samuel Halberstadt, 
ami d'Eibenschutz, le fameux rabbin de Metz. Il avait été chassé 
de Prague en compagnie de 20,000 de ses coreligionnaires. La mu- 
nicipalité se montra aussi bienveillante à son égard, qu'elle l'avait 
été pour les exilés de Pologne en 1657, et elle lui permit de de- 
meurer avec sa femme dans la ville, pendant un an, sans payer 
de droits de protection. Ce terme écoulé, elle lui continua la même 
tolérance pour une année. A la mort d'Elie Schwab, il était tout 
désigné pour le remplacer. Il obtint alors sur sa demande le droit 
de résidence permanente 2 , mais il n'en jouit pas longtemps, car il 
mourut en 1753. 

Il fut remplacé en 1755, après deux années d'intérim, par Laza- 
rus Moyses précédemment rabbin à Bouxviller, qui reçut l'auto- 
risation de fixer sa résidence à Haguenau 3 , et même put faire un 
traité avec le prévôt de Wissembourg, pour remplir les fonctions 
de rabbin dans cette ville. Il appartenait à une famille de rab- 
bins très connus. Son père Moïse était grand rabbin du pays 
d'Anspach, son aïeul Saùl, de Pintschub en Pologne, et son bis- 
aïeul Moïse de Helma dans la même contrée. Ce dernier avait pour 
père Meyer, grand rabbin de la Lithuanie, fils lui-même de Saùl 
Wohl, nommé « Seigneur en Israël » qu'on prétend avoir été roi 
de Pologne pendant un jour. Saùl Wohl était fils du grand rabbin 
Jehouda Padoua, fils du célèbre Moïse Padoua. 

Notre Lazarus Moyses fut également la souche de plusieurs 
rabbins, son fils Hirsch lui succéda à Haguenau, une de ses filles 
fut la mère de Wolf Roos rabbin de Saverne et une autre la grand' 
mère du grand-rabbin actuel des Israélites de France, M. Isidor, 
qui porte le prénom de Lazare. Le nom patronymique de la fa- 
mille était Katzenellebogen 4 . 

Lazarus Moyses mourut en 1771 et eut pour successeur Jequel 
Gougenheim, ci-devant rabbin à Rixheim. Celui-ci eut pour des- 

1 Arch. de Hag., GG. 67. 
s Arch. de Hag., GG. 68. 

3 Ibid. 

4 Celte table généalogique se trouve sur un ouvrage de Hirsch Katzenellebogen 
que possède M. le grand-rabbin Isidor. 



230 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tinée de dire d'abord des prières pour le rétablissement de la santé 
du roi bien-aimé, Louis XV, et de voir fermer les portes de la 
synagogue, en 1794. Au mois de février de cette année, en effet, 
ordre fut donné de remettre les clefs de la synagogue aux auto- 
rités de la ville. Il fut défendu à Gougenheim de porter le nom 
de rabbin, et aux Israélites de se réunir pour prier. Gougenheim 
ne se laissa pas intimider par ces ordres : « Dussé-je mourir 
sur la brèche, disait-il, je n'aurai de repos que lorsque j'aurai 
mon temple ». Et il multiplia ses démarches auprès de ses core- 
ligionnaires, il leur communiqua si bien son ardeur qu'à la fête 
de Pàque les Israélites se réunissaient dans une usine appar- 
tenant à Samuel Ah et convertie en oratoire. C'est là qu'ils priè- 
rent, ayant, pour plus de sûreté, des sentinelles postées dans 
les rues avoisinantes. Le samedi, ils se promenaient dans la 
ville, avec leurs vêtements de la semaine, et, le jour de Kip- 
pour, ils se relayaient pour circuler toute la journée, vêtus d'une 
blouse et le fouet à la main. Pour ne point cesser d'allumer le 
vendredi la lampe du sabbat, tout en échappant à la surveillance 
exercée par des rondes de la police, ils trouvèrent le moyen de 
placer ces lampes dans leurs poêles de fonte où ils avaient la sa- 
tisfaction de les allumer. Cette situation dura près d'un an et 
demi et cessa seulement avec le décret du 21 février 1795, qui 
permettait de célébrer le culte public. Les Juifs ne rouvrirent 
leur synagogue qu'au mois de juillet, ainsi qu'il résulte des mé- 
moires du bedeau-fossoyeur de la communauté, Jonas Korb, et de 
la pièce suivante : 

Vu la pétition présentée à la municipalité de Haguenau par le 
citoyen Jacques Moch, au nom des citoyens de la religion hébraïque 
dudit lieu, aux fins qu'il lui soit donné la clef de la ci-devant syna- 
gogue, ensemble l'avis de ladite municipalité. 

Ouï le procureur syndic substitut, le directoire du district de Ha- 
guenau, délibérant en séance publique, et considérant que le bâti- 
ment servant au ci-devant culte hébraïque appartient aux citoyens 
de la religion israélitique (sic) qui demeurent à Haguenau ; que la 
loi n'a pas déclaré de pareilles édifices domaines nationaux, que ce 
bâtiment a été destiné à un culte religieux, et qu'il n'a été fermé que 
par une mesure de sûreté générale. 

Arrête d'accorder provisoirement au pétitionnaire le bâtiment dit 
la synagogue, servant ci-devant au culte hébraïque, à charge d'en- 
tretenir ledit bâtiment et de faire faire la soumission à la municipa- 
lité de Haguenau par le préposé dudit culte, de se soumettre aux 
lois de la république, et de se conformer en tous les autres points à 
la loi du 11 de ce mois. 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 231 

Copie sera donnée à la municipalité de llaguenau pour en con- 
naître. 

Haguenau, le 21 du mois de prairial de la 3 mo année de la Répu- 
blique française, une et indivisible. 

Signé : Veinum, Halles l . 

Nous arrêterons ici l'histoire de la communauté des Juifs de 
Haguenau ; la pousser plus loin serait entrer presque dans l'actua- 
lité et sortir du cadre des articles de cette Revue. Du jour où les 
Israélites devinrent citoyens français, leur histoire n'est plus que 
celle de leurs intérêts religieux. Plût à Dieu qu'elle n'eût jamais 
eu d'autre caractère ! 

ELIE SCHE1D. 
1 Livre de protocole des séances à la mairie. 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES SUR L'HISTOIRE DES JUIFS 



I. — Une accusation confondue. 

M. le chevalier abbé P. Perreau, bibliothécaire royal à Parme, 
dont on connaît les excellents travaux sur la littérature juive, a 
bien voulu nous communiquer un document intéressant qu'il a 
trouvé dans le ms. De Rossi n° 1289 (sur les prophètes) et qui 
est du xiv e ou du commencement du xv e siècle. Le document est 
d'une main postérieure au reste du ms. et écrit en caractères 
rabbiniques cursifs. Il a été mentionné par De Rossi, dans son 
catalogue, t. III, p. 137. On y verra, une fois de plus, une de ces 
accusations dites du sang démentie par les faits. Voici la trans- 
cription du document faite par M. Perreau : 

dnd^i dnds i^iû-nn 

ï-rnppd b© ^•ûn la -m nos b© ^ron ùt 'a ûT" 1 i"iïn ù-nïta 
■tiNwn t-inn ndd ibwrmBa "nata pp *i*a "rosa • • . . 1 anbta 
^pntt ii^nïi nnn nbtBEE aïm Mb nn^rr nd3> nsiû b^ rwn nu5N 
î-iban ûw 'a in '2 ieû /T3t-î pprr nDBSiû "nrw wn i-ma^tt 
'tsh a^TiîTïi ^d tntt&a "îiawn *pdn d^ara-nn d-mi-rrr by îb^n 
r^btt ©\s pprt a« i!QT!i i-n ^pnai i»i ïnnpb iis 'ttîi "wn inpb 
rrn ïmfiwa vba n»fin ta©» braittî-j ^&b &|£pi ïTnaa ^bn si*™ 
tp*nirîi ïtotd tcm lia ru* TODfi ^a nma nttta»n tPYiïWi d^a-« 
n^^y û"nai nb n»Kl in:* bOTarj dT.irin b* ,k n nb^mi imn^^ 
Tnai n»Ni *6 un a^Ymi-t by m d^ab nbttïïtn nd ib *p« ^dn 
■jeth ï-rt *pa w '^m 'wïi iiTNn f-nian viba ^no^ai fca^a 



NOTES ET MELANGES 233 

*73iD2 aTdn npo ^3ii to^afcttn aaïn n« to^aia biûTOîi h ftû'atta 
nïm^xi îMrram» r:r:- ba nnd ïttkïti 'irpia ïyikïi ba nanti 
rmtasa i««a qp^n ïiid* pn naawn» d^wn bd nbwaa d^d-> 
^•nDN a"*! 'a b-o mrva 'aa to^an nab d^aaii d^wn iddnai 
■orotn aratt» 'pn ûj'dt aita û^d û^ey:) iwi drrai STïrob a'^i 
■na noo^ai ■om disa 'n b« dr?bsnw la^îi ib^uma p"? û*watn 
b^bnn >« na^n to^anp ^ ir-ruran canna b"nbn ia^n nana^ tua 
ramp marstneKa wenrib ©pa» î-rn Tfcn ïsapïi na ^ r-n^na 
bwv:n aba dia nsJN na»n «b-Ya 'n -non ^bnbn nbYmYaa ïiaïi n^n 
fca^banta t»m tok anzn ittaa to^nm ba ï-raa r*<bn iam« sYanb 
da ^ na^ba a-ijaaa naiba» ïia "pa^m» ï-T2ï-ttD Twatti Tîamû nanna 
•ran rasa inaanan Tan aba wwa Yrn »ba>?aa îtm twi nanaa 
ûvnîD ma>ia 'nn naiû dYn ijrm Tiand nid^d 'n ba d'^bbsn'a na^n 
Tara bvanttîi b« d^oiann dYnmn nbu:-«u3 bidn^n ba Naarrnnfc and y*xn 
TNTa wi nnon mb* dna 'n dn^a wsoa dnanan ™a»a pi nanïaatt 
ira bma nsasa dan riT:? d^np m-ia rra nnarj n» 'n "ibYn dnp dan 
s*<n— tmm nnnttfi bdn rtnbn bdn r^nnrr dn^ri bd toa*sa d^d 
njsbtt rrn nn t-vune V'd nr 'n ton^ bd nnnnaaan nspna n^^ 
D2i mn dn^rn bma dan la^a^N ira narna b^atîib na^asb 'n nb^œ 
nwo n"ba 'a d-p ^^ ïia^aa^a na^an «b d^dnsnn ^d nn da ^nna 
ittiptttt 3>t ï^bi top Nb ris nnam ^ina n^rs n«3N "nsa n3>a toai 
nn^ob nr;na ntCN d^rn diasa^m aitan mnrr na^dbi ia 3>3^ T^)a 
r<bi Ninn dip?3d ip"«Tnrt mim Mbr7ab rsb* ^intan n^an nïa^art 
naTtrma top^nda to^ioaN !-radi M?2d iîtiki nm ia^' "i^inna ^da 
npa^ati toîi w toni nn^n ï-ido b^N bi^aa to^dbn^t i^n nt5N 
nmbsrTn lopîta to»m a«ïi tonn S-nbipa in^i dn bipd dbd 
Sn^ïiiD i^d i^add ûub n^n niïti moa^n bwN nn^ïi V 2 ifiifira^i 
rtfinn n^N Tnaa» d^?2 in^ai i^dn dT^ «bia 'n ^rm ^n nm^ha 
■»d iîn toirrava ^d nTrt taïawïn b^rain ~\ï>v- hn yn^n d3> bdb 
d^aro nbo la^i^na b©i:an tni i3>^d Nbn dmfnîi iN^n Nb b"n 
t^^-:3 ^d to-b n^artb naiaa»7a b^n^rr b^ dai ndiL337D^ ib-wab 

.nrian ^ida pprr 

Nous faisons suivre la traduction de la pièce : 

Écrit et transcrit à Brescello l . 

Aujourd'hui lundi, cinquième jour de la Pâque juive et neuvième 
de la pascua (pâque) des chrétiens, 4. . . (ici était probablement le mil- 
lésime devenu illisible), un jeune garçon chrétien disparut à Portioli, 
village qui est situé près de Viadana 2 , laquelle ville est ici en face, 

1 Ville située sur la rive droite du Pô ; anciennement Brixellum, Brixillum. L'iden- 
tification des localités a été faite par M. P. Perreau. 

2 Ou • placé sous le pouvoir de la ville de Viadana. » Viadana est sur la rive 



234 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sur l'autre rive du Pô, et qui est placé sous le gouvernement du sei- 
gneur marquis de Mantoue. Environ deux ou trois jours après la 
disparition de l'enfant, les Juifs demeurant dans le château de Via- 
dana furent accusés d'avoir enlevé ce garçon pour prendre son sang. 
Le père de l'enfant, homme plein d'astuce, alla, avec mépris et co- 
lère, auprès du gouverneur (du château ou de Viadana) et lui dit, 
avec fiôreté et arrogance, de mettre les Juifs en prison, parce qu'il 
avait perdu son fils et qu'il craignait que les Juifs ne l'eussent volé. 
Par la miséricorde de Dieu pour les Juifs, le gouverneur lui répondit 
en termes conciliants et lui dit en outre qu'il n'avait pas le droit de 
porter la main sur les Juifs si les paroles du père n'étaient pas con- 
firmées par des témoins et des preuves, à moins que ledit seigneur 
(de Mantoue) n'en donnât la permission. Pendant que le gouver- 
neur prolongeait les pourparlers avec le père et les calomniateurs 
des Juifs, le fait vint à la connaissance du seigneur (de Mantoue), 
qui écrivit au gouverneur de Viadana et lui ordonna de mettre en 
prison tous les Juifs de Viadana. Le gouverneur exécuta immédiate- 
ment cet ordre, les Juifs, excepté les femmes, furent pris à deux 
heures la nuit ! du 3 e jour, 4 2 avril, douzième jour du compte (de 
yOnter), et nous recevions sur leur sort tantôt de bonnes, tantôt de 
mauvaises nouvelles. Et nous, les membres de la communauté juive 
de Brescello, nous adressions des prières à Dieu dans le jeûne, dans 
les pleurs et le deuil, notre sort aussi était suspendu à un cheveu, 
car nous étions près du malheur, le père de l'enfant cherchait sans 
cesse à nous emprisonner par le moyen de ses parents demeurant à 
Brescello, et (nous étions perdus) sans la grâce de Dieu qui nous a 
préservés de la destruction et qui mit dans le cœur du gouverneur 
d'être bienveillant envers nous, de sorte qu'il ne prit point souci des 
murmures des hommes méchants qui nous calomniaient, car, sans 
cesse, le peuple d'ici nous accusait hautement, disant que nous aussi 
nous avions pris part à ce forfait. Nous vivions le cœur agité et 
1 ame triste et adressions sans cesse nos prières à Dieu, comme je 
l'ai dit. Enfin, le samedi, à deux heures du jour 2 , un écrit vint de 
Viadana au gouverneur (de Brescello), ordonnant d'envoyer les pri- 
sonniers juifs au gouverneur de Mantoue, ce qui fut fait. Ils furent 
conduits sur un bateau le dimanche, avant le jour. Ce jour, et déjà 
auparavant, Dieu agita le Pô d'un vent d'est violent et une grosse 
pluie tomba par intervalles tout ce jour et toute la nuit et tout le 
lendemain, et le vent garda sa force et sa violence tout le lundi jus- 
qu'à vingt-quatre heures. Ce fut là l'ange (ce vent fut l'ange) que 
Dieu fit marcher devant nous pour nous sauver de la main de nos 

gauche du Pô, en face de Brescello. Elle s'appelait autrefois Viadano. Cette ville est 
mentionnée dans le Emek Eabbahha ; voir la table de la traduction Wiener. 

1 Nous ne savons si l'auteur compte les heures à la manière juive ou à la ma- 
nière italienne. En supposant que ce soit à la manière juive, deux heures de la nuit 
correspondent à huit heures du soir. 

2 Huit heures du matin, à la manière juive. 



NOTES ET MELANGES 235 

ennemis. Ce fut un grand miracle ou plutôt un double miracle. Car 
les prisonniers n'étaient pas encore à Mantoue le mardi à la quin- 
zième heure 1 , et reniant chrétien, dont le corps gisait dans le Pô, 
n'avait pas bougé de sa place depuis qu'il s'y était noyé, et, à cause 
de ce veut bon et puissant et à cause de la crue des eaux par suite 
de la pluie, l'enfant noyé remonta à la surface, le vent le maintint 
en cet endroit et il ne quitta point sa place jusqu'à ce qu'il fut vu 
par beaucoup d'hommes honorables de Viadana qui étaient allés 
se promener sur le bord du fleuve. En voyant l'enfant, ils poussèrent 
tous de grands cris, et, à ce bruit, le père et la mère de l'enfant ac- 
coururent, le prirent et l'amenèrent à terre. Il portait encore ses vête- 
ments exactement comme il en était couvert avant sa mort. Béni 
soit Dieu qui a conservé sa grâce et sa foi à son peuple qui le 
sert et qui a montré au peuple de tout ce pays ce grand et mons- 
trueux mensonge. Ils ont vu de leurs yeux que, grâce à Dieu, les 
Juifs n'avaient point péché ni commis de crime. Le gouverneur de 
Viadana envoya des lettres à Brescello de Mantoue 2 et au gouver- 
neur de Mantoue, pour leur annoncer que l'enfant avait été trouvé 
noyé dans le fleuve. 

Il reste à déterminer la date de cet événement. 

Il eut lieu dans une année où le douzième jour de Y orner (ou 
27 nissan) tombait le 12 avril. 

En outre, ce jour là était un mardi. Les mots « dans la nuit du 
3° jour » de la semaine ne peuvent pas signifier lundi 12 avril et 
12 e jour de l'orner, car le 27 nissan ne tombe jamais un lundi, et, 
de plus, le 5 e jour de la Pâque juive de l'année cherchée (ou 
19 nissan) ayant été un lundi, le 2*7 nissan est un mardi. 

Or, si le 27 nissan de cette année a coïncidé avec le mardi 
12 avril, le 1 er jour de la Pâque juive a été le jeudi 31 mars, et le 
1 er jour de nissan le jeudi 17 mars. 

En examinant toutes les années juives de l'an 1200 à Tan 
1582 de l'ère chrétienne, on trouve que les seules années où le 
1 er nissan est tombé le jeudi 17 mars sont les années 1211, 1306, 
1390, 1485 et 1580. L'événement raconté ici a donc eu lieu une de 
ces cinq années, mais le document ne nous dit rien qui permette 
de choisir entre elles. Si le dalet de la seconde ligne représente 
4,000 et est le commencement du millésime, il en résulterait que 
l'événement aurait eu lieu avant l'an 5000 (c.-à-d. avant 1240) ; 
il faudrait donc 4e placer en 1211. 

Mais voici une difficulté. 

L'auteur de la notice dit (à la première ligne) que, dans l'année 



1 Neuf heures du matin, à la manière juive. 

a C'est-à-dire, sans doute, à Brescello du territoire de Mantoue. 



236 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

en question, le lundi 5 e jour de la Pâque juive correspondait au 
9° jour de (à partir de) la Pâque chrétienne, ce qui reviendrait à 
dire que, dans cette année, le dimanche 1 er jour delà Pâque chré- 
tienne était le 27 mars ou 11 nissan. Or, dans toutes les cinq an- 
nées ci-dessus le 1 er jour de la Pâque chrétienne tombe toujours le 
3 avril (juste une semaine après le 27 mars), et dans aucune des 
années (entre 1200 et 1582) où la Pâque chrétienne tombe le 27 mars 
(1239, 1250, 1323, 1334, 1345, 1407, 1418, 1429, 1440, 1502, 1513, 
1524) le 1 er nissan ne tombe au 17 mars (ou le 15 nissan au 
31 mars). Il faut donc admettre ou que l'auteur de la notice s'est 
trompé d'une semaine sur la date de la Pâque chrétienne en la 
plaçant au 27 mars an lieu du 3 avril, ou bien, ce qui est plus pro- 
bable, qu'il fait commencer la Pâque chrétienne au dimanche des 
Rameaux, c'est-à-dire au dimanche qui précède le dimanche de 
Pâque. 

A partir de 1583, on ne trouve pas non plus aucune année qui 
ait à la fois la Pâque chrétienne le 27 mars et la Pâque juive le 
31 mars. 

Les événements racontées par la notice se sont donc succédé 
comme suit : 

L'enfant a disparu le lundi 5 e jour de Péçah, 2 ô jour de la 
Pâque chrétienne, 4 avril. 

Les Juifs de Viadana ont été emprisonnés la nuit du mardi 
12 avril. 

Le dimanche suivant, 17 avril, ils furent embarqués pour être 
transportés à Mantoue. Ils n'arrivèrent à Mantoue que le mardi 
19 avril. Pendant leur voyage, le corps de l'enfant fut découvert et 
leur innocence prouvée. 



II . — Les exilés d'Espagne en France. 

En écrivant notre article sur Un convoi d'exilés d'Espagne à 
Marseille en 1492 % nous ne nous étions pas souvenu d'un pas- 
sage de YEmeh ffabbakha (Vallée des Pleurs) où l'auteur raconte 2 
qu'en cette même année 1492, un certain nombre de Juifs espa- 
gnols « vinrent par mer en Provence et s'établirent ensuite à 
Avignon ; » entre autres des parents de l'auteur même de la Vallée 
des Pleurs. Aucun des noms mentionnés dans ce passage de la 
Vallée des Pleurs ne se retrouve dans le document que nous 



» Bévue, t. IX, p. GG. 
s Page 86. 



NOTES ET MELANGES 23" 

avons publié, le convoi dont parle Josef Haccohen n'est donc pas 
le môme que celui dont nous avons retrouvé les traces, mais les 
documents publics par nous permettent au moins de mieux lire un 
des noms propres rapportés par Josef Haccohen, c'est celui de 
"OTmiK. M. Wiener, dans sa traduction allemande l , a transcrit 
ce nom par Orazetta, dont son traducteur français a fait Oracetta -. 
Les pièces que nous avons publiées montrent clairement qu'il faut 
lire Oro Seti (ou Ceti), ou, en un seul mot, Oroceti 3 . Dans le même 
passage de Josef Haccohen, il ne faut pas transcrire ïTroa par 
Myrrha, comme le font les traductions allemande et française, 
mais par Mira. 

A cette même page de la Revue nous avions omis de faire re- 
marquer que les deux noms de Sury (n os 57 et 75), évidemment 
identiques, sont écrits, dans l'original, une fois Sury et une fois 
Fury, probablement par inadvertance. 

III. — Le Juif Prisais. 

Tout le monde connaît le Juif Priscus, de Paris, qui était à la 
cour du roi Chilpéric et avec qui celui-ci entama un jour, en pré- 
sence de Grégoire de Tours, une singulière controverse théologi- 
que. Dans un ouvrage du Vicomte Ponton d'Amécourt intitulé : 
Description raisonnée des monnaies mérovingiennes de Chalon- 
sur-Saône, Paris 1874, il est question d'un monétaire nommé 
Priscus, qui fut en fonctions à Chalon-sur-Saône vers 555 et que 
l'auteur suppose être le Juif Priscus (p. 92-95). Le Juif Priscus fut 
tué en 582, il pouvait donc fort bien, en 555, être à Châlon. 
Priscus aurait passé de Châlon à Paris, parce que le roi Clotaire, 
prédécesseur de Chilpéric, avait régné sur la Bourgogne. Phatir, 
le juif baptisé qui fit assassiner Priscus, était aussi, au dire de 
Grégoire de Tours, venu de Bourgogne à Paris. C'est en com- 
pagnie d'un autre monétaire, Domnolus, que Priscus frappa ses 
monnaies (p. 14-15), lesquelles portent pour légende : « Priscus et 
Domnolus. » La seule objection qu'on puisse faire à cette identifi- 
cation, c'est qu'à la même époque il y avait à Lyon un évêque 
nommé également Priscus, qui pourrait être à la rigueur l'asso- 
cié de Domnolus. Parmi les autres monétaires de l'époque, le 
Vie. P. d'A. trouve des noms qu'il croit également désigner des 
Juifs (dans son Essai sur les Monnaies mérovingiennes, Paris 

1 Page 68. 

* Vallée des Pleurs, Paris, 1881, p. 101. 

3 Voir notre article, p. 70, n oS 21, 53, 94. 



238 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1864) : Jacotus, à Orléans, p. 51 ; Iacote, à Chalon-sur-Saône, 
p. 68 et 189; Iuse, p. 15 ; Iuse, à Mâcon, p. 112; Ose, à Saint- 
Lizier (Ariège), p. 83 ; Ioce, p. 184. 



IV. — Deux livres de commerce du commencement 
du xiv c siècle. 

Nous donnons ici une toute petite addition aux articles que nous 
avons publiés sous ce titre dans les tomes VIII et IX de la Revue. 
Elle se rapporte au mot NpnamtûN (t. IX, p. 191), que nous n'avons 
pas pu identifier. M. E. Ouverleaux, notre excellent collabora- 
teur, nous suggère une explication très plausible. Il faudrait lire 
apiN'H'iiitf et y voir le mot archidiacre. Il faut donc transcrire 
asdiarche, pour asdiacre ou mieux assediacre. On trouvera le 
mot archidiacre sous cette dernière forme et sous des formes 
analogues dans le Dictionn. de La Curne de Sainte-Palaye, au mot 
archediakene. Les mots ï-p'}tiiairj yn NpiN'niDK fibà iiîcûin du f° 60 a 
de notre ms. II doivent donc se traduire (contrairement à ce que 
nous avons dit au tome IX, page 191, ligne 9 en bas) par : Eûtes, 
prêtre archidiacre du Bassigny. Il y avait, dans le diocèse de 
Langres, un archidiaconé de Bassigny, comprenant une partie du 
pays du Bassigny. Au tome VIII, page 114, ligne 12, il faut donc 
aussi changer ïr'^n en i-p'ajpûîs et transcrire par le Bassigny. 
L'article rt se trouve dans le ms., nous l'avions omis à tort. 

Sur le mot Cambron (t. VIII, p. 184, 1. 12), M. Ouverleaux nous 
fait remarquer qu'il n'y avait pas de prieuré de Cambron à Mons, 
mais une simple chapelle en l'honneur de Notre-Dame de Cam- 
bron. Il y avait une abbaye de Cambron près d'Ath. 

Ajoutons la rectification de quelques fautes d'impression du 
tome IX. Page 25, 1. 42, lire Abot non Odot ; page 26, en bas, 
lire m^s-p non ^rnap ; p. 205, 1. 8, mettre une virgule entre Ri- 
char t et Saint-Maurice = Richart, jour de la Saint-Maurice ; 
ibid., ligne 13, lire 74 au lieu de 73 ; p. 207, 1. 8, probablement 
raina non çna. 

Nous avons dit (tome VIII, p. 162) que nos deux manuscrits 
avaient probablement été confisqués après l'expulsion des Juifs 
du comté en 1321. Cette hypothèse est confirmée par la découverte 
que nous avons faite de deux membres de la famille d'Hélie de- 
meurant en Savoie en 1323. Dans le travail concernant les Juifs 
de Savoie que nous publions dans ce numéro de la Revue, nous 
trouvons, en effet, en cette année 1323, Vivant de Vesos (Vesoul) 
et Agm, son gendre, établis en Savoie. Or, nos manuscrits font 



NOTES ET MÉLANGES 239 

jouer un rôle important à Vivant de Vesoul, et, de plus, l'auteur 
des mss. parle de « llaquinet, mon gendre » (t. VIII, p. 169 et 167). 
J,es deux personnages retrouvés en Savoie sont donc bien Vivant 
et Haquinet de Vesoul et, de plus, « llaquinet mon gendre » étant 
le gendre de Vivant, notre hypothèse que Vivant est l'auteur des 
mss. se trouve également confirmée. On voit aussi, par la pré- 
sence de ces deux personnes en Savoie en 1323, que les Juifs du 
comté ont réellement été expulsés en 1321 et se sont dispersés. La 
seule objection qu'on puisse faire à ces diverses suppositions, c'est 
que Agin parait représenter le nom de Hayyim, tandis que Hac- 
quinet représente Isaac, Isaquet, mais on n'y regardait peut-être 
pas toujours de si près. 



V. — Deux documents sur les Juifs du Graisivaudan. 

A l'occasion de l'excellent travail que M. Prudhomme a publié 
dans le précédent volume de la Revue sur les Juifs du Dau- 
phiné, nous croyons intéressant de reproduire ici deux pièces 
relatives à l'histoire des Juifs de cette contrée. Elles ont déjà été 
publiées, mais imparfaitement, dans le Bulletin de la Société de 
statistique, des sciences naturelles et des arts industriels du 
département de Vlsère, 3 e série, tome VI, Montbéliard, 1874, 
p. 116 (pièce XXXIV), et p. 245 (pièce LXXXIV). 

La première est une pièce hébraïque où se sont glissées, dans la 
reproduction du Bulletin, des fautes de lecture, d'impression et de 
traduction. Nous en donnons ici une transcription plus correcte, 
d'après une photographie que M. l'abbé Ulysse Chevalier, le sa- 
vant éditeur du Bulletin d'Histoire ecclésiastique et d'archéologie 
religieuse des diocèses de Valence, Digne, Gap, Grenoble et Vi- 
viers, a eu la bonté de nous communiquer. Nous lui en adressons 
tous nos remerciments. 

irnp m?-p nKïï Ês'i'Thnwn nm ims -naa irnan "nm nbN 
rrwE 'i iîidtoi tbwn n"a a^n *tnïï S ttfcn •j&naawa'nii vdw 
*yqr nnis 1X12 zxpyi Ynn irrba 'm "ma 1&2 bçoça n"na tam 
û\N;nn un fibai fipmnw tpzft ïïiuxs "jvt n&Mtt ^3 nn 
n«ffi ta* TttJtta tnn- rhy bap"n 't;î-î wba Yn t^ta-» i-ibnna 
wnïi ^:;^i b"r- io^d tmn y\r\ ta^nviaii muipaï J-nbMpn 
■pn'aMtcna i»iw ■»«»« -iNca cansai bban -neraai r-nttbiaa 
s-iara t^-iï-sn fata eaTitw Vfr iwN ta'nman ^sb "nati) ^ba 
172 r;:p tcn cr7:n b^ *ib a^WQSi ain- ^012 imb mbïipîi bba 
ba -nriN "rmanab naia *p b* tpT 'wr: oa?:n ^0721 i-r^'ps-nab 



2i0 REVUE DES ETUDES JUIVES 

nbtatttt» y-iri nia in qaa ï-îtd -jo ib ©* uni a^ma a^an&t maa 
ïwstoi tmiinn b« t^inn p*n shTr 'mn 'i*p 'pabin imvik 
•j-i^t tmaasn "pbr virai maaa r-nbnpn ta* ] ba:)a an ai t^inn 
bnp nn?tt ûa a-p'ta isana ann I-Ta N n m 'ni 'rati spata anans»' 
bbaa n^tD^n "no«i nvwn maaDnn ba 'îdh irrbN n vb* 
■p'nawan} mbnp bba b* m^don rrmyb annaan natta praaNian:» 
îi-nba n anai aaoïwn "p 1 ^ nï ban a^raaa pia> aiia nana»ï «buji 
iinrr tain' 1 pabin îaa^N muîD ^aa ^«l'aawD'na mbnp aa> 'îsïi 
vian ynan m»*?! "pistb n3HDa»ni2)i nvw?i mwMi v^ nttï3»an 
mpï nm dibtaantt ipbn p-j'aaattana. mbnp aa> 'ïan in^bN n anai 
maas narcn 'pnn ba> ianab n"p nara nos "i* 'Tjtt mbnpn ba> 
launna un tn?ûN aa>n naïas amnan nawnnb imiaourb *p nban 
'ttn wbN n anai ta^aan ni^Ntan» na^i aiu: 'paawans mbnp 
bap î-ïb«n u^inïi n&n tamia nia* inwa nnN nis mbnpn a* 
dnsptta **bi abiaa ab ana iwai tfbtai aftupb 'wn "lïTb» 'n vb* 
li-pbN n pai pjaaiwans. mbnp pa innrcanni i3aa niaa^ia nai 
t]bNb ÏÏ5U31 natta nara piaan ma umnb nana iara ût> arn 'ratt 
snnatDN !-na>b dîwa j-pïw ïa»*jb na 1731a in»nm innra niiiian 

. npïa^a^ rpaja 
s-naai î-nmn ba> 2 n iaa>aiaa *paaNu:na nna s-raa ^mn lana^ 
lin ï-6a>:n im no 11 Taaa b^b ainan ba taupb m ainato 
laana ni:na ^nab tzi^nna înnttjy o^pa t-rpttîNis^ Ej^^tt 5int:uJN 
isana ï-t^^nb nim^n tiuî 'pa J-i^ïin i3>^bi ,fc nrj 'i^ ^abin 
ï-7"as5n tzirtnaN n"a î-t\d72 b^b aman tzii^ïi ïia i^u: lasanm 
i"a i"^ bwna n"a ts^n nu:^ t B nD pn^ tabi\a^ n"a aa^n n^N^D 

, 3 ynNa 
ba ta^pb tia aina^a rt^ai sninn hy ^n^aizjj in^^ ainn ^n as 
rïpttaism rpitt ^m'j^N iii Hbym im na^ nïîNa b^b aman 
n^nn "jy^bi iiin di^ "pab^n imiis n^na 3>nab a^nna nnuj^ D5pa 
aman tavn ï-ia 173125 manm mana rr"«ib mn^fi mu? pa 

.b^b 

Traduction. — Voici la teneur de la convention intervenue entre 
les élus des communautés établies dans le Graisivaudan, savoir 
R. Méir Hayyim fils de R. Meschullam et son second, R. Moïse 
Hayyim fils de R. Netanel, d'une part, et R. Elie fils de R. Jacob, 
d'autre part, d'après ce qu'a décidé entre eux l'honoré Don Astrug 
Macip 4 de Manosque, et en voici les articles : 

1 Est-ce que ce mot signifierait la taille ? 

2 Le n est exponctué. 

3 L'abréviation V"iND **"> '•"lia paraît être quelque chose comme VIS 11 ! n^n" 1 ^ 

•paa na-r a a. 

4 Ce nom, qui est fréquent dans ces régions, vient du latin mancipium ; il ne doit 
donc pas être transcrit par Massif 'avec f. 



NOTES ET MÉLANGES 24t 

Premièrement, ledit R. Elie viendra et demandera le hérem en as- 
semblée publique avec les autres communautés, à la réquisition des 
députés, au mois de nissan prochain et fera son manifeste complet 
et formel, en total et en détail, comme tous les autres Juifs rési- 
dant au Graisivaudan, sans aucune différence, devant les élus qui 
seront députés à cette époque par l'ensemble des communautés, il 
exceptera (de ce manifeste) la créance qu'il a sur le péage (o^tt) qu'il 
a acheté de (la ville de) Latronchie * ; cependant sur le total de ce 
péage il ajoutera à ses autres sommes (de son manifeste), après tous 
les retranchements (prévus par le statut des manifestes), la somme 
de quarante florins. Et s'il possède quelque chose en argent ou en 
équivalent en dehors des terres de notre seigneur le Dauphin, il le 
fera connaître aux élus et il en payera, pour l'impôt payé par les 
communautés, autant que le décideront les honorés Don Astrug Macip 
susdit et R. Hayya fils de R. Hayyim, habitant de Serre 2 . En outre, 
dès aujourd'hui, ledit R. Elie s'est engagé à observer tous les statuts 3 
passés et à venir faits pour la communauté du Graisivaudan par les 
hommes députés pour rédiger ces statuts concernant toutes les com- 
munautés du Graisivaudan, et de n'élever contre ces statuts aucune 
réclamation. Et de cette manière convenue ledit R. Elie payera, avec 
les communautés du Graisivaudan, sa part du total de la composi- 
tion faite autrefois avec notre seigneur le Dauphin et des dépenses 
faites ou à venir pour les besoins du pays. En outre payera ledit 
R. Elie, avec les communautés du Graisivaudan, sa part des impôts 
qui seront frappés sur lesdites communautés jusqu'à la Pâque juive 
de l'an 108 (1348), de la manière susdite et en proportion du total de 
ses sommes (total de son manifeste), selon les statuts des élus, 
comme les autres Juifs. Mais, si les communautés du Graisivaudan 
doivent quelque chose du reliquat des (anciens) impôts, ledit R. Elie 
payera, avec les communautés, un florin sur vingt-et-un florins (de 
sa fortune). Ces articles ont été acceptés par ledit R. Elie, qui s'est 
engagé à les observer et à ne pas y contrevenir ni en totalité ni en 
partie. Fait devant moi et arbitré par moi entre les communautés du 
Graisivaudan et entre ledit R. Elie, aujourd'hui lundi, 6 adar I er , an 
51 06 k ; je l'ai écrit et j'ai signé de mon nom ici afin que cette pièce 
serve de preuve entre eux. Astorug Macip de Manosque. 

Nous soussignés, députés du Graisivaudan, nous jurons par la 
tora (Pentateuque) et par ce qui y est écrit d'observer tout ce qui 
est écrit ci-dessus, comme l'a dit et ordonné l'honoré Don Astrug 
Macip de Manosque, sous peine d'une amende de dix florins pour la 
cour de notre seigneur le Dauphin, et, afin que ce soit une preuve 
pour les deux parties, nous avons écrit et signé nos noms ici à la 

1 Aujourd'hui La Tronche, département de FIsère, arrondissement de Grenoble. 
* Probablement Serres, département des Hautes-Alpes, arrondissement de Gap. 

3 C'est ainsi que se traduit aussi, à Avignon et à Garpentras, le mot m^^OÎT 
« escamot ». 

4 Cette date correspond au 30 janvier 134G. 

T. X, n° 19-20. 10 



242 REVUE DES ETUDES JUIVES 

date ci-dessus : Moïse fils de feu R. Abraham; Méir Hayyim fils de 
R. Meschullam Isaac ; Moïse Hayyim fils de R. Netanel. 

Et moi aussi soussigné, j'ai juré sur la tora et sur ce qui y est écrit 
d'observer tout ce qui est écrit ci-dessus, comme l'a dit et ordonné 
l'honoré Don Astrug Macip de Manosque, sous peine d'une amende 
de dix florins à payer à la cour de notre seigneur le Dauphin, et, 
afin que ce soit une preuve entre les deux parties, j'ai écrit et signé 
mon nom ici à la date ci-dessus. (Ici devait être probablement la 
signature de R. Elie.) 

Si l'on veut bien se reporter aux Statuts des Juifs d'Avignon que 
nous avons publiés dans la première année de l'Annuaire, tout ce 
morceau deviendra clair 1 . 

Les Juifs du Graisivaudan, comme ceux d'Avignon et de Car- 
pentras, payaient, pour les besoins des communautés, un impôt 
proportionnel à leur fortune. Ils faisaient la déclaration de cette 
fortune dans des pièces écrites appelées manifestes, portant le dé- 
tail et le total de leur avoir, et cette déclaration était garantie par 
un serment fait en assemblée publique, ordinairement dans la syna- 
gogue, avec une formule d'excommunication contre les fraudeurs. 
Le R. Elie dont il est question dans le document ci-dessus avait 
sans doute voulu, comme il arrivait quelquefois, se soustraire aux 
obligations communes, soit qu'il se crût assez puissant pour le 
faire, soit qu'il eût quelque motif sérieux pour réclamer un dégrè- 
vement d'impôt. Un arbitrage fut fait entre lui et la communauté 
du Graisivaudan par les députés (administrateurs) de la commu- 
nauté (ou des députés choisis pour ce cas particulier). Il fut con- 
venu que R. Elie entendrait, comme tous les autres Juifs, l'ex- 
communication (hérem) qui précède la déclaration du manifeste 2 , 
et qu'il ferait son manifeste détaillé et complet, avec le total, de- 
vant les députés chargés de recueillir et dépouiller les manifestes. 
On lui permettait néanmoins de ne pas inscrire dans le manifeste 
(ne pas compter à l'actif de sa fortune), outre les sommes que le 
règlement général des manifestes permettait de retrancher de 
l'actif, une créance (probablement plutôt nominale que réelle) qu'il 
avait sur les recettes de la ville de Latronche, sauf à compter 
néanmoins cette créance pour une somme de 40 florins à ajouter 
aux autres sommes portées sur son manifeste. Le reste de la pièce 
ne demande point d'explication. 

Le second document dont nous avons parlé est la liste d'un in- 
ventaire de livres hébreux saisis à Chabeuil, « occasione pedagii 

1 Voir principalement la page 180 et p 4 26 et suivantes. 

2 ïrpmH est évidemment la traduction hébraïque de ce mot. 



NOTES ET MÉLANGES 243 

loci de et pro dictis libris fracti. » Ce sont principalement des 
livres de prières écrits en caractères carrés (scriptus in forma) ou 
en écriture courante : « unus liber de Nyda (traité talmudique de 
Nidda), unus liber mandamentorum seu preceptorum legis {sêfer 
ha-miçvot), unus liber de Nydas (Nidda) et de Javaumos (Jebamot), 
unus liber questionum de Bavacama (Baba Kamma), unus liber 
de Ravel allés (Rai) el Alfasif\ et de Sevezerin (lisez Senezerin 
= Sanhédrin) unus liber orationum de Turobos (proba- 
blement Kurobot ou Krobot = Kerobot) qui dicitur in diebus 
festivis; unus liber parvus preceptorum Legis (sêfer miçvot lia- 
ton), . . . unus liber Boa'no Messiana (Baba Mecid). » Puis sont cités 
les livres de « Quedussim, Quessubos, Midos (Middot), Hulyn, 
unus liber de Bona Bassera (lisez Bava Bassera == Baba Batrd), 
Naziro (Nazir), Ervyn (Erubin), Mordaquin (le Mordekhaï), Sabas 
(Sabbat), Pissasem (Pessaliim) ; liber de Rafel de Bavos », « liber 
de Saurin, de Diva » [Rab Alfass 1 Schaaré de Durai), Mordequin 
tort (cort.) = Kiççitr Mordekhaï. 

VI. — Trois pièces en judéo-espagnol écrites en Espagne. 

M. Francisco Fernandez y Gonzalez, que les historiens juifs 
connaissent depuis longtemps pour sa vaste érudition et pour le 
travail si intéressant qu'il a publié récemment sur l'histoire légale 
des Juifs d'Espagne *, a eu la bonne fortune de publier trois do- 
cuments qui, autant que je sache, sont uniques dans leur genre •. 
Ce sont trois pièces en judéo-espagnol écrites en caractères cur- 
sifs et provenant, non pas de Juifs exilés d'Espagne, mais de 
Juifs demeurant en Espagne. L'écriture contient, en germe, la sin- 
gulière écriture cursive adoptée aujourd'hui par les Juifs de Tur- 
quie, mais elle est plus belle, plus rapprochée du type Raschi, et 
plus facile à lire, malgré les nombreuses ligatures qui la rendent 
encore assez difficile à déchiffrer. M. F. Fernandez y Gonzalez en 
a donné une transcription espagnole qui fait honneur à sa science 
et à sa sagacité. 

Les trois pièces contiennent quatre lettres, plus, après la qua- 
trième lettre, une addition dont il sera question plus loin. Ces 
lettres n'ont pas grand intérêt par elles-mêmes, ce sont des lettres 
d'affaires, se rapportant principalement à des opérations commer- 

1 Instituciones juridicas delpueblo de 'Israël en los différentes estados de la peninsula 
ibcrica, Madrid, 1881. Nous espérons que la suite de ce travail sera bientôt publiée. 

2 Dans le Boletin de la lieal Academia de la historia> de Madrid, tome V, fasc. v, 
p. 299 ; Madrid, 1884. 



244 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ciales. Elles ont surtout une grande valeur paléographique. Les 
lettres n os 1 et 2 sont écrites par un nommé Josef del Corral 
bamp à son frère; le n° 3, par Juda Bahur, également à son frère; 
le n° 4, encore par Josef del Corral à son frère, avec une addi- 
tion contenant ces mots : irr'nbiH 'a tp-p 'n ■»*! i r : « Ecriture de 
R. Josef fils de Çaldia, » suivant la lecture de M. Francisco y 
Gonzalez, ou, si nous ne nous trompons, îrwiJO tpv *i T : « Ecri- 
ture de Josef Saadiah. » Josef del Corral mentionnne, dans ses 
lettres, ses frères Moïse et Simon. Dans deux lettres il s'excuse < 
de n'en pas écrire plus long, parce qu'il est nnta m*, ce qui ne veut 
pas dire « le soir du samedi, » mais « la veille du samedi. » 

Rien n'indique la date des lettres ni le lieu où elles ont été 
écrites. Se fondant sur ce que, dans l'une d'elles, il semble être 
question de droits de douane à payer, sur ce que les trois pièces 
ont été trouvées à La Guardia, et qu'enfin un des personnages 
nommés porte le nom de Çaldia, ce qui paraît être Saldias, à huit 
lieues de Pampelune, M. Fr. F. y G. suppose que les deux premières 
lettres ont été écrites à Saldias ou dans le voisinage, en Castille, 
et envoyées à La Guardia, en Navarre. La troisième lettre serait 
venue de La Guardia à Saldias. Le papier porte le filigrane 
qu'on trouve souvent dans le papier du temps de Ferdinand le 
Catholique, et comme une des lettres parle de la paix qui s'établit 
en Castille, il se peut que ce soit une allusion à la paix conclue 
par Ferdinand le Catholique avec sa sœur Doua Catalina avant de 
partir pour la guerre contre les Maures. Ces conjectures ingé- 
nieuses permettent donc de fixer le lieu d'origine et la date de 
nos pièces. Elles seraient antérieures de peu à l'expulsion des 
Juifs d'Espagne 1 . 



VII. — La synagogue de Cor doue. 

Nous avons déjà parlé, dans la chronique du n° 17 (t. IX, p. 15*7), 
de la belle synagogue découverte à Cordoue sous les constructions 

1 Nous signalons ici quelques corrections ou additions à faire au texte publié par 
M. Fr. F. y G.: 

L'abréviation ^f\ appliquée aux amis de Joseph Corral, signifie 'fl "ïïVlM" 1 , « que 
Dieu le garde »; appliquée au prince (n°l), elle signifie probablement Ynïl DIT» 
« que sa gloire grandisse ». — Ti"n ne signifie sûrement pas 'J-; rHT3>!3 « avec le 
secours de Dieu », mais plutôt ÛlUlt "p-H « loué soit Dieu ». — n"£i doit se lire 
"lbiSlin VT1SÏ "lîTWflffii, « le garde son créateur et son libérateur ».— Le commence- 
ment du n° 2 doit se lire i"j"i ^lï)D33 T^N .^HIS « mon frère que je porte dans mon 
âme, que Dieu le garde ». — ?t"3>2 est bien "ri rHÏ3*3. — Dans le n° 3, l r0 ligne, 
il faut lire : . . .ip b"ti5 YOfcNZ), « sabed, btfb J"UU) (louange à Dieu), que. . . » — 
A la fin du n° 3, lire "pria pm^ -piriD. 



NOTES ET MÉLANGES 2/jo 

modernes de l'église de Santa-Quiteria. M. Rafaël Romero y 
Barros en a donné une description où l'on reconnaît l'œil et la 
science de l'artiste et de l'archéologue l . Nous renvoyons à cet 
excellent travail les lecteurs qui voudront connaître cette œuvre 
remarquable d'architecture. Elle nous intéresse principalement ici 
par son histoire et par les inscriptions qu'elle porte. Notre savant 
ami M.Fidel Fita a étudié l'une et les autres 2 avec la science 
profonde qu'il possède des antiquités de l'Espagne et des anti- 
quités juives en particulier. Où il a passé, il n'y a qu'à le suivre. 

Cordoue fut conquise parle roi Don Fernand en 1235-1236. Im- 
médiatement les Juifs de cette ville furent soumis au régime des 
lois canoniques. Dès 1239, une bulle de Grégoire IX, découverte 
par M. Fita (p. 364), ordonne que les Juifs de Cordoue portent un 
signe qui les distingue des chrétiens. Une bulle d'Innocent IV 
(p. 364, éditée pour la première fois), datée de Lyon, 13 avril 
1250, et adressée à l'évêque de Cordoue, renouvelle cette mesure; 
une autre, du même pape, datée de Lyon, 27 avril 1250, impose 
aux Juifs de Cordoue le payement de la dîme ecclésiastique; enfin, 
une troisième bulle (p. 365, éditée pour la première fois), encore 
de Lyon, 13 avril 1250, est relative à la synagogue de Cordoue. Le 
pape a appris que les Juifs de cette ville ont élevé témérairement 
une synagogue d'une hauteur superflue, au grand scandale des 
chrétiens et au détriment de l'église de Cordoue ; il ordonne à 
l'évêque de remplir, à ce sujet, son devoir. Ce devoir est évidem- 
ment, comme le prouve fort bien M. F. F., non pas de détruire la 
synagogue, mais de la réduire à des proportions plus modestes. 
Cette synagogue de 1250, nous le verrons tout à l'heure, n'est pas 
celle que l'on vient de découvrir. 

Voici quelques autres faits relatifs aux Juifs de Cordoue, et dé- 
couverts ou rapportés par M. F. Fita. 

Burgos, 12 juillet 1241. Don Fernand assigne, dans le voisinage 
de la cathédrale de Cordoue, la place de la juiverie. 

Par un acte du 28 mars 1254, Alphonse Le Sage règle la dîme 
ecclésiastique qu'auront à payer les Juifs de Cordoue pour leurs 
maisons. 

7 avril 1260. Un Juif appelé Don Abraham el afayate (le tailleur) 
achète une maison dans la paroisse de Sainte-Marie. 

12 juillet 1260. Acte relatif à des travaux de constructions com- 
mandés par le doyen et le chapitre de Sainte-Marie et devant être 



1 Bolctin de la Real Academia de la Bistoria, tome V, fasc. iv, p. 234 ; Madrid, 
1884. 

2 Boletin, tome V, fasc. vi, p. 361 ; Madrid, 1884. 



246 REVUE DES ETUDES JUIVES 

(exécutés par un chrétien ayant pour associé Don Çag Abenbilaam 

15 novembre 1262. Acte d'une vente faite à des chrétiens par 
Don Çague aben Sancho et sa femme Dona Paloma ; témoin, 
Abrahem fils de Yuçaf Azedo. 

Séville, 17 décembre 1263. Le roi Alphonse ordonne que les 
Juifs (entre autres) contribueront pour 100 maravédis à la répa- 
ration des canaux construits par les Maures, qui amènent l'eau 
à Cordoue et qui sont l'ornement de la ville. 

18 mai 1276. Don Mossé Dargot « en Malburget » vend une 
boutique ayant pour limites sa propre maison et une maison de 
Don Mossé Aben Baron, et d'un autre côté, le cal del Rey qui entre 
dans la juiverie. 

13 nov. 1286. Abrahem aben Bivan (l^Ta "ptf) et sa femme 
Ceti vendent une maison sise dans la paroisse de Sainte-Marie, 
près de la porte de la juiverie, limitée, entre autres, par la maison 
de Mossé Dargote. 

23 oct. 1293. Procès relatif à une maison dont la propriété est 
contestée par une femme chrétienne à Don Abran, neveu de Dios 
Ayuda ». 

Ce dernier représente, au procès, Don Ayuda fils de Don Faté. 

Cacerès, 16 mars 1470. Le roi Ferdinand-le-Catholique refuse 
de sanctionner une mesure du corrégidor de Cordoue ordonnant 
aux Juifs de quitter leur ancien quartier et de s'établir dans le 
vieil Alcazar. Cet ordre du roi fut présenté le 23 mars au cha- 
pitre municipal de Cordoue par Mossen Barchillo, Juif, au nom de 
la Communauté des Juifs. 

Venons-en à la synagogue décrite par M. F. F. Elle est de style 
arabe, avec fayences coloriées et ornées d'inscriptions, et avec 
de beaux arcs, quelques-uns en ogive 2 . 

Le sanctuaire où se gardent les livres de la Loi est à l'Est ; 
la porte d'entrée n'est pas en face, à l'Ouest, mais au Sud, où elle 
s'ouvrait sur la rue des Juifs. La même disposition se rencontre à 
l'église del Transito (l'ancienne synagogue de Samuel Hallévi) de 
Tolède. Sur chacune des faces du Nord et du Sud se trouvent deux 
groupes d'inscriptions hébraïques, un groupe supérieur et un 
groupe inférieur ; un autre groupe se trouve sur un côté du mur 
do l'Est. Ces inscriptions sont des centons de la Bible, toutes 
empruntées, sauf une seule, aux Psaumes. M. F. F. les a très 

1 Probablement ïl^-iTs*', comme le conjecture M. F. F. 

2 Voir le dessin d'un fragment de l'écriture et de l'ornementation dans Bolctin, 
tome V, fasc. iv, p. 202 ; Madrid, 1884, 



NOTES ET MÉLANGES 2-Ï7 

habilement restituées, malgré leur état fragmentaire. Dans la 
belle ornementation du mur de l'Ouest se trouvent des inscrip- 
tions coufiques ayant pour motif les mots arabes ï-ibs *]btob îrb 
(cf. Ps. xxn, 29). 

L'inscription la plus précieuse se trouve d'un côté du mur de 
l'Est. Elle est en beaux caractères carrés et se compose de deux 
distiques dont on reconnaîtra facilement la mesure dans la trans- 
cription suivante : 

Ce qui veut dire : 

Petit sanctuaire et demeure du témoignage, qu'a édifié 
Isaac Mehab, fils du puissant Ephraïm ; 
Construit l'an soixante-quinze; [il est] fils de l'heure; 
Viens, ô Dieu! et hâte-toi de reconstruire Jérusalem. 

La prononciation de arp? est sûre, elle est garantie par la mesure. 
M. F. F. croit que c'est un nom arabe, synonyme de l'hébreu 

On remarquera que le second vers rime avec le quatrième. 

La date de la construction est donnée : c'est l'an 5075 (1315). 

Les mots « fils de l'heure » indiquent que ce temple est considéré 
comme provisoire, attendu qu'il doit disparaître le jour où Dieu, 
comme le souhaite la fin de l'inscription, reconstruira Jérusalem 
et restaurera le temple de la Ville sainte, qui rendra inutiles et su- 
perflues toutes les synagogues . 

Lorsque les Juifs furent chassés d'Espagne en 1492, on ne leur 
permit pas de vendre leurs synagogues, elles furent confisquées et 
partout converties en églises. Celle de Cordoue, recouverte en 
partie par des additions que M. F. F. ne croit pas antérieures à 
1794, appartient aujourd'hui et appartenait déjà en 1722 (et sans 
doute antérieurement) à la confrérie des cordonniers et est placée 
sous l'invocation de Saint-Crispin. M. F. Fita et deux de ses 
amis ont signé une requête adressée à l'Académie royale et dans 
laquelle ils expriment le vœu que ce bel édifice, « construit avec 
toute la fraîcheur et la beauté du sentiment religieux, » et remar- 
quable par son style mudejar naissant, « modèle du style fleuri et 
somptueux qui s'épanouit dans la célèbre synagogue de Tolède », 
soit déclaré monument national ! 



2ÎS REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



VIII. — Juda, juif catalan du ix° siècle. 

M. Graetz a déjà signalé, d'après Diago, Histoire des comtes 
de Barcelone, l'existence d'un Juif Judas que Charles le Chauve 
appelle fxdelis noster. La pièce d'où ce renseignement est tiré 
avait été mal reproduite par Diago et par Florez 1 , M. Fidel Fita 
en a donné une transcription exacte 2 . Charles le Chauve y loue la 
fidélité que lui témoigne la ville de Barcelone et dont Judas le 
juif, notre féal, qui est venu auprès de nous, nous a rapporté de 
nombreuses preuves. Aussi le roi charge Judas Cot, son féal, de 
donner à Frodoyn, évoque de Barcelone, la somme de 10 livres 
d'argent pour la réparation de la cathédrale. Juda Cot est évi- 
demment le Juif Juda mentionné plus haut dans la pièce. Cot, 
d'après M. F. Fita, signifie goih, c'est-à-dire ici catalan, opposé à 
français. Ce Juda paraît avoir été trésorier ou argentier du roi. 
L'original de la pièce se trouve dans le Liber cartorum Sedis Bar- 
chinonensis. Ce même ouvrage mentionne, en 10*73, un Juif 
nommé Bonus Yssach, « cuius pater dudum vocitatus fuit Bonus 
Ysaach, cuius pater noncupatus fuit Ioseph aurifex. » 



IX. — Additions an Dibré Hayyamim de Josef Haccolien. 

La bibliothèque de X Alliance Israélite vient d'acquérir un 
exemplaire de l'édition d'Adelkind du Dibré Hayyamim de Josef 
Haccohen avec des additions et rectifications en marge de l'im- 
primé, et, à la suite de l'imprimé, une continuation manuscrite 
de 150 feuillets. Toutes ces corrections et additions paraissent 
être de la main de l'auteur, elles rectifient les fautes d'impression, 
contiennent des ratures et des intercalations qui ne peuvent guère 
être attribuées, les unes et les autres, qu'à l'auteur lui-même. 
Nous espérons pouvoir donner bientôt au public la partie inédite 
de cet ouvrage. Tandis que l'ouvrage imprimé se compose de 
deux parties et a été achevé en hesvan 5314 (1553), l'ouvrage que 
nous analysons se compose de trois parties, la seconde partie 
ayant été achevée le 14 nissan 5316 (1556) ; la troisième partie, 
qui semble inachevée, s'arrête à des événements de l'an 5333 
(1573). 

1 Voir aussi Espagna sagrada, 2° édition, tome XXIX, p. 185. 

2 Boletin, tome IV, i'asc. i, p. 69; Madrid, 1884. 



NOTES ET MÉLANGES 2$ 

Les parties inédites de l'ouvrage ne contiennent rien de nou- 
veau sur l'histoire des Juifs. Les passages revus par l'auteur 
qui s'occupent des Juifs sont identiques, à peu de chose près, aux 
passages parallèles de YEmék Ilabbakha (Vallée des Pleurs) de 
notre auteur. Comme la Vallée des Pleurs a été achevée en 1575, 
il est évident que Josef a pris dans notre manuscrit des alinéas 
entiers qu'il a incorporés dans sa Vallée des Pleurs. Le manuscrit 
sert donc à contrôler en partie la Vallée des Pleurs (édité par 
Letteris), et nous avons cru bon de donner ici les variantes qui 
ont quelque intérêt, en laissant de côté toutes celles qui sont de 
pure forme. 

P. 87. — 1. 4 : au lieu de ns"!^ TOYTO, qui ne donne pas de sens 
dans la phrase, lire T®n& »VTO. — 1. 17 et 23 : tn^bTl. — 1. 26 : 
îrnn non imn. 

P. 88. — 1. 10 : tri-p: non ûïitt. — 1. 11 et 22 : le mot espagnol est 
©Tïnaub (lagartos, lézards), non 1B"i:n&Mb. 

P. 89. — 1. 3 : 1»nba non IfcnbîD. — 1. 28 : tnb hy Wn. 

P. 91. — 1. 12 : Après les mots d^m nôniû'n viennent les mots sui- 
vants : im û-na d^ttm trabo-i tmw icntt^ tûn ci , fr^rtn rtfa 
*5n rtattn S|ttti •*&* dm Tô'û'n tn» a&fâii b'p'n. — 1. 20 : au lieu de 
ÏTT37a^S (l'éditeur transcrit par Piémont), lire STVlWD Fiandra 
(Flandre). — 1. 26 : K*ns Nb "*1 est vocalisé De la Foïa. 

P. 105. — 1. 6 : (non ^v) yp y-:Na -hbk ■nVM K"»£Nton ïtîi "W ck ^ 
La ville de aost&w est probablement Amasia, située en Asie Mineure 
comme la ville, de Tokat nommée plus loin, à la même page. — 
1. 10 : w prnfcb. — 1. 13 : bana non basa. 

P. 106. — 1. 3 : "nï-n non -n^a. — 1. 12 : ù^rtmrt tDTn. — 1. 14 : 
après les mots TnaTO na fibd intercaler inpb ^d dnb ibai Nbi 
Wtl "n^tt). — 1. 15 : après drra ïlJa'i»! intercaler : btt nNam TE» 
ÛÏBÏia; — après dtiblD'n intercaler : d^îa dation. — 1. 17 : après 
les mots finança *)D*pM nïW btf effacer le reste de l'alinéa et rem- 
placer par ce qui suit : 

d'ntt iriN ©prum w ûwb wi dmna i^ip^ ûbai bna aam 
■ewn w\h ■tiiwtn'n ttTJtt alpin ^i n^a ^aa oab^i "KB&ri n*tt nb*n 
■iiattfi Tb* d©"n lïTflDDim T^raa» n» nbwn t*ïi biana b» ■wn yryn 
■ttmD'n swwn ^a b» ta-yna moN ns-mbd toTUBinaa iït-poîoi 

. ûb-i? i* ûïj ad Tiaa im« 

P. 111, 1. 6 en bas : Parmi les villes où les livres juifs furent brûlés 
en 1553, au lieu de ïwan lire ïiya&ri Ravenna. 

P. 112, 1. 9: ï-îbDb non fîbab. 

P. 113, 1. 10 : Î13123 ?TlW d\ntt "J3. 

P. 114, 1. 2 en bas : irvw porte une barre en haut, pour indiquer 
probablement qu'il fait allusion à Jésus. 



280 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

P. 4 17, 1. 16 : sur WB^pB, en marge, \ftfi 'fc^d. 

P. 118. — 1. 10 : pwilïl au lieu de ri'igtt'Ngttîi. — 1. 19 : SrtpYixj Wn&5 
au lieu de rvf^b. 

P. 119. — 1. 13 : à ^m drmi-n *rn ajouter ima b^l^fl b^K (près 
de Castclnovo). — 1. 16 : anm au lieu de a^m. — 1. 47 : après bndtf 
ajouter îmNTSd ini^l — 1. 3 en bas : ima avec un trait en haut, 
comme à la p. 114. 

P. 4 20, 11. 10, 15, 20 : chaque fois îtSWiKp au lieu de !T3Wip ; de 
même p. 4 30, 1. 15. Le mot désigne cependant Crémone, en Italie, 
non Carmona, en Espagne. 

P. 4 24, 1. 4 4 : Wvn non *ïf*%. 

P. 128, 1. 4 : B^SKU) (Safet) non BlBftWJ. 

P. 4 29. — 1. 4 en Las : apan )î ">ib JTni-p. — 1. 4 en bas : Tttum. 

P. 131. — 1. 12 : après dl"> bnWU* bftpâitt ajouter rûtdd ■wonBlW mfD 
bwqtBjn IWatti. — 1. 21 : iMa^l non *&b*l. 

P. 4 32. — 1. 8 : ajouter rm nttïptt "n ^n»tt o5ttN rrjptt d'W Wi 
casais** ui*ta> — 1. 9 : iwiuttw»» "n? nm )<waM ■•awi. — 
Après le second alinéa intercaler : d3 ^d ^d^tod d^^d !-îp3>2 13J>!B1B 
dmba d^bsi-n 6»*ïi^ti irawifi avis d^dbad nsniDS nbfl&ïnûMHflDipa 
!rm3»dft nN wattR j-na abi (5330) irwi &m%. — 1. 16 : ro* m&na 

dr». — 1. 47 : au lieu de dY» n^d^ îi^dU5m il y a mrtart ùrm. 

P. 4 33, 1. 18 : le mot "iindd ne se trouve pas dans le ms. 

P. 4 34, 1. 3 : Nn&n s«53» d? mb^b. 

Enfin, à la fin, une lettre de Salomon Askenazi aux Juifs de Ve- 
nise, mais qui est presque de pure rhétorique et n'ajoute rien à ce 
que nous savons du célèbre médecin. Nous la publierons plus tard. 

Notre manuscrit permet d'ajouter quelques détails à la biogra- 
phie de Josef Haccohen. On peut consulter sur ce sujet l'intro- 
duction de Wiener à sa traduction allemande de la Vallée des 
Pleurs et le catalogue bodléien de M. Steinschneider. On y voit 
que Josef Haccohen est né à Avignon le 10 décembre 1496, qu'il 
est venu à Gènes avec son père à l'âge de cinq ans (1501 ou 1502), 
qu'il a demeuré à Novi depuis 1516, de nouveau à Gènes depuis 
1538, à Voltaggio depuis le 3 juin 1550, et qu'enfin, le 27 octobre 
1567, expulsé de Voltaggio, il s'est rendu à Castelletto Montferrato. 
Notre manuscrit nous donne, de son côté, les renseignements sui- 
vants : en 1556, Josef Haccohen est encore à Voltaggio, mais en 
1558 il est (demeure ?) à Ferrare; en 1559, au mois de tisri, il est 
à Voghera im^-n (au sud de Pavie) ; en 1567, le 15 juin, l'ordre 
d'expulsion qui atteint les Juifs de la principauté de Gènes le 
trouve de nouveau à Voltaggio; enfin, en 1572, le 25 caslev, il est 
de nouveau à Gènes, il y demeure ^bu: 8W&a, dans son quartier. 

Isidore Loeb. 



NOTES ET MELANGES 251 



SAMUEL IBN ABBAS DANS ABRAHAM IBN DAUD 

En réfutant le reproche que font les Mahométans aux Juifs 
d'avoir falsifié la Tora, Abraham ibn Daud cite l'argument bien 
connu tiré des mots drrriN mpfc (Dent, xviii, 18), qui désigne- 
raient Mahomet, le prophète issu d'Ismaël (voir Steinschneider, 
PolCiiùsclic Literatur, p. 326), Et il ajoute (Emana Rama, 
p. 79) : « Un auteur a avancé encore d'autres absurdités sembla- 
bles contre les Juifs, par exemple, qu'il résulterait du passage de 
l'Exode xiii, 23, que Dieu n'aurait pas pu distinguer les maisons 
des Hébreux de celles des Egyptiens si les Hébreux n'avaient pas 
aspergé de sang le seuil et les poteaux de leurs portes ; tpb-iam 
•p-iruxrï n^pb tt$q un vshv rponb nsD!-; mto dî-D Vimm û">m 
^pwN"» dirra. Cet auteur s'est efforcé de diriger contre nous des ob- 
jections futiles, qu'il serait bien trop long d'examiner jusqu'au 
bout, mais pour en revenir aux prétendues falsifications juives, 
qui sont ici en question (c'est là ce que veut dire Ibn Daud), cet 
adversaire a produit une théorie qui exige une réfutation sérieuse. 
D'après cette théorie, le Pentateuque serait une compilation com- 
posée arbitrairement par Ezra pendant l'exil. » 

Je crois pouvoir soutenir que l'auteur visé ici par Ibn Daud est 
l'apostat Samuel Ibn Abbas qui a écrit l'a Humiliation des Juifs ». 
L'extrait de cet ouvrage qui a été communiqué par M. Neubauer 
(Revue, t. V, 53) comparé avec le passage ci-dessus d'Ibn Daud, 
prouve cette identité. Le passage de M. Neubauer renvoie égale- 
ment au Beat. y xviii, 15, 18 et contient les mêmes accusations 
contre le Pentateuque, produites (p. 53 et 54) au nom du fils apos- 
tat de Juda Ibn Abun (Munk, Notice sar Joseph Ben Jehouda, 
p. 8n.). Mais la similitude des assertions concernant Ezra est 
encore plus décisive, c'est pourquoi je vais les mettre en face 
l'une de l'autre dans leur texte même : 

Ibn Abbas. Ibn Daud. 

ai-inî-n rnivn miivsïi ma rpoi db^r; nawrs'na pa 
cnpnn ma *unfi -i^s^naD nvrasa dd^bnrn dïmsoi arma* 
P8 nbsrn rninn ns tpoi ton îtraîi abi nDD btf tjû abn 
fcar^a nnDPwi bnab b finis i ttw dï"p dp bmb van niaaoi 
nai n^"!" 1 «b ^d t* ..ttTinn rrnnîi nitpttE im* ant? iwia 
I73»n.i tzirrn nn» fcîpttï iv 1-112 tD^p*idd ^sm nn^p roiûi 
p-is r-inat snv mm ant* m-o ïtd b^ lawa Tidï ïfft 
rrnn dm mm ..min ri *}73 *-inï fcrvb nndi irraob trdoto 
• nbdcn jm*» **> " Di nriN -û^ 3 ^ n ^ riNEttari rmnrj 



252 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le fond de ces deux passages est presque littéralement le même : 
Nebukadnézar brûle le sanctuaire et les saintes Ecritures et em- 
mène Israël en exil à Babylone, où, par suite de l'oppression, ce 
peuple oublie entièrement la Tora. Alors s'élève au milieu d'Is- 
raël un homme appelé Ezra, qui se rappelle encore une partie 
de la Tora, tandis qu'il a oublié le reste. C'est lui qui arrange 
une nouvelle Tora, dans laquelle il façonne les restes de l'ancienne 
d'après ses propres innovations. 

Si ma remarque est juste, il s'ensuit que Abraham Ibn Daud 
déjà, en 1161, avait lu et réfuté le livre d'Ibn Abbas. Il est donc 
impossible, comme on l'a cru jusqu'ici, que celui-ci ne soit devenu 
musulman qu'en 1163. M. Steinschneider (l. c, p. 26) place la ré- 
daction de ce pamphlet vers le milieu du xir siècle, ce qui expli- 
que qu'Ibn Daud Tait utilisé. 

Cette œuvre venimeuse a excité une telle attention qu'il serait 
inexplicable qu'aucune trace de son apparition ne se rencontrât 
dans la littérature juive contemporaine. Nous voyons maintenant 
qu'il est cité par Abraham Ibn Daud, chez lequel nous en retrou- 
vons la première mention, on ne pourra pas dire désormais 
qu'Ibn Daud n'a pas connu le Kuzari, puisqu'il a connu la réfu- 
tation qu'en a faite Ibn Abbas. Dans ma Geschichte der Altribu- 
tenlehre (p. 241 et s.) j'ai essayé de développer les raisons pour 
lesquelles le livre de Juda Hallévi n'est pas cité nominalement par 
Ibn Daud. 

Budapest, 9 mars 1885. 

David Kaufmann. 



PLINE L'ANCIEN EN JUDÉE 

(D'après Hermès, Zcitschrift fur classiscJie Philologie, XIX e vol. p. 644-648.) 



En suppléant ingénieusement le groupe de lettres inion sekoïn 
dans l'inscription d'Arados (Corpus, insc. grâce, III, p. 12*78, 
n° 4536, sqq.), pour former le nom de râiov nXfowv ssxoGvoov, M. Theo- 
dor Mommsen a fait cette intéressante découverte que Pline l'An- 
cien avait joué un rôle dans la guerre des Romains contre les 
Juifs, en Judée. L'inscription le désigne, en effet, comme sous- 



NOTES ET MELANGES 253 

chef d'état-major dans cette guerre, adjoint au chef d'état-major 
Tibérius-Julius-Alexander 1 . Par cette situation et par sa partici- 
pation active à cette guerre, on comprend que, dans la dédicace 
de son Histoire naturelle à l'empereur Titus, Pline ait pu écrire 2 : 
« In castrensi contubernio ». Il venait justement de faire con- 
naissance avec le prince héritier, grâce à sa haute situation dans 
l'état-major. Il est désigné plus loin, dans l'inscription, comme 
èTTÉxpoTTo; Eup(o«, procurateur de la Syrie, alors la province la plus 
considérable. 

C'est en souvenir de son administration que les Aradiens lui 
érigèrent, après son rappel, une statue avec la dédicace qui com- 
pose cette inscription. La philologie talmudique aura aussi à noter 
le sens de e-ïtso-o; et de 'Avreictaporroç. 

David Kaufmann. 



UN RIDEAU DE SYNAGOGUE DE 1796 



La collection Goupil, qui est exposée en ce moment dans la 
maison Goupil, de Paris, et qui renferme tant de choses intéres- 
santes, contient aussi une pièce hébraïque. Elle se trouve dans 
les salles orientales réservées de l'étage supérieur où M. Gérome 
accueille les visiteurs avec une grâce parfaite. C'est une inscrip- 
tion en hébreu brodée, en lettres d'or, sur un carré de velours 
d'environ quarante centimètres de large sur soixante centimètres 
de haut, et entouré d'une bordure d'or. Ce morceau d'étoffe a été 
évidemment découpé dans un de ces rideaux qu'on place devant le 
hèlihal des synagogues et qu'on appelle parokhet. Voici cette ins- 
cription, où les compléments des abréviations ont été placés entre 
crochets, ligne par ligne : 

mw nna 

(Ici une couronne tenue par deux lions) 

pia]i [«rflpn [fla iz-p T>h 'r> 3 'h3n]D [i]t 
■rai [ûp]3i [ta»]?! [n?]o tïwjN [ûbi]* [^n]b [Ynns-Iï nra 

1 Voir Jacob Bernays, Gesammelte Ahhandlungen, II, 280, note 1. 

s 73., p, 161, note 6o. 

3 Ou "i^ns, ou "P13, qui donnent le même sens : donner, vouer ou consacrer. 



254 REVUE DES ETUDES JUIVES 

[m]tt im^m [ronajb h3rû]T bfconro 
[ni]fà toêtf von [mttiaia [b]3> [nNn]n $iw§ 

TONrii *nb >3 vnm OT* [irt!àtt]â 
P2U5 'n'n's'a'n anbaw [rn]7a 
- i3pn - 

Le rideau, comme on voit, a été donné par Leib (Lœb), bou- 
cher, et sa belle-mère, Schéba 1 en mémoire des personnes sui- 
vantes : 1° Le père de Loeb le saint (martyr) Moïse, fils d'Aberl 
Ilandler (ou Aberl, marchand), fils de Katrièl ; 2° Hayyah, mère 
du même Loeb ; 3° le saint (martyr) Méir, frère de Loeb; 4° Lévi, 
son beau-père (mari de Schéba) ; 5° la femme Golde, femme de 
Loeb, sans doute ; nn&Stf aurait désigné la femme de Lévy, et les 
mots mb 'D nWi, qui seraient plus clairs, auraient pris trop de 
place. La date ;de la pièce est 1196. 

Les noms de Loeb, de Schéba, de Golde, l'usage du aïn pour 
représenter Ye, prouvent suffisamment qu3 la pièce est d'origine 
allemande ou alsacienne. Aberl est un diminutif d'Abraham éga- 
lement usité en Allemagne et en Alsace, comme le nom de Schéba. 
Aberl, le grand-père de Loeb vivait encore au moment où Loeb 
offrit le rideau, puisque son nom n'est suivi d'aucune eulogie ; 
c'est aussi la raison pour laquelle, contre toutes les habitudes, 
le bisaïeul Katriel y est mentionné ; il complète le nom de son 
fils Aberl. 

La fin de la seconde ligne « que Dieu venge son sang » indique 
bien que le mot ump doit être ici traduit par martyr. Notre ri- 
deau nous a donc transmis le souvenir de deux personnes du 
xvm e siècle tombées victimes de leur foi religieuse, Moïse et son 
fils Méir. Ajoutons, cependant, que le mot ïiaccâdosch se dit 
également d'une personne assassinée. 

Y a-t-il quelqu'un à qui l'histoire de leur martyre soit connue? 
Ces lignes tomberont peut-être sous les yeux d'un de leurs des- 
cendants, qui pourra y retrouver la trace de deux membres de sa 
famille et un touchant souvenir de ses ancêtres. 

D. 



1 Ce nom est une abréviation de Bat-Sébà, ou de Eliséba (Elisabet); Séba, dans 
la Bible, se rencontre seulement comme nom d'homme, et aussi comme celui d'une 

ville. 



NOTES ET MÉLANGES 258 



NOTES SUR LES ISRAÉLITES DE L'ALGÉRIE 



I. — Le nom patronymique de Ribasch. 

En trois endroits des Réponses casuistiques de Ribasch, n os 370. 
387, 390, le nom de nana est attribué à sa famille. On lit ce nom 
Barfath, mais on n'en connaît ni l'étymologie, ni la signification. 
N'est-il pas plausible d'admettre que ce nom est tout simplement 
le même que celui de Perietto, donné par M. Isidore Loeb dans sa 
Liste nominative des Juifs de Barcelone \ et que la véritable lec- 
ture en est Berfet? Il correspondrait à l'hébreu ûVa dont il aurait 
la signification. Voici, en effet, ce que Bet Schemouel dit dans son 
registre de noms propres - : Ê&ai frtëibi b1$to )roh *on V'^n Ê1W 
nwbtt ywb ann Y'-n. 

Le changement du d, p, en n, &, peut s'expliquer par une alté- 
ration pareille à celle qui a fait probablement que le nom Lupus, 
Luppi (G. Saige, Les Juifs du Languedoc, p. 302) est devenu 
Lobel (Ribasch, Rép., n° 7, Revue, IV, p. 74). 

D'après cela, il semble que les noms de Profiat, Profit, Prophet, 
qu'on rencontre dans l'histoire juive et qui n'ont pas encore 
été expliqués d'une façon satisfaisante, peuvent être ramenés au' 
vocable Perietto. 



II. — Benjamin Zacoido. 

Lors du bombardement d'Alger par Duquesne en 1683, les Algé- 
riens, exaspérés par les pertes qu'ils éprouvaient, attachèrent à la 
bouche de leur canon le père Levacher, vicaire apostolique rem- 
plissant les fonctions de consul de France, et une grande partie 
des Français qu'ils avaient en leur pouvoir. Quelques auteurs 
rapportent qu'un jeune officier de marine, Choiseul, menacé du 
même supplice, fut sauvé par le dévouement d'un corsaire recon- 
naissant, qu'il avait pris antérieurement dans un combat et qu'il 
avait traité avec douceur et générosité. D'autres historiens ra- 
content, au contraire, que la férocité des Algériens était tellement 

» Revue, t. IV, p. 62, n° 167. 

a Eben HaCzcr, éd. Fiirth, 5521 a. m., p. 146». 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

excitée par le carnage, qu'ils n'écoutèrent pas la prière de leur 
compatriote, et au lieu d'une victime, le même coup de canon en 
fit deux. 

Deux documents encore inédits, découverts par feu Albert 
Devoulx dans les archives de l'ancien consulat de France à 
Alger 1 , paraissent jeter un jour nouveau sur cet épisode devenu 
célèbre. Ils établissent que M. de Choiseul dut son salut à l'inter- 
médiaire efficace d'un israélite d'origine livournaise, nommé 
Benjamin Zacouto. 

Voici ces deux documents 2 : 

12 mai 1699, — L'an mil six cent quatre-vingt et dix-neuf, le dou- 
zième jour du mois de may après midy, par-devant moy chancelier 
du consulat de France à Alger soubsigné, est comparu en personne 
s r Benjamin Zacoute, marchand juif résident en cette ville, lequel 
m'aurait exibé une lettre missive dont il aurait requis l'enregis- 
tration sur les registres de la chancellerie pour y pouvoir avoir 
recours et en tirer des extraits en tant que besoin sera de laquelle 
lettre la teneur s'ensuit. 

Teneur de ladite lettre. 

L'année passée, M. le Maréchal de Choiseul me dit, Monsieur, que 
je devais songer à vous payer cette année; vous vous plaignez du 
peu d'attention que j'ay de vous satisfaire ; il est vray, Monsieur, que 
vous m'avez servy à mon besoin, mais en vérité les reproches que 
vous m'en faites si souvent réitérez m'obligent de vous dire que 
quand on paye 25 pour cent, c'est-à-dire de quatre cens écus vous 
en donne cinq, il me semble que cette différence vous deffroioit d'une 
si longue attente. Enfin, Monsieur, il ne s'agit pas de vous dire en 
long détail mes mauvaises affaires et des contretemps qui me sont 
survenus depuis que je n'ay eu l'honneur de vous voir; j'ay une 
pension que je suis prêt de vous remettre jusque fin de payement ; 
marquez moi comment vous voulez que je fasse, je suis prest, quoi- 
que je ne sois pas encore sans affaires, de vous satisffaire ; j'ay du 
bien, grâces au ciel ; sans cela, en vérité, Monsieur, je ne suis pas 
assez malhonneste homme pour me laisser enterrer sans payer à qui 
je dois. Je suis, Monsieur, votre très humble et obligé serviteur. 

Signé : Choiseul Beaupré. 

A Toulon, ce 25 e septembre 1693. 

Et ainsy que dessus a esté par moi dit chancelier procédé à l'enre- 
gistrement de ladite lettre mot à mot selon sa forme et teneur, 

1 Déposés à la Direction de l'Enregistrement et des Domaines, à Alger. 

2 Registre X, n™ 118 et 119. 



NOTES ET MELANGES 287 

ayant à l'instant remis l'original d'ycelle audit s r Benjamin Zacoute, 
qui a signé avec moy dit chancelier les jour et an que dessus. 

Benjamin Zacoute. 

Clairambault. 

15 mai 1G99. — L'an mil six cens quatre-vingt-dix-neuf, le quin- 
zième jour du mois de may après midy, pardevant moy chancelier 
du consulat de France à Alger soubsigné et témoins ci après nom- 
mez, est comparu en personne s r Benjamin Sacoute, marchand juif 
demeurant en cette ville, a constitué comme par ces présentes il 
constitue son procureur général et spécial quand à ce sçavoir est le 
s r François Le Prestre, demeurant à Paris, absent comme présent, 
auquel il donne pouvoir de pour luy et en son nom exiger de M. le 
comte de Choiseul la somme de cinq cens piastres Sévillanes et 
Mexicanes du poids courant de Livourne que mondit s r de Choiseul 
luy doit pour pareille somme que ledit s r Benjamin Sacoute a cy- 
devant fourni pour la subsistance et pour les dépenses qu'yl a été 
obligé de faire pour se garantir de la cruauté des puissances de cette 
république qui voulaient le faire mourir à la bouche d'un canon 
dans le temps qu'yl était tombé entre leurs mains par le sort de la 
guerre ; du receu en donner toutes quittances valables et, en cas de 
refus ou contestation, faire toutes les poursuites justes et raison- 
nables jusque entière satisfaction, assigner, appeler, accorder, tran- 
siger, élire domicile, constituer un ou plusieurs procureurs et géné- 
ralement faire par ledit constitué pour ce que dessus et ce qui en 
dépend tout ce que par le constituant pouvoi[l] estre fait s'il agissait 
en personne, bien que le cas requis[t] mandement plus spécial, pro- 
mettant d'avoir pour agréable, approuver et ratiffier tout ce que par 
sondit procureur sera fait et de le relever et indemniser en forme, 
sous l'obligation de tous ses biens présens et à venir qu'yl a soumis 
à toutes cours pour l'observation des présentes, renonçant à toutes 
choses contraires à icelles. Fait et publié dans la chancellerie du 
consulat de France à Alger, en présence de Boniface Pelissier et 
Filibert de Saint-Amand, témoins requis, qui ont signé avec ledit 
constituant et moidit chancelier. 

Saint-Amand. Benjamin Zacuto. 

Pelissier. Clairambault. 

On voit que M. de Choiseul se montra peu reconnaissant. Après 
être resté seize ans sans se libérer d'une dette qui aurait dû être 
sacrée pour lui, il avait mauvaise grâce à reprocher à Zacouto de 
prendre cinq cents écus pour quatre cents. Pour seize ans, cela 
fait un intérêt d'un peu plus de 1 1/2 pour cent. 

Le nom de Zacouto est aujourd'hui éteint à Alger. On a re- 
trouvé, dans l'ancien cimetière de cette ville, la pierre tumulaire 

T. X, N° 19-20. 17 



2S8 REVUE DES ETUDES JUIVES 

d'un rabbin nommé David fils d'Abraham Zacouto, qui mourut le 
16 Ileswan 5452 = 9 novembre 1691 et qui savait la théologie, la 
philosophie, la cabbale, la géométrie, la physique et la méta- 
physique. 



III. — Impositions des Israélites de Médéa. 

Parmi les vieux registres provenant de l'administration turque 
et déposés à la Direction de l'Enregistrement et des Domaines 
d'Alger, le n° 122, composé de 37 feuillets et rédigé en arabe, 
fournit quelques renseignements sur la situation fiscale des Israé- 
lites de Médéa. Le hakem de cette ville y consignait diverses 
notes, principalement le compte de certaines redevances qui 
étaient versées entre ses mains et qui étaient, ce semble, des con- 
tributions extraordinaires. Les impôts ordinaires étaient sans 
doute inscrits dans d'autres registres. Les contribuables étaient 
les habitants de la ville, le crieur public, le berger, les sept tribus 
de la banlieue administrées par le hakem, enfin les Israélites, dont 
le nom revient fréquemment. 

Ces comptes sont tenus sans ordre et sans méthode. Quelquefois 
la date n'est pas indiquée. 

Le premier que nous avons relevé se rapporte à l'an 1216 de 
l'hégire (1801), le dernier à 1238 (1822). 

On paye lorsque le hakem reçoit l'investiture, lorsque ses pou- 
voirs sont renouvelés, lorsqu'il va porter son tribut à Alger. Il 
était astreint à cette dernière obligation, qu'on appelait W?, 
aussi bien que le bey lui-même. Une fois, en 1216 (1806), il fallut 
payer pour la diffa de l'agha d'Alger, dont dépendaient la ville et 
les sept tribus de la banlieue, et qui était probablement venu faire 
une tournée. Une autre fois, en 1231 (1815), une contribution fut 
levée lorsque le caftan d'honneur fut apporté de Constantinople au 
pacha d'Alger. 

La quote-part des Israélites est partout, sauf en deux occasions, 
égale à celle des habitants de la ville. Cette égalité, d'ailleurs, 
n'est qu'apparente, car les Arabes de Médéa étaient au nombre de 
5,000 environ, tandis que la population israélite ne comptait pas 
plus de 600 âmes. La balance, comme on voit, est loin d'être en 
faveur de cette dernière. 

Généralement l'impôt consiste en beurre fondu ^oo- L'unité de 
capacité en usage est le Mbp, jarre, qui contenait 16 litres. 

Jusqu'en 1223 (1808), la redevance des Israélites était de 2 jarres; 



NOTES ET MÉLANGES 259 

elle fut de 4 après cette époque. Les autres contribuables furent, 
il est vrai, augmentés dans la même proportion. 

Nous avons relevé quatre exceptions relativement à la nature 
de l'impôt. 

Lors de la diffa de l'agha en 1216 (1806), les Israélites payèrent 
300 reals drahem seghar, plus 4 denars pour les spahis de l'es- 
corte. Le real drahem seghar est estimé, d'après les calculs mo- 
dernes, à fr. 60, le denar à 5 fr. 40 *. 

Lors de la remise du caftan au pacha, ils payèrent 5 boudjous, 
ce qui fait, à raison de 1 fr. 80 par boudjou, 9 francs. 

En 1224 (1809), les Juifs et les habitants de la ville eurent à 
fournir ensemble 150 haïks. 

Enfin, dans une circonstance dont le registre n'indique ni la 
nature ni la date, ils durent remettre 21 haïks, tandis que la quote- 
part des autres habitants fut de 41. 

Voici d'ailleurs le relevé général de toutes les contributions des 
Israélites consignées dans notre registre. 

Denouscli. 2 jarres, dans les années 1221 et 1223 de l'hégire; 
3 jarres en 1236 ; 4 jarres en 1224, 1226, 1227, 1229, 1233, 1238 et 
à une date non indiquée. 

Investiture. 2 jarres en 1221 et 1223; 4 jarres en 1231 et 1235. 

Renouvellement des pouvoirs. 4 jarres en 1231 et 1232. 

Circonstances diverses. 4 jarres en 1227 et 1236 ; 300 reals 
drahem seghar, plus 4 denars en 1216 ; 150 haïks avec les autres 
habitants de la ville en 1224 ; 5 boudjous en 1231 ; 21 haïks à une 
date non indiquée. 

Les Israélites sont désignés par l'expression ftfcSb» briN ou 
î-PTj'rbtf, les gens de la redevance. Une seule fois ils sont appelés 
T1ÎT\ 

Quelquefois leur nom est suivi de la formule imprécative ûïwb 
îibfct, Dieu les maudisse ! 

Contrairement à l'usage d'Alger, où l'administration tenait une 
comptabilité spéciale pour les Israélites, ici leurs versements sont 
consignés pêle-mêle avec les autres. 

En somme, les Israélites de Médéa ne paraissent pas avoir eu à 
se plaindre du fisc. S'ils payaient un peu plus que leurs concitoyens 



1 Le real drahem seghar, appelé aussi pataque-chique, était, avant 1822, une 
simple monnaie de compte. En cette année, des pièces furent frappées, qui por- 
tèrent ce nom. et dont la valeur est exactement de fr. 62. Dans les transactions 
particulières elle valait seulement fr. 60. Son nom vient de ce qu'elle se divise en 
232 drahem seghar (petites drachmes) qui ne sont autre chose que de petits morceaux 
bruts de cuivre blanchi ou de mauvais alliage, laminé et coupé en carrés irréguliers, 
portant, en grossière empreinte, le mot arabe Allah. 



260 REVUE DES ETUDES JUIVES 

musulmans, au moins ne furent-ils pas, comme ailleurs, soumis 

des contributions arbitraires et vexatoires. 

Alger, 27 janvier 1885. 

ISAAC BlOCII. 



INSCRIPTIONS NABATÉENNES DE MÉDA1N SALIR 



M. Ph. Berger vient de mettre à ma disposition, avec l'aimable 
obligeance qu'on lui connaît, un exemplaire de son Mémoire sur 
quatorze nouvelles inscriptions nabatéennes tirées de l'importante 
collection du regretté Charles Huber ». Quelques-uns de ces textes 
sont presque illisibles (n os 38-41), trois présentent de nombreuses 
lacunes (n os 33, 35, 36) ; les autres sont bien conservés et M. Ber- 
ger nous en donne le déchiffrement intégral, accompagné d'une 
traduction et d'un commentaire substantiel. Je ne puis mieux 
témoigner ma reconnaissance envers le savant auteur qu'en lui 
soumettant quelques observations sur certains mots de ces ins- 
criptions qui m'ont été suggérées par la lecture de son Mémoire. 

Le mot npibrn (n° 26, 2 et 29, 8-9) doit être un nom ethnique, pa- 
rallèle à rai» « Nabatéens » et à nttbtt « Salaméens ». Ces derniers 
s'identifient facilement avec les ^£0:btt que les Targumin font 
correspondre au nom hébraïque des Qênites ^ft. Etienne de Bi- 
zance mentionne les s<a&iaio'i comme une peuplade alliée des Naba- 
téens et explique leur nom par bbtp (ffaXàjx) « paix ». J'incline 
même à penser que npiïm est le nom général des deux peuplades. 
En tout cas et malgré l'obscurité du vocable, le "i initial ne saurait 
être pris pour la désinence du génitif, laquelle s'écrit toujours vj 
dans nos inscriptions. 

Au lieu de ïrlritt *ï Kftin, qui ne donne pas de sens, je propo- 
serai de lire aim: i*i Nain, mot à mot « anathème qui est anathé- 
matisé (à Dusarès) », c'est-à-dire « anathème consacré à Dusarès ». 
Comparez l'expression biblique ùin 1 ; im tnrj. 

1 Nouvelles inscriptions nabatéennes de Medaïn Salih, par M. Philippe Berger 
(Extrait des comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres) ; 
Paris, imprimerie nationale, 1884. 



NOTES ET MELANGES 261 

Au sujet du mot rr-p (1. 3), M. Berger dit qu'il semble désigner 
une catégorie d'héritiers; en lisant nT avec n, on aura le mot 
même qui signifie « héritier ». 

Le sens de « détruire » propre à l'araméen *iaa convient peu au 
contexte. Il faut rapprocher le talmudique 6naB « diminution, dé- 
duction ». Il est défendu de payer avec le caveau une partie d'une 
dette. Le vttBN 2ns (11, 3) est la quittance d'une partie de la dette. 

Les mots fcjpn ans (29, 3) signifient sans doute « certificat » ; 
l'emploi de 6|pn avec le verbe trp a son parallèle dans l'expression 
VSÙ{ tïïï^ (Esther, ix, 29). Ce mot n'a rien de commun avec 
l'arabe ïjpn. 

La lecture n?^ *i k» inn (n os 73, 74) ne donne aucun sens. Je 
propose de transcrire abr •»*! N*nna « pour l'interdit mentionné 
plus haut ». Il s'agit du ùnn dont il a été parlé aux lignes 3-4. 

Les mots ùb^b ttînsN bs (n os 30, 7) forment le sujet du verbe 
ïiarûi ; les mots 'ib"Di fcnsa KW ^ )ïh signifient « mais que ce 
caveau soit à Wailat, etc. ». Le relatif *H fonctionne souvent 
comme indice du subjonctif, de même que "à en hébreu postérieur. 

Le mot fimna (n° 34, 1) signifie « changeur » ; il vient de mnD 
(ar. *nnK&) « disque, table », en assyrien pashshurii. 

J. Halkvy. 

P. S. — M. D. H. Mùller m'a envoyé son compte rendu du même 
travail (Oesterreichische Monatschrift fur den Orient, Beilage, du 
15 janvier 1885, p. 21, 22). Ses observations concordent avec les 
miennes sur trimm (pour mnfc), t\t (pour n^r), wnn&. M. Mùller 
voit dans dbïtD (28, 5) et dans (9, 3) une contraction pour ne bii3 
« quelque autorité » et Ntt ans « un écrit quelconque ». C'est très 
vraisemblable. 

J. H. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

4° TRIMESTRE 1884 ET 1 CP TRIMESTRE 1885, 



*l"itë m'-ttN S. L. Rappoport's hebraïscbe Briefe an S. D. Luzzatto (1833- 
1860), mit Anmerkungen von S.-J. Ilalberstam, nebst Einleitung von 
D r A. Harkavy ; herausgg. von Eisig Gràber. Erstes Heft. Przemysl, 
impr. du Domkapitel, 1885, in-8° de (2) -74 p. 

Ces lettres échappent naturellement à l'analyse, elles contiennent cer- 
tainement beaucoup de passages dont la science pourra profiter, nous ap- 
plaudirons à la publication d'un choix judicieux de ces pièces, mais nous 
supplions l'éditeur de ne pas nous donner indifféremment ce qui a du prix 
et ce qui est absolument sans valeur ou contient quelquefois des détails 
vulgaires. A quoi peut servir, nous le demandons, la lettre 7 par exemple ? 
On a abusé de la littérature épistolaire, déjà pour Luzzatto. Un peu de me- 
sure dans le choix et dans l'étendue des lettres ne fera que rendre service 
à l'illustre savant dont cette publication veut honorer la mémoire. 

^lïÉlNÏ'î, par Samuel Josef Finn ; 2 e fascicule, Varsovie, 1884. 

Nous avons déjà annoncé la publication de ce dictionnaire. Le second 
fascicule (p. 81 à 100) va jusqu'au mot "Qî$. 

1S12D ï-pjN '0 Novelles sur la Bible, le Talmud et le Midrasch, suivies de 
mTina rrnftN Considérations morales, par Josué Jacob Hirscb. Var- 
sovie, impr. Natan Scbriftgiesser, 1884, in-8° de 48 p. 

Tlttbn!! nïTlN bs> "D^J Si le Talmud peut être traduit convenablement, par 
Isaac Hirscli Weiss. Prcssbourg, impr. Lowy et Alkalay (1884), in-8° 
de 16 p. 

L'intérêt de cette brochure est moins dans la thèse de l'auteur que dans 
les efforts qu'il a faits pour distinguer, dans divers passages talmudiques, 
ce qui appartient à la rédaction originale et ce qui est glose ou addition 
postérieure. Il est clair qu'il ne peut y avoir bonne traduction du Talmud 
avant que le texte même soit soumis à une révision critique pour laquelle 
la science n'est pas encore prête. 



BIBLIOGRAPHIE 263 

Tl35a l p\*!"ï Dicktungcn von D 1 ' Joachim Jacob Ungcr. Zwcito vielfach 
vermehrle Ausgabe. I^lau, libr. Anton Bayer, 1885, in-8° de 175 p. 

ïlbtf -pn Benedicti de Spiuosa Ethica ordinc geomètrico demonstrata et 
in qninque partes distincte. Die Elhik (Tugendlehre) dos berùhmten ji'id. 
Philosophen Baruch Spinoza liebraisch iïbersetzt nebst ausfùhrlicber 
Einleitung und erl&uternden Noten, von D r S. Rubin. Wien, impr. Georg 
Brog, 1885, in-8° de lxiv-288 p. 

2p3"» m: , "w" 1 'D Novelles sur le Talmnd, le Midrasch, la Bible, par Josué 
Jacob Hirsch. Varsovie, 1878, in-4° de 143 p. 

ÎT^ÛTSM N*Dfc] Einleitung in die Mischnah ; II. Plan und System der 
Mischnah, von Jacob Brûll. Francfort-sur-le-Mein, impr. Slobotzky, 
1884, in-8° de vm-167. 

Ce second volume donne les détails sur le système de l'enseignement de 
la Mischnah, sur les auteurs des halakot, sur les sept et les treize règles 
de logique employées par les docteurs de la Mischnah, et sur les halakot 
anonymes. La matière est épuisée par l'auteur, et son volume est un beau 
complément au livre de feu M. Frankel sur le même sujet. Nous nous 
rangeons complètement à l'avis de l'auteur relativement aux preuves que 
la Mischnah fut mise par écrit par le rédacteur à l'usage des initiés ; mais 
il est difficile d'admettre que des « ordres » de la Mischnah furent connus 
avant Juda le saint. Quand on disait à Akiba qu'il devait s'occuper de 
Negaim, cela voulait simplement dire qu'il était une autorité dans cette 
matière, mais nullement qu'il avait composé un « ordre » de la Mischnah 
de ce nom. — A. N. 

fti^Wil ■rçab 3H1Î0 Der Jugendfreund oder der dreifache Faden der durch 
das Labyrinth des Lebens fùkrt, enthaltend : 1. Ein Râtbsel der Vorzeit 
oder die Bestimmmung des Menscben ; 2. Gedicbte religiosen und natio- 
nalen Inhalts ; 3. Gnomen und Sprùche aus dem Talmud; liebraisch und 
deutsch, von Pb. Rotbstein. Kœnigsberg, impr. Erlatis, s. d. (1884?), 
in-8° de vin-134 p. Destiné à la jeunesse israélitc. 

Û^fiWnb "iDïnln 'D Isak Israeli's Propâdeutik fur Aerzte. Berlin, Ad. Mampe, 
1885 ; in-8° de 22 + 6 p. Tirage à part, en 25 exemplaires, du Magazin, 
de Berliner. 11° année. 

Texte hébreu avec introduction et traduction de notre ami M. D. Kauf- 
mann, plus une notice bio- bibliographique de M. Berliner sur Moïse Soave 
(mort 27 nov. 1882), qui avait fourni le ms. de cet ouvrage. L'auteur n'est 
sans doute pas le fameux Isaac Israeli de Cairouan, mais un Israeli qu'on 
n'a pas pu identifier. Le nom de famille Israeli est ou au moins était assez 
répandu à Venise. 

8|bH ""373 "ira *pb"3 Recueil d'articles et de poésies, à l'occasion de la 
publication du 1000 e numéro du journal le Mëliç, par Alexandre Lévi- 
Zederbaum. Saint-Pétersbourg, impr. de l'auteur, 5645 (1885), in-8° de 
24 + 18 + 50 + 10 + 34 + 24 + 20 p. 

Chaque article est paginé à part; ce sont des travaux d'un caractère pu- 
rement littéraire. 

n"i2C"2!"î 'D Voyages dans le Caucase et dans le pays trans-caucasique, par 
Joseph Juda Ilallévi Tcharny. Saint-Pétersbourg, impr. Pinnes et Zeder- 
baum, 1884, in-8° de iv-350 pages. Ouvrage posthume publié par les 
soins de M. A. Ilarkavy aux frais de la Société tlaskala. 



264 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Cet ouvrage contient des relations très intéressantes sur l'état des Juifs 
dans les régions caucasiques. Dans un grand nombre de localités visitées 
par l'auteur, les Juifs exercent des métiers (p. 2.'., 68, par exemple), cul- 
tivent une sorte de garance, le tabac, la vigne, les arbres fruitiers (p. 57, 58, 
72, 239, etc.), fabriquent des peaux (p. 58, 72), travaillent la terre pour 
leur compte, quand ou leur permet d'en posséder, ou en louent (p. 82), ou 
travaillent à la journée dans les champs des autres (d- CG, 92, 97, 258, 326). 
Leur situation est en général affreuse, les corvées auxquelles les sou- 
mettent les habitants ou les chefs indigènes sont terribles (p. 97, 239, 
240, 322). Voici, par exemple, ce que disent à ce sujet les Juifs de Mugatir, 
une des communautés les moins maltraitées : Dix jours par an nos femmes 
sont obligées d'aller soigner la garance dans les champs des habitants ; 
7 jours par an les hommes sont obligés d'aller la' planter ; et les femmes, 
5 jours par an ; nous sommes obligés d'aller couper du bois dans la forêt et 
de l'amener dans la maison des autorités ; 5 jours par an nous sommes obli- 
gés de soigner les clôtures de leurs vignes, de leurs jardins et de leurs 
champs ; 3 jours par an nous sommes obligés de travailler dans leurs 
granges ; 3 jours de corvées par an pour la moisson ; 3 jours pour la fenai- 
son; toute 1 année, corvée pour le nettoyage des conduites d'eau dans les 
champs; toute l'année, corvée pour nettoyer les écuries et étables et trans- 
porterie fumier dans les champs ; quand les hommes travaillent aux champs, 
les femmes sont prises de force par les beks pour travailler aux champs; 
on les frappe; puis viennent les impôts en argent et en nature, les prélè- 
vements continuels en œufs et en poules ; l'impôt pour un mariage célébré 
parles chefs; l'impôt prélevé sur un mariage juif; les réquisitions de 
chevaux et d'ànes ; enfin, comme impôt fixe, le tiers du produit de tout le 
travail. C'est une situation affreuse. 

D^ûiDn W212 Vulgarisation des faits scientifiques relatifs à la géologie, 
l'hydrologie, l'entomologie, la physiologie et la botanique, par Néhémie 
Baer Hoffmann. Varsovie, impr. Josef Unterhiindler, 1884; in-8° de 
vi-133 p. 

"JV7 rû"!D 'û Sur les prescriptions rabbiniques concernant la Succa et les 
« quatre espèces », par David Cohen de Wilna. Jérusalem, sans impr. 
n. d. (1884?), in-16 de 76 p. 



Fïb&rj yp$ 120 Sur l'amour de Dieu d'après des Rabbins, par Abraham 
Krochmal. Lemberg, impr. Michael Wolf, 1884, in-8° de 221 p. 

L'auteur, connu par des notes savantes et spirituelles sur la Bible et le Tal- 
mud, a eu la bonne intention de vouloir traiter, en 23 chapitres, des rela- 
tions de l'homme avec Dieu d'après les opinions des docteurs de la Misch- 
na et du Talmud. Mais il s'est malheureusement tellement embrouillé, 
dès le commencement, dans des citations de Voltaire, Feuerbach, Kant, 
Schopenhauer et autres, que ses idées deviennent inintelligibles ; il perd 
presque toujours le fil et sort, par conséquent, du cadre de son travail. 
11 n'est pas plus heureux dans la grande quantité de ses conjectures, 
qui, pour la plupart, ne sont fondées sur rien. Ainsi, par exemple, le 
roi Itiel (Prov., ch. 30) est, d'après lui, Jason ^l'auteur écrit Jasson) ; Le- 
inuel est Ménélas ; le mot ï"ISl2l2 du Pentateuque signifie une amulette 
écrite, et vient du Dieu égyptien Tôt, l'inventeur de l'écriture; le mot 
teûllin représente Théophilos, et de là la traduction en phylactères ; le 
nom de 'biL3"Dp dans bî313p *p ÎVHDT n'est autre que le mot caputor, 
celui qui lisait les chapitres devant le grand-prêtre ; et ce Zechariah était 
encore le père de Jean-Baptiste! De telles conjectures se rencontrent à 
chaque page de ce petit livre; l'esprit exégétique et historique est encore 
très peu développé chez les auteurs juifs de la Pologne; ils mettent sur 



BIBLIOGRAPHIE 263! 

le papier tout ce qui leur passe par la tête. Kl il faut diro que la lecture 
des ouvrages philosophiques n'est nullement à l'avantage de cette école, 
qui procède de Salomon Maïmon. On y est spirituel, mais saus avoir le 
sens commun. Est-ce une mauvaise plaisanterie ou est-ce sérieux d'ex- 
pliquer la formule cahalistique Tr-p TDi"Pû3 THD qu'on trouve dans le 
Zohar par causa, T21 casus, causa, et do prouver par là que l'auteur de 
Zohar vivait en pays latin? Avec de tels arguments on ne persuadera cer- 
tainement pas ceux qui croient que le Zohar est uue fabrication du 
xiu° siècle. — A. N. 

bfinUF y*1N rnûYlp 'o Sur la sainteté de la Terre-Sainte suivant les auto- 
rités rabbiniques, par Jacob Mardochéc Ilirschensohn. Jérusalem, impr. 
lsaac Hirschensohn, 5645 (1885), in-4° de 12 IL 

fm "*WD Schaare Zion, Beitrag zur Geschichtc des Judenthums bis zum 
Jahre 1372, von Rab. Isaac de Lattes, mit Noten und einer Einleitung 
versehen von Salomon Buber. Jaroslau, Eisig Graber, 1885, in-8° de 48 p. 

Ce petit livre est une réimpression de l'introduction littéraire qu'Isaac de 
Lattes a mise en tête de son ouvrage ms. intitulé 'HDD rP"]p7 et déjà 
publiée par M. Gross ; nous en avons donné les variantes, tirées d'un ms. 
de la bibliothèque de M. le baron David de Gûnzburg (voir Hevue, t. IX, 
p. 60 pass.). Si M. Buber avait eu à sa disposition notre article, il n'aurait 
pas fait deux ouvrages différents du 'piït "H^EÏ et du 1DD n"Hp. H au- 
rait pu, en outre, se dispenser de beaucoup de conjectures résolues par nos 
corrections. Par exemple dans le passage où Moïse ibn Tibbon et Sa- 
lomon (pourquoi M. Buber met-il Samuel ?) de Melgueil sont entremêlés. 
D'ailleurs ce passage est déjà corrigé dans l'Histoire littéraire de la 
France, t. XXVII. Inutile est la conjecture d3T ,b 7 (de Nyons) au lieu de 
w S 2~\ j" 1 *"! (de Noves), lieu natal d'Abba Mari, fils d'Aligdor ; d'ailleurs 
Nyons s'écrit en caractères hébreux EîfàlîOD- Le nom de Violas de Rhodez, 
que portait Mordechai fils de Josué, est confirmé par la leçon lîîNb'T'l dans 
nos variantes. Les notes de M. Buber abondent en renvois aux chroniques 
juives et aux écrits des savants modernes tels que MM. Steinschneider, 
Graetz, Jellinek, etc., mais l'Histoire littéraire de la France est passée 
sous silence. Est-il possible qu'à Lemberg cet ouvrage important soit in- 
connu? Il est triste de voir gaspiller tant de papier et tant de temps pour 
des faits qui sont déjà donnés ailleurs. M. Buber aurait pu ou ne pas re- 
produire une monographie, qui est d'ailleurs très accessible, et s'en tenir à 
ses études spéciales des Midraschim, dont il a produit d'excellentes éditions 
avec des notes remarquables, ou bien demander à d'autres savants quels 
sont les récents ouvrages sur la matière. — A. N. 

FR35TI mttlb^n 'O Talumoth Chochmo (Gebeimnisse der Weisbeit), Com- 
mentar zu den fûnf Bûchera Moses. Erlâuterung der in den fûnf Bûchera 
Moses ûber die Existenz Gottes, Schôpfung der Welt, speciellc und ge- 
nerelle Providenz, Gottesdienst, Théologie, Elhik, Psychologie, Erziehung 
des Menchengeschlechts und Geschichte des jûd. Volks enthaltenden 
Lehren, par M. Rosenbaum. Genesis. Berlin, libr. II. Itzkowski, 1882- 
1884), in-8° de viii-124 p. 

Voilà beaucoup de choses dans un seul ouvrage ! Le seul intérêt du 
livre, s'il y en a un, c'est de voir comment l'auteur cite, dans un singulier 
amalgame, les idées rabbiniques d'époques et de provenances différentes. 
Les deux fascicules publiés vont jusqu'à la section de Vayyéra. 

Abarbanel (Don Isaac). Le Principe de la Foi ou la Discussion des 
croyances fondamentales du Judaïsme, traduit par le grand rabbin Mossé. 
Avignon, impr. Amédée Gros, in-8° de lii-232 p. 



2GG REVUE DES ETUDES JUIVES 

Les personnes qui ne savent pas l'hébreu sauront gré à M. Mossé 
d'avoir mis à leur portée un livre dont la lecture peut les intéresser et pour 
lequel une traduction rapide, dépouillée de tout appareil scientifique, est 
provisoirement suffisante. 



DMG. ; VIII. Band, n° 3. Fragmente syrischer imd arabischer Historiker 
herausgg. und ùberselzt von Frieder. Baethgen. Leipzig, Brockhaus, 1884. 

P. 108. En l'an 5 de l'hégire les Juifs font une alliance avec les Béni 
Qureis pour lutter contre Muhammed ibn Abd Allah ; Muhammed les bat à 
El Handoq (le fossé) et Ali ibn Abi Talit tue Amr ibn Adur. — P. 111, 
an 20 de l'hégire. Amar ibn el Hottab expulse les Juifs de Nedjran et les 
transfère àKufa. — P. 122, an 101 de l'hégire. L'empereur Léon oblige les 
Juifs de son empire de se baptiser. — P. 141, an 309 de l'hégire. Scission 
entre les Juifs de l'ouest et de l'est à cause de la date (Zahlung) de leurs 
fêtes. Ceux de l'ouest commencent leur année mardi, ceux de l'est, jeudi. 
— P. 153, an 400 de l'hégire. Hakim, qui règne en Egypte, ne laisse sub- 
sister ni églises, ni synagogues. — Ces notices sont des fragments ex- 
traits de la chronographie syro-arabe d'Elie de Nisibe (après 1046 de l'ère 
chrét.), ms. autographe du British Muséum. 

Der Aristeasbrief. Zur Geschichte der Entstebung der ersten Bibel-Ueber- 
sctzung (aus dem grieckiseken ucbersetzt), mit Prospect und Einleitung. 
Wien, impr. lierai. Liebermann, 1885, in-8° de 32 p. ; l 0r fascicule d'une 
collection intitulée : Volksausgabe des jûdisch-hellenistischen Sckrift- 
tbums der drei vorchristlichen Jabrbunderte, unter Mitwirkung von 
Fackmânnern; rédigé et publié par Oskar Waldeck, éditeur du journal 
Kritik und Reform. 

Ce premier fascicule ne contient que l'introduction à la lettre d'Aristée. 
Nous souhaitons que l'œuvre de M. Waldeck obtienne le succès qu'elle 
mérite. 

Bergel (Josef). Die Medizin der Talmudisten, nebst einem Anbange : die 
Anthropologie der alten Hebràer. Leipzig, libr. Wilh. Friedericb, 1885, 
in-8° de vm-88 p. 

C'est un petit livre utile pour ceux qui ne possèdent pas l'ouvrage de 
Wunderbar (Bibl.-talmudische Médecin) devenu très rare, et que M. B. 
ne semble pas connaître. Sa méthode est bonne, en général, quoique le 
titre de l'appendice, « Anthropologie des anciens Hébreux », pourrait trom- 
per ceux qui s'occupent de cette matière; il aurait fallu intituler ce cha- 
pitre : anthropologie ou plutôt physiologie selon les anciens Hébreux, ou, 
pîus exactement, médecine des Juifs après le second temple. N'étant pas 
médecin, nous ne pouvons affirmer que M. B. ait toujours donné la vraie 
explication des maladies et des remèdes cités dans le Talmud. Nous de- 
vons certainement un peu nous méfier d'un auteur qui écrit à la fin de sa 
préface, en parlant des difficultés qu'on rencontre pour la traduction des 
mots grecs, romains, persans, syriaques et araméens (sic) du Talmud, 
les mots suivants : « A l'aide des dictionnaires de R. Nathan, de M. Landau 
(c'est sans doute l'édition de R. Nathan?) et surtout du Maschbir de J.-B. 
Schônhak (ouvrage, selon nous, très peu critique pour ce sujet), nous 
avons fait notre possible, et nous regrettons seulement que le dictionnaire 
araméen de Lewy (sic) n'ait pas été à notre disposition. » M. B. veut-il 
désigner par là le dictionnaire talmudique de J. Lévy ou Die Pflanzenna- 
men de M. Lôw ? Ne pas posséder ces deux ouvrages quand ou écrit sur les 
mots en langues étrangères usités dans le Talmud, c'est ressembler à quel- 
qu'un qui se mettrait à écrire sur les étymologies françaises sans regarder 
dans Littré. — A. N. 



HIBLÏOC.RAPIIIF. 267 

Càrnevali (Luigi). Il ghetto dî Mantova, con appendice : Sui medici ebrei. 
Mantoue, inipr. Mondovi, 1884, in-8° de 55 p. 

Cassel (Paulus). Ahasvérus, die Sage vom ewigen Judoii, eine wissen- 
iohaftliche Abbandlung, mil einem kritisclien Protest wider Ed. v. ltart- 
nianii und Adoli' Stocker. Berlin, Internationale Buchliaudlung, 1885, 
in-8° de 70 p. 

Lorsque nous avons analysé, dans la Revue, l'ouvrage récent de 
M. Neubaur sur le Juif-errant, nous avons montré que ce livre, très 
estimable d'ailleurs, était spécialement consacré à la bibliographie et n'avait 
pas ajouté grand'chose à ce qu'on savait déjà sur la légende du Juif-errant. 
La brochure de M. C. montre comment un esprit sagace et profond 
peut féconder un sujet qui semblait épuisé. On sera d'accord avec 
l'auteur que si la légende du Juif-errant s'est développée assez tard dans les 
monuments littéraires, elle repose néanmoins sur un certain nombre d'idées 
qui datent au moins des premiers siècles de l'ère chrétienne et se sont con- 
servées, en se transformant, dans l'imagination populaire. Une de ces idées, 
et des plus anciennes, est que certains hommes sont conservés vivants, ou 
au moins dans une certaine léthargie, à travers les siècles, soit pour être 
les précurseurs et les agents de la paix universelle (Hénoch, Elie, chez 
les Juifs ; l'apôtre Jean chez les chrétiens), soit pour être les antagonistes 
du Messie (l'empereur Néron, l'Antéchrist). L'opinion admettait aussi 
que certains hommes bienfaisants avaient une activité incessante se 
répandant sur toute la surface de la terre (saint Paul), tandis que d'autres 
étaient condamnés à une agitation et à des déplacements perpétuels. Le 
plus ancien type de ces derniers est Caïn, condamné à errer et portant 
son signe au front ; puis viennent Antiochus Epiphane, le tyran toujours 
agité, Hérodiade, Hérode, Ponce Pilate, que la légende chrétienne voue 
tous trois à des courses sans fin (Hérode serait devenu le chasseur infati- 
gable Rode) ; puis, des peuples maudits commes les tziganes, des rois con- 
sidérés comme persécuteurs et qui se livrent à une chasse sans trêve (Nem- 
rod, Orion, le roi Afthur, Thidrek de Berne, etc.). Les Juifs, comme 
peuple maudit, dispersés à travers le monde, subissent la même peine ; de 
là, l'idée fondamentale du Juif-errant. Ils portent la rouelle, souvenir du 
signe de Caïn. Le Juif-errant, qui les personnifie, s'appelle Cartaphilus, ce 
qui doit être une corruption du mot Chartophylax, archiviste, parce que les 
Juifs, comme dépositaires de l'Ancien Testament, sont les gardiens des 
titres les plus nobles de l'humanité et du christianisme. Il s'appelle aussi 
Ahasvérus, en souvenir du méchant Aman et de son roi Ahasvérus, qui 
représentent les deux hêtes de l'Apocalypse (Nr>'0"lïl \f2T^ = 666, le 
nombre fameux de l'Apocalypse). Le Juif-errant est aussi appelé Boutta- 
deus, ce qui ne signifierait pas « qui boute Dieu dehors », mais serait un 
souvenir des voyages accomplis à travers le monde par le Bouddha. Enfin 
il s'appelle Isaac Laquedem, ce qui viendrait, non du mot hébreu kédem, 
mais du mot roman qui est devenu le français laquais, qui a signifié autrefois 
coureur, courrier, et où il peut y avoir un souvenir de la racine hébraïque 
Tialakh, aller, marcher. Enfin, après sa conversion au christianisme, on lui 
a donné le nom de Joseph, probablement comme prétendu représentant des 
dix tribus, attendu qu'il fut, pour la première fois, vu en Arménie, où l'on 
supposait qu'il y avait des restes des dix tribus. Son nom de Grégoire si- 
gnifie « celui qui ne dort jamais » ; le nom de Krantz qu'on lui donne aussi 
vient de la racine qui désigne la grue, l'oiseau voyageur. Les ressemblances 
et les dissemblances qu'on remarque entre lui et saint Paul, le grand voya- 
geur chrétien, font qu'il est baptisé par Ananias, comme .saint Paul, et 
qu'il a, comme saint Paul aussi chez certains auteurs, la profession de 
savetier. M. C. recueille et explique encore beaucoup d'autres traits de la 
légende ; ce qui précède suffit à indiquer quel est l'intérêt et la saveur de 
cette étude. 



268 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Catalogues. Katalog des antiquarischen Bùcherlagcrs von J. Kauffmann, 
Francfort-sur-le-Mein, 1884, n° XL — Catalog-Judaica von Fischl Ilirsch, 
Ilalberstadt (1884, autographié, 431 numéros). — dW*ï1 Ù'HDDÎI ntt'W 
(à la librairie Jakob Ehrenpreiss à Lemborg, 16 pages, GOO numéros). — 
Catalogue de manuscrits hébreux, collection Schônblum, arrangé et mis 
en vente par Samuel Schônblum, Lemberg, 1885. — Catalog einer werth- 
vollen Sammlung hebr. und jùdischer Bûcher, Ilandschriften, etc. (pro- 
venant de Jacob Wolf de Jonge et de Naftali IL Rubens) ; Amsterdam, 
1885, in-8° de 84 p., 1510 numéros. — ÏWttl Katalog von A. Faust's 
Buchhandlung in Krakau, 1884, in-8° de 83-56 p., 4449 numéros.— 
Jacob v. Pascheles, 21. Catalog, Judaica und Hebraica. Prag, 1885. — 
Catalog A. Goldschmidt, Hamburg, 1885, in-8° de 48-22 p. ; 1427 -f 102 
numéros. — Katalog der sehr wichtigen und werlhvollen Bùchersamm- 
lung, besonders Hebraica und Judaica, Rabbiner-Portraits, etc., enthal- 
tend, nachgelassen von... Jacob Ferrares. Amsterdam, 1885, in-8° de 
93 p., 1317 numéros. 

Vom Cheder zur Werkstâlle. Eine Erzahlung aus dem Leben der Juden in 
Galizien von F. v. St. G. Wien, Alfred Ilolder, 1885, in-8° de 40 p. 

Clermont-Ganneau. Les fraudes archéologiques en Palestine, suivies de 
quelques monuments phéniciens apocryphes, avec 32 gravures et fac- 
similés. Paris, libr. Leroux, 1885, in-18 de 357 p. 

Ce livre, dont nous allons donner une courte description, est divisé en 
trois parties : 1° Inscriptions authentiques de Palestine antérieures à la des- 
truction de Jérusalem par Titus. Ici la stèle de Mésa prend la place prédomi- 
nante, bien qu'elle n'appartienne pas à la Palestine proprement dite. Puis 
vient l'inscription de Siloé, elle est déjà connue de nos lecteurs. M. G. 
a l'habitude de ne guère citer les autres, il y reste fidèle. Est-ce lui qui 
a découvert et reconnu le premier que « les ingénieurs israélites, procé- 
dant comme nos ingénieurs modernes, ont attaqué simultanément le tunnel 
de Siloé à ses deux extrémités et se sont exactement (?) rencontrés au 
milieu » ? Ses lecteurs pourraient le croire. La suite du livre contient les 
inscriptions de Gezer (deux mots en tout : *-)îà ûnn), de la stèle du Temple 
de Jérusalem (en grec, contenant le texte de la fameuse loi interdisant, 
sous peine de mort, aux païens, aux gentils, l'accès des enceintes sacrées 
du Temple reconstruit par Hérode), des cachets , poteries et ossuaires 
israélites, et finalement du sarcophage de la reine Saddan, ou Sadda. 
M. G. dit, à propos de ce nom : « Je crois être en état de démontrer que 
cette reine Saddan n'est autre que la reine Hélène d'Adiabène en 
personne. » Mais la preuve ne vient pas, nous aurions été heureux de 
l'avoir tout de suite. La seconde partie traite des fabrications d'anti- 
quités en Palestine. Ici encore nous aurions souhaité que l'auteur n'eût 
pas ignoré ce que d'autres ont pu écrire sur la matière. Nous laisserons 
de côté les monuments de second ordre, et nous nous occuperons surtout 
des poteries moabites, à présent à Berlin, et du fameux Deutéronome, 
apportés en Europe par feu M. Shapira. Quant aux premières, M. G. dit 
qu'il n'hésita pas, après avoir vu les aquarelles, à déclarer à quelques 
savants anglais qu'elles étaient fausses de la première à la dernière ; 
cependant il ne se crut pas autorisé à saisir le public de cette alfaire par la 
voie des journaux. Cela est très bien, nous croyons M. G. sur parole, 
mais de quel droit doute-t-il de celle de M. leD r Ginsburg, qui assure que 
même chose lui est arrivée pour le fameux Deutéronome ? Le journal 
Academy avait cependant, après la publication du premier article de 
M. Schlottmann, donné une lettre dans laquelle les Moabitica étaient 
déclarés faux pour des raisons philologiques et archéologiques. M. G. ne 
mentionne pas cette lettre. Dans l'affaire du Deutéronome, AL G. a un 



BIBLIOGRAPHIE 269 

beau cri : veni, vidi, vici ; c'est le cri de César, ot cette joie fait plaisir 
;voir. On dirait à entendre ces récits circonstanciés de son voyage 
Londres, de son séjour dans cette ville, de la diplomatie déployée par lui 
pour voir les mss., que M. G. est venu sauver le monde d'un péril 
immense. Il a reconnu, par les lignes tracées sur le cuir de M. Shapira, 
que les bords du parchemin étaient des fragments de rouleaux de la Loi, 
cela est parfaitement vrai ; mais une quinzaine de jours avant sa décou- 
verte, 1 auteur d'un paragraphe anonyme publié dans Y Athenaeum se pro- 
nonçait pour la fausseté de ce document en se fondant sur ce fait que le cuir 
ne peut se conserver dans le climat humide de Moab pendant 2500 ans. Et 
le 11 août (la découverte de M. G. date du 18, sa lettre dans le Times a 
paru le 2l), une lettre détaillée fut adressée à YAcademy, après la publi- 
cation, par M. Ginsburg, de la traduction des dix (plutôt onze) comman- 
dements, où il était prouvé, par des raisons philologiques (les mêmes rai- 
sons par lesquelles on avait, à Berlin, déclaré le document faux, deux mois 
auparavant, fait inconnu alors en Angleterre) que le fameux Deutéronome 
était une fabrication, et l'auteur de cette lettre ajoutait qu'il était tellement 
convaincu de la fausseté du document qu'il trouvait inutile de se rendre à 
Londres pour le voir. M. G. mentionne-t-U cette lettre dans les 84 pages 
qu'il consacre à cette histoire ? Non, mais il sait se fâcher contre 
M. Ginsburg, qui, à son tour, ne cite pas M. G. Nous rendons volontiers 
justice au ilair d'archéologue de M. G. et à ses mérites scientifiques, nous 
voudrions seulement qu'il laissât aux autres le soin et le plaisir de les 
proclamer. — A. N. 

Clbrmont-Ganne&u. Mission eu Palestine et en Phénicie entreprise en 
1881. Cinquième rapport. Paris, libr. Maisonneuve, 1884, in-8°, p. 51 
à 146. 

Le n° 62 du catalogue des monuments recueillis par M. C.-G. est un 
plat circulaire en bronze coulé et ciselé, décoré de rinceaux, fleurs, feuil- 
lages, et portant, entre autres, dans l'ornementation du rebord, un petit 
édicule fermé par une porte à deux vanteaux (une arche pour les rouleaux 
de la Loi ?) et une assez curieuse menora. à sept branches. — N° G3. 
Simple lampe, probablement juive. — N° 70. Plaque juive avec inscrip- 
tion grecque incomplète. — N° 91. Fragment d'une inscription provenant 
de la nécropole antique de JafTa. — Dans la seconde série- (monuments 
reproduits, mais non rapportés), les n 05 4, 5, 6, 7, 9, 11, sont des fragments 
provenant de la même nécropole. Le n° 6 est l'épitaphe (judéo-grecque) de 
Siméon fils d'Isaac ; le n° 7, l'épitaphe de Ioulinas Glegoria; le n° 11 a 
deux palmes et le mot Û"M- — N° 20. L'inscription de Siloé. — N° 26. 
Inscription hébraïque d'un ossuaire juif : TlTO ^3 ^TlC*. — N° 28. Ins- 
cription très intéressante du juif Tryphon Presbyter et de Judan ben 
Tarfon (qui serait, d'après la conjecture excellente de M. D. Kaufmann, le 
personnage nommé dans Zacuto, Yohasin, édit. Londres, p. 150). — 
N os 30 à 32. Inscriptions judéo-grecques sur des ossuaires. — N° 50. 
Inscript, hébr. sur un chapiteau ionien. — N° 73, Ancien édicule juif des 
environs de Jérusalem, très intéressant pour le style de l'architecture. — 
N° 76. Plaque sculptée d'un sarcophage ou d'un tombeau, avec cette ins- 
cription npPYltt D^r» ÏT^IÎO, que M. C.-G. traduit : Mariah, la pro- 
sélyte ardente. — N os 78, 79. Ossuaires juifs. — N° 93. Vue de Selwan, 
montrant, entre autres, l'emplacement de la pierre de Zoheleth (M. C.-G. 
se borne à cette énumération ; la vue n'est pas reproduite ici). — N° 124. 
Plan et coupe de l'aqueduc de Siloé (avec planche). — N° 128. Epitaphe en 
hébreu carré, de Byblos, en 1411 des Séleuc. M. D. Kaufm. propose de tra- 
duire : Epitaphe de Tamim le lévite fils de Menasché ("nbïl Û^an t|ON5). 
— N° 132. Troisième exemplaire de l'inscription bilingue de Gézer, autre- 
fois découverte par M. C.-G. et fixant la limite et l'emplacement de cette 
ville. En outre, description d'un ossuaire juif avec inscription grecque 



270 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'où M. C.-G. tire celte conclusion que le nom grec Alkios est l'hébreu 
Hilkiyyahu. Voir D. Kaufmann, dans Oesterr. Monatsschrift fur den 
Orient, 15 mars 1885, n° 3, p. G5. 

Engel (Moritz). Die Losang dcr Paradiesfrage mit einer Karte. Leipzig, 
OUo Schultzc, 1885, in-8° de xn-195 p. 

Comme invention purement géographique, l'idée de M. Engel est inté- 
ressante. Il a cherché, pour identifier le paradis, un lac où entrent quatre 
ileuves, et il en a trouvé un (il en existe probablement d'autres) dans 
l'oasis Ruhbe, dans le Harra du Wadi Ragil, au sud-est de Damas. 
Les quatre cours d'eau y sont et pour peu qu'on veuille bien y mettre 
de la bonne volonté, on trouvera, avec M. Engel, que le Prat est 
le Nahr el Kebir ou Eleutheros ; le Hiddékel, le Wadi-el-Garz ; le Pisou, 
le Wadi-el-Tês ; le Gihon, le Wadi Gumèr ; le pays de Havila, le SafTa. IL 
n'y a pas jusqu'à une Salim ou Salem (celle de Melchisédec) qu'on ne 
puisse trouver dans cette région. 

Gaster (M.). Beitràge zur vergleickendcn Sagen- und Marchenkunde . Bu- 
karest, impr. Stefan Mikalescu, 1883, in-8° de 107 p. 

Tirage à part de la Monatsschrift, de Graetz, 29° et 30° années. Nous 
avons analysé autrefois quelques-unes de ces intéressantes études, dans notre 
Revue des périodiques. Voici le titre des onze chapitres de ce recueil: 
1. La Cassette (Baba batra, 58 a) ; 2. Le trésor dans le tronc d'arbre 
(Nedarim 25 a, Lévitique rabba, sect. G; Jalkut, I, 475 ; Sippuré happelaot, 
Lemberg, 1851, f° 11 a) ; 3. Jugement de Sodome (Sanhédrin, 109 b, etc.) ; 
4. Les légendes virgiliennes de Naples (la viande de boucherie préservée de 
la corruption, etc.; M- G. aurait pu rappeler qu'il existe une légende pareille 
sur Raschi). 5. L'homme au nuage (Taanit, 23 a; Moed Katon, 9 b) ; 
6. L'or dans le bâton (Nedarim, 25 a, etc.); 7. Un poisson pris pour une île 
(Baba batra, 73 b) ; 8. Le cœur sur le continent {Jalkut Schim., I, n° 182) ; 
9. Grenouille et scorpion (Nedarim, 41 a) ; 10. Lilith et trois anges; 11. Choni 
hameagel. 

Guéneau de Mussy (le docteur Noël). Etude sur l'hygiène de Moïse et des 
anciens israélites. Janvier 1885. Paris, libr. Adr. Delahaye et E. Lecros- 
nier, 1885, in-8° de 16 p. Tirage à part de l'Union médicale, n os 3 et 4 
de 1885. 

Dans cette étude, l'éminent membre de l'Académie de médecine com- 
mence par montrer que la loi de Moïse subordonne la vie politique 
et sociale à la morale, à la pratique du bon et de l'honnête. Ce sont ces 
principes qui dominent aussi dans l'hygiène de la Bible. Cette hygiène a 
contribué à la conservation des Israélites, malgré des circonstances très dé- 
favorables. Elle a été aidée par les qualités morales des Israélites, l'amour 
de la famille, l'amour du travail. La loi du sabbat présente à la fois des 
avantages hygiéniques et sociaux, surtout si elle est exécutée dans un 
sentiment religieux. Les prescriptions relatives à l'alimentation sont 
excellentes : le sang est le véhicule des germes infectieux, la graisse est 
indigeste, les lois relatives au poumon des bêtes de consommation sont 
aujourd'hui justifiées, depuis que l'on connaît la transmissibilité de la tu- 
berculose par les aliments. L'hygiène des habitations, des vêtements, etc., 
n'est pas moins bien entendue dans le Pentateuque. Les sanctions sévères 
de la Loi s'expliquent par les idées du temps et l'état de barbarie des 
Hébreux. Il ne faut pas « les juger au point de vue des idées modernes ». 
Cette étude sera lue avec intérêt, elle emprunte une valeur particulière à la 
haute compétence de l'auteur. 

Hoffmann (D.). Der Sckulchan Aruch und aie Rabbinen ùber das Verhal- 
tniss dcr Juden zu Andersglaubigen, 



BIBLIOGRAPHIE 271 

Gildemeister in dem ïsaakiade Prozesse abgcgcbenen gericlitlichen 
Gutachtens. Separatabdruck der Jùd. Presse. Berlin, libr. de la Jùd. 
Presse, 1885, in-8° de vi-149 p. 

Cet excellent travail montre les nombreuses erreurs et falsifications volon- 
taires mises dans lo Talnnul par de récentes publications. Il n'a pas seule- 
ment cette valeur négative, il apporte la lumière sur un grand nombre de 
questions de critique littéraire. Nous recommandons spécialement, à ce point 
de vue, le chapitre où (p. 100 et suiv.) M. H- prouve que le fameux mot 
accu,,! a été introduit par la censure dans lo Schulhan Arukh, puisqu'il 
n'existe pas dans les quatre éditions les plus anciennes. Peut-être le mot 
a-t-il, même dans lo Talmud, la mémo origine. L'explication du sens du 
mot cuti dans les écrits rabbiniques postérieurs (ibid.) est également inté- 
ressante. Enfin, les exemples donnés p. 136 et suiv. montrent comment les 
anciens rabbins se sont peu à psu atïrancbis des vieilles lois d'exception, 
datant de la plus baute antiquité, et relatives aux populations non-juives. 
Cette question mériterait d'être examinée une autre fois plus à fond. M. II. 
sait bien, mais il n'y a peut-être pas assez insisté, que toutes ces lois contre 
les payens des temps bibliques, contre les Grecs, les Romains, les per- 
sécuteurs des Juifs, ont été répétées dans les recueils rabbiniques unique- 
ment à titre de renseignement arebéologique, parce que ces recueils, même 
quand ils étaient destinés à servir de manuel pratique, voulaient pourtant 
et avant tout être des manuels scientifiques, destinés aux étudiants et aux 
savants. Il faudrait aussi, pour qu'une étude de ce genre fût complète, com- 
parer la législation ou la morale rabbinique avec les produits de la légis- 
lation et de la morale contemporaines. Demander à un rabbin du xn e s. 
d'avoir les mêmes idées qu'un bomme du xix° s., c'est demander l'impos- 
sible. Il faut mettre chaque chose à sa place et dans son milieu. 

Jackson (Luis). 1900; the transference of the Jewish Sabbatb to tbc day of 
Rest. Cbicago, libr. Gerald Pierce, 1885, in-8° de 3 p. non chiffrées, titre 
compris. En tête, ces mots : European édition. 

Jabrbùcber fur jùdiscbe Gescbichtc und Literatur, herausgegeben von 
N. Brùll ; VII. Jahrgang. Francfort-sur-le-Mein, librairie Erras, 1885, 
in- 8° de 188 p. 

Les annuaires sur l'histoire et la littérature des Juifs publiés par 
M. Brûll deviennent de plus en plus maigres, et comme annuaires 
ils paraissent très irrégulièrement. Le volume de la 7° année ne contient 
que 46 pages d'articles originaux, le reste (p. 57 à 184) se compose de re- 
censions non pas de livres qui ont paru seulement dans Tannée 1884, mais 
de livres parus de 1880 à 1884 ; non pas de tous les livres publiés pendant 
cette période, mais, à ce qu'il semble, uniquement de ceux que les auteurs 
ont envoyés à M. Brùll, pour la plupart en tirages à part. Donnons un 
spécimen de ces recensions. M. Br. s'occupe de l'édition du prétendu com- 
mentaire d'Ibn Ezra sur les Proverbes, faite par M. Chaim M. Horowitz. 
M. Brûll est sûr que ce commentaire est réellement d'Abraham Ibn Ezra, 
tandis que M. Driver, qui en a fait le premier une édition d'après un autre 
ms., en 1882, donne des preuves évidentes que ce comm. ne peut pas être 
d'Ibn Ezra. M. Br. réfute-t-il les arguments de M. Driver ? Non, il dit 
simplement : « Nous ne connaissons pas l'édition qui a paru en Angle- 
terre ». Il lui était cependant bien facile de se la procurer. 

Parmi les articles de fond, le premier, sur la composition du traité des 
Abot, est intéressant. M. Brûll essaye de nous renseigner sur la composi- 
tion originale de ce traité d'éthique. Nous croyons qu'on devrait nous laisser 
un peu de repos pour digérer ce qu'on nous apprend sur les compositions 
originales de la Mischna et des livres midraschiques. Une première rédac- 
tion a-t-elle jamais existé ? C'est au moins douteux, puisque rien ne fut 
écrit avant la rédaction de la Mischna actuelle du moins. Il est facile de 



272 REVUE DES ETUDES JUIVES 

trancher les questions de rédaction quand on se croit autorisé à dire, sans 
hésitation, que tel ou tel passage est postérieur à tel autre et a été ajouté 
plus tard. Mais est-on sur que le rédacteur de la Mischna ait toujours été 
très logique dan9 la disposition de ses matériaux, et est-il vraiment légitime 
de se demander pourquoi l'ordre chronologique n'est pas suivi ou pourquoi 
le traité d'Afrot, par exemple, se trouve dans l'ordre de Nezikin ? La 
réponse est facile : quand on prend un livre quelconque composé en hébreu, 
en Orient ou en Pologne, dans les temps les plus récents, on voit qu'il 
ne s'y trouve pas plus de logique dans l'arrangement des matières que dans 
les livres talmudiques. D'ailleurs un traité de morale a parfaitement 
sa place dans un recueil qui traite des actes juridiques et des devoirs 
de l'homme envers son prochain. 

Le second article de l'Annuaire nous donne un choix de Proverbes 
hébreux post-talmudiques, par ordre alphabétique. Viennent ensuite des no- 
tices diverses, p^s ou moins étendues, qui ne sont pas dénuées d'intérêt. 
M. Br. trouvera, à la page 80 de cette Revue, que le mot "Oïl 73 123 ne veut 
pas dire « Samaritain », mais que c'est une simple traduction du nom de 
famille « Gard •. 

Dans les recensions, celles qui portent sur la littérature talmudique, 
seront lues avec beaucoup d'avantage, car M. Br. est tout à fait maître de 
ces matières. Au cours de sa recension des Psaumes de M. Graetz, M. Br. 
propose des corrections très acceptables. Telles sont, par exemple, 
p"H W (IL 1) au lieu de 15ï"p ; 1Z3N 1733 (H, 12) pour urttTD. D'un 
autre côté, "pjD HUpn pour H "3 1p1253 (II > 12) est aussi impossible que le 
1 51 53 3 Ipïnïl proposé par M. Graetz. Sur l'extrait que M. Schiller- 
Szinessi donne, dans une note de son édition du commentaire de 
D. Kamhi sur les Psaumes, d\in ms. où Avicebron est identifié 
avec Ibn Gabirol (pourquoi M. Schiller cite-t-il constamment les mss. de la 
bibliothèque de Cambridge par leurs numéros sans dire quels ouvrages le 
ms. contient? son extrait est peut-être la traduction hébraïque du passage 
italien de Léon Abrabanel donné par Munk, Mélanges, p. 304, note 2?) à 
propos du Fons vitae de Gabirol, en hébreu tP^n 11p73î nous ajouterons 
que dans un ms. de la Bodléienne, Mich. 314, notre catal. n° 2187, 2, 
qui renferme un commentaire de Hezékia fils de Halafta b^lUtïli com- 
posé en 1322, sur le Tractatus de Petrus Hispanus, se trouve le passage 
suivant (f° 51): i£ib tPTï^n 173 IS» fcÔ llBDm 5121)3 1JPK ÛS3 b*3N 
ÏD^Tî "p^a "IQOa 11*173 1125 "-UN- On serait tenté de croire, d'après cela, 
qu'il y avait deux traductions hébraïques de l'ouvrage philosophique 
d'Ibn Gabirol. Dans la recension du traité d'Abot, publié par M. Strack, 
M. Br. propose de prendre le nom de Hurkanos comme traduction latine 
de ToLùoiç ; nous croirions plus volontiers que c'est une corruption du nom 
S-IDpbN. — A. N. 

Jahres-Bericht des Rabbiner-Seminars zu Berlin pro 5644 (1883-1884\ 
Vorangebt eine Abhandlung von. Prof. Dr. J. Barth : Beitrâge zur Erkla- 
rung des Jesaiab. Berlin, impr. H. Itzkowski, 1885, in-8° de xxvn-35 p. 

Outre les explications de détail que contient l'étude de M. Barth sur 
divers versets d'Isaïe, on remarquera spécialement ses observations sur la 
place qui est accordée, dans les prophéties d'Isaïe, au chapitre VI, qui con- 
tient le récit de la vocation du prophète et devrait être en tête du recueil ; 
et les observations sur le chapitre IX, que M. B. ne veut pas considérer 
comme ayant en vue le Messie, mais qu'il applique au roi Ezéchias. 

Abu-1-Hasan Jehuda Hallewi. Das Buch Al-Chazarî aus dem arabischen 
uebersetzt von D r Hartwig HirscMeld. Breslau, libr. Wilhelm Kœbner, 
1885, in-8° de l-290-(G) p. 

L'introduction contient une bonne étude sur les Khozars. Jusqu'à ce que 
M. Hirschfeld nous donne le texte arabe du Cozari, sa traduction mérite 



BIBLIOGRAPHIE 273 

d'être consultée de préférence à celles qu'on a déjà en latin et en alle- 
mand. Nous ne croyons pas avoir vu citer, dans l'introduction, un travail 
de P. Cassel sur les Khozars, fait en 1877, sous le litre de Dcr Chazarischo 
Koenigsbrief. 
Die Kabbala, ihre llauptlebrc und ibr Ycrhaltniss zum Cbristcntbum. 
Innsbruck, Vereins-Buckhandlung u. Bucbdruckerci, 1885, in-8° de 58 p. 
L'ouvrage a été publié pour la « Confirmation de la foi catholique ». 
N'aurait-il pas quelque parenté avec le fameux D r Justus? 

Knoller (L.). Das Problem dcr Willensfreiheit in dcr alteren jùd. Reli- 
gionsphilosophie. Breslau, libr. Wilh. Koebner, 1884, in-8° de 95 p. 

Le problème de la liberté humaine est étudié, dans cet ouvrage, d'après 
Saadia, Juda Hallévi, Josef ibn Çaddik, Abraham ibn David et Maïmo- 
nide. 
Lagarde (Paul de). Probe einer neuen Ausgabe der lateinischen Ueber- 
setzungen des Alten Testaments. Gœttingen, libr. Dieterich, 1885, in-8° 
de 48 p. 
Levi (David), ancien député au parlement. 11 Scmitismo nellà civilta dei 
popoli. Turin, impr. de l'Unione tipografica, 1884, in-8° de 92 p. 

Lévy (Emile). La monarchie chez les Juifs en Palestine selon la Bible et le 
Talmud. Paris, libr. A. Durlacher, 1885, in-8° de v-88 p. 

Cet ouvrage est divisé en trois parties: 1. Institution de la royauté 
(forme de la monarchie juive, élection du roi, conditions d'éligibilité; 
installation, sacre, couronnement) ; 2. Devoirs des rois (chevaux, femmes, 
trésor, devoirs religieux, devoirs envers les sujets) ; 3. Droits des rois (le 
roi peut-il être juge? être jugé ? Justice royale, le roi et le culte ; droit 
de guerre ; honneurs dus au roi ; revenus ; la cour, les fonctionnaires ; 
mort du roi, funérailles, loi de succession). La tentative d'un de nos jeunes 
amis pour exposer ces questions avec ensemble, ordre et méthode, est digne 
de sympathie. M. Lévy ne pouvait pas, à Verdun, se mettre au courant 
des travaux modernes sur la matière ; il a fait un très bon usage des ins- 
truments de travail qui étaient à sa disposition. On ne pouvait pas attendre 
de lui une critique des textes bibliques que lui interdisent ses convictions 
religieuses ; s'il a un peu trop mêlé à la réalité les fantaisies rabbiniques, 
nous sommes néanmoins heureux de le louer pour la bonne ordonnance de 
son sujet, la sagesse et la sobriété de ses observations. 

Lulmànn (D r C.)- Ueber den Begriff Amor Dei intellectualis bei Spinoza. 

Jena, impr. Fromann, 1884, in-8° de 46 p. 
Marx (Gustavus-Arminius). Traditio Rabbinorum veterrima de librorum 
Veteris Testamenti ordine atque origine. Leipzig, Julius Drescher, 1884, 
in-8° de 60 p. 

C'est l'impression, avec variantes, du texte bien connu de Baba batra, 
14 b, avec traduction et commentaire historique intéressant. 

Mayer (Michel), rabbin. Tsidkath Elohim ; instructions morales et reli- 
gieuses. Paris, libr. A. Durlacher ; libr. Blum, 1885, in-12 de xvi-233 p. 
Catéchisme israélite avec explications développées, contenant beaucoup 
de réflexions et d'observations édifiantes. L'ouvrage se divise en trois 
parties : Dogme, Morale, Culte. Il sera lu avec plaisir par tous ceux qui 
veulent connaître les idées qui dominent aujourd'hui dans la religion Is- 
raélite et en apprécier la haute valeur morale ; il servira utilement, dans 
les familles, de manuel pour l'éducation des enfants, 
T. X, N° 19-20. 18 



274 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Meyer (Cari). Der Aberglaube des Mitlelalters und der nâchstfolgenden 
Jahi'hiindertc. Bûle, impr. et libr. Félix Schneider, 1884, in-8° de vni- 
382 p. 

Contient, entre autres notices sur les Juifs, un intéressant passage (p. 192 
à 204) où sont traités spécialement les diiïérentes superstitions et les pré- 
jugés du moyen âge contre les Juifs. Les ditférents chapitres de ce pas- 
sage traitent des Juifs en général, du prétendu assassinat des chrétiens, de 
la légende des hosties profanées et des puits empoisonnés. M. Meyer aurait 
bien du classer parmi les légendes qu'il analyse et explique si bien celle 
de l'usure des Juifs prise dans le sens moderne du mot et que nous 
regrettons de voir si mal prise par lui (p. 193). Dans sa liste des fausses 
opinions des chrétiens, il y en a une, au moins, qui n'est pas absolument 
fausse, c'est celle qui est relative au voyage accompli sous terre, par les 
corps des Juifs morts, pour se rendre en Palestine ; si cette opinion ne peut 
pas être regardée comme officiellement consacrée ou faisant partie de la 
doctrine du judaïsme, elle constitue cependant une superstition réellement 
répandue dans les classes inférieures du Judaïsme. L'emploi du papier 
latin ou allemand pour certains usages moins que nobles (p. 194) n'est pas 
non plus de pure invention, seulement il ne faut y voir aucune intention 
blessante, on voulait simplement ne pas se servir de papier sur lequel étaient 
écrits des caractères hébreux. M. M. explique très bien les détails 
typiques que l'on retrouve dans la plupart des histoires du sang et qui sont 
calqués sur la Passion de Jésus. Il est dommage qu'à la fin de ce chapitre, 
l'auteur se croie obligé à des réflexions fâcheuses et qui, à notre avis, dé- 
parent un livre d'ailleurs très intéressant et très instructif. 

Ottolenghi (Salvatore). Il senso dei colori negli Israeliti. Estratto dal 
Vessillo israelitico, puntatta di settembre 1884. Casale, impr. G. Pane, 

1884, in-8° de 7 p. 

Observations faites par l'auteur sur la vue de 920 israélites. Il a trouvé 
que le daltonisme des Juifs était de 2.6 pour cent, ce qui est à peu près le 
chiffre normal chez les peuples européens. 

Orzesko (E -P.). Meier Esofowicz, Erzâhlung aus dem Leben der Juden ; 
einzig auctorisirte Uebersetzung aus dem Polniscben , von Lenbard 
Brixen ; mit 26 Illustrationem von M. Andiïolli. Dresde et Leipzig, libr. 
Heinr. Minden, 1885, grand in-8° de 266 p. 

Pailloux (le R. P.). Monographie du Temple de Salomon. Paris, impr. 
Jouaust, 1885, in-P. 

Perreau (Pietro). Intorno al comento inedito ebreorabbinico del Rabbi 
Immanuel ben Selomo sopra Giobbe. Parte prima e seconda. Corfou, impr. 
G. Nacamulli, 1884, in-8° de 81 p. Extrait du Mosè, Antologia israelitica. 

Notre savant ami M. P. décrit le commentaire d'Immanuel, le suit pas 
à pas, en extrait ce qu'il contient d'intéressant, en cite les passages mar- 
quants. C'est une bonne fortune pour l'œuvre d'Immanuel d'avoir rencontré 
un si habile commentateur. 

Pigeonneau (H.). Histoire du commerce de la France. Première partie : 
Depuis les origines jusqu'à la fin du xv e siècle. Paris, libr. L. Cerf, 

1885, in-8° de vin-468 p. 

Ce savant et excellent ouvrage contient un certain nombre de notices 
sur les Juifs. M. Pigeonneau est bien informé, il explique très bien com- 
ment, jusqu'à l'époque des croisades, le monde oriental (Egypte et Asie- 
Mineure) étant fermé aux chrétiens par la conquête musulmane, l'Espagne 
et la côte septentrionale de l'Afrique et même, pendant un certain temps, 



BIBLIOGRAPHIE 275 

la Septimanie étant au pouvoir des Arabes, le commerce tomba aux mains 
des Juifs, dont les relations avec leurs coreligionnaires d'Orient purent se 
maintenir (p. 66 et suiv.). Nous ne croj'ons pas a. l'instinct commercial 
des Juifs (p. 07), les Juifs des anciens temps, en IVestine, n'ont pas réussi 
dans le commerce, la législation oppressive sous laquelle vivaient les Juifs 
du moyen âge et que M. P. connaît très bien, explique seule pourquoi ils 
s'adonnaient au commerce, ils ne pouvaient pas faire autrement. Les extraits 
du Talmud de Jérusalem donnés par M. P. (p C8-G9) n'ont pas du tout la 
portée qu'il veut leur attribuer. Nous ne croyons pas davantage que les Juifs 
aient toujours été et soient « les premiers banquiers et les plus habiles com- 
merçants du monde (p. 68) », ce sont des lieux communs démentis par les 
faits; ni « qu'ils avaient l'argent (p. 19),» si l'on entend par là qu'ils étaient 
riches. C'est peut-être aussi une exagération de dire que Charles Martel et 
Pépin le Bref se servirent des Juifs contre les Arabes de la Septimanie et 
que Charlemagne les trouva disposés pour ses intérêts dans sa lutte 
contre les Sarrasins d'Espagne, les Lombards et les Grecs d'Orient (p. 69). 
Nous ne savons sur quels documents s'appuient ces informations. Au xn e 
et au xni e siècles (p. 242 et suiv.) les Juifs sont dépossédés entièrement par 
les Lombards et autres négociants chrétiens, qui ont bien aussi le fameux 
instinct commercial, et qui sont plus durs que les Juifs à l'emprunteur 
(p. 257). Cela n'est pas tout à fait d'accord avec un passage de la p. 107. 
A cette page, M. P. a une observation très fine et très juste : • On avait 
pour les Juifs une sorte de respect superstitieux, on les prenait pour des 
sorciers ». 

Rosin (David). Reime und Gedichte des Abraham Ibn Ezra ; Heft I ; Bres- 
lau, imp. Schottlaender, 1885, in-8° de 48 p. Dans Jahresbericht du sé- 
minaire rabbinique de Breslau. 

Dans ce fascicule, M. Rosin donne des pièces poétiques mises par Ibn 
Ezra au commencement et à la fin de ses commentaires des livres bibliques, 
parmi lesquelles la plus étendue est l'introduction au Pentateuque. M. R. 
les reproduit corrigées sur les éditions d'après des mss. dont il a pu se 
procurer des collations. Elles sont pourvues de points-voyelles avec l'indi- 
cation de leur rythme. M. R. y a ajouté une traduction allemande en vers, 
traduction dont peu de savants hors de l'Allemagne pourront se servir, car 
les mots de l'original en ont quelquefois complètement disparu. Comment un 
étranger se retrouvera-t-il dans des vers comme celui-ci : « Nach der Kalen- 
ders Zeit. Den GottesWort umbeut, » qui doit représenter les mots suivants : 
b^JhïÛaflB mï3>n dVII^ÏI ^laUSma ? Les pièces sont précédées d'une 
courte biographie d'Ibn Ezra et de rénumération de ses ouvrages ; nous 
saisissons l'occasion de faire savoir aux spécialistes que la bibliothèque 
Bodléienne a récemment acquis un ms. de l'ouvrage grammatical d'Ibn 
Ezra intitulé TlD^H '0- M. R. fait suivre un traité sur le rythme hébreu 
au moyen âge ; ce rythme n'est autre qu'une imitation du rythme arabe, 
comme on peut le voir par le traité sur ce sujet de Saadiah ibn Danân, 
publié sous le titre de ")"CÏ1 rûNbfa- — A. N. 

Sabatier (Paul). La Didachè ou l'enseignement des douze Apôtres. Thèse 
présentée à la faculté de théologie protestante de Paris. Paris, impr. 
Charles Noblet, 1885, in-8° de 165 p. 

Cet ouvrage contient une étude très intéressante et très sage sur une 
sorte de Direction religieuse, morale et rituelle attribuée aux douze 
apôtres (texte en grec), et qui serait antérieure à la rédaction des Evangiles. 
M. S. suppose qu'elle a été écrite en Syrie, au milieu des Gentils ou des 
payens convertis, auxquels il est destiné. La comparaison de cette pièce 
avec la littérature et le rituel juif est très instructive. 

Sack (Israël). Die Religion Altisraels nach den in der Bibel enthaltenen 



276 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Grundzùgen dargestcllt, Leipzig, et Berlin, libr. Wilh. Friedrich. 1884, 
in-8° de 178 p. 

Il y a beaucoup de bon sens dans cet ouvrage. M. S. rejette avec raison 
la méthode d'analogie qui veut expliquer, par les autres religions, la religion 
préhistorique des Hébreux. 11 n'accepte ni les idées de M. Goldziher, que 
les Hébreux, comme les Aryens, avaient le culte des phénomènes naturels, 
tels que celui du soleil, de la lune, de la pluie, etc. ; ni celles de M. Lippert, 
qui fait reposer les religions primitives en général sur la peur des morts et 
le culte des âmes. L'idée religieuse des Hébreux était, selon M. S., le culte 
de Jébovah dans le sens éthique, quoiqu'on ne puisse pas nier que, dans 
un temps reculé, le peuple israélite, pris en gros, ait adoré des fétiches, 
tout comme les autres nations qui étaient ses voisins. On en trouve assez 
de traces dans la Bible; mais à côté des fétiches, il y avait déjà le culte de 
Jéhovah, quoique dans un sens encore indéterminé. La lutte continuelle des 
prophètes avait pour but d'établir le culte de Jéhovah dans les tribus où il 
n'était pas encore reconnu comme Dieu unique. Le culte des sacrifices, qui 
n'était pas le privilège des Cohanim (on le voit par l'histoire de Jephté, 
de Gédéon, de Saiïl, de Jéroboam, d'Ahaz, etc.), fut combattu par l'école 
des prophètes à commencer par Samuel, qui s'irrita contre Saùl parce que 
celui-ci avait fait un sacrifice d'holocauste (c'est le vrai sens de l'histoire 
dans le IX e chapitre de Samuel, et non pas, comme on l'a expliqué 
plus tard, parce que le sacrifice avait été fait en son absence). Les écoles des 
prophètes d'un côté, celle des Cohanim, d'autre part, étaient complètement 
différentes ; tandis que les derniers tenaient aux sacrifices, les premiers et 
les lévites n'avaient en vue que le culte de Jéhovah, consistant en 
l'obéissance à la volonté divine que le prophète prétendait connaître par 
inspiration. Ainsi on voit que Samuel, le chef de l'école prophétique, initia 
Saul comme prophète. C'est cette lutte entre l'idée cohanite et l'idée pro- 
phétique, qui dura jusqu'à la destruction du premier Temple, que M. S. 
a très bien développée dans son introduction. Il montre combien les pro- 
phètes tenaient peu au Temple, et comment les sacrifices furent négligés 
par ceux des rois qui communiquaient intimement avec les prophètes. Ainsi 
Ezéchias, dans le courant de sa maladie, ne s'adresse pas aux prêtres, 
mais à Isaïe; et il n'offre pas de sacrifice pour obtenir sa guérison, mais il 
adresse une humble prière à Jéhovah ; c'est le prophète qui lui annonce 
qu'il a été exaucé, et non pas un grand-prêtre. M. S. a, selon notre opi- 
nion, raison de supposer qu'au temps d'Amos, d'Hosée et d'Isaïe on pos- 
sédait déjà des tora écrites, mais il va trop loin quand il dit que le code 
actuel fut créé par les hommes de la Grande Synagogue. Voilà l'essence de 
l'introduction de ce petit livre intéressant. Le chapitre qui suit traite de la 
religion des Hébreux dans le sens éthique, savoir l'idée de Dieu et de la Créa- 
tion. Dieu est, avant tout, le créateur et le conservateur du monde, en un mot 
le principe de la nature. C'est dans ce sens que M. S. interprète le nom de 
Jéhovah, « celui qui est ». Il dérive ce nom de hovah, avec un yod prosthé- 
thique, qui doit impliquer le sens de durée. Tah est, selon lui, une abrévia- 
tion de Yehovah, comme el serait un singulier de elohim ; de plus, M. S. 
croit que la ponctuation du mot « Adonai » est une imitation de Jéhovah, 
et il repousse l'opinion contraire généralement adoptée. Nous ne pensons 
pas que ces étymologies un peu arbitraires aient chance de succès. M. S. 
va encore trop loin en voulant considérer les institutions du Sabbat, des 
fêtes, des sacrifices et de la circoncision comme fondées en partie sur des 
raisons sociales et éthiques. C'est suivre l'école de Maïmonide et de ses 
adhérents. La plupart des commandements et des institutions eurent certai- 
nement d'abord un caractère religieux, lequel, avec le temps, fut considéré 
comme associé à une raison éthique. Certes l'amour du prochain et le 
respect des droits du voisin sont très prononcés dans la Bible et forment la 
base de la société israélite, mais il faut se demander si ces idées humani- 
taires existaient déjà chez les Hébreux préhistoriques ou si elles sont ins- 



BIBLIOGRAPHIE 277 

pirécs seulement par les écoles prophétiques. M. S. no semble pas attacher 
grande importance, quant à ces institutions, à l'antiquité ou à la jeunesse 
des documents bibliques. On n'a pas besoin de suivre complètement la 
nouvelle école, qui est quelquefois plus prophétiquo que les prophètes 
eux-même9, mais il faut tenir compte de la critique sobre, qui, très sou- 
vent, a bien réussi à fixer les époques de la composition des différents docu- 
ments et livres bibliques. — A. N. 

Sayce (A. -IL). Au introduction to tlie books of Ezra, Nchcmiah and. 

Eslher. Londres, libr. de la Religions Tracts Society, 1885, in-8° de 

134 p. 

M. Sayce vulgarise, dans ce petit livre, un certain nombre de notions his- 
toriques et philologiques qui ne sont pas encore très répandues. Son éru- 
dition étendue et solide lui permettait de les réunir facilement et d'y 
ajouter des observations personnelles qui ont leur valeur. Le petit volume 
a, pour point de départ, les deux inscriptions de Nabonède et de Cyrus ré- 
cemment découvertes et qui ont permis de mieux préciser les événements 
relatifs à la prise de Babylone par Cyrus et au retour des Juifs dans la 
Palestine (voir Revue, I, p. 9, Joseph Halévy, Cyrus et le retour de l'exil). 
On lira aussi avec intérêt les étymologies données par M. S. des mots 
assyriens ou persans qui se trouvent dans les livres d'Ezra, de Néhémie et 
d'Esther. M. S. se garde, avec raison, d'exagérer, comme il est reçu, le rôle 
d'Ezra dans la rédaction de la Loi; il est moins prudent, il nous semble, 
lorqu'il parle du livre d'Esther, et quoique ses arguments en faveur de 
l'authenticité du livre soient certainement dignes de considération, il discute, 
dans ce chapitre, consacré à cette question des hypothèses qui méritent à 
peine d'être mentionnées (par ex. : la rédaction du livre par Mardochée). 
Le chap. iv, qui donne une description de Jérusalem à l'époque du second 
temple, est un des plus instructifs de ce livre. 

Schiffer (Sinai). Das Buch Kohelet nach der Auffassung der Weisen des 
Talmud und Midrasch und der jùdischen Erklârer des Mittelalters. 
Theil I. Von der Mischna bis zum Abschluss des babylon. Talmud, nebst 
zahlreichen kritischen Noten und einer grosseren Abhandlung ueber den 
Abschluss des alttestamentlichen Kanon und die Abfassungszeit des 
Bûches Kohelet. Francfort-sur-le-Mein, libr. J. Kauffmann ; Leipzig, libr. 
Otto Schulze, s. d. (1884 ou 1885), in-8° de viii-140-(1) p. 

Le chap. premier est consacré à une revue des opinions du Talmud et 
du Midrasch sur la canonicité du livre de Cohélet. Puis viennent les pas- 
sages rabbiniques où le livre est utilisé, cité, expliqué, etc. (Mischna, 
Tosefta, Sifra, Sifré, Mechilta, les deux Talmuds). La notice qui suit, sur 
l'époque de la rédaction du livre et, en général, de la rédaction du canon, 
contient certainement des critiques intéressantes sur les opinions contraires à 
celles de l'auteur, mais elles reposent néanmoins sur des idées absolument 
étrangères à la science. Si l'on va prendre à la lettre tout ce que le Talmud 
et le Midrasch ont dit sur les anciens docteurs (sur Hillel, par exemple, et 
sur Simon b. Sétah), il est clair qu'on arrive à de tous autres résultats que 
l'école historiqne moderne, 

Schmidt (Paulus-Victor). Libellus historico-criticus in quo quomodo ulti- 
mis A. Chr. sseculis Judaismus cum paganismo coaluerit, Philonis theo- 
sophise ratione sub finem habita. Leipzig, libr. Georg Boehme, 1884, 
in-8° de 81 p. 

L'auteur enfonce, ù ce qu'il nous semble, des portes ouvertes. Tout le 
monde connaît les emprunts faits par les Juifs du second temple, et après 
la conquête d'Alexandre, aux moeurs, à la langue, à la philosophie 
grecques et il ne nous semble pas que M. Schm., dans son travail, qui est 



278 REVUE DES ETUDES JUIVES 

néanmoins intéressant et qui repose sur une érudition sérieuse, ait modifié, 
sur ce point, les idées reçues. 

Das Spital der israelitischen Cultusgemeinde Wien soit der Erôffnung am 
10. April 1873 bis Ende 1883; mit 5 autographirten Tafeln. Wien, 
Wilhelm Braumùller, 1885, in-8° de 260 p. 

L'ouvrage contient, outre un compte-rendu historique et financier, un 
compte rendu médical qui en remplit la plus grande partie et où les méde- 
cins trouveront, sans doute, des renseignements utiles. Nous aurions sou- 
haité que l'auteur accompagnât ses recherches de tableaux où ces obser- 
vations eussent été comparées avec celles qui sont faites dans d'autres 
hôpitaux. 

Berliniscb.es Stadtbuch, neuc Ausgabe veranstaltet bei der Feier des 
25jâhrigen Hochzeits-Jubilàums Ikrer K. u. K. ïlobeiten des Kronprinzen 
Friederich Wilhelm und der Kronprinzessin Victoria... Mit 2. Bildern 
u. 5 Scbriftproben. Berlin, impr. frères Grunert, 1883, grand in-8° de 
xlix-303 p. 

Contient un certain nombre de notices sur les Juifs (voir la table des 
mat., p. 276). L'ouvrage est de la fin du xiv e siècle. Dans le 1 er livre, 
consacré aux revenus de la ville de Berlin, on trouve la mention de 9 bou- 
tiques (Buden) des Juifs, plus deux petites (p. 20). — P. 40. Agnès, 
veuve du margrave Waldemar, abandonna aux villes de Berlin et de Co- 
logne les impôts des Juifs et la juridiction sur les Juifs ; donné à Berlin, 
1 er janvier 1320. — P. 68. Règlement des consuls de la ville de Berlin, 
du 28 oct. 1295, sur la corporation des tisserands : Item prohibemus ne 
aliquis erga Judeos fila sibi audeat comparare (c.-à.-d. défense d'acheter 
les fils pour tissage chez les Juifs). — P. 80. Règlement du 7 avril 1313 
sur le droit concédé aux Juifs de Berlin, à titre onéreux, de tuer des bêtes 
de boucherie selon leur rite. — P. 164 à 168. Règlement général sur les 
Juifs : pourquoi ils sont tolérés parmi les chrétiens ; Juif qui frappe un 
chrétien ou qui est frappé; objets en gages chez les Juifs; usure des Juifs; 
l'usure est tout prêt à intérêt ; formalités baroques pour le serment des 
Juifs, formule du serment (le Juif placé sur une peau de porc, nus pieds, 
avec un harduch autour du corps et un chapeau pointu ; formule du ser- 
ment). Les Juifs doivent être toujours coiffés du chapeau rouge. — P. 207. 
En 1405, deux chrétiens punis parce qu'ils auraient voulu vendre des en- 
fants aux Juifs. 

Stein (Leopold). Morgenlândische Bilder in abendlandischem Rahmen. 
Talmudiscbe Parabeln, Gleichnisse und Erzablungen ausgewâhlt und 
metriscb wiedergegeben. Francfort-sur-le-Mein, libr. Franz Benjamin 
Auffartk, 1885, in-8° de xvi-187 p. 

Strassburger (B.). Gescbicbte der Erziehung und des Unterricbts bei den 
Israeliten. Stuttgart, libr. Levy et Mùller, s. d. (1884-1885) ; 2° à 5 e livr. 
(p. 49 à 144). Nous avons déjà parlé de la l re livraison dans un numéro 
précédent de la Revue. 

Le Talmud de Jérusalem, traduit pour la première fois par Moïse Schwab ; 
tome VII : traités Yebamoth et Sota. Paris, libr. Maisonneuve et Leclerc, 
1885, grand in-8° de iv-352 p. 

Ce volume contient, outre la traduction du texte, la liste des mots grecs 
qu'on rencontre dans les traités, des notes à la fin des volumes, et une 
table analytique des matières qui sera très utile, plus la table de concor- 
dance des versets de la Bible. Quelques-unes de ces additions sont, si nous 
ne nous trompons, des innovations dont nous félicitons l'auteur. 



BIBLIOGRAPHIE 279 

Weill (Alexandre). Le Pentateuque selon Moïse et le Pentateuque selon 
Ezra; première partie. Paris, libr. Dentu, 1885, in-8° de 92 p. 

11 y a des jours où nous aimons beaucoup M. \Yeill, il y en a d'autres 
où nous l'aimons moins, et celui où nous lisons son Pentateuque est un des 
bons jours. Certainement, nous ne recommanderons à personne d'aller cher- 
cber, dans cette brochure, des méthodes rigoureuses et des démonstrations 
scientifiques; M. A. W. est l'homme des intuitions, il voit ce que d'autres 
sont obligés de découvrir lentement. Il est toujours intéressant et instructif 
de savoir ce qui s'agite et fermente dans ces têtes chaudes et ces cerveaux 
bouillants. Il y a là des éclairs et des éblouissements qui éclatent au mi- 
lieu des ténèbres. Le Pentateuque de Moïse est une œuvre admirable, il a 
été gâté par Ezra et le christianisme a copié Ezra. Voilà le trait de lumière 
qui éclaire l'auteur; mais comment distinguer ce qui est à Moïse de ce qui 
est à Ezra ? Tâche difficile où nous craignons que l'auteur ne se montre un 
peu arbitraire et ne soit guère suivi. Rendons hommage néanmoins à l'écri- 
vain qui reste jeune et ardent malgré les ans, et qui, à une époque de re- 
lâchement et de fatigue morale, a gardé des passions vives et des con- 
victions profondes. 

Weill (Alexandre). Fleurs de l'Esprit et de la Sagesse des Rabbins. Paris, 
librairie Dentu, 1885 -, in-32, de 187 p. 

Bien joli petit volume rempli de jolies choses. M. A. W. a su donner 
aux maximes et paroles des rabbins un tour original et une forme aussi 
remarquable pour la transparence de la pensée que la fermeté des contours. 
Ce sont îles médailles de bon aloi, frappées au bon coin. Nous ne jurerions 
pas que M. W. n'ait pas quelquefois prêté de son esprit et de sa sagesse 
aux rabbins, mais, en somme, il s'est montré interprète exact et fidèle, et 
sa traduction n'est pas une trahison. 

Wk.lha.U8BN (J-). Abriss der Geschichte Israels und Juda's. Berlin, impr. 

et libr. Georg Reimer, 1884, in-8° de 102 p. Tirage à part du volume 

Skizzen und Vorarbeiten du même auteur. 

Ce travail est une reproduction allemande, revue et augmentée, d'un 
article en anglais publié par l'auteur dans la Encyclopaedia Britannica et 
dont, à la fin de 1880, il a fait imprimer 20 exemplaires en allemand. Il est 
inutile de dire que l'on rencontrera, dans cet écrit, un grand nombre d'idées 
intéressantes et dignes d'être discutées. Nous ne pouvons entrer dans cet 
examen détaillé. L'étude de M. W. se compose de 11 chapitres, intitulés 
comme suit : 1. Les origines du peuple; 2. l'établissement en Palestine; 
3. la fondation de la royauté et les trois premiers rois; 4. de Jéroboam I 
à Jéroboam II; 5. Dieu, l'univers, la vie, chez le peuple d'Israël; G. la 
chute de Samarie; 7. conservation de Juda ; 8. la réformation prophétique; 
9. Jérémie et la destruction de Jérusalem; 10. l'exil et la restauration ; 11.1e 
judaïsme et le christianisme. 

Wunsche (Aug.). Pesikta des Rab Kahana, das ist die atteste in Palastina 
redigirte Haggada nach der Buberschen Textausgabe zum ersten maie 
ins deutsche ùbertragen und mit Einleitung und Noten versehen. Leipzig, 
Otto Schulze, 1885, in-8° de xn-300 p. 

Zander (C). Handbuch enthaltend die sâmmtlichen Bestimmungen ùber 
die Verhâltnisse der Juden im Preussichen Staate ; 2. durch Nachtrag 
vermehrte Auflage. Leipzig, Karl Scholtze, 1885, in-8° de xxn-124-13 p. 



280 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Publications pouvant servir à V histoire du Judaïsme moderne. 



L'Alliance israélite universelle ; publié à l'occasion du vingt-cinquième 
anniversaire de sa fondation célébré le l or mars 1885. Paris, au siège de 
la Société, 1885, in-8° de 132 p. Il a été tiré 9 exemplaires sur papier du 
Japon, 200 exemplaires sur papier de Hollande et 100 exemplaires sur 
papier ordinaire fort. 

Die Alliance israélite universelle, veroffentlicht zu ihrem 25 jàhrigen Jubi- 
laum ; Purim 5645, 1. Màrz 1885. Paris, siège de la Société (1885), in-8 1 ' 
de 86 p. 

Wolp (Lucien). Sir Moses Montefiore a centennial Biography with extracts 
from letters and journals; with portrait. Londres, libr. John Murray, 
1884, in-8° de xv-290 p. 

Ce livre intéressant n'est pas seulement une biographie de l'illustre phi- 
lanthrope anglais dont il porte le nom. En racontant la vie de sir Moses, 
M. W. raconte, en partie, et dans an récit attachant, un siècle de l'histoire 
des Juifs. Les origines de sir Moses Montefiore sont un commentaire de 
l'état des Juifs au commencement de ce siècle; sa vie publique à Londres 
est mêlée à l'organisation de la communauté juive de cette ville et du ju- 
daïsme anglais, aux progrès de l'émancipation des Juifs en Angleterre. 
Ses voyages en Terre-Sainte, à Alexandrie, en Russie, en Italie, au Ma- 
roc sont liés à l'histoire des Juifs en Orient, en Afrique, en Russie, en 
Roumanie, à l'affaire de Damas, à l'affaire Mortara. On a ainsi, en rac- 
courci, une vue d'ensemble des grands événements qui ont marqué dans 
l'histoire des Juifs de notre époque. 

Album Montefiore ; 28 Ottobre 1884. Casale Monferrato, impr. Giovanni 
Pane, 1884, in-8° de xiv-119 p. 

Recueil intéressant, publié par M. le rabbin Flaminio Servi, directeur du 
Vessillo israelitico, à l'occasion du 1 er jour de la centième année de sir 
Moses Montefiore. Le recueil, contient des lettres, adresses, poésies, en hé- 
breu, en latin, en grec, en italien, en anglais, en l'honneur de sir Moses. 
Les signataires sont des sénateurs, des députés, des diplomates et litté- 
rateurs, des rabbins, officiants, instituteurs. On le feuilleté avec plaisir. 

Centenario de Sir Moses Montefiore en Curazao ; 8 liesvan 5645 — 27 oc- 
tobre 1884. Curazao, impr. del comercio, 1885, in-8° de 61 p. avec por- 



Périodiques. 



aia "lStlN Ozar Tob, hebrâische Beilage zum Magazin fur die Wissen- 
scbaft des Judenthums. 11 e année (1884). = = Nablat S.-D. Luzzatto. — 
Séfer mussar ha-rofeïm, d'Isaac Israéli. — Jacob Reifmann : Prozdor 
(1. corrections et notes sur le Millot hahigayon de Maïmonide ; 2. l'au- 
teur de la traduction hébraïque de ce livre ; 3 et 4. considérations sur la 
rhétorique en général). 

nntiJM Haschacliar, Die Mogenrothe (Wien, mensuel). 12 e année. == = 



BIBLIOGRAPHIE 281 

N° G. Salomon Rinmann, de Cochin : Voyages. — Ilorwitz : Akiba cl le 
droit des femmes. — llollub : Histoire des médecins juifs (suite). = = 
N° 7. Rinmann (suite). — Ilorwitz (suite). — llollub (suite). ===== N° 8. 
Rinmann (suite). — D. Kahana : Biographie d'Elie Bahur. — llollub 
(suite). 

M. P. Smolensky, éditeur du Schachar, étant mort, ce journal cessera 
probablement de paraître. 

TttaVtl n^n Betli -Talmud (Wicn, mensuel). 4° année. = = T fascicule. 
Weiss : La justice au temps des Gaonim. — Friedmann : Les divisions 
du Pentateuque (suite). — Friedmann : Sur un passage du Talmud de 
Jérusalem Succa, les fils de Dia^VlB). — Le même : Explication de 
l'expression tP3sb SWliS fty»N lï. — Jacob Reifmann : Conditions de 
la Prophétie. — Méir Cohn Bistritz : Corrections au Tanhuma (suite). — 
S. Buber : Recueil des passages du Midrasch Elle Debarim Zutta qui se 
trouvent dans la littérature juive. — Joël Mûller : Consultations rabbi- 
niques (suite). = = 8 e fascicule. Weiss : La justice (suite). — Fried- 
mann : Les honoraires des rabbins. — Pièces diverses inédites par 
Schneior Zalman Schechter : 1. Sur les 13 middot, attribué à Saadia ; 
Oxford, n° 2494. — S. Buber (suite). = = 9 e fascicule. Elazar ben Mar- 
dochée Hausdorf : Sur l'article concernant l'enterrement d'un Noachide, 
4° année, fasc. 6. — Friedmann : Réponse sur ce sujet. — Sinaï Hock : 
Sur un passage du Johasin. — Hayyim Oppenheim : Les Pharisiens et 
leurs adversaires au sujet des rites du Kippur. — J. Buber (suite). — 
Joël Mùller (suite). 

Archives Israélites (Paris, hebdomadaire). 46 e année, 1885. = = N os 2, 
4,6, 8, 10. Ernest David : Manassé ben Israël, sa vie, ses œuvres, son 
action en Angleterre (suite). 

Das jiidische Centralblatt (Pisek, périodicité non indiquée). = = 3 e an- 
née, 3 e fascicule, juillet-septembre 1884. M. Grùnwald : Die Namen der 
Juden. — S. Hock : Isak Taussig Sachsel, Primator der Judengemeinde 
in Prag, und die dortige Muskat Taus-Synagoge. — Moritz Eisler : Die 
Quellen des Spinozistichen Systems. — Isidore Loeb : Juifs, Extrait du 
dictionnaire universel de géographie de Vivien de Saint-Martin, aus dem 
franzôs. in's deutsche ùbertragen von M. Grùnwald. — Zur Geschichte 
der jûd. Gemeinde Wodnan. — Zur Gesch. der jùd. Gemeinde Laun. — 
P. Perreau : Das Reich der Chitâer (suite). — Grùnwald (Une notice sur 
le waad des Quatre pays). = = 4 e fascicule, octobre à décembre 1884. 
M. Grùnwald : Die Schôpfungstheorie nach Maimonides. — G. Wolf : 
Zur Geschichte der Juden in Bôhmen. — M. Grùnwald : Die Namen der 
Juden (suite). — Isidore Loeb (suite). ===== 4° année, fascicule 1, janvier 
à mars 1885. M. Grùnwald : Geschichte der Juden in Bôhmen. — G. 
Wolf : Zur Geschichte der Juden in Bôhmen. — Grabinschrift Jakob 
Bas-Sevis von Treuenburg. — Isidore Loeb (suite). — Adolf Hlawatsch : 
Geschichte der Culturgemeinde Reichenberg, 

Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 

(Paris, trimestriel). 4 Q série, tome XII, juillet-août-septembre 1884. Ph. 
Berger : Nouvelles inscriptions nabatéennes de Mcdain Salih. 

Il Corriere israelitico (Trieste, mensuel). 23 e année, 1884-1885. == = 
N° 1. Leone Lùzzatto : Ebrei siciliani. = = N os 2 et 3. Nomi degli Ebrei. 



282 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

— = N 03 G et 7. Gli Ebrei di Tricste (notices historiques d'après Anton. 
Tribel, Passeggiata per Trieste). — Il carnavale di Roma. = = N° 11. 
(rien.) 

The Jewish Chronicle (Londres, hebdomadaire). Nouvelle série. == == 
N os 820 et 822. Joseph Jacobs : Jewish vital statistics ; I. marriages. = 
= N° 824. A. Neubauer : Jewish travellers. = = N° 827. George Eliot on 
Judaism. — A. Neubauer : On the study of the Talmud. = = N° 831. 
Jewish Anthropology. — Racial characteristics of Jews (lectures de 
M. Ad. Neubauer et de M. J. Jacobs). = = N° 832. Lecture de M. Lôwy 
au nom de M. Placzek sur : The weasel and the cat in ancient Urnes. 

Dcp Israelit (Mayence, bi-hebdomadaire). 26 e année, 1885. === = N° 4. 
Rabbi Jecheskel Landau, mit Portrait. — Herzog Leopold von Braun- 
schweig. — Zur Geschichte des siebenjâhrigen Kiïeges. = = N° 10. Cha- 
cham Zewi, mit Portrait. = — N° 18. Die Kriminalitât der Juden im 
deutschen Reiche wâhrend des Jahres 1882. ===== N° 20 (rien). 

Jescliui'uii (Hanovre, hebdomadaire). Nouvelle série. 3 e année, 1885. = = 
N 0s 3, 6. Zur Geschichte der Judeu in Mecklenburg. = = N os 6, 7, 8. 
L.-A. Rosenthal : Die Tagin der Schriftzeichen oder Moses und Ràbbi 
Akiba. 

Journal asiatique. (Paris, bimestriel). 8° série, tome IV, n° 2, août à oc- 
tobre 1884. II. Sauvaire : Matériaux pour servir à l'histoire de la numis- 
matique et de la métrologie musulmanes. — J. et H. Derenbourg : 
Etudes sur l'épigraphie du Yémen. = = N° 3, novembre-décembre 1884. 
J. Halévy : Arabe et Arabie (notice sur le sens de ce nom). s= === Tome V, 
n° 1, janvier 1885. Rubens Duval : Inscriptions syriaques de Salamas, 
en Perse. 

Kritik und Beform (Wien, hebdomadaire). 2° année, 1885. === = N os 1, 
2, 4, 6, 7, 8. H. Friedlànder : Zur Geschichte der Juden in BÔhmen 
(suite). — M. Friedlànder : Die Kirchenvâter als Vertheidiger des Juden- 
thums (suite, n 0s 1, 2, 3). 

Isiaelâetische Letterbode (Amsterdam, sans périodicité déterminée). 
10 e année. == s= P. 73. A. Neubauer : Maestro Andrea's Brief ûbersetzt 
von Jacob ben Elijah aus Venedig, aus der Hdschr. 122 des Beth ham- 
Midrasch in London. — Roest : Brief von Salomo ha-Lewi (later, als 
Christen, Bisschop Paulus de Burgos) an Meïr Alguadez. 

Jiidisclies Litteraturblatt (Magdebourg, hebdomadaire). 13° année, 1884. 
= = N° 31. Lewin (suite). — Paulus Cassel : Shylock. — Die Juden in 
Cochin. — Die Form der jùd. Grabsteine. = = N° 32. Derjûdische 
Ursprung des Gral. — Cassel (suite). — Rothschild : Das rituelle Bad 
einer Proselytin. = = N° 33. Spinner : Ein genealogisches Schreiben. 
Cassel (suite). == = N° 34. Prof. Strack gegen Rohling. — J. Sepp : 
Das Jordan-Canal-Project durch die Wùste von Jéricho. — Die jùdische 
Bevôlkerung von St. Thomas. — Cassel (suite). = = N°35. Sepp (suite). 

— Kroner : Collectanea. = = N° 36. H. Friedlànder : R. Israël Nagara. 

— Sepp (suitej. = = N° 37. Friedlànder (suite). — Sidon : Der Splitter 
und Balke im Auge. ===== N° 38. S. Gronemann : Anstand und Etiquette 
im jùd. Alterthum. — Geographische und ethnograph. Spitznamen und 
Spottgeschichten. — Sidon (suite). = = N os 39 à 41. Gronemann (suite). 



BIBLIOGRAPHIE 283 

— Spottgcsehichten (suite). =x= N os 42ct43. Gronomann (suite). — 
Ein fast vergessener Sohu Moscs Mendelssohn. = = N os 11 à 40. Gronc- 
mano (suite). — Ein genealogisches Scbreiben (suite). — Goldfahn : 
Bemerkungen zu Prof, i'» 1 ' Bacher's Arbeit iïber die Aggada. = = N°47. 
Raudbemerkungeo sur Pesikta des H. Kahana. — Kroner : Collectanea ; 
nocb einmal der BpliUerriohter. an N° 48. Rotbscbild : Das rituelle 
Sohlaehten (b i s Gefiûgels und die Kapores. — Immanuel Deutscb : 
Einige Notisen zu den Targumim der Megilloth. — Maiinbcimer : Die 
Besohuldigung der Juden wegoo Kindermord. = = N° 49. Fùrst : Die 
Anwendung von Jesaja, 21 auf Sicbem. = = N 0s 50 et 51. Mannbeimcr 
(suite). = = N° 51. Kroner : Der Davidsscbild. = = N° 52. Der gegen- 
wârtige Zustand der Hôble Macbpelab. — Mannbeimer (suite). — Fùrst : 
Zu Siiré 5. 13. M. 32, 2. 

14° année, 1885. ===== N° 1. Kroner : Gedanken eines Juden. — Kro- 
ner : Collectanea ; der Talmud und das Neue Testament. = = N° 2. S. 
Scherbel : Betracbtungen ùber Eduard von Ilartmann's « Das Judentbum 
in Gegemvart und Zukunfl ». — Kroner : Collectanea ; Eine missverstan- 
dene masoretiscbe Bemerkung (sur 'îlbïl Deutér., 32, 6). == = N° 3. 
Scherbel (suite). — S. Spinner : Etwas ùber Ursprung der Moldotb im 
jùd. Kalender. = = N° 4. Kroner : Gedanken eines Juden. — Scberbel 
;suite). — Caro : Graul Egyptens. = = N° 5. Ant. Nagele : Bertbold 
Auerbacb als Pàdagog. — Lazarus Geiger. — Caro : Errata des Maimo- 
nides. I. Jad-cbasaka. == = N° 6. Nagele (suite). — Lazarus Geiger 
(suite). = = N° 7. Alfreid Meisner und Friedricb Spielbagen (Zur Juden- 
frage). — Jùdiscbe Reisende (d'après Ad. Neubauer dans Jew. Cbronicle). 
= == ]S To 8. Alfred Meisner. . . (suite). == ===N° 9. Jacob's Segen und der 
Antisemitismus. — Léon Kellner : Der Jude von Venedig. ===== N° 10. 
Kellner (suite). — Salomon Spinner : Ein geograpbiscbes Utopien (sur 
Erecb Millin de Rappaport, p. 26). = = N 0s 11 et 12 (rien). 

Theologische Litcraturzeitung (Leipzig, bi-mensuel). 9 8 année, sa = 
N° 22. Konig, Die Hauptprobleme der altisraelitiscben Religionsge- 
scbicbte, par E. Kautzscb. = = N° 24. Tbayer, Tbe Hebrews and the 
Red Sea, par K. Budde. = = N° 26. E. Kautzscb, Grammatik des 
Bibliscb-Aramàiscben, par K. Budde. = 10 e année, 1885. = = N° 1. 
Ilavet, Le Christianisme et ses origines, t. IV, par A. Harnack. = = 
N° 4. Smitb, Tbe propbets of Israël, par Stade. = = N 8 5. Bacber, Die 
Agada der Tannaiten, par E. Scbùrer. — Marx, Traditio Rabbinorum 
veterrima de libris Vet. Testam., par le même. 

lluguzin fiir «lie Wissenschaft des Jtideiithums (Berlin, trimestriel). 
11° année, 1884. = = 2 e trimestre. Gabor Goitein : Das Leben und 
Wirken des Patriarcben Ilillel (suite). — D. Hoffmann : Nacbtrag zu den 

Fleiscber : Bemerkungen zur 
u. Etbnogr. Babyloniens in Talmud u. 
Midrasch von A. Berliner. ===== 3 J et 4 e trimestres. Isak Israeli's Propâ- 
deutik fur Aerzte. — B. Ziemlicb : Das Macbsor Nùrnberg. — Hoffmann : 
Nacbtrag (suite). — llildesbeimer : Recension der Gescb. des Erzie- 
bungswesens und Cultur der Juden in Italien wabrend des Mittelalters 
von D r Gùdemann. — Berliner (sur le même ouvrage). — llildesbeimer : 
Bemerkungen zum Essai de restitution de l'ancienne rédaction de Massé- 
ebet Kippourim par Jos. Derenbourg, Revue des études juives, tome VI. 
— S.-J. Halberstam : Zum Miscbna-Commentar des Maimuni. = = 



284 REVUE DES ETUDES JUIVES 

12 e année, l or trimestre. Ilermann Deutsch : Die Sprùche Salomo's. — 
B. Zicmlich : Das Maclizor Nùrnberg (suite). — A. Berliner : Zur ge- 
schichtlichen Literatur. 

Populiir wissenschaftliche Monatsblàtter (Francfort-sur-le-Mein, men- 
suel). 4 e année, 1884. = = N° 11. Ad. Rosenzweig : Das babylonische 
Exil. . . (suite). r= = N°12. A. Lowifc : Kirchenvâter und christl. Gelehrte 
ùber Talmudisten und den Talmud. = = 5 e année, 1885. N° 1. Lôwit 
(suite). = = N 0S 2, 3, 4. S. Salfeld : Ein Vorkampfer des modernen 
Judentums (Salomon Herxkeimer). 

Israelitisclielllonatssclirift, wissenschaftliche Beilage zur Jiidischen 
Presse (Berlin, sans périodicité déterminée). Année 1885. = = N° 1. 
Zur Lebensstatistik der Juden. — Deutsch : Ein schwierige Bibelstelle. 
= = N°2. D. Hoffmann : Die Unwahreiten in der Schrift Eckers. — 
Zur Lebensstatistik (suite). 

Alonatsschrift fiir Geschichte und Wissenschaft des Judenthums 

(Krotoschin, mensuel). 33 e année, 1884. = = N° 11. H. Graetz : Die 
kriegerischen Bewegungen in Palâstina am Ausgange des zweiten Jahr- 
hunderts. — Zur Geschichte der Juden in Spanien nacb einem franzo- 
siscbem Werke von Tourtoulou. — Anbang : Conferenz zwischen dem 
Bruder Paul und dem Rabbi Moses ben Nachmann, nach Mittheilung des 
D r Steinscbneider. — P. -F. Frankel : Karàisclie Studien, neue Folge. — 
Egers : Salom Bonfeds Satire. — Frankl : Notiz ùber Salomo Molcho. 
rz: = N° 12. Graetz : Historische und topograpbiscbe Streifzùge. — 
Frankl : Die Familie Kimchi in ihrer Ausbreitung nach Làndern und 
Zeiten. — David Kaufmann : Die Abfassungszeit von Abraham ibn Esra's 
Pentateuchcommentar und Juda Mosconi's Vertrauenswùrdigkeit. 

34 e année, 1885. N° 1. Frankl : Erinnerungen und Hoffnungen dieser 
Monatsschrift. — Graetz : Histor. u. topogr. Streifzùge (suite). — Theo- 
dor : Buber's Tanhuma. — Notiz (sur Û!"të"lp). = = N° 2. Graetz : Send- 
schreiben ùber die Austreibung der Prager und Bôhmischen Juden unter 
Maria Theresia. — N. Porges : Saadia's Gommentar zu Daniel. — Graetz : 
Schreiben an Master Th. . . in Triest ùber Kohelet. — N. Porges : Der 
Buchstabe Waw bei Menachen ben Saruk. = = N° 3. Graetz : Eine 
masoretische Studie. Ueber Versabtheilung im Pentateuch und in den 
ùbrigen biblischen Bùchern. — N. Porges : Der Buchstabe Waw. . . 
(suite). — S. Schechter : Ueber Israël Alnaqua's Menorat hammaor. — 
Graetz : Schreiben an Master Th. . . (suite). — Martin Schreiner : Mis- 
cellen. (1° Al-Jakubi ùber den Glauben und die Sitten der Juden. 2° Aus 
ibn Hazms Kitab-al-milal wa-1-nihal). — Sidon : Notiz. Eine Reminiscenz 
aus dem I. Mahkabaerbuch. 

M osé, Antologia israelitica (Corfou, mensuel). "7 e année, 1884. ===== 
N° 1. P. Perreau : Interno al commento inedito ebreorabbinico del R. 
Immanuel ben Salomo sopra Giobbe (suite, n 0s 2, 4, 6, 8, 10). = == 
N° 3. F. Perez : Sopra Filone Alessandrino (suite, n os 4, 5, 6). = = 
N° 10. M. Belleli : Un' iscrizione di 250 anni fa nel tempio greco in Corfù. 
8° année. N° 1, janvier 1885. Giovanni Romano : Cenni storici sulla 
communità israelitico di Coriu, versione dal greco di M. Belleli. = = 
N° 2, février 1885. P. Perreau : Abram ibn Esra considerato corne gra- 
matic.o. — Romano, Cenni. . . (suite). 



BIBLIOGRAPHIE 285 

Die Neuzelt (Wien, hebdomadaire). 25 a année, 1885. = = N° 2. A. Jelli- 

nek : Dante ala Vertheidiger des Talmud. == N° 3. Abr. Ilochmuth : 
Der Talmud (suite, n 0s 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11). — Ad. Jellinek : Der jù- 
dische Staniin in uichtjùdischen Sprickwôrtern (suite, n os 8, 9, 10, 11). 

Palestine Exploration Fund (Londres, trimestriel). == Juillet 1884. 
The destruction of Cresarea. — Hull : Abstract of scicntiiîc rcsults from 
the expédition of 1883-84. — Laur. Oliphant : Notes on the Jaulan. — 
Sayce : Prœ-exilic Jérusalem. — Clay Trumbull : News from Kadesch. — 
E. Flccker : The sepulchre of Shebna. — Conrad Schick : The boundary 
between Juda and Benjamin. — Clermont-Ganneau : Syrian archœology 
in 1881. — W.-F. Birch : The city and tomb of David and a note on 
Josephus. = = Octobre 1884. C. Clermont-Ganneau : Antiquities of 
Palestine in London. — J. Baker Greene : The route of the Exodus. — 
Selah Merrill : A Puzzle in Josephus : Two Gadaras or one ? — Capt. 
Couder : Notes. — A. Henderson : Emmaus. — R.-F. Hutchinson : Em- 
maus. — Sayce : The site of Zion. — Clay Trumbull : As thou comest 
unto Zoar. — S. Beswick : The Siloain inscription. — Hull : Notes on 
Kadesh Barnea. = = Janvier 1885. Canon Tristram : The Flora of Pa- 
lestine. — Capt. Couder : 1. A dolmen in the Talmud; 2. The aramaic 
Alphabet; 3. Inscriptions; 4. Sin and Sad ; 5. Districts in Palestine; 
6. The Samaritan Temple ; 7. Lot's wife ; 8. En Rogel ; 9. Ain Tabgah ; 
10. Kadesh Barnea. — Laur. Oliphant : Round Mount Carmel. — Beth 
habbechereh, or the chosen house. — The city of David only a part of 
Jérusalem. — W.-F. Birch : 1. The waters of Shiloah ; 2. Zion, the city 
of David. — Hull and Backer Greene : The route of the Exodus. 

Die Jiidischc Presse (Berlin, hebdomadaire). 16 e année, 1885. = = N° 3. 
Israël Hildesheimer : Die Palâstinafrage und ihre Geschichtc (étude très 
intéressante ; suite dans n os 4, 5, G, 7, 8, 9, 10, Jl). 

Revue critique et littéraire (Paris, hebdomadaire). 18° année. — = 
N° 46. Scerbo : Crestomazia ebraica e caldaica, recension par Rubens 
Duval. = = N° 48. Ernest Havet : Le christianisme et ses origines, 
t. IV, recension par Maurice Vernes. — Clermont-Ganneau : Notes d'ar- 
chéologie orientale (les inscriptions araméennes de Teima). = == 
19 e année. =: = N° 1. Emile Ferrière : Paganisme des Hébreux jusqu'à 
la captivité de Babylone, recension par Maurice Vernes. = = N° 9. 
Clermont-Ganneau : Notes d'archéologie orientale (les noms propres 
nabatéens pseudo-théophores). 

Revue de l'histoire des religions (Paris, bimestriel). 5° année. — = 
Tome X, n° 2. M.-L. Massebieau : L'enseignement des douze apôtres. — 
Jules Baissac : Etudes d'histoire religieuse contemporaine. = = N° 3. 
Eug. Beauvois : L'Elysée des Mexicains comparé à celui des Celtes. — 
Ignace Goldziher : Le culte des ancêtres et le culte des morts chez les 
Arabes. = = Tome XI, n° 1. II. Gaidoz : Les religions en Grande- 
Bretagne. 

Magyar-Zsido Szemle (Budapest, mensuel). l re année, 1884. === N° 11. 
Schreiner : Des idées dominantes du Judaïsme. — A. Ilochmuth : Le 
Talmud, II. — L. Schilli : Les monuments de l'antiquité orientale et 
l'Ecriture sainte. — S. Szanto : Les livres des écoles publiques. — 
Zs. P. : Sur le Cantique des Cantiques. — M. Szalerdi : Sur la statis- 



286 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tique des Juifs en Hongrie. — L. Seltmann : Lettres de voyage. — Les 
cours du séminaire rabbinique de Paris. = = N° 12. A. Hochmuth (fin). 

— A. Rosenberg : L'enseignement des douze apôlres. — Les jesibas et 
écoles de Talmud-tora. — Lettre de Russie. — Lettre de Berlin. — Les 
cours des séminaires rabbiniques de Berlin et de Breslau. == 2 e année, 
1885. N° 1. M. Klein : La Agada. — A. Péris : Sur l'histoire de l'état 
civil. — A. Kohut : Héraclès de Gadès dans le talmud de Jérusalem. 

— W. Bâcher : La littérature de l'Ecriture sainte et de la science juive 
en 1884. — Gùdcman : Sur le dernier livre de M. Perles. — II. Bloch : 
Une curiosité littéraire. — E. Szànto : Cheder et petites écoles. — L. 
Paloczy : La civilisation en Hongrie et principalement les Juifs, 6 e article. 

— B. Vajda : Nos calendriers. — Nécrologie pour 1884. — Document 
concernant l'égalité des droits, 1848. == — N° 2. I. Lôw et S. Kulinya : 
Contribution à l'histoire des Juifs de Szegedin. — A. Klein : La Agada, 
II. — L. Goldstein : L'état civil. — L. Paloczi (suite). — Contrat d'une 
communauté juive avec l'administration de la couronne à Ofen, 1812. = 
= N° 3. M. Lowy : La gnose dans le Talmud. — M. Herzog : Le Mi- 
drasch allemand. — D. Kaufmann : Le jubilé de l'Alliance israélite uni- 
verselle. — Documents. 

L'Univers israélite (Paris, bimensuel). 40 e année, 1884-85.-= = N os 1, 5, 
9. M. Vilstadt : Le passif dans le chaldéen biblique. =â = N os 3, 9, 10. 
Alfred Lévy : Les Israélites du duché de Lorraine. — N° 5. E. Lambert : 
Les règles du divorce juif. 

Il Vessillo israelitico (Casal-Monferrat, mensuel). 32 e année, 1884.= 

= N° 8. P. Perreau : Nuova edizione del Targum. = = N° 9. S. Otto- 
lenghi : Il senso cromatico negl' Israeliti. — P. Perreau : Nuovi studii di 
filologia semitica. = = N° 10. F. Servi : Di una statistica uffîciale degl' 
Israeliti del Regno. — P. Perreau (suite). — I giornalisti italiani israeli- 
tici. == N° 12. F. Servi (suite). — P. Perreau : L'Agada dei Tannaiti. 

— A. Pellegrini : Stèle cartaginesi a Trapani. 

33 e année, 1885. N° 1. P. Perreau : L'Agada dei Tannaiti. — Salvatore 
Ottolenghi : Li antichi Ebrei conoscevano i colori? — S. Jona : Rascô 
Galutà ovvero i rascè galvada (suite). — Moïse Schwab : Nota sugli Ebrei 
a Roma nel 1566. = = N° 2. Ottolenghi (suite). 

Zeitschrift des deutschen Palaestina-Vereins (Leipzig, trimestriel). 
• == = 7 e vol., 1884, fascicule 4. J. Gildemeister : Beitrâge zur Palàstina- 
kunde aus arabischen Queilen (fin). — A. Socin : Bericht ùber neue 
Erscheinungeu auf dem Gebiete der Palàstinaliteratur 1883. — K. 
Schnobl : Die romisch-katholische Kirche in Palastina. — G. Gatt : 
Verzeichniss der bewohnten Ortschaften im Kaimakanije Gaza. — H. 
Guthe : Die orthodoxe Palâstinagesellschaft in Russland. On lira avec 
plaisir l'excellente bibliographie de Socin. 

Zeitschrift der deutschen morgenlaiidischen Gesellschaft. (Leipzig, 
trimestriel). 38 e vol. = = 4 e fascicule, 1884. P. Schrœder : Epigra- 
phisches aus Syrien. — Ed. Sachau : Eine nabatàische Inschrift aus 
Dmer. — Ed. Sachau : Syrische Inschriften aus Karjetén. — J.-II. 
Mordtmann : Bemerkungen zu den palmyrenischen Inschriften. — W. 
Bâcher : Berichtigungen zu der Neubaur'schen Ausgabe des Kitab-ulusul. 

— G. Rosch : Das synkretische Weihnachtsfest zu Petra. 



BIBLIOGRAPHIE 287 

Zeitsclirift fikr dio alttcstnmentliche Wissciisehaft (Gicsscn, bisan- 
nuel-. Année 188B, fascicule 1. Grill : Fragezeirbon zum angeblicben 
Jahve dos Lao-tse. — WoliV: Zlir Charakteristik der Bibelexcgese Saadia 
Alfajjùmis. — Bobine : Richter, cb. 21. — Meyer : Der Kricg gegen 
Bichon and die rugehôrigen Abscbnitlc. — Bactbgen : Der Psalmcom- 
mentar des Thôodof Ton Mopstiestia in syriscber Bcarbeituug. — Ryssel : 
Die arab. Uebersetzung des Micba in der Pariser und Londoncr Poly- 
glotte. — Baeber : Etymologisirende Worterkl&rting bei Abnhvalid Mer- 
lan ibn (lanàb. — Kônig : Setb und die Setbiten. — Budde : Antwort 

Baeber : Jesurun. — Aus Briefen 
— Stade : 7. Der Name der Stadt 
Samarien und seine Herkunfl ; 8. Jer. 32, 11-14; 9. I Kon. 22, 48 11". — 
Bubl : Einige Textkritische Bemerkungen zu dcm Kleinem Propbelen. — 
Mossap : IIos., 4, 4. — Bibliographie. 

Allgemeiiie Zeitung des Jiidenthums (Leipzig, hebdomadaire). 49° an- 
née, 1885. == N° 1. Skizzen ûber das ebemals und jetzt im Juden- 
tbume (suite, n 0s 3, 4, 6, 9). = — N° 3. Hùckblick auf die Kamplo des 
letzten balben Jabrbunderts (très intéressant; suite, n 0s 4, 5, 6, 7, 10, 11). 
= es N° G. Kayserling : Moses Mendelssobn und Sophie Becker. 



Notes et extraits divers. 



- M. Fidel Fita, dans le Boletin de la Real Academia de la Historia, de 
Madrid, tome VI, fasc. II, février 1885, p. 130, a publié un document 
curieux intitulé SI Judio errant de Illescas. Ce document, soi-disant ré- 
digé à Tolède en 1514, contient la prétendue déposition faite devant 
l'inquisition par un homme de trente ans, appelé Luys de la Ysla, nou- 
veau-chrétien. Luys, né à Buytrago et demeurant à Illescas, avait quitté 
l'Espagne en 1492, et il avait parcouru les quatre coins du monde. Son 
récit n'est, en somme, qu'un interminable itinéraire rempli de noms de 
villes et de personnes. C'est à peine si on pourra y trouver, sous toutes 
sortes de travestissements, quelques souvenirs historiques. 

= Dans la même publication, numéro de décembre 1884, p. 401, se trouve 
une notice intitulée : Un canonigo judaizante quemado en Cordova (un 
chanoine judaïsant brûlé à Cordoue). Ce chanoine, nommé Pedro Fer- 
nandez de Alcaudeie, et qui était trésorier de la catbédrale de Cordoue, 
fut cité devant le tribunal le samedi 28 février 1484. Voici de quoi on 
l'accusait : il portait en public un nom chrétien, en secret un nom juif; 
il observait les fêtes de la loi de Moïse, disant que c'est la vraie loi et 
que celle du Christ était tromperie ; il fréquentait les Juifs judaïsants et 
autres hérétiques, leur prêchant la loi de Moïse ; il observait la fête 
des Cabanes, des Pains azymes et du nouvel an ; les jours de jeûne chré- 
tien, il mangeait delà viande, il allumait les lampes de vendredi et les 
laissait s'éteindre toutes seules ; à l'église, il ne se comportait pas avec 
le respect convenable ; quand il était malade ou en danger, il jeûnait 
pour obtenir son pardon, selon l'Ancien-Testament. Il fut donc condamné 
à la peine de mort naturelle par le feu matériel, et à être brûlé vif, près 
de la Porte basse, avec confiscation de ses biens. 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

- Dans le Bulletin de la Société de Géographie, 1 er trim. 1885, Voyage 
dans l'Arabie centrale par Charles Huber, on trouve les deux notices 
suivantes. P. 93 : le chemin de Kheïber à El Haïcth s'appelle le chemin 
des Juifs ou le chemin des Infidèles. P. 100 : A El Ilaïeth, ruines dites 
du Juif. — Même fascicule, Baron Benoist-Méchin, Voyage à travers le 
Turkestan, p. 48, un mot sur les Juifs de Merv (ils se mettent, pour être 
en sécurité, sous la protection d'un chef et lui paient une somme d'ar- 
gent convenue d'avance). 

= Revue de Géographie, janvier 1885, article de M me Anne Levinck, in- 
titulé l'Oasis de Figuig (Afrique) : une des routes dont Figuig est l'axe 
part de Zenaïa, prend le versant sud du Djebel Grouz, et se dirige sur 
Bechar par le col « Teniet-el-Yhoudia >>. Ce nom ne se trouve pas dans 
Cherbonneau, Légende territoriale de l'Algérie. — M. Schwab, 

- Dans les Mémoires de M lle de Montpensier (édit. Chéruel, 1859, 
tome IV, p. 337) on lit : « De Thionville on fut à Metz, on y arriva de 
bonne heure. La Reine fut à la synagogue, qui est plus belle que celle 
d'Avignon. On fit danser les Juifs (les 30 et 31 juillet 1673). — M. Schw. 

- La Revista de Espagna (Madrid, année 18, n 0s 406 et 407, 25 janvier et 
10 février 1885) publie un travail très intéressant de M. Francisco Fer- 
nandez y Gonzalez, intitulé : El Messianismo israelita en la peninsula 
ibérica durante la primera mitad del siglo XVI. Le premier article est 
consacré à David Reubéni ; le second, à David encore et à Salomon 
Molcho. Le récit de M. Fr. F. y G. est plus circonstancié que celui de 
Graetz (Histoire des Juifs) et il explique, en partie, les événements par 
l'état général de l'Espagne et du Portugal, le caractère des rois et person- 
nages avec lesquels David Reubéni et Salomon Molcho étaient en rela- 
tions. La conjecture que le TDH d'où David Reubéni se disait originaire 
est le Habor de la Babylonie, où les Juifs ont été exilés et qui était restée 
la demeure supposée des dix tribus, est certaine, on ne comprend pas 
que M. Graetz en ait fait Chaibar, dans l'Arabie. M. Fr. F. y G. n'in- 
dique pas dans quels ouvrages il a lu le journal de David Reubéni, il 
ne paraît pas avoir consulté de documents inédits ou inconnus à Graetz. 
P. 177, lire Lemlein au lieu de Semlan ; p. 179, lire Tanhuma, parsat 
Tissa ; p. 181, lire Masliah ou Matsliah ; p. 333, lire Mosse Schem Tob, 
non Mosseh ben Tob. A la p. 188 et suivantes se trouve une excellente et 
très intéressante table alphabétique des noms de personnes encore au- 
jourd'hui usités en Espagne et qui étaient probablement portés autrefois 
par les Juifs. 

= Dans le journal Nemausa, 2 e année, n os 4 et 5, 1884, p. 97, M. Joseph 
Simon a commencé une étude intitulée Histoire des Juifs de Nîmes. 
Cette étude est très intéressante et très bien faite, elle est accompagnée 
de pièces justificatives datées de 1217, 1219, 1220. Nous voudrions pré- 
munir M. Simon contre certaines exagérations dues principalement aux 
auteurs qu'il a consultés et qu'il croit trop volontiers sur parole. Nous ne 
pouvons pas croire qu'en 672 ce soit à cause des Juifs et pour les pro- 
téger que le Languedoc s'était révolté contre Wamba (p. 99). Le nom de 
Burgus-Judaïcus donné à un « quartier » ne prouve pas que les Juifs y 
possédaient de grandes propriétés (p. 101), ni même que les Juifs eussent 
d'autres propriétés foncières que leurs maisons. Le bain des Juifs n'est 
pas nécessairement un mikvé, les Juifs étaient sans doute obligés de se 



niBLIOGRAPIIIE 289 

baigner à part (p. 103). Le Puits des Juifs (p. 104) ne serait-il pas un véri- 
table puits ? 

: Notre collègue M. Joseph Ilalévy vient de publier un Aperçu gramma- 
tical de Tallographie assyro-babylc-nienne (Leyde, Brill, 1884 ; tiré du 
vol. II des travaux de la 6° session du Congrès international des orien- 
talistes à Leyde), où il expose les principes et les théories qui l'ont guidé 
dans sa lutte contre la théorie de l'accadisme, et ses vues si ingénieuses 
sur la transformation des signes idéogrammatiques en phonèmes, puis sur 
la transformation du sens des phonèmes par l'homophonie. 

= Notre collègue M. H. Derenbourg a publié, avec M. J. Spiro, une belle 
Chrestomathie élémentaire de l'arabe littéral, avec un glossaire (Paris, 
libr. Ernest Leroux, 1885). 

= M. Cesare Poma, dans la Gazzetta letteraria, artistica e scientifica, qui 
se publie à Turin, a donné (n° 50, 6 décembre 1884) une courte notice 
sur un document manuscrit conservé aux Archives d'Etat, à Turin (mat. 
eccles., cat. 37, mazzo I, n° 2) et où est racontée une de ces affaires dites 
du sang. C'était au commencement du xiv e siècle. Les chrétiens de Gi- 
nevra, Rumilly et Annecy accusèrent un Juif Acelin d'avoir, en compli- 
cité avec un chrétien Jaquet d'Aiguabelle, enlevé et vendu aux Juifs 
de Savoie plusieurs enfants chrétiens, qui auraient été tués par les Juifs, 
lesquels se seraient servi de la tête et des intestins des victimes pour 
préparer un « collirium seu epulium » de leur aharace {haroset ?) dont ils 
se servaient pour leur Pâque. Un grand nombre de Juifs de Savoie furent 
emprisonnés; Acelin et Jacquet, mis à la torture, confessèrent leur 
crime. Mais dans la sentence finale, donnée dans le « Castello » de 
Chambéry, le juge, considérant que les aveux avaient été extorqués par 
la torture et que les Juifs ne se servaient ni de sang, ni de chair pour 
faire leur aharace, renvoya tous les Juifs des fins de la plainte, à l'excep- 
tion d'Acelin, qui avait faussement accusé ses coreligionnaires, et que le 
juge voulait condamner, quoiqu'il fût mort en prison, afin que sa mémoire 
fût flétrie pour ce forfait. 

Isidore Loeb. 



La Palestine au temps de Jésus-Christ, d'après le Nouveau Testament, 
Thistorien Flavius Josèphe et les Talmuds, avec deux tableaux, deux plans et une 
carte, par Edmond Stapfer. Paris, librairie Fischbacher, 1885 ; in-8° de 531 p. 



M. Stapfer porte un nom cher aux lettres et auquel il fera 
honneur à son tour. Nous nous réjouissions d'avance de lire son 
livre, persuadé que nous y trouverions une érudition sûre et des 
jugements instructifs. Notre attente n'a pas été trompée, mais, il 
faut bien le dire, elle n'a pas été entièrement satisfaite. Nous 
sommes loin de le reprocher à l'auteur. C'est notre faute, et non la 

T. X, n° 19-20. 19 



293 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sienne, si nous avions cru, jusqu'à présent, que sa science, très 
réelle, était dégagée du préjugé religieux et étrangère aux préoccu- 
pations théologiques. La préface seule de ce livre montre tout de 
suite ce qu'il faut en penser. Elle n'a que deux pages et cependant 
elle en consacre une à une de ces thèses qui ont défrayé la théolo- 
gie chrétienne du moyen âge et que nous ne nous attendions vrai- 
ment pas à voir proclamer, avec ces airs solennels surtout, par un 
professeur de la Faculté de théologie protestante, à Paris, au 
xix e siècle. Un peu de chauvinisme religieux n'est pas fait pour 
nous déplaire, et y en eût-il même beaucoup chez M. St., ce que 
nous ne savons pas, nous serions loin de l'en blâmer, s'il ne se mon- 
trait pas, dans l'expression de ce sentiment, souvent agressif et 
porté au dénigrement. C'est très bien de bénir Dieu des résultats 
dîme étude « dont notre foi sort ainsi fortifiée », mais ce n'est pas 
une raison pour attaquer les autres dans ce qu'ils ont de plus cher 
et de plus respectable. Là est le grand défaut du livre de M. St., 
et s'il accuse d'avance ses contradicteurs de parti pris (p. 26), il est 
permis de lui demander s'il est bien sûr d'être aussi désintéressé 
qu'il le dit dans les questions qu'il traite. Nous nous trompons peut- 
être, mais il nous semble que M. Stapfer n'aime pas, en partie du 
moins, les personnes et les choses dont il parle, et on n'est pas his- 
torien sans la sympathie qui comprend et qui explique les faits 
dans leur origine profonde et dans leur enchaînement. Voilà pour- 
quoi M. St. trouve que le christianisme, loin d'avoir été préparé par 
le mouvement religieux de l'époque et d'en être sorti, en est l'abso- 
lue contradiction; voilà pourquoi il ne comprend rien, par moments, 
à l'œuvre d'affranchissement intellectuel et religieux des Pharisiens, 
au beau caractère de Hillel, aux procédés, singuliers il est vrai, mais 
historiquement légitimes, par lesquels la lettre de la Loi triomphe 
d'elle-même et, au lieu de tuer la pensée, comme on va le répétant 
sans cesse, la vivifie au contraire et la féconde; voilà pourquoi, enfin, 
M. St., qui a voulu, comme beaucoup d'autres, chercher dans le 
Talmud ce qui n'y est pas, ne l'a pas trouvé, naturellement. Si les 
Pirké Abot, si les aggadot, le midrasch, les paroles adressées par 
Hillel au payen qui veut se convertir, ne sont rien, il est clair que 
M. St. a beau jeu, mais cela est aussi par trop facile. 

N'insistons pas, M. St. est probablement jeune, il est allé aux ex- 
trêmes, il en reviendra. Aujourd'hui, il a un peu regardé les choses 
d'un œil prévenu. De là, d'abord, de singulières contradictions. Le 
gentil n'est pas le frère du Juif, et les Juifs portent en eux le rêve 
de la rénovation universelle dont ils meurent (p. 90); les Juifs détes- 
tent les Grecs et tout le reste, et les Sadducéens acceptent tout des 
Grecs (p. 265) ; les Pharisiens et Hillel à leur tête sont les gens les 
plus étroits et les plus formalistes qui existent, et cependant le spi- 
ritualisme de la synagogue tue le matérialisme du temple (p. 271) et 
les Pharisiens sont les vrais continuateurs des prophètes (p. 272); le 
libéralisme de Hillel est une mauvaise plaisanterie (p. 26), Hillel lui- 



BIBLIOGRAPHIE 291 

même réduit la Loi au commandement moral de la justice (p. 286), 
et cependant ses idées ne sont pas conformes à l'Evangile (p. 283) ; 
Jésus ne doit rien au milieu où il a vécu, il est la négation abso- 
lue des idées régnantes, et cependant, parmi ces pauvres gens, au 
cœur étroit, si mal préparés à le comprendre, il est si populaire 
que le Sanhédrin n'ose pas assumer la responsabilité de le condam- 
ner; les Juifs sont banquiers et commerçants (p. 4 28 et 201), et ce- 
pendant la Palestine est parfaitement bien cultivée (p. 217) et la 
plupart des rabbins exercent un métier (p. 298). Ici au moins M. St. 
a hésité ou oscillé entre deux jugements opposés, ailleurs il est plus 
décidé. Malgré le témoignage des Evangiles, M. St. est sûr que le 
Sanhédrin avait gardé, sous les Romains, le droit de prononcer la 
peine capitale ; il n'hésite pas un instant à admettre dans tous ses 
détails le récit du procès de Jésus d'après les Evangiles ; la pensée 
que ce récit, dans certaines parties au moins, pourrait n'être pas 
tout à fait historique ou conforme aux faits ne l'effleure pas un ins- 
tant; le récit du Talmud, au contraire, n'a aucune espèce de fonde- 
ment (p. 1 09), et a été rédigé, quoique en Babylonie, où l'on ne connais- 
sait guère les chrétiens, par des gens pressés de se justifier. M. St. 
ne veut assurément pas nier, quoiqu'il ne s'explique pas à ce sujet, 
que Jésus eût mérité la mort d'après le code juif, mais il relève avec 
soin les irrégularités de procédure (si elles ont eu lieu); il est révolté 
que la procédure criminelle de ce temps, excellente à bien des égards, 
n'ait pas été tout à fait ce qu'elle est aujourd'hui chez nous. Il y a 
entre autres un fameux guet-apens admis par le code d'instruction 
criminelle dont on a fait beaucoup de bruit (il consiste à surprendre 
l'aveu de l'accusé à l'aide de témoins cachés) et qui est assurément 
mille fois plus innocent que la torture qu'on appliquait encore en 
France au siècle dernier. Le passage de la Bible où l'esprit mercan- 
tile d'Éfron, un cananéen , est opposé à la hauteur de caractère d'Abra- 
ham, un juif, devient, entre les mains de M. St., une satire contre les 
Juifs ; les fameux instincts commerciaux des Juifs ne pouvaient pas 
manquer de figurer dans le livre de M. Stapfer, probablement parce 
qu'il existait quelques misérables changeurs à Jérusalem ; même 
la non moins fameuse malpropreté des Juifs y est, M. St. ne paraît 
pas savoir que c'est un reproche qu'on adresse généralement aux 
gens et aux peuples qu'on n'aime pas, et que la malpropreté est 
un ingrédient classique des superstitions populaires. Un rabbin 
juif a dit une belle parole : « Ne soyez pas comme des gens qui 
servent le maître pour un salaire... » Cette maxime de désinté- 
ressement est, pour M. St., une preuve de la cupidité contempo- 
raine (p. 259)! Et que signifient, je le demande, ces déclamations sur 
le sémite d'aujourd'hui, qui, parce qu'il est riche et sceptique, est 
le vrai héritier du sadducéen (p. 273)? La phrase n'est pas mal faite, 
assurément, mais M. St. veut-il insinuer qu'il n'y a de sadducéens 
de ce genre que parmi les Juifs? Et cela fait-il aussi partie du « ré- 
sultat impartial, scientifique, purement désintéressé » auquel ont 



292 REVUE DES ETUDES JUIVES 

abouti les « longs travaux » de l'auteur (p. 26)? Enfin, est-ce au 
cours de ces recherches que M. St. a découvert que le judaïsme est 
resté ce qu'il était au temps de Jésus, ou ne fait-il que répéter un 
lieu commun, aussi faux que commun ? 

Nous tenons à ce que M. St. ni personne ne se méprenne sur le 
sens de nos observations. L'ouvrage de M. St., malgré ses défauts, a 
des qualités sérieuses. On lira spécialement avec plaisir les cha- 
pitres consacrés à la vie privée et publique des Juifs, les informa- 
tions sur les habitations, les vêtements, la vie à la campagne, les 
arts et la science au temps de Jésus. Pourtant, même sur les ques- 
tions où il était impossible de mêler la passion religieuse, il y 
aurait bien des observations à faire. Et d'abord est-ce que M. St. 
sait l'hébreu, et, s'il ne le sait pas, se croit-il suffisamment préparé 
pour une étude comme celle qu'il a entreprise? Nous sommes étonné 
de la froideur avec laquelle il parle de la valeur littéraire de l'An- 
cien Testament et de la tendance à en voir plutôt les lacunes que les 
beautés (p. 233). M. St. use et abuse du Talmud, ou nous nous trom- 
pons fort, ou il ne le connaît que par de méchantes traductions qui 
expliquent sa mauvaise humeur contre ce livre. Dans tous les cas, 
il paraît être, pour la transcription des mots hébreux et araméens, 
à la merci des auteurs qu'il a consultés, à moins que son imprimeur 
ne lui ait joué de bien mauvais tours. C'est ce qui explique qu'on 
trouve, dans son ouvrage, des transcriptions telles que Avoda Zara 
à côté de Aboda Sara (p. 123 et 127); Bava Kama, Bavabathra (p. 111 
et 140) à côté de Babametsia ou Baba Metsia (p. 147); Kidduschin, 
Kiddouschin et Kidouschin (p. 148, 149, 160); Moed. Katon au lieu de 
Moed Katon (p. 110); un renvoi tel que Jama tob. (p. 105); une trans- 
cription uggot (où Vou hébreu est rendu par un u et la réduplication 
du g exprimée) à côté de zougot(p. 180 et 278); beth hamidrasch (avec 
l'article séparé) et leschon akodesch (p. 132), à la manière italienne ; 
et enfin des fautes véritables telles que leschon chakanim (p. 132), 
pour leschon chakamim; bar mitsera (p. 142), pour bar mitsva; kene- 
set hagdala (p. 279), pour hagguedola ou au moins hagdola; remets 
(p. 291 ) pour rémes (signe, allusion); Pouchith (p. 292) pour Kouchite ; 
jephat madée (p. 292) pour jephat maréh, midrasch coelet (p. 318) 
pour cohélet, au contraire bet vahad (p. 322) pour vaad; batti Pese- 
nioth (p. 322) pour batte kenesioth; scha-harith (p. 324) r en deux 
mots ; minah (p. 324) pour minhah ; chalcach tsibbour (p. 329) pour 
chaliach tsibbour; pareschcôth et parachs (p. 330) pour parschiot. Ce 
ne serait rien si M. St. s'était servi de ses textes avec la circonspec- 
tion et la mesure nécessaires. Tantôt il prend à la lettre ce qui peut 
être, au moins jusqu'à un certain point, légende ou tradition histo- 
rique altérée (par exemple : la grande synagogue, les zuggot et leur 
influence, le principat de Hillel); tantôt il repousse le témoignage 
des textes comme suspect de partialité (on en a vu un exemple plus 
haut), tantôt, enfin, il généralise à tort des faits particuliers et plus 
ou moins individuels (tout le monde s'occupait de médecine, p. 247 ; 



BIBLIOGRAPHIE 293 

les rabbins s'injuriaient sans cesse, p. 293). Peut-on faire un plus 
grave contre-sens historique que de se demander sérieusement si 
Hillel se prenait au sérieux (p. 283)? ou peut-on produire des affir- 
mations plus gratuites que celle-ci, par exemple : les sadducéens 
agissaient toujours par intérêt (p. 264), ils étaient diplomates adroits 
et retors (p. 265), l'enthousiasme des rabbins pour la loi était fort 
intéressé (p. 359)? 

Même dans les chapitres où les Juifs ne sont pas en cause le tra- 
vail de M. St. reste un peu superficiel. Nous ne voulons pas dire qu'il 
soit hâtif ou qu'on y trouve de grosses inadvertances ; non, M. St. a, 
en général, étudié avec attention ce qu'il a étudié, mais il n'est pas 
entré bien profondément dans le sujet; comme instrument de travail 
et source d'informations, son livre ne peut être comparé aux ouvrages 
de Hausrath ou de Schùrer. Les chapitres consacrés à la géographie, 
à la topographie, à la description de Jérusalem et du temple, aux mon- 
naies, évitent d'aller au fond du sujet et des questions controversées; 
il n'est presque pas dit un mot des professions manuelles, qui méri- 
taient au moins un chapitre; pour connaitre la valeur du zouz,M. St. 
est obligé de consulter un ouvrage sur la Femme juive (p. 205)! Même 
l'histoire des idées messianiques, des apocalypses et des oracles si- 
byllins, qui devait pourtant avoir pour l'auteur un attrait tout parti- 
culier, est traitée en courant et sans intérêt. Dans un des derniers 
chapitres encore, on voit M. St. décider un peu imprudemment une 
question difficile (p. 452 et suiv.). M. Sabatier, dans l'Encyclopédie 
des sciences religieuses, avait indiqué, après beaucoup d'autres, du 
reste, la difficulté de fixer la date de la mort de Jésus au moyen du 
calendrier juif. &i. St. ne voit là aucune difficulté : « Le calendrier 
des années du premier siècle a été fait, nous l'avons sous les yeux ; 
fixé par l'astronomie, il est d'une rigoureuse exactitude. » Gela re- 
vient à dire que Jésus étant mort un vendredi 4 4 ou 15 nissan, il n'y 
a qu'à chercher, dans les années 30, quelle année le 1 er (ou 4 5) nissan 
tombe un vendredi, ou bien en quelle année la néoménie de nissan a 
été un vendredi. C'est l'année 30 ou l'année 33, et M. St. se décide 
pour l'année 30. Gela parait bien simple et cela ne l'est pas. M. St. ne 
se doute même pas de la difficulté. D'abord, nous ne savons quelles 
tables il a consultées, celles que nous avons entre les mains et qui 
sont de M. l'abbé Mémain (Etudes chronologiques pour l'histoire de 
N. S. J.-Chr., Paris-Sens, 4 867) ne paraissent pas être d'accord, sur 
l'année 30, avec les siennes, car elles donnent, pour la néoménie de 
nissan de cette année, le jeudi et non le vendredi. Puis, en supposant 
que les tables consultées par M. St. soient sans erreur, il n'a pas 
pensé à tenir compte, à ce qu'il semble, des années embolismiques, 
qui sont une grave complication du problème. Comme il est certain 
que l'ordre et le nombre des années embolismiques n'étaient pas 
encore déterminés comme ils l'ont été depuis, il faut, pour chaque 
année, se demander si on a affaire à une année embolismique ou 
non, c'est-à-dire si la néoménie que l'on considère est bien celle de 



294 REVUE DES ETUDES JUIVES 

nissan ou ne serait pas celle du mois intercalé. Il faut aussi ne pas 
oublier que la néoménie n'était pas fixée par le calcul, mais qu'il 
fallait qu'on eût vu la nouvelle lune dans le ciel et qu'elle n'est vi- 
sible que longtemps après la néoménie vraie ou astronomique. On ne 
peut pas non plus omettre entièrement certaines règles spéciales 
adoptées par le calendrier juif actuel, mais qui probablement exis- 
taient déjà à l'époque de Jésus. La règle de la néoménie vieille 
(ajournement du 1 er du mois quand la lune est vue après la dix- 
huitième heure) devait déjà être établie ; à la dix-huitième heure 
du jour il était trop tard pour célébrer le 1 er du mois. Des témoi- 
gnages certains indiquent aussi que le 1 or jour de Pâque (et, par 
suite, le 1 er nissan), déjà à cette époque, ne pouvait pas tomber un 
vendredi, parce que sans cela le jour de Hosana rabba de l'année 
suivante tombait un samedi, ce qui était inadmissible pour les Pha- 
risiens. Ce seul exemple montre que M. St. a pu quelquefois énon- 
cer des jugements précipités. Nous reconnaissons, du reste, avec 
plaisir, le mérite et l'intérêt de son livre. Si ses opinions nous ont 
paru quelquefois exagérées ou inexactes, nous rendons hommage à 
leur sincérité. 

Isidore Loeb. 



MiUheilungen, von Paul de Lagarde, Gôttingen, 1884. — The liebrew lan- 

guage 1 , viewed in the light of assyrian research, by D r Frédéric Delitzsgh, 
prof essor of assyriology in the university of Leipzig, London, 1883. 



Les auteurs mentionnés ci-dessus sont connus des lecteurs de cette 
Revue. Le talent de M. de Lagarde embrasse une variété infinie de 
domaines scientifiques, dont chacun suffirait à occuper la vie d'un 
homme. Théologien profond et orientaliste distingué, M. L. édite avec 
la même maitrise des textes arméniens, syriaques, coptes et hé- 
breux, sans parler de ses éditions de manuscrits bibliques, grecs 
et latins, exécutées plus ou moins partiellement. En philologie, les 
opinions de M. de L. portent toujours le cachet de l'originalité, ce 
qui rachète très souvent la vivacité débordante de l'argumentation. 
L'activité de M. Delitzsch s'est exercée jusqu'à présent sur un seul 
domaine, celui de l'assyriologie. Sa réputation comme assyriologue 
est faite depuis longtemps et elle est bien méritée ; par contre, ses 
excursions sur le domaine de l'exégèse biblique et de la langue cos- 

1 Un bon compte-rendu de ce travail a été publié par M. Rubens Duval dans le 
n° 16 (t. VIII, p. 322-324) de cette Revue ; le présent compte-rendu s'occupe sur- 
tout des comparaisons avec l'assyrien. 



BIBLIOGRAPHIE 29:. 

séenne, ont peu réussi. Cette fois, M. D. aborde la lexicographie 
hébraïque au point de vue de la comparaison avec l'assyrien. C'est 
une critique circonstancielle de la neuvième édition du dictionnaire 
de Gesenius par MM. Mùhlau et Volck. Sur ce point, les remarques de 
M. D. se rencontrent plusieurs fois avec la critique que M. de L. 
consacre au même dictionnaire dans le n° 23 de ses Mittheilungen. 
C'est cette parité du sujet qui m'a permis de réunir ensemble les 
deux écrits et d'en dire quelques mots dans l'article présent. 

I 

L'ouvrage de M. de Lagarde contient vingt-trois dissertations sur 
des sujets très divers et successivement publiées dans les Nachri- 
chten ou dans les Anzeigen de l'Université de Gottinge. Il se termine 
par le texte latin des livres de la Sagesse et de l'Ecclésiastique d'après 
le manuscrit Amiata. Inutile de dire que l'ensemble offre une lecture 
intéressante et très instructive. En dehors des articles qui traitent de 
questions relatives à des littératures et à des langues non sémitiques, 
je laisserai de côté ceux dont j'ai déjà rendu compte ailleurs (n° 6, 
ttSKri et n° 13 !T)£) ou qui sont eux-mêmes des comptes-rendus. La 
question relative à b$ (p. 94-1 M) a été également abordée dans le nu- 
méro précédent de la Revue, et il faut attendre l'avis des hommes com- 
pétents. La dissertation la plus importante du recueil est sans contre- 
dit celle qui occupe les pages 208 à 232 (n° 23). Tout en se rattachant 
extérieurement à la neuvième édition du dictionnaire de Gesenius, 
par MM. Mùhlau et Volck, la critique de M. de Lagarde a une portée 
plus haute, car elle expose des principes que tout sémitisant sérieux 
et impartial fera bien de méditer. Les questions personnelles mises 
de côté, il y a d'excellentes considérations sur ce qu'un dictionnaire 
hébreu doit contenir, s'il veut répondre aux exigences de la science 
moderne. Elles consistent à introduire les leçons établies par les re- 
cherches récentes à côté de celles du texte massorétique et à choisir, 
parmi les significations proposées pour les mots rares, celles qui con- 
viennent le mieux au contexte comme aussi à l'époque présumable 
des auteurs bibliques. Sur le premier point, citons comme exemples 
les mots ^jbn « Cilicie » et lPTE> « gens de Gomer », qui sont, sans au- 
cun doute, préférables aux leçons courantes "jb^n « ta puissance » 
et &i*n)â « nains? (Ezéchiel, xxvn, 4 1) ». Comme exemple du second 
desideratum servira l'opinion qui voit dans "iDïpN l'équivalent de 
« aspre », monnaie qui, d'après Hitzig, serait d'origine arménienne et 
de la valeur d'un écu. Une pareille traduction commet avant tout un 
anachronisme et ne doit pas encombrer le dictionnaire. 

De ceux qui cherchent à expliquer les mots hébreux par les lan- 
gues sœurs, M. de Lagarde exige une connaissance suffisante de ces 
langues, assez du moins pour qu'ils puissent distinguer le sens pri- 
mitif et essentiel du mot rapproché. Au lieu de tirer, par exemple, 
ÏTKP3 du verbe arabe 1M « passer la main, frotter, gratter à la sur- 



296 REVUE DES ETUDES JUIVES 

face », puis,« polir, réjouir (angl. glad.) », ce qui est peu satisfaisant, 
puisque WNBa se dit aussi d'une mauvaise nouvelle, n'est-il pas 
plus simple, en faisant venir ce verbe du nom sfrrôa « peau, sur- 
face » , d'expliquer îmfcn par « ce qui produit un changement à la sur- 
face de la figure », changement qui a en effet lieu à la réception d'une 
bonne comme d'une mauvaise nouvelle? D'autre part, l'hébreu nnTl» 
(avec daguesch dans le 1) est d'ordinaire traduit par « rébellion », 
mais le syriaque prouve que ce mot, venant de la racine !Yn, signifie 
« discipline, éducation (Zuc/U)», et de telle sorte, l'expression m?3 "p 
m "mort (Samuel xx, 30) veut dire, en réalité, « fils d'une femme mal 
élevée », non « fils d'une femme déviée et rebelle ». 

M. de Lagarde proteste ensuite contre certaines subtilités éty- 
mologiques à l'aide desquelles on rattache habituellement à une ra- 
cine bilittère un grand nombre de racines trilittères, par la seule 
raison que celles-ci renferment les deux lettres de la racine ré- 
putée primitive. Ainsi *173 (Tltt) serait la source de la série rsitt, 
r™, n», en», yn», pi», m», -m, ntt», nn», -dm (?), n?:p 
et de l'arabe 3>nn, Pn», yi», m», rHo, an», n», on», ttl», yn» 
n»n», 1^53, etc. Le sens fondamental de n?3 « stringere » se serait suc- 
cessivement développé, resserré, atténué, modifié ou transformé au 
point de produire les diverses significations propres à ces verbes. Ni 
l'origine, ni le sens primitif de ces racines n'étant établis sur l'au- 
torité de preuves convaincantes, pourquoi les grouper ensemble 
dans une seule famille? Que dirait-on d'un arrangement qui ferait 
une seule famille des mots français : blanc, blâme, blême, blond, 
blouse, blot, blatte, blaireau, blé, blason, blessé, blutoir, etc., sous 
prétexte que tous commencent par bl ? 

M. de Lagarde demande enfin que le lexicographe hébreu ne se borne 
pas à accueillir les opinions d'un seul parti, d'une seule direction re- 
ligieuse, mais qu'il dépouille consciencieusement tous les travaux 
scientifiques s'y rapportant, quelle que soit leur provenance. Certes, 
la manie de quelques savants d'ignorer à dessein les opinions des 
autres constitue une entrave sérieuse pour le progrès de la science 
et contribue à la conservation routinière des idées fausses. Le mal 
est encore plus grand quand il s'agit d'un dictionnaire célèbre des- 
tiné à servir de guide à tous les hommes studieux. Il y a dans ce cas 
une sorte de solidarité entre tous les savants de l'Europe. M. de La- 
garde montre, à l'aide d'un long supplément, combien la nouvelle 
édition du dictionnaire de Gesenius aurait gagné en valeur si elle 
avait consulté quelques travaux récents. Dans ses références, M. de 
Lagarde n'a pas oublié les travaux qui se publient en France, sur- 
tout dans cette Revue. Moi-même, je suis profondément reconnais- 
sant au savant auteur d'avoir pensé à mes modestes écrits. L'espace 
me manque pour analyser ces additions importantes dont quelques- 
unes seulement doivent être éliminées, comme, par exemple, l'article 
Nan. Le mot talmudique i«art représente une variante orthographi- 
que de la forme écrite usuellement au pi. nYHÏl « remarques sub- 



BIBLIOGRAPHIE 297 

tiles, exagérations », répondant à L'arabe ^H, non à nsïi ; il n'a rien à 
voir avec Ezéchiel, xx, 29, dont l'explication sera donnée dans la 
suite de nos Recherches bibliques. 

Ajoutons, en terminant, deux autres observations. — P. 205-6. Le 
mot arabe Karkh, Karâkha « canal d'irrigation », emprunté aux 
Araméens (Nabât) de Babylonie, ne répond pas à ma, mais à 
*pD, racine qui signitie « envelopper, entourer ». Cela est encore plus 
sur au sujet de g*P*&i car EicaoCvou /apa; est rendu dans une inscrip- 
tion palmyrénienne par arcscs yo (Vogué, Inscriptions sémitiques, 
p. 4 0, n° 5). — P. 24-3. Sur paxeXXsO, voir le numéro prochain de la 
Revue. 



II 

La publication de M. Delitzsch est une réimpression revue et aug- 
mentée d'une série d'articles qui ont été insérés dans plusieurs nu- 
méros de MAthenaeum de Londres, en 1883. Dans la préface, M. D. 
insiste sur l'importance de l'assyrien pour l'étude de la langue hé- 
braïque. L'assyrien doit prendre désormais la place qui a été occupée 
jusqu'à présent par l'arabe, dont la valeur, pour la philologie hé- 
braïque, est tout à fait de second ordre. Le dictionnaire de Gesenius 
(neuvième édition), quoique relativement supérieur aux anciennes 
éditions, pèche par son favoritisme pour l'arabe. M. D. lui-même 
prépare un dictionnaire hébreu entièrement renouvelé et fondé sur 
la comparaison avec l'assyrien. Les explications enregistrées au cours 
des articles qui viennent après sont destinées à donner un avant- 
goût de la nouvelle méthode et à justifier la substitution de l'arabe 
par l'assyrien. Celui-ci ne révèle pas seulement le sens véritable 
d'un grand nombre de mots et de racines incompréhensibles à cause 
de leur rareté, mais il modifie avantageusement le sens de beaucoup 
de mots que l'on croit comprendre. Dans ce cas, la loi du parallélisme 
appuie toujours la signification établie au moyen de l'assyriologie. 

Je crois avoir rendu fidèlement la pensée de M. Delitzsch. Sur la 
nécessité d'accorder à l'assyrien une large place dans les recherches 
lexicographiques de l'hébreu, il ne peut y avoir nulle dissension entre 
nous, mes propres études ayant depuis longtemps pris cette direc- 
tion. Le point sur lequel je me sépare de M. D. est l'idée de vouloir 
introduire l'assyrien à la place de l'arabe. Suivant moi, toutes les 
langues sémitiques doivent avoir une voix égale au chapitre de la 
lexicographie. Pour l'hébreu, en particulier, l'assyrien, comme idiome 
septentrional doit être souvent consulté, quoique pas au même titre 
que les idiomes araméens, que M. D. ne mentionne même pas et dont 
la parenté avec l'hébreu est bien autrement intime que celle de l'as- 
syrien 1 . Mais pour les questions générales touchant la formation des 



1 Ce fait indubitable réduit à de très minces proportions la prétendue cohabitation 
des Hébreux avec les Babyloniens, admise par M. D. (p. 21) sur la loi de la légende 



298 REVUE DES ETUDES JUIVES 

racines, l'agencement des voyelles, la transition des significations, 
etc., l'arabe, et avec lui les autres idiomes méridionaux : le sabéen et 
l'éthiopien, grâce à leur richesse extraordinaire comme aussi à la 
conservation par eux d'un phonisme tangible, occuperont toujours 
une place éminente. A ce point de vue, l'assyrien avec sa phoné- 
tique usée et nivelée est plutôt fait pour tromper l'étymologiste que 
pour l'éclairer. Une langue qui manque tout à fait des sons N, in, SfJ 
qui abandonne souvent le n, qui exprime par un seul caractère les 
lettres H et 1, qui confond fréquemment les sons d'un même organe 
et émousse toujours les diphthongues, une langue pareille ne saura 
jamais devenir, comme semble le croire M. D., le sanscrit des langues 
sémitiques. 

Mais l'erreur fondamentale du travail que j'analyse est celle qui 
est résumée dans son titre même : « The hebrew language viewed 
in the light of assyrian research ». M. D. parie de l'assyrien comme 
s'il était parfaitement connu, comme si le sens de ses mots était bien 
déterminé et ses tours de phrase compris jusque dans leurs nuances 
les plus délicates. Malheureusement, nous n'en sommes pas encore 
là; on y sera probablement au siècle prochain, mais pour le moment, 
c'est l'hébreu qui sert de guide pour l'explication de l'assyrien et le 
cas inverse ne doit être essayé qu'avec la plus grande circonspection 
et seulement comme preuve supplémentaire. 

Les observations qui suivent montreront plus clairement quel fond 
on peut faire des innovations lexicographiques que M. D. tire du 
trésor mirifique des « assyrian researches ». 

ïirpN « abâlm a synonym of thdbahu to slaughter (p. 29) ». M. D. 
ne cite aucun exemple de ce verbe, lequel m'est inconnu. Il paraît le 
tirer du nom nabbahu (R. II, 23, 9 non nâbahu) qui désigne une par- 
tie de la chaise (non rack !). De ce que cet objet se dit aussi makaçu 
(r. yip?) il ne résulte nullement que abahu signifie « égorger ». 

d^S «as. çaddu traps (p. 29-30) ». La signification du mot assy- 
rien est fort peu sûre ; l'idéogramme hul-sar ne nous tire guère 
d'embarras par suite des valeurs multiples qui sont propres au se- 
cond signe. Le titre mushalilim çaddi donné au dieu de la lune (Sin) 
semble signifier plutôt : « celui qui fait découvrir les adversaires ou 
les brigands ». Le membre de phrase çaddu ina pat Mshti ritû se tra- 
duirait alors « le brigand posté au coin de la forêt ». Le mot hébreu 
ne doit, en aucun cas, être séparé de l'arabe ^ « contraire, opposé, 
adversaire ». 

ron (Deutér., xxxiii, 3) « which assyrian proves tp be a synonym 
of Nbi (p. 30) ». M. D. oublie évidemment le mot ^ba^ib qui suit le 
verbe sisn. Une locution : ils furent portés ou enlevés à tes pieds 



rabbinique qui met Abraham aux prises avec Nemrod. Comme l'hébreu n'est que la 
langue indigène de Canaan, il aurait fallu avant tout démontrer que les Canaanéens 
ont jadis habité la Babylonie. 



BIBLIOGRAPHE 298 

n'aurait aucun sens. Le passage est d'ailleurs visiblement corrompu 
et la lecture ? .sn pour ton parait vraisemblable. 

Yw\\\ ITrpN « the assyrian ishdu, pi. ishdâti « base » of anything, 
shows that « slope » or « foot » is the proper meaning of ÏYllèN (p. 30- 
31) d. La comparaison est erronée. Le mot assyrien répond certaine- 
ment a l'hébreu TD?, tandis que le mot hébreu en question est bien, 
comme on l'admet généralement, apparenté au syriaque ION « ver- 
ser », et signifie « versant ». 

nbçan « as. habaçillatu reed (p. 34-36) ». Le terme hébreu désigne 
une plante répandue danski vallée de Saron (Cantique, u, 1), célèbre 
pour ses blés [\sn n2^N "pO Y©, inscript. d'Eschmounazar); le ro- 
seau, au contraire, croit dans les terrains marécageux. Il faut donc 
conserver jusqu'à nouvel ordre le sens de « lys ». 

b^irr « height », as. zabaln, a very synonyin of nashû (héb. NE55) 
« to lift, to raise, to bear (p. 38-39) ». A ma connaissance, le verbe 
assyrien zabalu ne s'emploie que dans le sens de « enlever, porter », 
jamais dans celui d'élévation ou de hauteur. Salomon construit à 
Ialnvé une maison de retraite (b"Dî ma) qu'il pourra habiter éter- 
nellement sans être dérangé (tFfcbl* ^nniab "J-DE, II Rois, vin, 13). 
Le temple de Jérusalem était d'ailleurs d'une hauteur très modique, 
de trente coudées seulement. D'autre part, on remarquera que le 
cœur aimant de Lia (Genèse, xxx, 19) se souciait probablement fort 
peu des honneurs que Jacob pouvait lui octroyer pour les nom- 
breux enfants qu'elle lui avait donnés ; ce qu'elle désirait avant tout, 
c'est que son époux s'établit définitivement auprès d'elle (û3>dï"î 
■no^ ^bar). 

bn « as. dagalû, to see, to look (p. 39-40) ». Le passage irîrbN tron 
bins (Psaume xx, 6) ne saurait être traduit : we heep our eyes direc- 
ted upo?i the name of our God ; l'image est d'une grande platitude; 
puis, il faudrait pour cela Ûlûb. Mieux vaut donc traduire comme 
d'habitude: « et au nom de notre Dieu nous déploierons l'étendard ». 
De même, le mot rnb:ft3 (Cantique, vj, 4) désigne les villes fortifiées 
sur les murailles desquelles se déploient les étendards guerriers. 
Au verset du Cantique, u, 1, il faut lire : sibjrçi "pr; ma b« ^N^n 
Ï13Ï1N -br « Conduisez-moi a la maison du vin et déployez sur moi 
l'étendard de l'amour ! » Le b;n hébreu et l'assyrien diglu qui signi- 
fient « étendard, drapeau » ne sont autre chose que l'araméen abirt 
(Schabbat, 148) « perche à branches, fourche ». Le nom araméo-assy- 
rien du Tigre, nb^, fait aussi allusion à l'embranchement qu'il 
forme dans son cours inférieur, avant de se jeter à la mer. Si M. D. 
avait étudié l'araméen, surtout l'araméen talmudiquc de liabylonie, 
il n'aurait pas expliqué le nom du Tigre par le groupe soi-disant 
accadien id-dig-na «■ fleuve aux hauts bords (Paradis, p. 171) ». Quant 
au sens de « voir » propre à l'assyrien dagalu, en admettant qu'il soit 
exact, il constitue un développement d'ordre secondaire et sans in- 
térêt pour le mot hébreu. 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1725 « as. liamàru, to strike clown, to overpower (p. 41-42) ». Si les 
prêtres sont appelés fc^lTp!?, c'est, nous dit M. D., parce qu'ils se jet- 
tent la face contre terre pour adorer la divinité (the priests are the 
persons who throw themselves down on their faces and adore). On 
se demande si la prosternation ne se pratiquait pas par tout le 
monde dans l'antiquité en s'adressant à un supérieur. Mais passons. 
Le filet se dit n*jnî?fc ; c'est, pense M. D. parce que, par cet instru- 
ment, la proie est accablée ou jetée par terre (the instrument by 
which the prey is overpowered or thrown down). Les personnes qui 
ont vu fonctionner un filet savent qu'un tel effet ne se produit ja- 
mais sur la proie qui y est retenue. La locution Tttm 1^7253 qui 
exprime l'idée d'une grande compassion, ou commisération, signi- 
fierait au propre « son amour ou sympathie » a été accablée (his 
amour was overpowered). Une telle image est bien extraordinaire. 
Enfin, le membre de phrase 117252 1"Dn5 n3Ti* (Lamentations, v, 10) 
voudrait dire : notre peau a été écrasée comme un four, c'est-à-dire, 
est devenue sans force, ou a perdu sa vigueur et son pouvoir de résis- 
tance (our skin has been overpowered like an oven », i. e has bekome 
powerless, or lost its vigour and power of résistance). Le goût poé- 
tique de M. D. n'est vraiment pas difficile. La langue de la Mischoa 
nous a conservé le sens matériel de 1725 qui est a serrer ». Le 1735 
est un prêtre retiré dans sa cellule ; le filet D172572 serre la proie qui 
s'y trouve ; l'ardeur de la faim serre la peau, en la desséchant ; la 
pitié enfin, se manifeste par un serrement d'entrailles. Ce sont là 
des images naturelles et usitées dans une foule de laugues. L'idée 
de serrement a ensuite produit celle du syriaque 1^735 « triste, 
sombre, noir » d'une part, le talmudique 1725 « échauffer », de 
l'autre. Ajoutons que M. D. se trompe aussi en traduisant le dicton 
assyrien Mma tinuri labiri ana nuhkurika marie par : « like an old 
oven he is too weak to do thee harm ». Marie n'est pas un participe, 
lequel serait marçu, mais un impératif. Le sens de l'ensemble est 
obscurci par suite de la signification vague de marçu qui exprime à 
la fois l'idée d'être malade et celle d'être difficile et dangereux. On ne 
devine pas non plus si miMuru est un uom ou un verbe. 

fnri « gendre ». « The assyrian verb hatânu, from which the 
words for affinity are derived, meant originally « to surround, to 
protect » (p. 45). Ce verbe assyrien n'a, à ce que je sache, d'autre si- 
gnification que celle de * fortifier », preuve l'expression hatin enshi 
« qui fortifie les faibles ». La phrase tahtena gimir lânika (Sm. Asb., 
p. 125 /) signifie également « elle (Astarté) a fortifié tout ton corps » 
et non « and compassed thee on ail sides».Si ce sens était primitif ', 
le gendre Cjnn) et le beau-frôre Cjnifi) seraient conçus comme des 

» Cela est difficile à admettre, car l'arabe *jpn y'jnn (pi. l^nruNO « pareil, as- 
sorti ». "jn!Sln « s'allier à quelqu'un »,etc, avec un n doux, rend parfaitement 
compte de l'hébreu *|nn et \T\T\- 



BIBLIOGRAPHE 301 

renfort? arrivés aux familles alliées. Chez les Arabes, où la cir- 
concision est regardée comme le premier acte de virilité de la part 
du jeune homme prêt a devenir père de famille, le verbe \nf\ a pris 
le sens de circoncire. 

aatç « verge, sceptre», as. shabathu « lo beat, to slay, to kill (p. 46) ». 
Cette signification est peu sûre; l'idéogramme GI GI qui rend le 
verbe ishabblthu (R., iv, 16, 9£; 27, 21 b) signifie d'ordinaire « chan- 
ger de place, retourner, etc. ». Je crois encore moins qu'en assyrien 
le mot shibthu « means both scepter and slaughter ». Au dernier 
sens, qui est plutôt celui de « châtiment », il faut sans aucun doute 
transcrire shiptku avec;; ; c'est l'hébreu traçiè, et il n'a rien à voir 
avec caatô. 

br? « lit, trône » signifierait, d'après M. D., simplement « stra- 
tum » comme l'assyrien irshu, de ereshu « to spread out (p. 47) ». 
L'auteur ne nous dit pas dans quel passage il a constaté la signifi- 
cation de ce verbe; mais s'il s'était adressé à l'araméen babylonien, 
il aurait appris que ND^? est le nom de la balance (Schabbat, 60). Le 
sens du verbe arabe tt)1^ « étendre des branches en berceau, bâtir une 
cabane avec des branches » en dérive visiblement et montre bien que 
w-r n'est pas une couche à fleur de terre, mais un meuble. Aussi 
R., ir, 24, 46-46, donne-t-il les termes maallu, maaltu « lit élevé » 
comme synonyme de irshu. 

rrr:: « beloved », as. shudadu « lover » (p. 47). C'est bien douteux; 
le mot assyrien semble venir de TH. Je ne vois pas d'ailleurs pour- 
quoi on néglige de comparer le mischnaïtique fiTO « coffre, caisse ». 
Qohelet (u, 8) parle des choses plaisantes (tHNri ^n mM*n) dont il 
avait les coffres pleins. 

•*m « form fa'al from STfiû, as. shadu « to be high, elevated (p. 48, 
note) ». Le nom assyrien shadu signifie bien « montagne », mais je 
ne connais aucun passage où le verbe shadu signifierait « être haut, 
élevé ». L'arabe b^ désigne la montagne et cependant le verbe bna 
ne comporte dans aucune langue sémitique le sens d' « être haut, 
élevé ». Si l'on se tient à l'assyrien, il faudra ponctuer *VÔ et y voir 
soit une forme archaïque pour ÏTTÇ = shadu « montagne >., soit 
une nisbé de ce mot, pour ^ô « habitant la montagne ». Mais tout 
cela est bien conjectural. 

bn « vallée, wâdi, ruisseau ». « The verbe nahâlu « to com- 
presse » or « to confine » is preserved in assyrian » (p. 48). Le passage 
d'où résulterait ce sens verbal m'est inconnu. Mais quand M. D. 
ajoute « The hebrew brrç is the space confined between two hills or 
mountains (p. 49) », il confond bm avec pttf. Le premier peut aussi 
venir d'une montagne (Deutér., ix, 21). 

bTw « to persuade ». Ce mot araméen « anwers exactly to the 
hebrew ïinB (p. 50, note) ». Cette donnée étonnera beaucoup les tal- 
mudistes qui savent que VrO n'est qu'une variante de T7T», rendant 



302 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'hébreu tibia « envoyer, étendre, lâcher, exciter, occuper, etc. ». L'idée 
de (.<- persuader » est tout à fait absente de ce verbe. M. D. se contredit 
d'ailleurs lui-môme, en constatant qu'en assyrien shadâlic est syno- 
nyme de patû « to be open », car ce verbe assyrien répond à l'hébreu 
tins et non à tins. 

. -T T • 

tnban « faire honte ». D'après M. D. ce serait « the exact syno- 
nyme of bbp /bpti « to estimate lightly », parce que d'une part l'as- 
syrien halâmu et qalâmu signifient « être petit » et que d'autre part, 
qalmu (kalmu) désigne les petits animalcules, la vermine (p. 50-51). 
Tout cela n'est qu'une simple conjecture. Le vocabulaire R., n, 36, 
40-41 a donne les mots qalmu et qallu comme pouvant désigner tous 
deux l'idée de « petitesse ». Mais cela n'en prouve nullement l'équi- 
valence absolue. Les femmes assyriennes appelaient l'enfant lialûmu 
au même titre que les nôtres disent « ver », ou, plus expressivement, 
« vermine », sans que ces mots signifient au propre « petit, léger, 
méprisable ». Le verbe hullumu ne signifie pas non plus « to estimate 
lightly », mais « découvrir, mettre à nu », de là « faire honte » ; cf. 

"HK « maudire ». Le sens primitif du mot serait égal à celui de 
-Dti « to bind » conformément à l'assyrien arru « fowler », irritu 
« sling (p. 53) ». En laissant de côté la question de savoir si ces mots 
assyriens doivent plutôt être rapprochés de l'arabe $* « tromper, 
amorcer, allécher, etc. », on remarquera que ^nn exprime l'idée de 
jonction et d'association, jamais celle de « lien et de nœud ». L'é- 
thiopien TIN « couper, moissonner » rend parfaitement compte de 
la signification hébraïque ; le Tna « maudit » est celui qui a été re- 
tranché de la famille, de la société (cf. la locution 1Ï3D2Ï1 îrrttîM'i 
ïvnyiï) ou qui a perdu ses avantages premiers (Genèse, ni, 47). C'est 
absolument le contraire de "Dti. 

n^p désigne aussi bien le blé mûr que les branches qui portent 
le fruit mûr à être cueilli (Psaumes, lxxx, 12). En hébreu comme en 
arabe, le verbe nstp signifie « raccourcir, couper ». L'assyrien qaçâru 
« lier, attacher », auquel M. D. fait appel (p. 54), n'a rien à voir ici : 
c'est le correspondant de l'éthiopien *i£p « serrer, entourer » et de 
l'araméen lïap. 

bW2 « dominateur, gouverneur ». L'arabe bntt fait voir que ce 
mot désigne au propre celai qui peut infliger une punition exem- 
plaire. Je ne sais pas pourquoi M. D. préfère le rapprocher de l'as- 
syrien mashâlu « briller ». Je ne connais que les noms mushalum et 
mushshulum,, qui semblent venir de ùb^, d'où aussi melammu « splen- 
deur ». 

"ib « prince ». M. D. rapproche ce mot et son congénère assyrien 
sharru « roi », de skarûru « éclat, splendeur (p. 55) ». L'idée d'éclat 
qui se trouve déjà dans l'arabe rhôniû (pi. l&niB) « étincelle » est 
sans aucun doute une métaphore secondaire. Le sens primitif s'est 
conservé dans l'éthiopien TO « hauteur », d'où nTO « s'enlever en 



BIBLIOGRAPHIE 303 

l'air, voler ». L'autre mot assyrien pour « splendeur » melammu, 
signilie aussi littéralement « hauteur, élévation ». 

ïlba'l « cake made of pressed figs, » s'expliquerait par l'assyrien 
dublu « foundation (p. 58) ». La traduction donnée par M. D. du mot 
hébreu étant inexacte, puisque la nbm forme une pâte molle et ju- 
teuse (Isaïe, xxxviii, 2I\ l'étymologie avancée tombe d'elle-même. 

ES a mère ». a The assyrian verbal roat d?2tf means « to by wide » 
or u spacious ». Ummu is therefore « the womb, as the roomy récep- 
tacle of the child, then « the mother (p. 60) ». Je ne me souviens pas 
d'avoir rencontré ce verbe dans les textes cunéiformes, mais le sens 
de « matrice » pour EN est connu depuis longtemps par les talmu- 
distes. L'assyrien ne nous apprend rien de nouveau là-dessus. M. D. 
semble tirer le sens de la racine ûen de l'idéogramme de la mère 
[mal-\- an) qui signifie en effet rapshu « large, vaste, nombreux », 
mais comme M. D. croit à l'origine sumérienne ou accadienne des 
idéogrammes cunéiformes, il attribue à une racine sémitique un 
sens qui appartient à une racine non-sémitique. Une telle confusion 
inaugure mal le nouveau dictionnaire hébreu. J'aime mieux com- 
parer, avec M. Duval, tti7aN c moule » et tPtt nttN « conduit d'eau ». 
tr:N 9 avant-bras, coudée » est au propre « tuyau », de même que 
l'hébréo-assyrien n£ qatic « manche, main » qui vient de ïisp « ro- 
seau, canne ». ttteN est naturellement la famille-mère qui donne 
naissance à diverses familles latérales. 

!rr? 9 fiancée, belle-fille, bru ». « In assyrian the bride is called 
kallâlu with a long a in the second syllable. That shows at once 
that the stem can not bo bbr> (p. 68) ». L'acribie assyriologique fait 
oublier à M. D. le mot hébreu nibibs « fiançailles, mariage », qui 
garantit la racine bbs pour ïrks. En araméen bbi s'emploie réguliè- 
rement au sens de « marier (Meçïa, 101 à) ». Du reste, l'idée de faire 
venir îibs de ttbD « to shut up » semble avoir été inspirée à M. D. 
par l'idéogramme e-Gi-a dont l'élément principal GI a, entre autres, 
le sens de « enfermer ». C'est une confusion analogue à celle qui a 
été mentionnée à l'article précédent. 

linst « boite, caisse ». M. D. dit : « The assyrian dictionary again 
settles the question (of origin) by the simple fact that êrênu, the full 
équivalent of the hebrew "pic, lias a synonymmZ. The stem is the- 
refore ï"ntf, and not "ptf (p. 67) ». M. D. aurait bien fait de donner le 
passage dans lequel ces mots assyriens comportent le sens de « boite, 
caisse » ; je n'en connais que le sens de « cèdre » ; or, ici l'hébreu 
•p.N garantit parfaitement la racine *ptf pour l'assyrien erinu, écrit 
aussi erinnu. Le synonyme eru ne prouve nullement que le noûn du 
premier mot ne soit pas radical. Ce sont deux équivalents et non 
deux mots dérivés d'une même racine. 

!"ftPS a Pléiades ». D'après M. D., ce serait l'assyrien kimtu « fa- 
mille », de kamû « lier, attacher (p. 69-70) ». M. D. aurait dû, tout 



304 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'abord, prouver que les Babyloniens nommaient les Pléiades Mmtu, 
ce qui est la chose principale. L'explication de Mmtu « famille » par 
kainù « lier » est également très douteuse. Il est plus naturel de rap- 
procher Jiimmatu « tige, tronc » ; cf. les termes hébreux ,:?lJ3 ,123*1115 
3>W, etc., employés métaphoriquement pour « famille ». 

•pa. Le sens traditionnel de « espèce » ne satisfait pas M. D. par 
cette raison qu'il s'emploie avec des noms au singulier (p. 70-71). Il 
oublie que ces noms, étant des collectifs, en majorité, n'ont pas de 
pluriel. Du reste, la conjecture tendant à voir dans *pfc l'équivalent 
de l'assyrien minu « nombre, quantité » ne soutient pas l'examen. 
Elle s'écroule déjà par les seules énumérations du Lévitique (xi, 11, 
14-16, 19, 22, 29). La racine \M2 forme encore le mot ïiMn « image, 
type ». 

La liste qui précède renferme la grande majorité des mots hé- 
breux dont M. D. a fait l'objet de ses innovations inadmissibles ! . Les 
autres rapprochements, assez acceptables à première vue, s'expli- 
quent mieux à l'aide des autres langues sémitiques. Ainsi, le mot 
"jNii: (menu bétail), assimilé à l'assyrien çênu « bon » et combiné avec 
l'arabe Û?3 (p. 46-47), me semble appartenir plutôt à la racine "pit 
(•pat) conservée en éthiopien au sens de « parquer, entourer, pro- 
téger ». L'assyrien uhanu « doigt, pointe » se rapproche, non de 
farN = abrrn « pierre (p. 57) », mais de ar. Û8î"DN, héb. )r,n « pouce ». 
Ce mot se cache peut-être dans "pnfrn )n "jrrh (lisez "jirb.) *pN (Josué, 
xv, 6) « pierre pointue de (ou nommée) Ben-Reùben ». Au sujet de 
ù^fiN on peut hésiter entre les deux mots assyriens a/tu « chacal 
(? p. 33-34) et uhu « vermine ». La comparaison de Tp^N avec aba- 
rakku, qui signifierait « father of the king (p. 25-26) », repose sur une 
lecture erronée : ce mot assyrien n'existe absolument pas. Dans 
R., iv, 63 c la déesse de Karak est appellée apraklat e-kur (=es/triti) 
« celle qui habite le sanctuaire »; c'est un dérivé deparaku « séparer », 
d'oùparaMu « demeure séparée, pavillon » et l'hébreu rùhs « voile ». 
Le pis est qu'après tant d'inexactitudes et de négligences de sa part 2 , 

1 Cette série renferme encore l'explication des mots "jTCJiN (p. 9, note) et blHU 
(p. 5), explication dont l'inanité a été prouvée par MM. R. Duval et D. H. Mûller. 
La signification de t cultiver » pour ftlfrî (p. n9) et celle de « troubler » pour 5^N 
(p. 57, note); l'identification de m avec l'assyrien (M. D. dit « sumérien •) mahhu 
« chef supérieur (p. 14) » ; la transcription Diïûzu fp. 16. note 2) pour Tum'uzu = 
héb. ■pfàn ; l'assimilation de 3N, as. abu, à l'assyrien aabu (héb. ^iN) « ennemi », 
tout cela est du plus pur arbitraire. Le sens primitif de Û5N est « roseau >. J'ajoute 
que la notation des voyelles longues dans les transcriptions assyriennes de M. D. 
ne commande aucune confiance par cette raison péremptoire qu'elle ne répond pas à 
l'orthographe des textes originaux. 

i La même insouciance se révèle dans la seule remarque historique de cette dis- 
sertation. Après avoir dit que Sennachérib emmena en captivité (carried away) des 
districts montagneux de Juda non moins de 200,150 habitants, M. D. ajoute : « It is 
difûcult to understand, how Sennachérib was capable of transporting such a multi- 
tude after the destruction, which his army is reported to hâve sufîered at the hand 



BIBLIOGRAPHIE 305 

M. D. prétend encore rejeter en bloc la comparaison des mots hé- 
breux tels que ,yvyn ,oti ,«rin ,Vwi ,mt ,nra: ,yra ,t|no ,mn 
rpb, sous prétexte que le n conservé dans leurs analogues assyriens 
répond au n dur des arabes. J'ai protesté à plusieurs reprises contre 
cette règle imaginaire, en prouvant d'une part que les langues sémi- 
tiques du nord ignoraient primitivement le son kh, d'autre part que 
le n qui entre dans plusieurs mots assyriens est doux dans les 
idiomes méridionaux. Citons, entre autres, les mots habiàu, liazanu, 
hakamu, ahadu, palahu, mutuh, gihinu, rihiçtu far. yrn, laver, trem- 
per), inhu (h. H3N, ar. m*), malâhu, etc., etc. Tous ces exemples 
n'ont pas de valeur aux yeux de M. D., qui, pour soutenir la fausse 
règle phonétique que M. Haupt a formulée, il y a quelques années, 
s'obstine à déclarer que l'assyrien malâhu « marin, marinier » n'a 
rien de commun avec l'arabe nN^ft (h. rrèto), malgré le verbe fibfcE 
œ mêlé », mais que tous ces mots sémitiques viennent du composé 
sumérien mâ-lah signifiant « vaisseau-marchant »! A la page 44, 
l'auteur nous a déjà gratifié d'une interprétation délicieuse du nom 
de la déesse de l'amour, Ishtarit. Celle-ci, soumise au scalpel acca- 
dien ou sumérien, se dépècerait en ^(pourquoi pas wA?) « power » 
et tar « to fix » = fate-deciding ; cette fois, la grande découverte de 
M. D. révèle ce fait étonnant que la race sémitique tout entière, y 
compris les Phéniciens, ces maîtres navigateurs de l'ancien monde, 
était obligée d'emprunter aux Accad le mot qui désigne le marin. 
Espérons qu'en persévérant dans la voie accadienne, M. D. nous 
expliquera un beau jour le couple patriarcal Abraham et Sara par 
les composés accadiens ab-ra-am « abîme-inondant-bœuf sauvage 
« et sa-ra « corde-inondant ». Par un semblable coup de génie et en 
faisant intervenir adroitement le cosséen, Isaac et Jacob s'analy- 
seront respectivement ia-za-ha-ag œ pays-pierre-poisson-faisant » et 
ia-ga-ku-ub « pays-lait- feu-région » ; ce sera à la fois nouveau, satis- 
faisant et poétique ! 

Je me résume, l'assyrien utilisé avec sobriété et bien épuré des 
scories de l'accadisme, ne manque pas d'être utile à l'intelligence de 
plusieurs mots hébreux dont il prouve l'origine ancienne et sémi- 
tique, mais il devient une source inépuisable d'erreurs quand on 
abuse des analogies qu'il offre. Si pour quelques lexicographes l'a- 
rabe est devenu une idole, M. D. a eu raison de la briser, mais rem- 
placer l'idole arabe par l'idole assyrienne, voilà ce que nous n'ac- 
cepterons jamais. J. Halévy. 

of the angel of the Lord (p. 2, note 3). > Il oublie que le retour précipité de Senna- 
chérib est confirmé par Hérodote et Bérose. Du reste, Sennachérib lui-même dit 
seulement que les 200,150 habitants firent partie du butin (shallatish amnu), mais 
il n'affirme pas qu'il les a transportés en Assyrie. Les villes prises par Sennachérib 
et momentanément annexées, naturellement avec leurs habitants, aux domaines des 
rois philistins, retournèrent sans doute à la Judée au départ de l'armée assyrienne. 
Quand on croit à toutes les fantasmagories de l'accadisme, on n'a pas le droit déjouer 
le voitairien en matière religieuse; du moins, doit-on être bien ferré en histoire ! 
T. X, n° 19-20. 20 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Codice diplomatico dei Giudci di Sicilia, raccolto e pubblicato dai fratelli 
sacerdoti Bartolomeo e Giuseppe Lagumina. Volume I, Parte i, Palermo, tipo- 
graûa di Michèle Amenta, 1884. 



C'est un très bon signe du temps que de voir deux frères, prêtres 
catholiques, se dévouer, avec une science très rare et un travail per- 
sévérant et consciencieux, à compléter la collection des documents 
relatifs à l'histoire des Juifs. Don Bartolomeo Lagumina, professeur 
de langue hébraïque à l'Université royale de Palerme, a mis en tête 
de sa précieuse collection de documents des Considerazioni générait 
sulla storia dei Giudei di Sicilia. Après avoir résumé tout ce qui a 
été écrit sur ce sujet depuis le grand ouvrage de Di Giovanni 
[VEdraismo in Sicilia, Palerme, 1748) jusqu'à présent, il montre 
l'imperfection des recherches et de leurs résultats, due à l'insuffi- 
sance des documents précédemment recueillis. C'est au conseil et à 
l'initiative de leur maître, l'illustre chanoine Isidoro Carici, profes- 
seur de paléographie aux Archives de Palerme, que nous devons le 
grand et important travail des frères Lagumina, qui en ont réuni les 
matériaux en compulsant 184 volumes de la Chancellerie, 152 du 
Protonotaire du royaume de Sicile, plus de 100 volumes des anciens 
notaires de Palerme, et beaucoup d'autres. 

Nous suivrons d'abord le savant Don Bartolomeo dans ses Conside- 
razioni. Des documents, recueillis par milliers, la plus grande partie 
inédits et tous les autres expurgés de nombreuses fautes, il résulte 
en premier lieu que Di Giovanni s'est trompé en croyant que la con- 
dition de tous les Juifs de la Sicile était aussi uniforme que les rois 
aragonais avaient essayé de l'établir, tandis que chaque commu- 
nauté était, au contraire, indépendante, et avait des règles, des pri- 
vilèges et des charges particulières. 

Les Juifs de Sicile étaient, comme les Juifs d'autres contrées, servi 
regiœ Camerœ, et cette situation avait, comme partout ailleurs, ses 
avantages et ses inconvénients. Il n'y a pas à s'étonner que les Juifs 
de Sicile n'aient eu ni un grand homme, ni une école renommée. Les 
relations sociales des Juifs avec les chrétiens n'étaient point très 
amicales, sans être toutefois hostiles. Nulle part, en Sicile, les Juifs 
ne furent parqués dans un ghetto 1 ; dans les Giudaiche (c'est-à-dire 
voisinages, ou mieux, peut-être, communautés) des Juifs, on trouvait 
des maisons de chrétiens et aussi des églises. 



1 A propos du nom de ghetto, sur l'étymologie duquel on a fait tant d'hypothèses, 
on me permettra de répéter ici une observation que j'ai publiée, il y a un grand 
nombre d'années, dans le Corriere israelitico. Selon moi, ghetto et paroisse sout deux 
synonymes dérivés du grec. Ghetto vient de ysircov, vicimts ; ■yiizovio., vicmitas ; 
paroisse vient de uapoix7]<nç, habiiatio propinqua ; rcapoixia, vicinia, commoratio in 
aliquo loco. De même église et synagogue sont des synonymes. 



BlBUOr.RAlMIIK 307 

Les GhuUiichc (juiveries), indépendantes les unes des autres, 
étaient aussi indépendantes des communautés chrétiennes (univer- 
sità cristianc) et possédaient les mômes privilèges que celles-ci ; seu- 
lement elles ne pouvaient se mêler de l'administration des affaires 
des chrétiens, et chaque juiverie était tenue de verser à l'université 
chrétienne sa quote-part des contributions communes. Il faut ajouter 
que les juiveries, de même que les gabelles particulières payées par 
les Juifs, étaient quelquefois inféodées par les rois à des particuliers, 
comme ils le pratiquaient pour certaines villes de leur domaine. 

Au sein de la juiverie, les Juifs vivaient de leur vie à eux, ayant 
des synagogues, des écoles, des confréries, des hospices, des bou- 
cheries, des cimetières ; leur organisation était presque la même 
que celle des universités (communautés) chrétiennes, sauf que dans 
les juiveries les magistrats étaient élus par les chefs de famille, 
toutes les fois, du moins, que le gouvernement ne trouvait pas bon 
de les nommer ou remplacer de sa propre autorité. A l'instar des 
autres citoyens, les Juifs se réunissaient périodiquement en conseil 
général pour les affaires communes, et il y a des exemples de la 
convocation d'assemblées des délégués de toutes les juiveries du 
royaume pour des affaires d'intérêt général. Tous les actes et faits 
relatifs à l'administration étaient cependant soumis à l'approbation 
du souverain ou du moins à son visa. 

Les ministres du culte recevaient, comme chez les chrétiens, les 
noms de tescovi (évêques) et sacerdoti (prêtres) ; ils avaient droit de 
juridiction sur les affaires religieuses et matrimoniales. Les con- 
trats de mariage [chediivà) étaient enregistrés chez le notaire de la 
Giudaica. Dans les centres plus nombreux, ce notaire était ordi- 
nairement un Juif, et, dans ce cas, on rédigeait les actes en langue 
hébraïque. 

Un sujet qui, dans notre ouvrage, est traité pour la première fois, 
c'est le système judiciaire qu'on appliquait aux Juifs. Ils dépendaient 
de la juridiction civile. Les tribunaux ecclésiastiques réclamèrent 
maintes fois le droit de juridiction sur eux, mais finirent par réduire 
leurs prétentions à un petit nombre de cas particuliers et furent, 
du reste, toujours repoussés dans leurs revendications par l'autorité 
civile. Les peines prononcées par les magistrats juifs contre les 
transgresseurs des lois religieuses étaient exécutées par des officiers 
chrétiens, et les amendes pécuniaires étaient dévolues au fisc. La 
Curia jtedeorum était composée de magistrats chrétiens nommés par 
le gouvernement. 

L'ouvrage des frères Lagumina ne donnera pas seulement un 
miroir fidèle de la vie privée et publique des Juifs en Sicile, mais 
fournira aussi un trésor de notices précieuses pour l'histoire civile 
de l'ile et pour les études sur la linguistique sicilienne et orientale. 

Les savants auteurs ont, avec grande raison, divisé leur publi- 
cation en publiant d'abord les épîtres du pape Grégoire et les décrets 
des rois et des vice-rois sur les Juifs, en réservant, pour la seconde 



308 REVUE DES ETUDES JUIVES 

partie de leur ouvrage, les documents concernant les usages des 
diverses villes. La livraison qui vient de paraître est le commence- 
ment de la première partie. 

Les onze premiers documents sont du pape Grégoire-le-Grand. 
L'espace accordé à une simple recension ne nous permet pas même 
d'indiquer sommairement tous les faits dignes d'attention dans ces 
documents et dans ceux qui suivent. Il nous suffira de noter quel- 
ques-uns des renseignements les plus intéressants. — Dans les do- 
cuments VI et VII, on nomme les Samarei. Etaient-ce des Samari- 
tains qui demeuraient à Catane et à Syracuse ? Jean d'Agello, 
évêque de Catane, décrète, le 20 décembre 1168, que les Latini, grœci, 
judœi et saraceni, unusquisque iuxta suam legem iudicelur (doc. XV). 
— Les pièces XIII et XIV sont des constitutions normandes ; — les 
pièces XVI à XXII des décrets de l'empereur Frédéric. — Dans le 
n° XXVI, Charles d'Anjou approuve l'élection de Maborach Faddal- 
chassem pour exercer les fonctions de presbyter, de schohet et de ta- 
bellion des Juifs de Palerme et de Garbe. — N° XXVIII. Suleiman 
est élu sacerdos Iudœomm de Trapani, par le vénérable évêque de 
Mazara (an. 1272). — N° XXX. Le roi Pierre confirme, pour maître 
David, médecin, pour ses frères et leurs fils, comme héritiers de 
maître Busach, médecin de Palerme, les privilèges par lesquels ils 
ont été affranchis de tous les impôts particuliers des Juifs, et qui 
lui avaient été octroyés par l'empereur Frédéric et par Manfredi 
(an. 1283). — N° XXXII. Ordonnance du roi Pierre, sur l'instance 
de Josep de Calo et Fudrone de Canino, Juifs (an. 1283). — 
N° XXXIIï. David, médecin de Palerme, est élu par le roi Pierre 
magister judeorum panormi. — Les doc. XXXIV à XLI sont des 
constitutions et décrets de l'empereur Frédéric III et de ses lieute- 
nants (an. 1310 à 1325). — N° LI. Matteo Sadicuno, Juif, obtient la 
permission de pratiquer la médecine dans tout le royaume (an. 1363). 
Voici les noms des médecins juifs de Sicile rapportés dans une note 
sur ce document : 



1. Jacob da Siracusa (1360); 2. Matteo Xadicuno (1363) ; 3. Musuliuni de" 
Ragusia (1366; ; 4. Naccon de Fariono (1367) ; 5. Aron di Messina (1367) ; 
6. Joseph de Jacobo de Bohemia (1372) ; 7. Vita de Susen (1372); 8. Moisen 
Missutu (1373) ; 9. Abraham Abenset di Sibilia (1373) ; 10. Joseph di Mar- 
sala (1373) ; 11. Maseni de Fariono de Sciacca (1373) ; 12. Beniamiu 
Cassuni (1373) ; 13. Salamone del fu Daniele de Catania (1375) ; 14. Ma- 
chaluffo de Marsala (1375) ; 15. Moyse Spagnuolo (1375) ; 16. Bulfarachio 
de Messina (1375) ; 17. Salomone de Canimarata, médecin autorisé de la 
communauté chrétienne de Castrogiovanni (1375); 18. Salamone de Nicosia 
(1376?); 19. Gaudio de Messina (1376); 20. Jacob de Siracusa (1376) ; 
21. Abraham de Léon de la Caula (1377) ; 22. Bulfarachio Xusen de Ca- 
tania (1380) ; 23. Moyse Yabe Yspanus (1383) ; 24. Moyse Sacerdoto de 
Gérace (1384) ; 25. Macalufo de Ragusa (1385) ; 26. Bonavoglio de Messina 
(1386) ; 27. Ycuchiele de Saddiconi dit Salamone de la terre de Mineo 
(1380); 28. Salomone Czichiri de Randazzo (1387) ; 29. Isach de Barchinone 
de Catania (1387) ; 30. Salamone de Catania (1394); 31. Joseph Factas de 
Messina (1394) ; 32. Joseph Gracianus de Siracusa (1396) ; 33. Josep Sitas, 



BIBLIOGRAPHIE 309 

fils de Gaudio de Messina (1396) ; 34. Vitale de Albare (1397) ; 35. Leone 
Maltese de Polizzi (1398) ; 30. Josep Banalfia, juif catalan, médecin de la 
maison royale (l 398) ; 37. Gaudio de Burif (1402) ; 38.. Moyse de Abraam 
de Siracusa (1403) ; 39, Busach de Sciacca (1403) ; 40. David Czihiri di 
Polizzi (1403) ; 41. Salamoue Bracha de Messina (1404) ; 42. Mose Cbetibi 
de Palermo (1404); 43. Jacob Sauson de Marsala (1404); 44. Josep Sala 
de Mineo (1404) ; 45. Benedetto da San Marco, dit la grossit, de Messina 
(1404) ; 16. Machaluflb Ayculino de Catania (1404) ; 47. Abraam de Santo 
Marco (1405) ; 48. Raysio de Ragusia (1405); 49. Simon Maltese de Polizzi 
(1413) ; 5U. Benedetto de Gilfa de Trapani (1413) ; 51. Josep Aben Menir 
Castellano I413J ; 52. Moyse de Gauyo de Palermo (1413) ; 53. Manuele de 
Nicosia ; 1 4 1 4) ; 54. Isac, médecin et familier du roi (1414) ; 55. Gaudio de 
Abraam de Siracusa (1415) ; 56. Brachono de Xacta de Noto (1415) ; 
57. Josep Xosen de Catania (1415^ ; 58. Mayr de Samuele de Siracusia de 
Aragonia (1415) ; 59. Maltia Samuele de Siracusa (1415) ; 60. Cbanino 
Sigilmes de Siracusa (1416) ; 61. Abram David de lu Russu de Catania 
(1416) ; 62. Jacob de Bonsignoro de Siracusa (.1416) ; 63. Vita Sosen de 
Catania (1416) ; 64. Moyse Camatbi de Castroreale (1416) ; 65. Josep de 
Saccade Ragusa (1419); 66. Moyse de Medici de Messina (1419); 67. Roben 
Levi de Palermo (1420) ; 68. Moyses de Ysac de Ragusia (l42l) ; 69. Bene- 
detto de Manueli de Servudeu (1421) ; 70. Gaudio de Manueli de Servudeu 
(1421) ; 71. Josep de Crixo de Bracbono (1422) ; 72. Gugliermono Saccas de 
MessiDa (1423) ; 73. Samuele Cuxino dit Sacerdoto, de Palermo (1423) ; 
74. Chanino Maymono de Trapani (1423) ; 75. Gaudio Rabi de Sacerdotu 
de Siracusa (1424) ; 76. Salamone Actono de Siracusa (1424) ; 77. Raffaele 
Magneni de Polizzi (1424) ; 78. Donato Jancuno de Nicosia (1425) ; 79. Ful- 
faracbi Saccas (1425); 80. Ysac de Bonavogla (1425); 81. Jacob Crison, 
.rabbi (1425) ; 82. Matteo Sigilmesi de Siracusa (1426) ; 83. Benedetto Lac- 
zara de Palermo (1426) ; 84. Moyse Ysac (1427) ; 85. Farachio de Anello 
(1428) ; 86. Aron, rabbi de Lupresti (1429) ; 87. Josep de Sinnat de Sciacca 
(1431) ; 88. Sieri, fils de Manuele (1431) ; 89. Elia Mermichi de Siracusa 
(1431) ; 90. Salvo de Actono de Siracusa (1431 ) ; 91. Chanino Matbal'unni 
de Trapani (1432) ; 92. Vita Sosen de Catania (1432) ; 93. Vilelmo Saccas 
de Messina (1432) ; 94. Magaluppi Ricij de Marsala (1438) ; 95. Samuele 
Marris, espagnol, habitant de Trapani (1438) ; 96. Aczarono de lu Medico 
de Palermo (l44l) ; 97. Moyse Salamone de Mineo (l44l) ; 98. David, fils 
de Salamone di lu Presti de Catania (1441; ; 99. Abraam Grixon di lu 
Presti de Catania (1441) ; 100. Emmanuele Servudeu de Randazzo (1441) ; 
101. Manueli di Saratano de Palermo (1443) ; 102. Farachio de Farachio de 
Mazzara (1443); 103. Machaluffo Tilriri de Polizzi (1444) ; 104. Abraam 
Habenladeb (1444) ; 105. Jacob Schetib de Castrogiovanni (1444) ; 106. Be- 
nedetto de Malta (1445) ; 107. Vita Xusen (1445) ; 108. Gaudio muxano de 
Catania (1445) ; 109. Moyse de Sala (1446) ; 110. Jaxe Caxi de Castroreale 
(1446) ; 111. Moyse Caxi de Castroreale (1446) ; 112. Moyse de Sadono de 
Trapani (1447) ; 113. Aron de Sacerdotu de Girachi, fils de feu Abraam 
(1448) ; 114. Raba de Messina (l 448) ; 115. Abraam Spagnolu, fils de feu 
Vita de Messina (1448) ; 116. Moyse de Santoro de Girachi (1449); 117. Elia 
Camachai de Castroreale (1449) ; 118. Donato Albezara de Palermo (l45l) ; 
119. Salamone Acteni de Siracusa (l45l) ; 120. Lazaro Sacerdotu (1452); 
121. Nixin de Sciacca (1452) ; 122. Gabriele di la Bonavogla di Mohac 
(1452) ; 123. Abram de la Bonavogla (1454) ; 124. Busacca Sagictuni de 
Sciacca (1454) ; 125. Ysac Saccas de Messina (1455) ; 120. Isdrael Grecu de 
Catania (1457) ; 127. Sadoc Sacerdotu de Siracusa (1458) ; 128. Gaudio de 
Augusta de Siracusa (1458) ; 129. Joseph Sigilmesi de Siracusa (1463) ; 
130. David Russo de Siracusa (1463) ; 131. Daniele Balbo (1464) ; 132. Xa- 
muel Yael Abensalite (1464) ; 133. Nissim Ausa (1467) ; 134. Ysac Sosen 
(1468) ; 135, 136 et 137. Prospero di Bonavogla, de Palermo, Moïse de Bo- 
navogla de Messina et Josep Xunina de Palermo (1468) ; 138. Bonavogla 



310 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de Boaavogla (1469) ; 139. Josep Saccas de Messina (1409) ; 140. Gaudio 
Mirmichi (1470); 141. Jacob Lupresti (1475) ; 142. Gabriel de Leontini 
(1475) ; 142. Gaudio de Girachio (1475) ; 144. Salamon Grixou de Caltagi- 
rone (1476) ; 145. Mactafione de Mactafione, alias Benedetto de Matbaûone 
de Trapani (1478) ; 146. Yona Xatabi de Castrogiovanni (1480) ; 147. Lia 
Sabbat de Malte (1484) ; 148. Josep Martes ^1480) ; 149. Aron Saccas de 
Messina (1487) ; 150 et 151. Jacob et Busac de Marsala (1487) ; 152. Vitali 
Aurifici de Catania (1492) ; 153. Melchisedech Sacerdotu de Siracusa (1458) ; 
154. Servudeu Manueli (1469) ; 155. Laczaru Sacerdotu (1485) ; 156. Ysraele 
Grecu (1485). 

Le doc. LU est une confirmation par le roi Frédéric de quelques 
capitulaires de la Giudaica de Syracuse, faite l'an 1364. Les chefs du 
conseil de la Giudaica (duodecim maiorentes) nommés dans cette or- 
donnance sont : Galfonus Daray, Maymonus de Rubino, Salem de 
Rubino, Lazarus Sopher, Sabbatinus Sopher, Jacobus romanus, 
Chayronus de Rag(usia), Joseph de Maymonos, Baty Actan, Farru- 
gius de Rag(usia), Machalufus Scebi et Rapphael Levi. — N° LIV. La 
Giudaica (universilas j udeorum) de Messine, appauvrie par la guerre 
qui avait désolé le pays, demande au roi Frédéric la diminution des 
impôts, ou au moins que soient révoqués les exemptions et les 
affranchissements partiels des charges et des impôts octroyés par 
les rois à beaucoup de sujets Juifs ; en suite de quoi l'exemption est 
maintenue seulement pour le médecin Aron et son fils, et pour 
Salamon Aragonais, fabro. — Des doc. LV et LVI il résulte qu'en 
4 369 les proli des Juifs de Messine étaient Gaudio de Bonavogla, 
Bulfarachio de Malte et Benedetto Conti j?>. — N os LVII et LVIII. 
Jacob, médecin, et Rafaël Mermici, cives Siracusiœ, sont envoyés 
auprès du roi Frédéric en qualité de sindici procuratores et nuncii 
spéciales universiêatis judeorum, pour implorer protection contre les 
vexations des officiers de Syracuse, et rapportent un décret très fa- 
vorable. — Le doc. LXIII est la ratification donnée par le même roi 
au contrat passé entre les proti des Juifs de Marsala et les officiers 
royaux de cette terre, pour l'agrandissement de la synagogue ou 

chinista ■ . 

Nous nous sommes borné à faire mention ici des documents et 
notices qui ont le plus d'affinité avec le but et le caractère de cette 
Bévue. Le dessein de la publication des illustres écrivains siciliens a 
une étendue bien plus grande et générale. Pour l'intérêt de l'histoire 
et de la science nous souhaitons aux auteurs qu'Us puissent achever 
l'important ouvrage si vaillamment entrepris, et qu'ils couronnent 
cet admirable édifice par une histoire complète des Juifs de Sicile. 

Marco Mortara. 



1 Nrr«&95 kenista (synagogue). On trouve quelquefois chinisia rpttfe» kenesta. La 
transcription chinisca est fautive. 



BIBLIOGRAPHE 311 

D r A. IIarkavy , \cuaiif£cfiimlciic liebraMSche Bibelhandscliriften. 

Bericht an d. Kaiserlichc Akademio d. Wissenschaften von Sanct-Petersburg. 
(Mémoires, t. XXXII, n° 8), 1884. 

Vers le mois de mai 1883, un Israélite qu'on désigne par la lettre 
Z., en passant devant un cabaret dans une ville maritime de la 
Russie méridionale, entendit un matelot s'exprimer en hébreu. 
Gomme les matelots se servent rarement de la langue sacrée, Z. fut 
étonné et, pour satisfaire sa curiosité, il engagea une conversation 
avec le matelot. Celui-ci lui dit qu'il était d'extraction juive, et, pour 
en convaincre son interlocuteur, il ajouta qu'il possédait un certain 
nombre de fragments de la Bible et qu'il était prêt à les lui montrer, 
si Z. voulait, le suivre, jusqu'au port, sur son vaisseau. Z. y consentit 
facilement, et, une fois à bord, le matelot chercha deux ou trois carrés 
de parchemin couverts d'uue écriture étrange que Z. reconnut ce- 
pendant pour de l'écriture hébraïque. A la demande faite par Z. de 
lui donner ces parchemins comme un souvenir, le matelot opposa 
d'abord un refus péremptoire, en prétendant que c'étaient pour lui 
des objets sacrés qui lui portaient bonheur. Mais le matelot céda 
lorsque Z. lui offrit en échange une grande feuille où se trouvait 
peinte en rouge foncé l l'image du roi David tenant par les cheveux 
la tête du géant Goliath. Rentré chez lui,Z. montra les parchemins à 
son ami Y., qui l'engagea à se procurer encore d'autres fragments; 
mais le matelot avait déjà quitté le port de la ville. Z. le suivit à 
l'endroit où le vaisseau s'était arrêté, et obtint encore un certain 
nombre de peaux contre d'autres images qu'il avait apportées. 
Z. s'informa alors de la provenance de toutes ces peaux, et le ma- 
telot lui raconta qu'environ trente ans auparavant, son père les 
avait ramassées à Rhodes lors d'un incendie qui avait dévoré la 
ville presque tout entière. En attendant, ces fragments furent en- 
voyés à M. Harkavy , bibliothécaire à la Bibliothèque impériale 
de Saint-Pétersbourg par un certain X., ami de Z. et de Y. et fonc- 
tionnaire de la communauté juive de la ville où demeuraient éga- 
lement Y. et Z. M. Harkavy avait fait la connaissance de X. en se 
rendant, dans l'automne de 1881, à la séance annuelle de la Société 
archéologique de Tiflis. Il insista pour qu'on fit des efforts afin d'ob- 
tenir encore d'autres fragments et, lorsque M. Harkavy publia le 
mémoire que nous annonçons aux lecteurs de la Revue, il en avait 
réuni jusqu'à cinquante et un. 

On aura remarqué que dans le récit que nous venons de donner, à 

1 P. 3 : « Oelgemâlde », tableau à l'huile. Mais tous ces faits sont extraits d'une 
lettre hébraïque, adressée par X. .. à M. Harkavy. M. IL ajoute souvent à sa tra- 
duction allemande de cette lettre les mots de l'original, et nous met ainsi en état 
de reconnaître qu'il s'agissait simplement d'une image grossière comme les grandes 
feuilles qui sortent de nos ateliers d'Epinal. Tww2 nv*373 signifie : teint avec du 
minium; cf. Jér., xxn, 14. Le matelot converti se montre, dans ce cas, un fidèle 
enfant de l'église orthodoxe, très friand d'images des saints. 



312 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

part l'île de Rhodes et la ville de Tiflis, tous les noms propres sont 
représentés par des lettres et qu'on a enveloppé toute cette histoire 
d'un mystère dont on comprend difficilement la raison. On ne sait 
ni quels sont les ports de mer où le matelot a été rencontré, ni quels 
sont les trois principaux acteurs dans cette singulière découverte. 
M. Harkavy garantit l'authenticité des faits qu'il nous expose et la 
réputation du savant bibliothécaire suffirait à écarter tout soupçon, 
quand même il ne nous assurerait pas que plusieurs membres de 
l'Académie impériale de Saint-Pétersbourg savaient parfaitement 
quelles étaient les personnes couvertes de cet étrange anonyme. 
Nous comprenons encore moins la terreur dont la conscience scien- 
tifique de l'auteur du mémoire a été saisie lorsqu'il s'est trouvé en 
face des cinquante et un fragments. L'ombre de la grande duperie 
du Deutéronome de Schapira avait passé devant son esprit. Les fal- 
sifications du fameux fabricant d'antiquités de Jérusalem ne méri- 
taient pas cet honneur. Aucun homme sensé n'a jamais cru à l'au- 
thenticité des chapitres publiés avec grand fracas dans YAthenœum 
du mois d'août 1883, et on est étonné de la gloire facile dont pré- 
tendent encore se couvrir ceux qui, à force d'arguments, ont dé- 
montré ce qui n'avait guère besoin d'être prouvé l . 

Les fragments que M. Harkavy a étudiés avec un soin si minu- 
tieux n'affectaient au fond aucune prétention à l'antiquité. Il ne s'a- 
gissait aucunement de savoir s'ils étaient plus ou moins anciens ; 
on pouvait tout au plus éprouver un sentiment de curiosité afin de 
reconnaître l'endroit ou le pays où, à une certaine époque mais 
toujours à une époque relativement moderne, on avait emplo3'é 
un alphabet aussi mal formé et où l'on avait négligé jusqu'aux 
cinq lettres finales. Tous ceux qui sont quelque peu au fait des 
résultats de la critique biblique savent aujourd'hui que tous nos 
textes ne proviennent guère que d'un seul et même original ; ils 
savent aussi que nous ne possédons dans aucune bibliothèque 
un manuscrit de la Bible antérieur au milieu du ix e siècle. Les 
milliers de variantes qui, vers la fin du dernier siècle, ont été 
réunies par les Kennicott et les de Rossi ne valent pas une seule 
de celles qui s'appuient sur l'une des anciennes versions grecque 
ou syriaque des Ecritures , lorsqu'elles sont faites sur l'origi- 
nal hébreu. Il n'y a nulle espérance de découvrir des copies an- 
ciennes écrites sur les matières ordinairement employées, à moins 
que les souterrains de l'Egypte ne mettent au jour des papyrus 
contenant des parties de la Bible, comme ils ont fourni des frag- 
ments d'auteurs grecs. Mais jusqu'à ce moment rien de pareil n'est 
arrivé, et on pouvait sans présomption soutenir d'avance que les 

1 On se rappelle que de grands journaux politiques de l'Angleterre, comme le 
Times, ne dédaignèrent pas d'attirer l'attention de leurs lecteurs sur cette grotesque 
trouvaille, et cependant un professeur de l'Allemagne, connu par la faiblesse que 
dans d'autres circonstances il avait montrée en faveur de M. Shapira, avait reconnu 
dans ces fragments l'œuvre d'un faussaire, longtemps avant que le British Muséum 
les plaçât discrètement sous les yeux de M. Gladstone. 



BIBLIOGRAPHIE 313 

parchemins du matelot russe, s'ils présentaient des changements 
par rapport à notre texte reçu, n'offriraient que des erreurs, volon- 
taires ou involontaires, provenant d'un scribe inexpérimenté, ou 
dont la mémoire avait quelquefois failli '. L'examen des textes a 
pleinement confirmé cette présomption. Une seule addition paraît 
avoir été faite avec intention: c'est celle où l'on parle dans le livre 
d'Esther des deux eunuques du roi Assuérus irrités du retard 
quKsther mettait à rentier au palais 2 . Mais cette glose elle-même 
prouve que ces diverses feuilles n'étaient point destinées à un usage 
canonique ; elles servaient, comme M. Harkavy le pense, à l'ensei- 
gnement de l'une de ces écoles élémentaires qui n'ont jamais manqué 
dans les communautés juives. M. Harkavy s'est donc, à notre avis, 
donné une peine exagérée en se livrant à un examen minutieux de 
ces fragments. 

Mais avec un érudit comme le savant bibliothécaire de Saint-Pé- 
tersbourg, on apprend toujours en le suivant dans ses recherches. 
Ainsi l'étude des différents caractères de l'alphabet renferme maintes 
observations paléographiques fort utiles. Malheureusement on n'est 
pas encore parvenu et probablement on ne parviendra jamais à 
établir un ordre chronologique dans les transformations successives 
des caractères carrés hébraïques ; le cursif seul se distingue d'après 
les pays, mais reste dans la même contrée sans variations sensibles 
à travers les siècles 3 . 

L'histoire de la communauté de Rhodes, qui apparaît pour la pre- 
mière fois dans les annales du judaïsme à l'époque des Macchabées, 
présente toutes les vicissitudes qui atteignent, pendant le moyen 
âge surtout, les villes qui changent de maître et passent même de 
la domination d'une race à celle d'une autre race 4 . 

Ce qui nous a intéressé le plus dans les savantes recherches de 
M. Harkavy, c'est la discussion qu'il engage contre M. Graetz par 
rapport à « l'Epitre du Sabbat » d'Abraham Ibn Ezra. Dans cette 
lettre, le Sabbat se plaint amèrement d'une secte juive qui prétend 
commencer sa célébration le matin du samedi seulement et la con- 
tinuer jusqu'au matin du dimanche; le Sabbat fait appel à la science 
d'Ibn Ezra contre le commentaire du Pentateuque dans lequel on a 
cherché à appuyer sur des textes cette profanation de la soirée du 
vendredi. D'après M. Graetz, Ibn Ezra, en parlant d'un commentaire 
hérétique où cette étrange opinion sur le Sabbat est prouvée et 

1 La chasse aux variantes s*est également abattue sur des passages bibliques 
cités avec quelques changements dans les Talmuds et les anciens ouvrages rabbi- 
niques. Ces variantes sont presque toujours dues à des défaillances de la mémoire, à 
moins qu'on ne tire de ces passages des conséquences spéciales et qu'on n'aurait pas 
osé en tirer sans s'être d'abord convaincu de l'authenticité de la leçon. 

s P. 18. M. Harkavy montre, d'une part, l'origine de ce petit conte, et, d'autre 
part, l'incorrection des quelques mots ajoutés par une main maladroite. 

3 M. Neubauer, si expert en ces matières, suppose, dans l'article qu'il a consacré 
à ce Mémoire daus Y Athcnœum, que l'écriture était d'une main grecque. 

4 P. 24 et suivantes. 



314 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

propagée, avait en vue l'exégèse de R. Samuel b. Méïr, le petit-fils de 
Raschi. Sans doute Samuel adopte dans ses gloses sur le Penta- 
teuque une interprétation simple et rationnelle ; il va même jus- 
qu'à nous raconter que son grand-père, arrivé à un âge plus avancé, 
avait regretté que l'élément homilétique tînt tant de place dans ses 
commentaires 1 . L'importance du sens simple n'a jamais été contestée 
par aucun docteur de la synagogue ; mais aller jusqu'à prêter à un 
rabbin français de la Champagne une telle hérésie relative à un jour 
aussi saint que le Sabbat, c'est là une hardiesse à laquelle on cède 
difficilement. C'est M. Helprin qui a engagé le célèbre historien de 
Breslau dans cette voie, où. M. Rosin l'a suivi timidement. M. llar- 
kavy ne s'est pas laissé éblouir par l'argumentation plus spirituelle 
que solide de M. Graetz ; il préfère l'opinion de Rappoport, qui recon- 
naît dans les hérétiques d'Ibn Ezra les Juifs de l'île de Chypre dont 
parle également Benjamin de Tudèle dans son Itinéraire. La présence 
de Juifs s'occupant d'astronomie à Chypre dans l'année 4 056 est 
ingénieusement prouvée par la citation que M. Harkavy fait d'un 
auteur arménien. D'après M. Graetz lui-même, bien qu'il voie dans le 
D1Tn des épigraphes d'Ibn Ezra, au lieu de File de Rhodes, la ville 
de Rodez, Ibn Ezra, après avoir quitté l'Espagne, sa patrie, et avant 
de commencer ses migrations à travers l'Italie, la Provence et l'An- 
gleterre, est allé en Palestine, peut-être aussi à Chypre et à Rhodes. 
Un esprit aussi curieux que le sien devait être frappé par le spec- 
tacle de ces Juifs qui imitaient pour la célébration du Sabbat les 
chrétiens dans leur manière de célébrer le dimanche. Il est peu pro- 
bable que cette secte ait pu avoir une longue durée ; les bouleverse- 
ments de l'Orient pendant les siècles des croisades peuvent l'avoir 
produite ; des temps plus calmes ont dû la faire disparaître. Mais ce 
n'est certes pas dans le nord de la France qu'elle aurait jamais 

trouvé des défenseurs 2 . 

J. Derenbourg. 

1 Commentaire de S. b. M. sur Gen., xxxvii, 1. 

2 Les pièces de ce débat sont clairement exposées par M. Harkavy. Certes, il y a 
beaucoup de ressemblance entre les paroles citées par Ibn Ezra et celles de R. S. 
b. M. (Comment., p. 5, 1. 22 à 25). Mais, sans parler de p. 7, 1. 18, où le jour 
religieux est fixé « de l'apparition des étoiles à l'apparition des étoiles », il nous 
paraît que, p. 4, 1. 13, S, b. M. voit dans l'article de itû'ùSïl l'indication que ce 
sixième jour qui termine les six jours mentionnés dans le décalogue, commence par 
le soir du vendredi, au moment où la création du monde était acbevée. Il est fâ- 
cheux que la lacune p. 9. 1. 4, commence après le mot ^bTinim, qui devait avoir 
un sujet durèrent des bTIDim qu'on lit p. 5, 1. 25 ; p. 6, 1. 2 et 17, et qui sont 
suivis de Ù"P. En outre, l'explication de ^'13> et HpS, telle que la donne S. b. M., 
est confirmée par l'exégèse moderne ; voy. Dillmann, Bxcçjct. Handbuch, sur Gen., i, 
5, p. 23, qui fait observer que cet ordre de succession dans les jours delà création ne 
contredit en rien l'usage de commencer le sabbat par le soir. Ajoutez qu'au moment 
où le soleil se couchait l'œuvre de chaque jour était terminée, et, par conséquent, le 
sixième jour, le crépuscule marquait l'époque où, selon l'expression de la Bible, Dieu 
se reposa, et où l'homme doit également cesser tout travail. Qu'importe alors de quel 
nom on désignait le soir de vendredi? On sait que les anciennes versions (Sam., 
lxx, et Syr.) portent, Gen., n, 2 : « Et Dieu termina le sixième jour. » 



CHRONIQUE 



Nominations diverses. — Notre collègue M. Ilartwig Derenbourg, 
professeur d'arabe littéral à l'école des langues orientales vivantes, 
a été nommé également professeur d'arabe à l'école des Hautes- 
Etudes. 

Notre collègue M. James Darmesteter a été nommé professeur de 
persan au Collège de France. 

Revue tfassyriologie. — Notre cher collègue, M. Oppert, a fondé avec 
M. Ledrain un journal intitulé : Revue d'assyriologie et d'archéologie 
orientale. Le n° 1 a paru. Ce journal se publie chez Ernest Leroux ; 
prix : 30 fr. par an. Le 1 er numéro contient des articles de MM. Op- 
pert, Ledrain, Aurès et M. Schwab. 

Journaux nouveaux. — Voici la liste des publications périodiques 
qui se sont fondées ou renouvelées récemment : 

y3$obba JpTO'^jrçpPfl ?^p Neue israelitische Allianz; journal 
fondé à Czernowitz par Josef Taubes ; grand in-4° ; le numéro a 8 p. 
à 2 col., judéo-allemand, en caractères hébr. carrés ; hebdomadaire; 
prix, 6 flor. par an. Le premier numéro est du 31 août 1883. Nous 
n'avons vu que le n° 1 de la seconde année, daté du 4 janvier 1884. 

p'ibWiPS n:wm ~&"î Neuer Wiener Israelit, publié, à Wien, 
par Moritz Dornbuscher; paraît deux fois par semaine; en judéo- 
allemand, caractères hébr. carrés, à 2 col. par page ; le numéro con- 
tient 8 pages in-i° ; prix, 9 florins par an. Paraît depuis le 27 octobre 
1884. Le dernier numéro que nous ayons vu est le n° 22, daté du 
2 janvier 1885. 

L'ancien Wiener Israelit continue de paraître tous les jeudis dans 
les mêmes conditions qu'auparavant; l'éditeur est M. Schalit; le ré- 
dacteur en chef, A. Bares. Prix, 10 flor. par an. 

p'Wlï^m «">1 Die Wahrheit (sans titre roumain) a continué de 
paraître sous la direction d'Isr. Margulies, à Bucharest (au lieu de 
Galatz), avec format augmenté, 4 col. par page, prix 10 fr. par an. Le 
dernier numéro que nous ayons vu est de la 2° année, n° 56, 20 juil- 
let 1884. 

ir^i-ï, publié par Ben Jehouda, à Jérusalem; hebdomadaire ; in-8° 
de 4 pages le numéro ; hébreu en caractères hébr. carré, à 2 colonnes 
la page ; prix : 6 fr. par an. Le n° 1 de la 1 r0 année est du 5 hesvan 
5645; le n° 11 est du 15 tébet 5645. 

bïp- Ilakol, Die Stimme, Theologisches und literarisches Wochen- 



316 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

blatt. Ce journal, qui avait cessé de paraître, reparait depuis quel- 
que temps sous la même direction (Rodkinssohn) ; rédacteur, David 
Lœwy, à Presbourg; hebdomadaire; caractères hébreu carré, à 2 col., 
4 pages par numéro, in-4° ; 7 flor. par an. Le premier numéro que 
nous ayons vu de cette suite est le n° 285, 6» année, 17 janvier 4 885. 

Jùdischer Sprechsael fur Elsass-Lothringen und die Schweiz ; Lec- 
tures israélites pour l'Alsace-Lorraine et la Suisse. Rédigé et édité 
par le D r Goldstein, rabbin à Dùrmenach; paraît tous les jeudis ; prix 
6 marcs par an; in-4° de 8 pages à 2 col., le numéro, moitié allemand 
et moitié français. Le n° 4 a paru le 8 mars 1883 ; le n° 40 (et der- 
nier?), le 27 déc. 1883. 

Oesterreichische Wochenschrift, Centralorgan fur die gesammten 
Interessen des Judenthums ; publié à Wien par le D r Bloch ; alle- 
mand; in-4° à 2 colonnes; périodicité non indiquée; prix, 6 fl. par 
an. Le n° \ est daté du 15 octobre 1884; le n° 2 du 30 oct. 1884. Nous 
ne savons s'il a paru davantage. 

Le D v Jitstus. — On se souvient du bruit qu'a fait, il y a deux ans, 
la publication d'une petite brochure intitulée Judenspiegel (Miroir 
des Juifs) et où étaient recueillis une centaine de passages tirés 
du Talmud et des écrits rabbiniques, et dirigés, à ce que prétendait 
l'auteur, contre les chrétiens. Un poème burlesque intitulé Isaakiade 
fut tiré de cet ouvrage par un auteur allemand; il a été confisqué 
par la justice et nous n'avons pas pu nous en procurer un exem- 
plaire. M. le D r Hoffmann et M. le D r Levin ont chacun publié une 
réfutation du Judenspiegel et montré ce qu'il contient d'erreurs 
préméditées ou involontaires, de faussetés patentes. On savait que 
le D r Justus avait trouvé de hauts protecteurs, qui lui fournis- 
saient des subventions et l'utilisaient pour les publications dites 
antisémitiques. Ces Mécènes d'un nouveau genre doivent être au- 
jourd'hui honteux de leur protégé. Il a été arrêté pour abus de con- 
fiance et autres méfaits. On connaît maintenant son histoire. Le 
D r Justus est un juif baptisé ; il s'appelle Abraham (d'autres disent 
Ahron) Briemann. Né à Costineni (ou Costinescii?), en Roumanie, il 
s'était établi à Buczacz, dans la Galicie, d'où un beau jour il dispa- 
rut, abandonnant sa femme et ses enfants. Il se rendit d'abord à La 
Haye où il sut gagner la confiance des Juifs en se montrant d'une 
dévotion outrée. De là, il se rendit à Berlin, où il emprunta de M. le 
D r Hildesheimer vingt-cinq marcs qu'il a oublié de rendre. Là, le 
missionnaire M. de le Roi le convertit au protestantisme. Il se ren- 
dit ensuite à Paderborn, où il trouva bon de changer une seconde 
fois de religion et, de protestant, se fit catholique. Plus tard, il 
s'établit à Prague, où il vécut à la solde du D r Rohling, l'auteur 
du Talmudjude. On le trouve ensuite à Innsbruck, à Salzbourg, à 
Graz, et, finalement à Vienne. La librairie Wagner, d'Innsbruck, se 
proposait de publier, avec son concours, une traduction allemande 
du Talmud de Babylone (Prospectus daté de l'automne 1884), mais 



CHRONIQUE 317 

on dit qu'après avoir commencé l'impression, elle s'aperçut que 
Briemann ne se montrait pas très scrupuleux dans son travail et 
elle arrêta la publication. Briemann avait, dans ces derniers temps, 
deux fiancées à Vienne. Il a été arrêté à Graz et sera prochainement 
jugé. Il avait pris le nom d'Auguste, il était devenu, pour certains 
écrivains, un savant en us (Doctor Augustus Briemanus), et se disait 
docteur d'une université qui n'existe pas, l'Université de Gallipoli. 
On cite, comme une curiosité, sa collaboration à un ouvrage intitulé 
Beleuchtung des Judenspiegels, où il eut l'indélicatesse de juger son 
propre ouvrage comme s'il n'en était pas l'auteur. Voir sur ce qui 
précède, la Jùd. Presse, 1885, n os 12 à 14 et la Neuzeit, 1885, n° 12. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



Tome IX. — P. 52, 1. 19. Il faut lire Wm, comme le veut le mètre, et 
non TOiam. — P. 116, 1. 10. M. le baron David de Gùnzburg me fait ob- 
server, avec raison, que les mots ^lïISt' 1 ?! "Oab doivent être traduits « de la 
famille de Yiçhar » ; dans ce cas, Caslari aurait appartenu à la famille de 
Yiçhar. Cette différence de traduction n'enlève rien à notre argument. — 
P. 117, note 2. Mon savant ami, M. Strascbun, m'informe que son ms. ne 
contient que 220 ff., au lieu de 411. — L'élégie d'Abraham Isaac Lévi est 
imprimée dans l'édition du Maasé Ephod, p. 191. Dans ce même recueil ms. 
se trouve également la correspondance échangée entre Abraham de Béziers 
et Todros (voir Histoire littéraire de la France, t. XXVII, p. 712) ; c'est de 
ce ms., possédé autrefois par Salomon Dubno, que Mordekhai Tama l'a 
extraite pour la publier dans son Maskiot Késef. Ce ms. renferme encore 
d'autres pièces poétiques que j'ai cru inutile de relever. — Mendel de 
Mutzig et Selig de Reims sont des imprimeurs et non des rabbins. — 
P. 118, 1. 12. Le passage de Reggio se trouve effectivement p. 5 b, ainsi 
que me l'écrit M. Straschun ; probablement dans l'édition du Pentateuque 
de 1820 ; celle de 1818 que j'ai n'a pas ce passage. — P. 218, 1. 2. Voici la 
souscription du copiste du ms. du Migdal David qui appartient à M. de 
Gùnzburg ; ce copiste a également composé l'index de la seconde partie : 

ïrr ^yxtyb inaro vpvi? roiMia iirûttln y"i Wfrr 'la Tr^ba ^5tt 
ttiwoi y"i fiViBWi in 'n ab^r: Dam -nan in b*is?2 N-ipDn nsar: 
n&rnab w&n E|baïl ^nsb rnci ûTOam t^Nto rwia biba rrva "j win na 
...Twna ûton nsnas mabtttt œï-iari in» trnau) ab^n. — p. 220, 

1. 23. M. Ilalberstam propose avec raison de suppléer les mots suivants : 
labtt l^p^Tî T701 Ù^3 TïDI Û^bpia naott labtt. Le copiste aura fait un 
bourdon. — Ad. Neubauer. 

P. 304. D'après M. Halberstam, l'auteur de cette élégie est probablement 
l'auteur du ÎWTtt)' 1 ÏTlptt, Venise, 1607, qui vivait alors à Fano et qui 
mourut presque octogénaire, le 17 elloul 1629 ; cf. Steinschneider, Catal. 
Bodl., p. 1371. — P. 305, 1. 19. Lisez Adar au lieu de Adar II. — M. Schwab. 

P. 310, 1. 5. — Lisez mNŒDa au lieu du deuxième ^ÉWJSS. — Israël Lévi. 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL 



SÉANCE DU CONSEIL DU 29 JANVIER 1885. 

Présidence de M. Joseph Derenbourg. 

L'ordre du jour appelle l'élection des membres du Bureau. 

M. le Président rappelle que, l'an passé déjà, MM. Arsène Darmesteter et le 
grand rabbin Zadoc Kahn avaient manifesté l'intention de ne plus accepter les fonc- 
tions de vice-président et que c'est sur les instances du Conseil qu'ils ont bien voulu 
continuer à les remplir. Cette année, les vice-présidents sortants déclinent de nou- 
veau toute candidature. En présence de ce refus réitéré qui s'appuie sur l'utilité qu'il 
y aurait à associer de nouveaux membres du Conseil aux travaux du Bureau, M. le 
Président pense qu'il serait bon d'entrer dans le sentiment de MM. Darmesteter et 
Zadoc Kahn. 

Les élections sont ajournées à la séance suivante. 

Le Conseil remercie chaleureusement M. le grand rabbin Zadoc Kahn de la belle 
conférence sur Maïmonide qu'il a faite à l'Assemblée générale. 

SÉANCE DU CONSEIL DU 26 FÉVRIER 1885. 

Présidence de M. Zadoc Kahn. 

M. le Président déclare de nouveau qu'il décline toute candidature à la vice-pré- 
sidence ; M. Arsène Darmesteter fait faire la même déclaration. . 

Il est procédé à l'élection des deux vice-présidents. Sont élus MM. Zadoc Kahn 
et Isidore Loeb. 

M. Zadoc Kahn remercie ses collègues d'avoir voté pour lui, mais il les prie de 
considérer sa résolution comme définitive et de bien vouloir reporter leurs suffrages 
sur le membre du Conseil qui a eu après lui le plus grand nombre de voix. 

Il est procédé à un nouveau tour de scrutin et M. Trénel est élu vice-président. 

Sont nommés ensuite : M. Erlanger, trésorier, et MM. Abraham Cahen et 
Théodore Reinach, secrétaires. 

L'ordre du jour appelle l'élection des membres du Comité de publication. 

M. Zadoc Kahn, qui faisait partie auparavant du Comité de publication en qualité 
de vice-président du Conseil, décline toute candidature. 

Sont élus : MM. H. Derenbourg, Halévy, Oppert et Vernes, membres sor- 
ants, et M. Zadoc Kahn. 

M. Zadoc Kahn renouvelle la prière qu'il a faite après le scrutin pour la vice- 
présidence. 

Il est procédé à un nouveau vote : M. Astrug est élu. 

Le Conseil a invité M. Gaston Paris, membre de l'Institut, à vouloir bien faire 
une conférence. M. Paris a accepté et propose de la faire dans la première quinzaine 
du mois de mai. Le sujet de la conférence sera : « La parabole des trois anneaux. » 

Le Conseil décide qu'il ne sera pas fait de conférence avant celle de M. Paris. 

M. Vernes propose de multiplier le nombre des conférences et de le fixer au mini- 
mum à six, de manière qu'elles aient lieu à des époques régulières connues à l'a- 
vance des sociétaires et qu'elles soient moins des solennités extraordinaires qu'une 
série d'entretiens instructifs et familiers fonctionnant d'une manière normale. 

Le Conseil décide de reprendre plus tard l'étude de cette proposition à laquelle se 
rallient plusieurs membres. 

Les Secrétaires, Ab. Cahen et Th. Reinagh. 



Le gérant responsable, 

Israël Lévi. 



TABLE DES MATIERES 



ARTICLES DE FOND. 

Bâcher. Un abrégé de grammaire hébraïque de Benjamin ben 

Juda, de Rome, et le Pétah Debaraï 123 

Halévy (J.). I. Recherches bibliques : III. L'origine du 3 dans 

les noms propres composés 4 

II. Ben-Tymelion et Bartholomée 60 

IIirschfeld (Hartwig). Essai sur l'histoire des Juifs de Mé- 

dine {fin) 4 

Lévi (Israël). Encore un mot sur la légende de Bartalmion 66 

Loeb (Isidore). I. Un épisode de l'histoire des Juifs de Savoie. . 32 
IL Actes de vente hébreux originaires d'Espagne 4 08 

Mauldb (R. de). Les Juifs dans les États français du Pape au 

moyen âge [fin) 145 

Montefiore [M. G.) Un recueil de consultations rabbiniques du 

xvi e siècle 4 83 

Neubauer (Ad.). Documents inédits : XV. Documents sur Avi- 
gnon; XVI. sur Narbonne ; XVII. Un voyageur ano- 
nyme en Palestine [suite) 79 

Reinach (Salomon). Les Juifs d'Hypaepa 74 

Scheid (Élie). Histoire des Juifs de Haguenau {fin) 204 



NOTES ET MÉLANGES. 

Bloch (Isaac). Notes sur les Israélites de l'Algérie 255 

D. . . Un rideau de synagogue de 1796 253 

Halévy (J.). Inscriptions nabatéennes de Medaïn Salih 260 

Kaufmann (David). I. Samuel ibn Abbas dans Abraham ibn 

Daud 251 

IL Pline l'Ancien en Judée. 252 

Loeb (Isidore). Notes sur l'histoire des Juifs , . . . . 232 



320 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



BIBLIOGRAPHIE. 

Derenbourg (J.). Neuaufgefundene hebrœische Bibelhand- 

schrif ten, par le D r Harkavy 311 

Halévy (J.). I. Mittheilungen, par Paul de Lagarde. — II. The 

hebrew language, par le D r Frédéric Delitzsch i'94 

Loeb (Isidore). I. Revue bibliographique, 4 e trimestre 1884 et 

1 er trimestre 1885 262 

II. La Palestine au temps de Jésus-Christ, par Edmond 

Stapfer 289 

Mortara (Marco). Godice diplomatico del Giudei di Sicilia, par 

Bartolomeo et Giuseppe Lagumina 306 



DIVERS. 

Chronique 315 

Additions et rectifications 317 

Procès-verbaux des séances du Conseil 31 8 

Table des matières 319 



FIN. 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESSIS, 59. 



TABLE DES MATIÈRES 



Halévy (J.). Recherches bibliques : III. L'origine du 3 dans les noms 

propres composés * 

Hirsghfeld (Hartwig). Essai sur l'histoire des Juifs de Médine (fin). 10 

Loeb (Isidore). Un épisode de l'histoire des Juifs de Savoie 32 

Halévy (J.). Ben-Tymelion et Bartholomée 60 

Lévi (Israël). Encore un mot sur la légende de Bartalmion 66 

Reinach (Salomon). Les Juifs d'Hypaspa 74 

Neubauer (Ad.). Documents inédits : XV. Documents sur Avignon ; 
XVI. sur Narbonne; XVII. Un voyageur anonyme en 



Palestine. 



Loeb (Isidore). Actes de vente hébreux originaires d'Espagne 108 

Bâcher. Un abrégé de grammaire hébraïque de Benjamin ben Juda, 

de Rome, et le Pétah Debaraï 123 

Maulde (R. de). Les Juifs dans les États français du Pape au moyen 

âge(/^) •• 145 

Montefiore (M. G.). Un recueil de consultations rabbiniques du 

xvi e siècle ^ 

Scheid (Élie). Histoire des Juifs de Haguenau (fin) 204 

NOTES ET MÉLANGES. 

Loeb (Isidore). Notes sur l'histoire des Juifs 232 

Kaufmann (David). I. Samuel ibn Abbas dans Abraham ibn Daud ... 251 

II. Pline l'Ancien en Judée 252 

D . . . Un rideau de synagogue de 1796 253 

Blogh (Isaac). Notes sur les Israélites de l'Algérie 255 

Halévy (J.). Inscriptions nabatéennes de Medaïn Salih 260 

BIBLIOGRAPHIE. 

Loeb (Isidore). I. Revue bibliographique, 4 e trimestre 1884 et l or tri- 
mestre 1885 262 

II. La Palestine au temps de Jésus-Christ, par Edmond 
Stapfer. ..• 289 

Halévy (J.). I. Mittheilungen, par Paul de Lagarde. — II. The hebrew 

language, par le D r Frédéric Delitzsch 294 

Mortara (Marco). Codice diplomatico del Giudei di Sicilia, par Bar- 

tolomeo et Giuseppe Lagumina 306 

Derenbourg (J.). Neuaufgefundene hebrseische Bibelhandschriften, 

par le D r Harkavy 311 



Chronique 315 

Additions et rectifications 317 

Procès-verbaux des séances du Conseil 318 

Table des matières 319 



AVIS. 



Jusqu'à ce jour les numéros de la Revue ont 
paru à la fin du trimestre dont ils portaient la 
date. Dorénavant, ils paraîtront au commence- 
ment du trimestre; c'est pour cette raison que le 
fascicule actuel comprend deux numéros affectés 
aux deux premiers trimestres (1 er janvier au 31 juin) 
1885. Le prochain numéro, correspondant à l'abon- 
nement du 3 e trimestre 1885, paraîtra au mois de 
juillet. 



Pour la Table des Matières, voir le] verso de celle page. 



MM. les Sociétaires qui n'ont pas encore envoyé le 
montant de leur cotisation (25 fr.) sont priés de l'adresser 
à M. LE TRÉSORIER, 17, RUE SAINT- GEORGES, PARIS. 



Les séances du Conseil auront lieu à huit, heures et demie du 
soir, rue de la Victoire, 44, salle Gonsistoriale, aux dates sui- 
vantes : 28 mai — 25 juin. 



PRIX D'ABONNEMENT A LA REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Un an 25 fr. 

Prix du numéro 7 — 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET 1 ILS, RUE DUPLESSIS, 'Ù ( J. 




JBJNDING SE g 197^ 



DS Revue des études juives; 

101 historia judaica 

R45 
1. 10 






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